France

Quand le cannabis fait foi: ces reliques en chanvre qui ont forgé le christianisme

Si le cannabis est diabolisé depuis une cinquantaine d’année, l’Histoire nous compte une toute autre approche de la belle plante. Indissociablement lié à la religion ainsi qu’à la royauté, le chanvre accompagne vers l’éternel quatre figures majeures du christianisme que je vous propose aujourd’hui de redécouvrir.

LE « SAINT CHANVRE »

Il s’agit d’un morceau de la corde censée avoir lié les mains du Christ à la Croix lors de la Crucifixion, elle porterait, dit-on, les traces du sang de Jésus. Cette relique déposée, d’après la tradition, par Sainte Hélène au 4ème siècle, est toujours visitable au monastère de la Sainte-Croix (Timios Stravos) à Omodos, l’un des plus anciens de Chypre, fondé vers l’an 200.
Sainte Hélène était la mère de l’empereur romain Constantin 1er, qui décréta le christianisme religion officielle. C’est à la suite d’un pèlerinage et de fouilles à Jérusalem, sur le lieu du Calvaire, qu’elle découvrit la Sainte Croix. De retour vers Rome, elle fit escale à Chypre en 327, à l’âge de 80 ans, pour y faire ce don sacré.
De nombreux miracles furent attribués à ce Saint Chanvre et la chapelle devint un lieu saint pour tous les chypriotes.

Le Saint Chanvre: il faut le voir (ou le fumer) pour y croire.

LES SANDALES DU CHRIST

Résultats d’analyses (microscope à balayage électronique, analyse spectrométrique) du professeur Gérard Lucotte, directeur de l’Institut d’anthropologie génétique moléculaire, concernant la Relique des Sandales du Christ :
« Les trois couches originales de la sandale : au-dessus une couche fine de chanvre (étudiée) ; au milieu une couche épaisse de palmier oriental (étudiée, sang en étude) ; au-dessous une couche fine en bois (olivier ? en étude). » L’or identifié fut daté de l’antiquité et le sable d’aragonite découvert sur le cuir, se retrouve spécifiquement à Jérusalem.

En 2005, Gérard Lucotte sera tenu à l’écart par la communauté scientifique : analysant la tunique d’Argenteuil, il affirmera y avoir  retrouvé l’ADN du Christ, reconstituant « le portrait d’un homme d’origine moyen-orientale, à la peau blanche, opiomane et porteur de morpions. »
Don du pape Zacharie en 752 au roi Franc Pépin III, ces reliques furent rapportées de Jérusalem à Rome par Sainte Hélène en l’an 327.
Elles sont aujourd’hui exposées à la basilic de Prüm en Allemagne.

Les sandales du Christ

LE LINCEUL DE PHILIPPE Ier (1052-1108)

La tombe de ce roi de France fut découverte le 1er juillet 1830, dans l’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire (45730). Son corps avait été enveloppé dans une longue cape rouge tissée, après analyse, avec « une armure de toile, chaîne et trame de chanvre, une deuxième trame de laine a été passée, entre deux fils de trame chanvre. » (A. France-Lanord, La tombe de Philippe 1er à Saint-Benoît-sur-Loire, p. 377, 1992).

Ce 4ème roi capétien, au 3ème plus long règne de l’histoire de France (48 ans), fut inhumé à Fleury car ayant été excommunié pour avoir répudié sa femme, Berthe de Hollande, il ne désirait pas être enterré à côté de ses ancêtres, dans la basilique royale de Saint-Denis.
Sa sépulture est la seule d’un souverain français médiéval à n’avoir été ni violée, ni déplacée de son emplacement original.
D’autres linceuls de chanvre sont attestés, dont celui de la reine mérovingienne Arégonde (520-580), épouse de Clotaire 1er (basilique Saint-Denis).

Philippe 1er, inhumé dans une cape de chanvre pour l’éternité

LE CILICE DE SAINT LOUIS

Ce gilet porté par le célèbre roi, est encore en parfais état aujourd’hui. Composé de crin et de chanvre, il est daté aux alentours de 1260. C’est l’un d’un des trois seuls vêtements royaux du 13ème siècle conservés en France. Une étiquette porte l’inscription : « C’est la haire saint Louis roy de France ».

Le Silice de Saint Louis.

Il est exposé à l’église Saint-Aspais de Melun, France
Le fait que ses reliques soit composées de cannabis sativa rend crédible leurs authenticités, appuyé par le précepte In dubio pro traditione : en cas de doute, priorité à la tradition!

Marseille a-t-elle dépénalisé le cannabis?

Pas de légalisation, pas de coffee shops sur le Vieux-Port, mais un grand écart assumé entre usage massif et répression molle : à Marseille, on fume sans crainte, on vend avec méthode et on surveille sans trop intervenir, sauf quand Paris s’en mêle. Enquête sur une ville qui roule ses joints à l’ombre de ses contradictions.

De la Canebière aux Goudes, de l’Estaque à Château-Gombert, il y a un geste qui ne trompe pas. Un geste qui te géolocalise à Marseille avec plus de précisions que la dernière appli du Mossad. Un geste que certains pourraient prendre pour une prière, mains jointes. Mais ces mains unies n’invoquent aucun dieu. Elles n’adressent aucune prière au ciel immaculé de Provence, pas même une supplique quant à la qualité du cannabis incorporé au tabac et coincé entre les deux paumes sous une feuille XXL ou un subtil collage. Ici, on n’achète que « d’la frappe ! ». On le croit, en tout cas, misant sur la fraîcheur, la souplesse du produit. On sait qu’en regardant au loin, au-delà des flots bleus qui dessinent la ligne d’horizon, on peut presque surveiller du coin de l’œil, le champ où la fleur a poussé, avant récolte et extraction de la résine. On sait même que, sur notre rive, des usines à beuh sous lampes tournent désormais à plein régime dans des caves ou de vastes entrepôts pour répondre à la demande et que, comme pour les tomates, il existe à côté de ces magnats de la distribution de masse, des petits producteurs indépendants qui soignent leurs cultures à l’ancienne, sans produit chimique, ni modification génétique. Ici, qu’on soit fumeur, adepte du vapo, croqueur de gâteau ou rien de tout ça, on sait que ce geste technique, cette « retournette » de mains jointes, avant roulage entre deux doigts et léchage du bout de la langue, ne surprend personne ; pire ou mieux, ne dérange personne. Si l’on peut boire son jaune au comptoir, pourquoi ne pourrait-on pas tasser son cône en terrasse avant de l’allumer ?

Crédits : Scali

C’est Marseille, PP !

Pour le journaliste et écrivain Philippe Pujol, prix Albert-Londres en 2014 pour une série d’articles sur les quartiers Nord de sa ville** dans le quotidien régional La Marseillaise où il a eu en charge, des années durant, la rubrique des faits divers : « La fum’ est presque une histoire de tradition. Marseille est une ville méditerranéenne, un port qui plus est, avec tout ce que cela peut engendrer comme trafic ; où le kif fait partie des habitudes depuis des lustres », rappelle-t-il. Ça serait donc pourquoi nos rouleurs de rue de la cité phocéenne, consommateurs aux vues de toutes et tous, n’alarment pas les agents de la Maréchaussée. Les Bleus ne s’en inquiètent pas plus que ça. Pourtant, comme partout ailleurs en France, la légalisation, pas plus que la dépénalisation ne sont ici inscrites dans les tables de la loi. Qu’importe, du Vieux-Port aux collines qui cernent la ville et lui donnent des allures insulaires sur la terre ferme, tout le monde vit comme si… avec un temps, ou plus, d’avance.

La loi et l’esprit de la loi

« Tu ne peux évoquer la consommation de hasch sans t’intéresser à la sociologie de la ville, confie celui qui exerce son métier sans carte de presse. Un tiers de la population marseillaise vit sous le seuil de pauvreté. Le popo, la beuh agissent avant tout donc comme un anxiolytique. C’est le plus consommé en France. Au nord, on boit. Au sud, on fume », résume-t-il à gros traits, tout en trouvant là, les raisons de la « coolitude » marseillaise en matière de répressions, de laisser-faire, devrais-je dire. « La picole induit des comportements beaucoup plus violents, c’est pourquoi même si ce n’est pas dit, entre deux maux, nos autorités préfèrent le moins pire. C’est une preuve d’intelligence, clame-t-il avant d’embrayer et d’accélérer : En Nouvelle-Calédonie par exemple, le gouvernement a autorisé le Kava, une plante anxiolytique et calmante qui pousse dans la région, afin de contrecarrer les ravages de l’alcoolisme. Il n’y a que là que le Kava est utilisé, reconnaissant de fait une pratique ancestrale, mais aussi la moindre dangerosité du produit. »

Commissariat, Crédit Scali

L’ennemi n° 1 : la pauvreté

Ses enquêtes de terrain ont forgé quelques certitudes qu’il est prêt à remettre en cause, mais qui inévitablement aboutissent au même constat : « Je ne parle jamais de narcotrafic car c’est la pauvreté qui impacte en premier lieu la vie des quartiers, en modifie les équilibres et participe à l’implantation des fours et autres lieux de deal ; pas l’inverse. » Une analyse que valide, selon lui, l’évolution de villes jusqu’à présent épargnées par le trafic à grande échelle, comme Poitiers ou Rennes : « Ces agglomérations connaissent désormais ce que nous vivons ici depuis des décennies. Nous avions juste de l’avance dans le délitement. » À jamais les premiers…

Gonflette sécuritaire

L’apparente décontraction quant à la consommation de hasch dans la ville, ne suffit pas à pacifier les rapports aux différents échelons de cette « petite entreprise » dont chaque point de deal rapporterait, selon le chercheur à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) Michel Gandilhon, 80 000 euros par jour, toutes drogues confondues. Les guerres de territoire, les pas de côté non autorisés et les initiatives personnelles malvenues suffisent à expliquer pourquoi Marseille glisse régulièrement son nom en une de la presse quotidienne locale comme nationale, pour ses règlements de comptes ; échauffant à Paris, les cerveaux des fonctionnaires de la place Beauvau. Il n’est d’ailleurs par rare de voir le ministre de l’Intérieur du moment, flanqué d’une escouade de collègues dépêchés et de collaborateurs réquisitionnés, venir se pencher sur le sort, triste sort, de la ville blanche et bleue. Fin 2023, quand la ville décrochait un funeste record en matière de décès liés au trafic de stupéfiants avec pas moins de 47 morts, Gérald Darmanin, tout juste nommé garde des Sceaux, sortait du chapeau une opé’ « Place nette », boostée quelques mois plus tard, en « Place nette XXL ». Le journaliste qui a théorisé l’idée du monstre pour mieux en comprendre les rouages et cerner les dysfonctionnements qui nourrissent la marginalisation et la violence, ne croit pas à ces séances de gonflette sécuritaire et plaide pour une prise de conscience du phénomène dans sa globalité et pas juste de sa partie émergée, sanglante et déstabilisante.

Solidarité vs business

En 2005, quand la France a connu vingt et un jours consécutifs de violences et de dégradations urbaines, suite aux décès de Zyed Benna et Bouna Traoré électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois où ils avaient trouvé refuge pour échapper à un contrôle de police, Marseille avait à peine réagi. À l’époque, certains pensaient que ce calme olympien était le fruit du travail en profondeur du tissu social, associatif le plus souvent, qui avait évité que les cités se réveillent avec des carcasses de voitures brûlées au pied des immeubles après des nuits d’affrontements, de guérilla urbaine ; quand d’autres avançaient, avec tout autant de conviction, qu’il s’agissait juste de la mainmise des trafiquants sur les quartiers. « En effet, disaient-ils, les vendeurs ne souhaitaient pas que les affrontements viennent compliquer leur business, qu’une présence policière sur les dalles de béton dissuade les acheteurs. » Les deux font sens. Si la solidarité et l’entraide ne sont pas que des mots ici, le business a aussi des règles que la loi ignore. Dans un cas comme dans l’autre, on ne peut pas dire que le maire (Jean-Claude Gaudin, à l’époque) ait eu une quelconque incidence sur le déroulé du scenario marseillais durant ces trois semaines. Cette régulation empirique, sans décision politique affirmée, est à l’image du regard des Marseillais sur leurs quartiers Nord ; des quartiers qu’ils décrient, conspuent et rejettent sans les connaître quand ils n’y habitent pas. Politiquement, bien que marqués par une forte abstention, ces quartiers ont pesé dans la balance lors du troisième tour des dernières élections municipales. Un scenario qui pourrait se reproduire avec plus d’acuité encore au regard du désir du député Insoumis Sébastien Delogu de se présenter au poste de maire de Marseille sous les couleurs du mouvement initié par Jean-Luc Mélenchon, ouvrant ainsi une brèche dans la coalition du Printemps marseillais, victorieuse en 2020. Quels que soient les configurations, les attelages et les alliances, il sera alors plus que temps et peut-être même déjà trop tard pour se poser les questions de fond et avancer des réponses quant au devenir de ces quartiers, au retour des services publics ou de revendiquer une véritable égalité des chances afin de lutter contre les trafiquants qui profitent de ce délitement de la République pour imposer leurs règles du jeu.

Fada en ville. Crédits Scali

Offres promo

Sans avoir usé leur fond de culotte sur les bancs de la poignée de prestigieuses écoles de commerce marseillaises, les petits exploitants qui « charbonnent » au pied des tours pour la DZ Mafia, Yoda ou d’autres gangs moins influents, ont développé des techniques commerciales imparables, des offres promotionnelles taguées à même le mur ou sur le bitume afin de fidéliser la clientèle, offrant feuilles ou briquets. Quand le Covid a réduit les possibilités de circulation de chacun, des offres de livraison sont apparues, se sont développées, donnant ainsi naissance via des messageries cryptées, à ce que les médias ont qualifié d’« Uber Shit ». « Cela ne touche que la partie la plus aisée des consommateurs, habitant·es de l’hyper-centre-ville ou des beaux quartiers, précise Philippe Pujol, car même si elle est annoncée gratuite, la livraison a un coût ; coût bien évidemment répercuté sur le prix du produit. Le quartier continue d’aller toucher au quartier parce que c’est un commerce de proximité et que c’est moins cher ! Il n’y a pas de petites économies, précise le journaliste qui a du mal à concevoir un échéancier pour la dépénalisation. C’est, en France, plus compliqué qu’ailleurs. Cela ne pourra se faire sans un débat de fond où l’on remet tout à plat, à commencer par le monstre qui fabrique des radicalismes délinquants comme ceux que produisent ma ville, détruisant dans cette spirale de l’illicite et du rêve de la réussite, une partie de sa jeunesse, estime-t-il. Qui plus est, on n’évitera pas à la marge, la contrebande et la contrefaçon avec des produits surdosés. » À l’instar de la commercialisation du CBD, qui a permis à certains fumeurs invétérés de weed de décrocher ou de lever le pied, pour retrouver une forme de conso’ vraiment récréative car beaucoup plus occasionnelle, « la dépénalisation conduit le plus souvent à réduire les consommations » atteste le journaliste qui a consulté toute une série d’études effectuées dans des pays qui ont eu ce courage et cette intelligence.

Baba Scali

 

* Les différents papiers publiés dans La Marseillaise et pour lesquels il a obtenu le prix Albert-Londres ont été compilés et publiés dans French Deconnection : Au cœur des trafics (Robert Laffont/Wildproject, 2014).

Quand les rois et empereurs de France encourageaient la culture du chanvre

Pendant des siècles la France et le chanvre ont filé le parfait amour. En attendant que l’Etat,  la plante et la planète se réconcilient, Zeweed vous invite à parcourir les plus belles déclarations d’allégeance faites au cannabis par les rois et empereurs du pays des lumières.

Charlemagne et le canava

La barbe de Charlemagne était fleurie, nous enseignent comptes et chansons. Mais fleurie de quoi? De cannabis pourquoi pas! Car l’empereur n’était pas insensible aux multiples propriétés et applications du chanvre. Dans son Capitulaire De Villis, Charlemagne invitait vivement ses sujets à la culture du chanvre (appelé alors canava), matière première essentielle à la confection de tissus, toiles, voiles et cordages. “Quid de lana, lino, vel canava ” Qu’en est-il  de la laine, du lin et du chanvre?” avait invectivé le roi des Francs.
(Capitularia de Villis vel curtis imperii, article LXII, Circa 800).

Louis XV libère le commerce du chanvre…

Près d’un millénaire plus tard, en 1720, le régent du jeune roi Louis XV, Philippe d’Orléans, publia un arrêt favorisant l’essor du cannabis agricole : « Arrêt du conseil d’état qui ordonne que le commerce du chanvre dans l’intérieur du royaume sera libre. Fait défense de le faire sortir et de l’envoyer à l’étranger et permet à la Compagnie des Indes d’établir des magasins et le prix des chanvres. » (Imprimerie royale, Paris : Arrêt du 29 décembre 1719, document F-21084-105 de la BNF).

… avant que Louis XVI et Necker n’en fassent une priorité

Peu avant la révolution française, en 1779, c’est Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI qui sera chargé de recenser les provinces cultivant le chanvre et d’encourager cette culture afin de ne pas dépendre d’importations pour cette matière première essentielle.  Comme aujourd’hui, les services de l’État désiraient la mise en œuvre d’une agriculture capable de rivaliser avec l’Empire de Chine ou l’Amérique.
C’est la raison de ce courrier adressé alors à tous les maires de France:
« La France est obligée, Messieurs, de tirer annuellement de l’étranger une grande quantité de chanvre, ce qui fait sortir beaucoup d’argent du Royaume. Le gouvernement, occupé plus que jamais des moyens de remèdes aux inconvénients de l’exportation du numéraire, a pensé qu’il était possible d’augmenter la culture de cette plante au point de ne plus recourir à l’étranger. Pour juger de l’augmentation dont cette production est susceptible, le Roi a déterminé de faire constater de la manière la plus précise la quantité de terrain qui est propre au chanvre dans chaque province. » (Lettre adressée au Maire Consul de Mandelieu, le 5 juin 1779 par Jacques Necker, conservée aux Archives Municipales de Mandelieu – HH1 : « Culture du chanvre », 1779).

1803 : Napoléon ordonne aux préfets de semer

Le 18 février 1803, Napoléon Ier encourageait la culture de cette plante, autrefois essentielle à la fabrication des cordages de la marine militaire : « Paris, 29 pluviôse an 9, Ordre 6585 : Faire semer en France du chanvre. Le ministre fera connaître la quantité de cette denrée qu’il peut acheter cette année. Le ministre la répartira entre les différents départements et arrondissements, en donnant ordre aux sous-préfets et préfets de la faire semer dans les communes. Ils donneront l‘assurance que ce chanvre sera acheté à un prix déterminé, rendu dans un point central désigné. Bonaparte. » (Archive de la marineCorrespondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’empereur Napoléon III, Tome 8, p. 207, 1861).

A la semaine prochaine pour un nouvel épisode de l’Histoire du chanvre!

Alexis Chanebau

 

Ecrivain, historien et encyclopédie vivante de l’histoire du cannabis , Alexis Chanebau a écrit plusieurs livres sur la belle plante dont le remarquable ouvrage “Le chanvre, du rêve aux mille utilités!“, disponible sur ici sur Amazon

 

Cette année, l’appel du 18 joint se tiendra au parc de la Villette

Ce 18 juin à 18 h, le CIRC (Collectif d’Information et de Recherche Cannabique) relance son traditionnel « Appel du 18 Joint ». Un happening politico-herbacé qui investira cette année le parc de la Villette sous un soleil radieux. Objectif ? Dégeler un débat sur la légalisation du cannabis, débat réclamé depuis 50 ans par le CIRC, mais jamais ouvert…

Liberté, légalité, fraternité

L’événement, dont le nom détourne celui de l’appel gaulliste de 1940, est devenu au fil du temps un classique de la contre-culture française. Chaque année, les défenseurs de la dépénalisation se retrouvent pour allumer plus que des mégots : une contestation lucide, joyeuse et pas si marginale. Car même si la France conserve l’une des politiques les plus répressives d’Europe, elle reste aussi championne continentale de la consommation de weed et de taga.

L’Appel du 18 Joint, ce n’est pas qu’un simple sit-in de fumeurs en goguette. Au programme : prises de parole, musique, performances et débats. Le tout dans un esprit résolument pacifique, mais politiquement très clair : le cannabis doit être légalisé, encadré, et sorti de l’hypocrisie ambiante. « Il est urgent d’ouvrir le débat, pas de l’étouffer sous la fumée idéologique », plaident les organisateurs.

Fumée blanche pour les droits ?

Organisé par le CIRC et soutenu par Cannabis Sans Frontières, le rassemblement vise aussi à rappeler des réalités de terrain : surpopulation carcérale, répression arbitraire, interdiction de l’autoproduction, et marché noir prospère. Bref, une politique qui coûte cher, pour des résultats discutables.

Parce de la Villette, des militants de longue date croiseront des jeunes activistes, des élus locaux curieux, des artistes engagés, et quelques badauds surpris de voir flotter divers types de feuilles sur le gazon. Le mélange des genres est assumé. C’est même le but. Réconcilier la France avec son joint refoulé.

Le premier appel du 18 joint, en 1976, dans Libération.

Appel à la régulade

Alors que l’Allemagne, la Suisse ou encore le Luxembourg ont déjà enclenché une dynamique de régulation, la France tergiverse. Raison de plus pour faire entendre la voix des usagers, loin des clichés et des raccourcis. Car derrière le slogan potache, une vraie question de société : faut-il continuer à pénaliser des millions de citoyens pour un usage privé ?

Rendez-vous est donc donné ce mardi 18 juin, à 18 h, Parc de la Villette, pour une manif avec le même mot d’ordre depuis son apparition dans les colonnes de Libération en 1976 : Sortir du tabou et ouvrir le débat.

 

Comment Rabelais décrivait la Weed

Rabelais, dans son oeuvre : le Tiers Livre, aborde le sujet de notre plante d’une manière riche et originale. Son récit décrit un monde fantastique, dont les éléments paraissent de prime abord chimériques et sans rapport aucun avec le réel. Pourtant, le végétal qu’il décrit ne va pas sans rappeler par de multiples aspects le chanvre ou la Weed et certains de ses effets.

À la fin du Tiers Livre, paru en 1546, Pantagruel et son compagnon Panurge achèvent la longue série de rencontres initiatiques qui rythment l’ouvrage. La question qui anime Panurge : “doit-il se marier ?”, sert de prétexte à la consultation de différents interlocuteurs souvent d’apparence invraisemblable : un philosophe, un fou, une sorcière, etc.

Or, au chapitre 59 (XLIX), Rabelais fait état d’une herbe qu’il nomme Pantagruelion : « tant verte & crue, que confite & préparée ».   « L’herbe Pantagruelion a racine petite, durette, rondelette, finissant en pointe obtuse, blanche, à peu de filaments, & pas plus profonde en terre que d’une coudée. De la racine procède une tige unique, ronde, ferulacée, verte au dehors, blanchissant au dedans : concave, comme la tige de Smyrnium, Olus atrum, Fèves, & Gentiane : ligneuse, droite, friable, crénelée, quelque peu à forme de colonnes légèrement striées : pleine de fibres, en lesquelles consiste toute la dignité de l’herbe, aussi bien dans la partie dite Mesa, c’est-à-dire médiane, que dans celle qui est dite Mylasea ».  

S’ensuit une longue description de la plante selon sa forme et sa composition : il s’agit en vérité du chanvre. Aux chapitres suivants, Rabelais décrit ses multiples usages suivant les traditions, les appellations qu’on lui donne et les peuples qui l’emploient. Il lui prête quantité de vertus miraculeuses et explique son origine :   « Ce sont d’ailleurs ces vertus et ses singularités qui la font nommer Pantagruelion. Car de même que Pantagruel a été l’Idée et l’exemple [vocabulaire platonicien] de toute joyeuse perfection (je crois que personne parmi vous autres Buveurs [c’est ainsi que Rabelais nomme ses lecteurs] n’en doute), aussi au Pantagruelion je reconnais tant de vertus, tant d’énergie, tant de perfection, tant d’effets admirables, que si elle eut été en ses qualités reconnues lorsque les arbres (selon le récit du Prophète) firent élection d’un Roi des bois pour les régir & dominer, elle sans doute eut emporté la pluralité des voix & des suffrages. Vous en dirai-je plus ? »

Ainsi le chanvre sert, selon la façon dont il est utilisé, à fabriquer des textiles, des cordes, des décorations. Rabelais fait aussi état de propriétés relaxantes similaires aux effets de ce que nous appelons aujourd’hui le CBD :« La racine de celle-ci, cuite en eau, ramollit les nerfs étirés, les jointures contractées, les podagres sclirrhotiques, & les gouttes nouées ».

Ces longues descriptions, quoiqu’insérées dans un contexte fantastique, font pourtant état des différentes méthodes qui servaient à l’époque de Rabelais à préparer et à employer le chanvre. Car, les analyses et les interprétations modernes tendent à trouver dans ses écrits comiques des sens cachés, des informations à caractère rationnel, expérimental ou philosophique.  On regrette seulement qu’il ne soit fait aucune mention des effets psychoactifs du cannabis, que Rabelais, en sa qualité de médecin, décrit pourtant grassement. Mais on découvre ici avec amusement que déjà au XVIe siècle, une certaine communauté « scientifique » se penchait avec émerveillement sur notre chère plante.

Interview : Antoine Léaument (LFI) “le prix de vente devrait tourner autour de sept euros, taxes comprises”

C’est un rapport parlementaire peu commun qui a été envoyé en février  aux élus de l’Assemblée nationale.  Dans ce document de 322 pages sur la lutte contre le trafic de stupéfiants,  les députés Antoine Léaument (LFI) et Ludovic Mendes (Renaissance) préconisent la légalisation du cannabis et la dépénalisation de toutes les autres drogues. Une proposition qui a le mérite d’ouvrir une autre voie que le tout répressif. Député Léaument, au parloir !

ZEWEED : Antoine Léaument, comment naît l’idée d’un tel rapport ?
Antoine Léaument : Le Sénat avait lancé une commission d’enquête sur la lutte contre le narcotrafic qui a été rendu public il y a un an. Il y a eu la volonté d’une formule parallèle avec la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Nous avons donc lancé la mission d’information en octobre 2023 pour qu’il y ait deux sources d’informations sur le sujet.

Comment s’organise-t-on pour écrire un tel rapport?
Il faut voir un maximum de monde qui se rapproche de notre sujet ; en l’occurrence, la lutte contre le trafic de stupéfiants : addictologues, personnes qui travaillent sur l’entrée dans la consommation, l’entrée dans la délinquance, auditions avec l’instance de l’ONU qui s’occupe de la lutte contre le trafic… En tout, nous avons réalisé 80 auditions et 6 déplacements. Nous sommes allés dans tous les angles morts de la commission d’enquête faite par le Sénat. Par exemple, nous sommes remontés à la source du problème en nous rendant en Guyane, où nous avons pu rencontrer un certain nombre d’acteurs qui nous ont montré les pirogues qui transportent la cocaïne sur le fleuve Maroni. En Guyane, on a pu auditionner les douaniers, le préfet, les gendarmes, la police, la police des frontières, pour avoir une idée très précise de la situation et comprendre comment un kilo de cocaïne vendu 3 000 euros sur place s’échange, après avoir été coupé cinq fois, 30 000 euros en France.

Dans ce rapport, vous préconisez la légalisation du cannabis et la dépénalisation de toutes les autres drogues en dessous d’une possession de trois grammes. Pourquoi trois grammes ?
Parce qu’il faut quand même conserver une frontière qui permette de différencier les gens détenant de la drogue pour leur usage personnel de ceux qui comptent en faire la vente. La limite est un peu arbitraire mais elle permet de dire qu’au-delà de trois grammes, on peut soupçonner la personne d’organiser ou de participer à un trafic.

Parlons des AFD (amendes forfaitaires délictuelles) qui sont actuellement une alternative aux poursuites judiciaires. Que préconisez-vous ?
Là-dessus, nous divergeons avec Ludovic Mendes. Lui propose de maintenir les AFD entre trois et six grammes et propose une voie judiciaire au-delà. Moi, je considère que, pour faire baisser la consommation de stupéfiants, il est plus utile de faire de la prévention que de mettre des AFD. Je propose donc, au-delà de trois grammes de possession, le passage par la voie judiciaire qui permet des compositions pénales et des parcours de soins.

“Ce que nous préconisons pour que ce soit efficace, c’est que le prix permette de rémunérer les producteurs, que nous souhaitons français,  et qu’il soit moins cher que celui du marché illégal”

Sachant que le prix serait un enjeu majeur pour lutter contre le trafic de cannabis, quel est celui que vous préconisez pour le gramme d’herbe et pour le gramme de shit vendus de manière légale?
On ne fait pas le distinguo entre l’herbe et le shit ; on parle de cannabis. Pour le prix, nous laissons le pouvoir public le déterminer. Mais ce que nous préconisons pour que ce soit efficace, c’est que le prix permette de rémunérer les producteurs, que nous souhaitons français,  et qu’il soit moins cher que celui du marché illégal. Partant de cela et sachant que le gramme de cannabis coûte un peu moins d’un euro à la production, nous estimons que le prix de vente devrait tourner autour de sept euros, taxes comprises. Enfin, je propose que l’ensemble de la chaîne soit placé sous le monopole de l’État pour qu’il n’y ait pas de discussion autour du profit.

Certains opposants avancent que les doses de THC ne seraient pas assez fortes et que les consommateurs iraient chercher des produits plus puissants du côté du marché illégal. Que leur répondez-vous ?
Je leur réponds que c’est effectivement un risque. Mais, justement, c’est l’un des éléments qu’on a pris en compte dans le modèle que nous proposons. Nous désirons que les taux de THC soient assez forts mais respectent des niveaux qui seront définis par des équipes médicales pour que ce ne soit pas dangereux pour les consommateurs. Notre certitude, c’est que nous devons être compétitifs vis-à-vis du marché illégal, parce que si l’on vend des produits qui ne correspondent pas aux attentes des consommateurs, ce sera un flop, tout en sachant qu’on ne fait jamais totalement disparaître un marché illégal. Si l’on prend l’exemple canadien, on s’aperçoit que la redirection vers le marché légal ne s’appuie pas seulement sur la question du prix ou les taux de THC, mais aussi sur la confiance qu’on peut avoir dans les institutions publiques pour avoir des produits sains.

« Le cannabis français doit être pensé comme une filière d’excellence. »

À ce propos, il y aura un système de formation pour les producteurs ?
Il y aurait un système de licence pour les producteurs avec un certain nombre de règles, notamment environnementales, sur l’usage des pesticides, par exemple. Le cannabis français doit être pensé comme une filière d’excellence. Mais c’est surtout dans la vente que nous souhaitons qu’il y ait de la formation, parce qu’il est hors de question que cela se fasse en mode open bar: il faut qu’une personne qui vende du cannabis soit formée aux risques associés à la consommation, notamment pour les plus jeunes, et qu’elle puisse, au moment où elle vend, suivre un certain nombre de règles.

Comme quoi ?
L’âge, par exemple. Sur ce sujet, nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec Ludovic Mendes. Lui souhaite interdire la vente aux moins de vingt et un ans ; moi, au moins de dix-huit ans parce que je sais très bien que si les plus jeunes n’ont pas la possibilité d’aller se fournir dans un magasin légal, soit ils se dirigeront vers le marché illégal, soit ils demanderont à des adultes d’acheter à leur place.

“En faisant cette mission d’information sur un an et demi, j’ai vraiment pris conscience que l’alcool est le produit le plus problématique en France”

À votre avis, pourquoi les Français se droguent-ils autant ?
Alors ça, c’est la bonne question. Il faudrait déjà qu’on commence par parler de l’alcool, parce que la vérité, c’est que c’est la principale drogue consommée en France et qu’elle est parfaitement légale. D’ailleurs, en faisant cette mission d’information sur un an et demi, j’ai vraiment pris conscience que l’alcool est le produit le plus problématique en France, en nombre de consommateurs, de comportements problématiques et de dépendance. Comme c’est culturel, on ne se rend pas bien compte de l’importance du phénomène mais, lorsque l’on regarde les choses de manière un peu honnête, wow, c’est chaud ! C’est chaud aussi sur certains médicaments qui créent une forme de dépendance et altèrent en partie certaines fonctions cognitives.

Comment ça se passe quand un Insoumis travaille avec un macroniste ?
Ça se passe plutôt bien sauf à certains moments, comme quand Ludovic a posé une question au gouvernement odieusement agressive contre les Insoumis – tout juste ne nous accusait-il pas d’être des complices du terrorisme. Là, ça a mis une sale ambiance entre nous [rires]. Mais Ludovic est un député Renaissance un peu particulier : il vient du PS et, sur le sujet de la légalisation, il est ouvert, pas du tout dans une logique répressive de gros bras. Et puis nous sommes, l’un comme l’autre, d’un naturel plutôt sympathique et la discussion a donc été assez facile.

Cannabis thérapeutique : la France prête à lever le tabou

La fumée blanche pointe enfin à l’horizon. Depuis mars 2021, la France teste sous haute surveillance l’usage thérapeutique du cannabis. Deux ans plus tard, l’expérimentation menée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), impliquant près de 3 000 patients, touche à sa fin. Une étape décisive vient d’être franchie avec la rédaction récente des textes officiels, bientôt transmis à la Commission européenne pour validation.

Les pathologies ciblées sont lourdes et souvent réfractaires aux traitements classiques : douleurs neuropathiques sévères, certaines épilepsies, spasticités douloureuses liées à la sclérose en plaques, situations palliatives ou encore les effets secondaires pénibles des chimiothérapies. Les résultats sont déjà probants : réduction significative des douleurs et amélioration notable de la qualité de vie des patients.

« Il serait aberrant de ne pas généraliser ce traitement, vu les bénéfices observés », souligne Anne-Sophie, neurologue impliquée dans l’expérimentation et interrogée par France Inter. D’autant que, selon plusieurs médecins, le cannabis thérapeutique permettrait aussi de réduire la consommation d’opioïdes, offrant une alternative précieuse aux traitements conventionnels.

L’avenir du cannabis thérapeutique entre les mains de la HAS

Toutefois, avant une généralisation effective, un dernier obstacle reste à franchir : l’avis de la Haute Autorité de Santé (HAS). Sollicitée récemment par le ministre de la Santé, elle doit prochainement évaluer l’intérêt thérapeutique précis du cannabis médical. Sa décision, attendue dans les prochains mois, sera cruciale pour l’avenir de milliers de patients en attente d’un soulagement efficace.

En attendant cet ultime feu vert, les autorités sanitaires françaises s’affairent déjà à poser les bases nécessaires à une généralisation maîtrisée : élaboration des modalités de prescription, formation des professionnels de santé et organisation d’une filière nationale sécurisée pour la production et la distribution du cannabis médical. Un dispositif qui devra être étanche afin d’éviter toute dérive vers un usage récréatif incontrôlé.

“Cheval de Troie” de la légalisation pour la droite

Pour autant, le débat est loin d’être clos. Certaines voix politiques conservatrices continuent de s’élever contre cette évolution, dénonçant un risque de banalisation du cannabis. « C’est un cheval de Troie vers une légalisation complète », s’inquiète le sénateur LR Patrick Duval.Pourtant, le recul à l’étranger est largement rassurant. Au Canada, en Allemagne, en Israël ou aux États-Unis, où le cannabis médical est courant depuis des années, aucun cataclysme social ou sanitaire n’est venu troubler les systèmes de santé. « Nous avons suffisamment d’éléments pour éviter les pièges », assure au micro de la première chaine radio de France Laurence Baudin, sociologue spécialiste des politiques de santé.
Reste désormais à franchir ce dernier obstacle réglementaire. Si la France réussit à dépasser ses résistances historiques, le cannabis thérapeutique pourrait enfin apporter une réponse concrète et durable aux patients souffrant de douleurs chroniques. Un soulagement médical plutôt qu’un fantasme récréatif.

L’émission de France Inter est disponible via ce lien 
ZEWEED avec AFP et France Inter

Un député macroniste et un insoumis proposent la légalisation du cannabis.

Ce lundi, Ludovic Mendes (Renaissance) et Antoine Léaument (LFI)  ont remis les conclusions de leur rapport parlementaire sur la lutte contre le trafic de stupéfiants. Une remise en question majeure des politiques répressives, qui ouvre enfin la porte à un débat sérieux sur la légalisation du cannabis en France.

Constat d’échec

Si le sujet divise toujours, une évidence s’impose : la prohibition ne fonctionne pas. Avec une consommation record en Europe (près de 5 millions d’usagers annuels) et un marché noir qui génère plusieurs milliards d’euros, le cannabis est devenu un pilier de l’économie parallèle. Pourtant, la réponse de l’État reste inlassablement la même : répression accrue, arsenal législatif renforcé, moyens policiers décuplés. Résultat ? Un échec patent.
Depuis l’instauration de l’amende forfaitaire délictuelle en 2020, censée sanctionner rapidement les consommateurs, la situation ne s’est pas améliorée. Pire, la politique du tout-répressif a engendré une saturation des tribunaux et un renforcement des réseaux criminels, qui n’ont jamais été aussi violents et prospères.
C’est dans ce contexte tendu que les députés Ludovic Mendes et Antoine Léaument ont mené une série d’auditions et de consultations pour explorer d’autres solutions.

Ouverture de débat?

Les conclusions de leur rapport, remises aujourd’hui à l’Assemblée nationale, esquissent une alternative crédible et documentée : la légalisation régulée du cannabis. S’appuyant sur les expériences du Canada, des États-Unis et plus récemment de l’Allemagne, les parlementaires démontrent que l’encadrement du marché permettrait de tarir les flux financiers des trafiquants, tout en générant des recettes fiscales substantielles.
Le modèle proposé ? Une production sous licence, une distribution contrôlée via un réseau de commerces agréés, et une taxation qui financerait la prévention et les soins liés aux addictions. Un cadre strict, loin du fantasme d’une libéralisation anarchique.

Antoine Léaument, fervent défenseur d’une approche pragmatique, insiste sur la nécessité d’un débat apaisé : « Il faut sortir du dogme prohibitionniste et regarder la réalité en face. La répression est un échec. Nous avons le devoir d’explorer d’autres voies. »Ludovic Mendes, déjà engagé sur la question lors du rapport d’information sur le cannabis en 2021, va plus loin : « L’objectif n’est pas d’encourager la consommation, mais de contrôler un marché aujourd’hui livré aux mafias. C’est une question de santé publique et de sécurité. »

Gouvernement vent debout contre la légalisation 

Reste à savoir si ce rapport pèsera dans l’agenda politique. Car si une partie de la gauche et des libéraux y sont favorables, la droite et le gouvernement restent frileux. Gérald Darmanin, fervent opposant à toute forme de légalisation, martèle que « la drogue, c’est de la merde », alors que Bruno Retailleau rejette en bloc l’idée d’un référendum sur la légalisation du cannabis, initiative portée depuis plusieurs années par le maire de Grenoble Eric Piolle
Mais les lignes bougent. Le rapport Mendes-Léaument pourrait bien être le premier pas vers une refonte profonde de la politique française en matière de cannabis. Une refonte attendue par une majorité de Français, qui, selon les derniers sondages, se déclarent désormais favorables à une légalisation encadrée.
L’Hexagone sera-t-il enfin prêt à rejoindre le club des pays ayant tourné la page de la prohibition ? La balle est désormais dans le camp du gouvernement.

Trop scotché pour arrêter le cannabis? Voici la pilule miracle d’Aelis Farma.

Dormez tranquilles, fumeurs de joints compulsifs, la science vole à votre secours ! Fini les remords post-bang et les promesses envolées  “j’arrête demain (mais au fait on est quel jour?)”, la start-up française Aelis Farma aurait trouvé la potion magique contre l’addiction au cannabis. Son nom ? AEF117. Son but ? Vous dégoûter du THC sans effort. Awesome?

Candidats à la canna-détox, avant que vos yeux rouges ne pleurent de joie, rappelons un fâcheux précédent : en 2008, le Rimonabant de Sanofi devait être la réponse à tous les maux. C’était sans compter les effets secondaires rapportés par les patients: anxiété, dépression, suicide… Résultat : la potion magique de Sanofi a été déclarée persona non grata par les agences de santé. HAS en tête.
Rassurez-vous, Aelis Farma promet qu’AEF117 est différent ! “Une molécule qui bloque les effets du THC sans aucun effets indésirable. Tous les feux sont au vertexplique son PDG Pier Vincenzo Piazza. Donc une pilule qui vous empêche d’apprécier le cannabis, mais sans aggraver votre humeur, qui risque d’être passablement mauvaise les premiers jours.

Car l’addiction au cannabis reste un problème bien réel. En tous cas selon l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT), qui estime à 10 % le nombre d’usagers devenant dépendants. Mais qui a réellement envie d’un traitement chimique pour se passer d’une substance qui n’est pas physiquement addictive? Le problème principal n’est-il pas l’accès à un suivi psychologique de qualité ? Une addiction, ce n’est pas juste une lumière à éteindre dans le cerveau via une molécule miracle.

Mais qu’importe, sur le segment weed, il s’agit de trouver de nouveaux marchés lucratifs alors que le cannabis médical peine à s’implanter en France. Et pourquoi pas faire fortune sur ceux qui veulent se passer du récréatif?  Si AEF117 passe les dernières phases de test, il ne restera plus qu’à attendre la publicité gouvernementale nous expliquant que la drogue, c’est mal, mais que cette pilule, c’est bien. En attendant, les consommateurs devront se contenter des bonnes vieilles techniques : volonté, thérapie et…culpabilisation.

Cannabis thérapeutique : les patients français en sursis dans un contexte politique des plus flous

Des milliers de patients français sous traitement de cannabis à visée médical ont obtenu un sursis temporaire, leur permettant de poursuivre leurs soins pour six mois supplémentaires… en vue de trouver d’autres alternatives.

Dans un contexte de chaos politique persistant, les participants à l’« expérimentation » française sur le cannabis médical – qui entre dans sa cinquième année – ont frôlé une interruption brutale de leurs traitements, souvent cruciaux, au 31 décembre 2024.
Malgré une nouvelle prolongation du programme, initialement prévu pour se terminer en 2023, l’incertitude plane toujours sur la « généralisation » du cannabis médical, comme promis par le gouvernement, et son intégration au système national de santé.
Cette prolongation intervient alors que le tout nouveau ministre de la Santé, Yannick Neuder, affirme que « la voie du cannabis thérapeutique » doit encore être « étudiée », en raison de son efficacité sur des douleurs « rebelles, souvent non soulagées par d’autres médicaments ».
Pourtant, face à l’inaction successive des gouvernements sur ce dossier et au retard de la généralisation prévue pour janvier 2024, patients et défenseurs du cannabis restent sceptiques. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), dans son annonce de la nouvelle extension, a précisé que celle-ci vise à donner aux patients le temps de se sevrer et d’envisager des alternatives.

Quatre ans d’expérimentation

En décembre, des associations de patients avaient alerté sur une interruption imminente des traitements, faute de cadre clair pour la suite de l’expérimentation. Lancée en 2021, celle-ci devait poser les bases d’un système complet de cannabis à visée médicale. Après de multiples prolongations, accusé de « repousser l’échéance », le gouvernement avait annoncé que la généralisation serait pour 2025.
Depuis 2024,  le programme était dans une « phase de transition » : aucun nouveau patient ne peut s’inscrire à l’essai, mais les participants inscrits continuaient de recevoir leurs traitements et à être remboursés, et ce jusqu’à ce qu’un système pérenne soit établi. Or, cette phase a pris fin le 31 décembre 2024, sans plan ni budget pour permettre aux milliers de patients de poursuivre leurs soins.

Espoir ou moratoire? 

Sous une pression croissante, l’ancienne ministre de la Santé, Geneviève Darrieussecq, avait prolongé l’essai jusqu’au 30 juin 2025, une décision validée par son successeur, Yannick Neuder. Ce dernier a toutefois insisté sur la nécessité pour les patients de se sevrer et de consulter pour envisager d’autres solutions.
Neuder a déclaré que cette extension permettra aux patients de « continuer leur traitement en attendant de réorganiser et de consulter pour voir si nous pouvons créer une filière autour de cette nouvelle source de médicaments ». Il a ajouté : « Je pense que nous devons étudier cette voie du cannabis thérapeutique, car elle couvre une gamme de douleurs rebelles souvent non soulagées par d’autres médicaments : traitements contre le cancer, raideurs, douleurs faciales. »

Avenir incertain

L’avenir du cannabis médical en France reste flou. Les autorités médicales françaises expriment des doutes quant à son efficacité, malgré une étude de référence publiée en 2021 dans le British Medical Journal et les résultats positifs de l’expérimentation menée depuis quatre ans.
Selon des données publiées par l’ANSM en 2023, sur 2 204 patients inclus dans l’essai, 91 % se sont déclarés favorables à la légalisation du cannabis médical en France. Pourtant, l’expérimentation se concentrait davantage sur les aspects logistiques de mise en place d’un cadre légal que sur les données d’efficacité et de sécurité.

Dans un contexte d’ instabilité politique marquée et des priorités faites à l’immigration, l’insécurité, et la dette publique, le cannabis médical passe au second plan. Son avenir dépend désormais du budget 2025, au cœur du chaos politique.
Pour que le cannabis médical soit généralisé, les amendements  nécessaires devront être inclus dans le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale), qui sera débattu dans les semaines à venir. Le nouveau Premier ministre, François Bayrou, a par le passé défendu la généralisation du cannabis thérapeutique et a promis d’annoncer sa position « prochainement ».

 

Zeweed avec Prohibition Partners, Business of Cannabis et AFP
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