Georges Desjardin-Legalt

Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

POTUS Cannabis club

Onze présidents américains ont flirté avec la weed. Des champs de cannabis de George Washington aux space cakes de Bill Clinton, petite histoire enfumée de la Maison Blanche.

Georges Washington

Le plus cultivateur.
Au XVIIIème siècle, le chanvre était largement cultivé afin de produire cordes et textiles (le chanvre utilisé pour sa fibre ne contient en revanche qu’une faible quantité de THC, l’agent psychoactif). Si le premier président des États-Unis a largement incité ses concitoyens à faire pousser la plante pour sa fibre, les cultures personnelles de Georges W. étaient destinées à un tout autre usage. Le 5 mai 1765, le premier président des États-Unis notera « qu’il est nécessaire de séparer plants mâles et femelles dès que possible, afin de tirer du chanvre le meilleur profit ».  À la fin de la même année l’homme  dont ont retrouve le visage sur tous les billets de 1 dollar écrira que « le chanvre est une remarquable plante, tant pour ses applications textiles et maritimes que pour ses vertus médicinales hautement appréciables».  Un Nouveau Monde est né !

Thomas Jefferson

Le plus esthète.
Avant de devenir Président, Jefferson occupait le poste d’ambassadeur des États-Unis en France.
En cette fin du XVIIIème siècle, alors que le futur chef d’Etat est encore diplomate, le tout Paris s’entiche du cannabis. Salons et clubs dédiés au haschisch fleurissent et s’installent dans les beaux quartiers de la capitale. Jefferson est immédiatement conquis par l’effet de la plante, tant et si bien qu’une fois revenu au pays, il fit venir de Chine des graines d’indica réputées pour leur puissance psychotrope. Le co-rédacteur de la Déclaration d’Indépendance écrira au sujet de ses stupéfiantes habitudes que  “Certaines de mes meilleures heures ont été passées assis sur ma véranda arrière, fumant du chanvre et observant à perte de vue.” Dude présidentiel.

James Madison

Le plus inspiré
Le père et co-rédacteur de la Constitution des US a régulièrement soutenu que c’est un beau soir de juillet qu’il avait soudainement eu  “l’inspiration et la perspicacité” de concevoir et rédiger les bases du texte fondateur de la démocratie américaine. Wikileaf précise à cet effet que “il est probable que le président Madison se réfère à une variété de cannabis récréatif très prisée par les premiers colons.” Et tout porte à croire que la partie «perspicacité»” dont il fait mention, lorsqu’il rédigeât une grande partie de la constitution, fait référence aux propriétés psychotropes de la belle plante.

James Monroe

Le plus régulier.
France encore. Dans le pays de toutes les tentations, le futur président James Monroe qui fut (comme Jefferson) ambassadeur des États-Unis en France, s’est adonné à Paris (encore comme Jefferson) aux plaisirs du haschisch.  De retour aux États-Unis,  le  premier chef d’Etat du Nouveau Monde à avoir pris parti contre l’esclavagisme continuera de consommer du haschisch régulièrement, et ce jusqu’à sa mort à 74 ans.

Andrew Jackson

Le plus vétéran.
Le célèbre général de l’armée américaine et président Andrew Jackson consignait régulièrement dans son journal fumer du cannabis avec ses troupes. « Pour apaiser ma conscience comme celle de mes hommes après l’horreur du combat ». (durant les peu glorieuses guerres amérindiennes du Mississippi). Une intuitive initiative tant il est désormais prouvé que le cannabis est un très bon traitement contre la douleur les angoisses post-traumatique.

Zachary Taylor

Le plus bref.
À l’instar de Jackson, le 12e président américain fumait de la marijuana avec ses officiers et soldats. Toujours à l’instar de Jackson, le chef de l’exécutif avait souligné les avantages thérapeutiques de mère ganja, remarques scrupuleusement notées dans son journal. Il fut emporté par le choléra après seulement un an et quatre mois de présidence.

Franklin Pierce

Le plus franc-tireur.
L’un des trois militaires de cette liste à devenir président. L’un des trois présidents issus de l’école la plus stricte qui soit; l’armée. Et pourtant, tout comme ses illustres prédécesseurs Jackson et Taylor, le président Pierce aimait tâter du pétard autour du feu avec ses troupes, durant la guerre américano-mexicaine.  Dans une lettre à sa famille, Franklin Pierce écrira que fumer de la weed était «à peu près la seule bonne chose à faire dans cette guerre ».  Les G.I envoyés au front pendant la guerre du Viet Nam suivront le conseil.

 

John F. Kennedy

Le plus méfiant
JFK a utilisé la marijuana pour traiter de sévères douleurs au dos. Selon nombre de témoignages écrits, dont celui de Michael Meagher qui dans «John F. Kennedy: A Biography», décrit une scène à la Maison Blanche: «Le 16 juillet au soir, Jim Truitt, Kennedy et Mary Meyer ont fumé de la marijuana ensemble. … Le président a fumé trois des six joints que Mary lui a apportés. Au début, il ne ressentait aucun effet. Puis il ferma les yeux et refusa un quatrième joint. ” « Peut-être pas une bonne idée… supposons que les Russes fassent quelque chose maintenant”.

Bill Clinton

Le plus sémantique.
Sacré Bill, jamais avare de quelque étonnante pirouette sémantique ( voir son témoignage devant le congrès à la suite de l’affaire Lewinski). En 1992, au sujet de sa consommation de marijuana  le 42e président américain declarera: «Quand j’étais en Angleterre, j’ai expérimenté la marijuana une ou deux fois. Mais je n’ai jamais inhalé la fumée parce que je n’aimais pas. ». Une rhétorique d’avocat dans toute sa superbe: effectivement, Clinton dit vrai comme le confirmera Christopher Hitchens, un de ses amis étudiants à Oxford de l’époque : « Bill ne fumait pas. Il n’aimait pas la fumée. Mais les space cakes en revanche, oh oui ! ».
Son compagnon d’études précisera :  « Bill, il était très brownies chocolat-pécan au beurre de cannabis. Ça, oui, il aimait beaucoup. Mais effectivement, il ne les inhalait pas. »

 

George W. Bush

Le plus évasif.
Le successeur de Bill, nettement plus candide, est connu pour avoir dans sa jeunesse abusé de l’alcool et des excitants colombien, travers  qu’il a à plusieurs reprises admis. Maias curieusement, Georges W. esquivait toute question concernant sa consommation de weed. Un soucis de discrétion vite balayé par le naturel de Junior qui en 2010 confessera à son biographe Douglas Wead (oui, à prononcer comme «weed») «Je ne répondrais pas aux questions sur la marijuana. Tu sais pourquoi? Parce que je ne veux pas qu’un petit enfant fasse ce que j’ai essayé”. Douglas Wead fera évidemment mention de cette phrase dans le livre…

Barack Obama

Le plus honnête.
Le président qui aura sans aucun doute le plus œuvré pour la dépénalisation et légalisation du cannabis a évoqué sans tabou sa consommation de weed dans ses vertes années, taclant gentiment  à Bill Clinton au passage «Quand j’étais plus jeune, je fumais. Et oui… j’inhalais. C’est comme ça que ça marche, non ? » (en 2008, lors de sa course à la présidence). Pendant son mandat  et de façon précise : «  Oui, j’ai fumé de l’herbe quand j’étais jeune, et oui, je considère ça comme une mauvaise habitude. Un léger vice ? Peut-être. Mais pas différent de celui des cigarettes que j’ai fumé gamin. Et je ne crois pas que cela soit plus dangereux que l’alcool » Enfin, en saluant  la  décision du Colorado et de l’État de Washington de légaliser la ganja il ajoutera : « Il est important pour une société de ne pas avoir une situation dans laquelle une grande partie des gens ont à un moment ou un autre enfreint la loi et dont seulement une petite partie soit punie pour cela. ».

 

Fashion : en mode chanvre

Longtemps relégué au rang de textile brut, quasi folklorique, et vaguement écolo, le chanvre opère un retour— et cette fois, il ne se contente pas de faire de la figuration dans les rayons green. Il s’infiltre dans les imaginaires mode, non comme une éalternative au coton, mais comme une matière à repenser.

Des labels comme Story mfg., Evade House d’Evangelina Julia, ou MARKAWARE s’en emparent avec des approches opposées mais complémentaires : d’un côté, gestes lents, teintures naturelles, broderies méditatives ; de l’autre, ligne radicale, silhouettes chamaniques, crochet sensualisé.
Dans tous les cas : fini le chanvre babos. Place à la matière-mode, très contemporaine.

De la marge au manifeste 

Longtemps mis de côté pour sa rugosité, son grain, son ancrage trop “terrestre”, le chanvre était peut-être trop réel pour une mode qui valorisait l’illusion. Aujourd’hui, dans un paysage saturé de plastiques bio-sourcés et de storytelling creux, le chanvre pose une autre question : et si on arrêtait de mimer l’innovation pour renouer avec ce qui a toujours fonctionné ?
Ce retour ne doit rien à la nostalgie. Il s’agit d’un changement de regard. Ce que l’on jugeait “rugueux” est devenu sensuel. Ce qu’on appelait “roots” devient désirable. Le chanvre n’est plus enfermé dans l’esthétique du bio-primitif. Il est passé de la boutique ésotérique au showroom de créateur. 

C’est que la mode, aujourd’hui, ne cherche plus à faire“propre” ou “écolo” — elle cherche à faire vrai. Et dans une époque où même le recyclé est marketé, le chanvre offre une matérialité indisciplinée moins facilement récupérable. Il force à ralentir. À penser la coupe différemment. À assumer un certain grain — au sens propre comme au sens figuré et poétique.
Car le chanvre réintroduit la vérité des fibres, la force des gestes, la temporalité du vivant. Il ne prétend pas être la solution. Il incarne une autre grammaire stylistique — plus texturée, plus authentique, plus radicale.

Et les designers qui s’en emparent le savent : travailler le chanvre aujourd’hui, ce n’est pas faire une collection green. C’est faire un statement stylistique et politique.

Douceur vs désir 

D’un côté : Story mfg. et MARKAWARE. Le chanvre s’y déploie dans une esthétique du lien et du soin. Teint à la main, brodé, parfois rapiécé, il évoque une temporalité anti-performative, presque désarmante. On est dans la douceur, l’intimité, l’éloge du geste. Une mode qui ne crie pas, mais qui reste.

MARKAWARE Hemp Collection Spring_Summer 25
MARKAWARE – Spring Summer 25

De l’autre : Evade House par Evangelina Julia. Le chanvre est ici tout sauf apaisé — il explose en sensualité. Crocheté à la main dans une esthétique mystique et organique, il devient peau, armure, sexué. Portée par des artistes comme Charli XCX ou Julia Fox, sa couture artisanale assume la tension entre fragilité textile et puissance du corps. On est loin du tissu écolo-planplan : ici, le chanvre est incandescent.

EvadeHouse Saison 2019
EVADE HOUSE 2025 – photographer GERAY_MENA

Le cutting edge AELIS et PANGAIA. 

Chez AELIS, maison de Haute Couture fondée par Sofia Crociani, le chanvre accède au rang de matière précieuse. Sculpté, suspendu, magnifié, il s’inscrit dans une logique de rigueur technique au service d’une liberté formelle. Ce n’est plus une fibre brute — c’est un levier d’émotion, un langage de la fragilité. Le geste couture n’est pas effacé, mais reconfiguré… Le chanvre, ici, gagne ses lettres de noblesse non pas par ornement, mais par intensité. 

AELIS Couture SS 2025

Puis vient PANGAIA, où la matière est langage technologique. Le chanvre y devient support d’innovation biotech : teintures issues de bactéries, fibres régénératives, armure douce d’un futur plus net. On est encore plus loin de la rusticité folklorique. On entre dans une couture du XXIe siècle, où les matériaux sont aussi des manifestes. C’est le projet nommé PANhemp™ — comprendre encres atmosphériques, colorants alimentaires recyclés — tout est calculé, calibré, pensé pour l’impact et la beauté fonctionnelle. Ici, le chanvre n’est plus une contrainte à contourner, mais un vecteur d’esthétique augmentée.
Deux axes modes donc, pour une même ambition : faire du chanvre un matériau d’invention stylistique, et non d’excuse durable.

Langage textile 

Le chanvre ne fait pas d’effet wow !. Il fait effet monde. Ce n’est pas une surface, c’est un terrain d’expérimentation. Et c’est en ce sens qu’il ouvre la voie à un design incarné, non plus dominé par l’image, mais par l’expérience. Dans un monde post-pandémique obsédé par la reconnexion, il se pose comme une matière-remède : le chanvre ne parle pas d’austérité, il parle d’ancrage. C’est une autre idée du luxe : sentir, durer, être en lien. Non pas posséder la matière, mais l’habiter.
Cette fibre tisse un récit. Le vêtement en chanvre devient un lieu d’inscription.

Story MFG SS 25
Story MFG SS 25

 

C’est aussi ce qui en fait une fibre propice à la renaissance d’un certain artisanat. Parce qu’il  demandant du temps, un savoir-faire et d’autre outils de confection, il ravive l’importance du craft dans un secteur de moins en moins obsédé par l’automatisation. Le chanvre valorise le geste. Il rend visible l’humain derrière le vêtement.
Dans une époque où le “fait-main” devient une forme de résistance, il en est l’un des supports les plus puissants.

Révolution circulaire

Avec le chanvre, une autre grammaire du vêtement se dessine. Une mode qui ne cherche plus à innover pour innover, mais à régénérer du lien. Entre corps et textile. Entre terre et geste. Entre artisanat et technologie.
Ce n’est plus une matière du passé. C’est une langue vivante, en pleine mutation. À mi-chemin entre biotech low-impact, spiritualité textile et artisanat augmenté, le chanvre propose donc une vision régénérative de la création : moins spectaculaire, plus essentielle.

Et dans ce futur du vêtement, l’artisanat ne disparaît pas — il évolue. Il transforme le vêtement en interface sensible entre le corps et le monde. Le chanvre, par son exigence même, réinstalle l’humain dans la boucle créative. 
Il ne s’agit finalement pas de faire du chanvre une icône marketing. Il s’agit de lui redonner sa capacité d’agir, de transformer — par le style, par le sens, par la sensation. 

Qu’on se le dise :  la vraie révolution n’est pas dans les imprimantes 3D ou les NFT en tissu. Elle est dans le retour à une matière qui a toujours été là, et qu’on commence enfin à reécouter.
Le chanvre ne sauvera pas à lui tout seul l’impact écologique de la mode. Mais il peut l’aider à redevenir un terrain de style, pas juste de storytelling. Et dans une époque qui recycle tout sauf le sens, c’est déjà un luxe rare.

Par Doria A.

Insta : 

@shunsukeishikaw
@markaware_marka_official
@aeliscouture
@storymfg

 

Credits photos:
MARKAWARE Hemp Collection Printemps/Eté 2025 [2 images]
MARKAWARE, par le designer Shunsuke Ishikawa
Photographe @shuhei_tsunejawa
Evade House d’Evangelina Juli [2 Photos]
Photographe pour Image Saison 2019 Sasha Chaika @sashachaika
Photographe  pour saison 2025 GERAY MENA @geraymena
Story mfg [2 photos]
Campagne Printemps/Eté 2025
Photographe : Hollie Fernando @holliefernando
AELIS Couture [2 Photos]
Défilé Printemps/Eté 2025 – 2 images
Credits @Lauchmetrics

 

USA : Dans les Etats qui ont légalisé le cannabis, la consommation d’alcool chute.

En Oregon, des chercheurs ont observé un phénomène discret mais bien réel : plus il y a de dispensaires de cannabis, moins certaines catégories d’adultes boivent d’alcool. Une substitution qui dit quelque chose de notre rapport contemporain aux substances, au plaisir et à la santé.

Ganja vs Apéro : 1-0

Depuis des années, on soupçonne que l’arrivée du cannabis légal bouleverse la hiérarchie des produits que les Américains consomment pour se détendre, s’évader ou simplement supporter la journée. Mais une étude menée par l’Université d’État de l’Oregon, financée en partie par l’Institut national sur l’abus des drogues, apporte une nuance importante : ce n’est pas seulement la légalisation qui compte, mais l’accès. Concrètement : la proximité du dispensaire du coin.
En analysant les comportements de plus de 60 000 adultes entre 2014 et 2022 — autrement dit, avant et après l’ouverture commerciale du marché — les chercheurs ont constaté que là où il y a plus de boutiques de cannabis, la consommation d’alcool lourde baisse, notamment chez deux publics : les 21-24 ans et les plus de 65 ans. Deux générations qu’on n’aurait pas forcément imaginées voisines de comptoir.

Une tendance toutes catégories d’âge confondues

Les 21-24 ans, ce sont ceux pour qui la fête est encore supposée être un sport de contact. Pourtant, dans les zones où le cannabis est facilement disponible, ils boivent moins. Non pas parce qu’ils se seraient soudain découverts une passion pour la modération, mais parce que l’herbe joue le rôle de substitut : même détente, moins de mal de crâne au réveil.
Plus surprenant encore : chez les seniors, même phénomène. Le baby-boomer qui se tourne vers le joint du soir plutôt que vers le verre de chardonnay n’est pas une anecdote isolée. Pour certains, il s’agit d’automédication douce — douleurs chroniques, troubles du sommeil. Pour d’autres, d’une recherche de bien-être plus contrôlée que l’ivresse alcoolique. Résultat : moins d’alcool fort, plus de vaporisation.

Consommation de weed en hausse

Mais là où la substitution devient plus nette, un autre effet apparaît : plus l’accès au cannabis est simple, plus les habitants en consomment fréquemment. Rien de très surprenant : quand un produit est légal, visible et normalisé, son usage augmente.
Les personnes de 18 à 20 ans restent en dehors du tableau, pour des raisons d’âge légal. Mais chez les autres tranches d’âge, la hausse de l’usage régulier est claire. Reste la grande inconnue : l’impact sur la santé publique. Car si boire moins est bon pour le foie, consommer davantage de cannabis n’est pas neutre, notamment pour la mémoire, l’attention, ou la dépendance psychologique.
Les auteurs de l’étude le disent sans emphase : on ne sait pas encore si le gain d’un côté compense la perte de l’autre. Mais une chose est désormais certaine : le cannabis n’est plus un produit marginal. Il est devenu une option, un choix, un concurrent de l’alcool avec sa clientèle, ses usages et sa culture.
-“On prend un verre?
– Non, on prend de la verte!”

La Colombie autorise la vente de fleurs de cannabis thérapeutique en pharmacie

La Colombie a autorisé lundi 27 octobre  la vente en pharmacie de fleurs de cannabis médical, répondant à une demande de longue date des patients du pays.

La Colombie vient de combler le paradoxe qui agaçait patients, médecins et producteurs : depuis 2021, le pays pouvait exporter des fleurs de cannabis thérapeutique, mais ses propres malades ne pouvaient pas en acheter. Avec un décret publié le 27 octobre 2025, Bogotá autorise désormais la vente de fleurs de cannabis médicinal en pharmacie, sur ordonnance. C’est une petite ligne dans le Journal officiel, mais un grand basculement pour un pays qui veut passer de la guerre à la drogue à l’économie du soin.

Vide juridique depuis 2016

Tout part de la loi de 2016 qui a légalisé le cannabis médical en Colombie. Le texte permettait la culture, la transformation, l’exportation d’extraits, mais il laissait un angle mort : la plante elle-même. Quand le gouvernement a ouvert en 2021 les exportations de fleurs séchées vers les pays qui les autorisaient, les Colombiens ont découvert qu’on pouvait envoyer de la weed médicale à Berlin mais pas en prescrire à Medellín. Ce blocage tenait moins à l’idéologie qu’à l’absence de catégorie claire pour la fleur comme “produit fini”. Résultat : des patients restaient sur des huiles plus chères ou moins efficaces pour leurs douleurs, pendant que le pays se présentait à l’international comme nouvel Eldorado vert.

La fleur arrive enfin en pharmacie

Le décret de 2025 change la logique : la fleur entre officiellement dans la liste des produits médicaux autorisés, au même titre que les extraits, à condition d’obtenir le feu vert de l’agence sanitaire (Invima) et de passer par une prescription. Les pharmacies – et même les vétérinaires – pourront en vendre, y compris des variétés contenant du THC, dès lors que c’est justifié médicalement. Pour les patients souffrant de douleurs neuropathiques, de troubles du sommeil ou d’effets secondaires de chimio, c’est la forme la plus rapide d’action, souvent mieux tolérée en vaporisation. Pour l’État, c’est aussi une manière de retirer de l’espace au marché informel, qui fournissait déjà ces fleurs sans contrôle de qualité, ni traçabilité, ni fiscalité.

Un marché en devenir

Reste la question sociale. Le gouvernement présente la mesure comme un outil d’inclusion des petits et moyens cultivateurs – certains devraient être prioritaires sur le marché intérieur dans les premiers mois. Mais les entreprises déjà installées dans le médical, qui ont payé licences et contrôles, redoutent une concurrence express. De leur côté, les associations de patients préviennent : si les prix ne sont pas pris en charge par le système de santé, les malades continueront à se fournir hors circuit. La Colombie a donc fait le geste politique – reconnaître la fleur comme médicament à part entière – mais elle doit encore faire le geste pratique : rendre cette fleur accessible, prescriptible sans soupçon, et moins chère qu’au marché noir. Sans quoi la révolution annoncée restera une réforme d’exportateur, pas une victoire de patients.

Le président colombien invite Donald Trump à légaliser le cannabis (et mettre fin à la guerre contre la drogue)

Gustavo Petro exhorte Donald Trump à mettre fin à la prohibition du cannabis et à en autoriser l’importation aux Etats-Unis, et ce pour mettre fin à une guerre contre la drogue qui, selon le président colombien, serait responsable de la mort d’ 1 millions de sud-américains

Un coup de semonce sur X

Tout est parti d’un message de Petro sur X la semaine dernière. Le chef de l’État colombien y revient sur le déséquilibre structurel de la guerre contre la drogue telle qu’elle est menée depuis Washington. « En réalité, la Colombie apporte l’argent et les morts dans cette lutte, tandis que les États-Unis fournissent la consommation », écrit-il. Et il enfonce le clou : « La consommation aux États-Unis, et la consommation croissante en Europe, sont responsables de 300 000 assassinats en Colombie et d’un million de morts en Amérique latine. » Pour Petro, le compte est vite fait : les pays andins paient la facture humaine, pendant que les marchés du Nord entretiennent la demande. Dans ce même message, il répond en creux aux attaques américaines, alors que l’administration Trump a ordonné des frappes contre des embarcations soupçonnées de transporter des stupéfiants vers les États-Unis. Le président colombien y voit moins une stratégie qu’un réflexe militaire de plus, sans remise en question du modèle prohibitionniste.

Légaliser, exporter, taxer

Ce que propose Petro à Donald Trump est frontal : « l’opposé » de ce que fait l’administration américaine. Il dit avoir suggéré de supprimer les tarifs sur les produits agricoles colombiens et de légaliser « l’exportation du cannabis », « comme n’importe quel bien ». Autrement dit : si les États-Unis veulent vraiment assécher le narcotrafic, qu’ils ouvrent un marché légal, traçable et régulé, y compris pour les pays producteurs. Petro estime que cette orientation est défendable juridiquement, car l’ONU a déjà revu le statut du cannabis dans les conventions internationales auxquelles la Colombie comme les États-Unis sont parties. Puisque la scène internationale assouplit, pourquoi Washington s’accroche-t-il à la prohibition ? Côté colombien, la réponse est claire : parce que le système actuel profite à la criminalité et à certains circuits financiers, pas aux pays qui meurent. Dans cette logique, Petro appelle aussi les États-Unis à « renforcer la politique de prévention de la consommation » sur leur territoire et à « étudier scientifiquement » si la prohibition est vraiment nécessaire, ou si « une consommation responsable et régulée par l’État » ne permettrait pas, au contraire, de bâtir un cadre plus efficace pour « la poursuite des capitaux et des actifs des narcos dans le monde ». On est là dans une ligne latino-américaine de plus en plus assumée : déplacer la lutte du champ pénal vers le champ économique.

Bras de fer avec Washington

Sauf que Donald Trump n’a pas apprécié. La semaine dernière, l’ex-président américain a traité Gustavo Petro de « chef de la drogue illégale ». Et le Département du Trésor, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), a sanctionné le président colombien, certains membres de sa famille et plusieurs de ses conseillers, les accusant d’être impliqués dans le trafic de drogue. Une mesure rare visant un chef d’État en exercice, qui acte le durcissement de Washington. Ce coup de pression américain tombe à un moment où la Colombie avance, elle, vers la légalisation interne : il y a quelques mois, des députés ont approuvé en commission une première étape d’une loi de légalisation nationale du cannabis. Ce n’est qu’un début, le processus est long, mais le signal est là. Petro, lui, ne lâche pas : il répète que les parlementaires qui, en 2023, ont fait capoter une précédente tentative de légalisation n’ont fait que « perpétuer le trafic illégal et la violence » qui va avec. Pour la présidence colombienne, il ne s’agit donc pas d’une lubie progressiste, mais d’une politique de sécurité nationale : tant que le marché reste clandestin, ce sont les groupes armés qui l’exploitent.

Une hypocrisie made in USA

Ce n’est pas la première fois que Gustavo Petro dénonce l’asymétrie nord-sud en matière de drogue. Après une visite aux États-Unis en 2023, il raconte avoir senti l’odeur de cannabis dans les rues de New York. Il y voit « une énorme hypocrisie » : le pays qui a imposé au monde la guerre à la drogue profite désormais d’un marché légal de cannabis, pendant que les producteurs historiques continuent de payer la note. Lors de la Conférence latino-américaine et caribéenne sur les drogues en 2023, il avait déjà rappelé que la Colombie et le Mexique sont « les plus grandes victimes de cette politique », allant jusqu’à comparer la guerre à la drogue à « un génocide ». Et ce discours n’est pas nouveau chez lui : en 2022, à la tribune de l’ONU, Petro avait exhorté les États membres à « changer fondamentalement d’approche » et à renoncer à la prohibition. Dans sa vision, la légalisation du cannabis en Colombie doit aussi s’accompagner de la libération des personnes emprisonnées pour cannabis, afin d’aligner le droit sur la nouvelle réalité du marché. Il voit même un argument supplémentaire du côté des organisations internationales : l’ONU a reclassé le cannabis, donc rien n’empêche des pays comme la Colombie d’en faire un produit agricole et d’en autoriser l’export.

Les feux sont au vert pour la Colombie

À noter aussi qu’un élément de contexte circule dans le même débat américain sur les drogues : certains travaux étatsuniens avancent que le cannabis médical montre une efficacité comparable aux opioïdes, avec moins d’effets indésirables. Le document que commente Petro signale d’ailleurs un intitulé de ce type : « Medical Marijuana Shows Comparable Efficacy to Opioids with Fewer Adverse Events ». Cela nourrit, côté Sud, l’idée que la poursuite aveugle de la prohibition n’est plus ni scientifique ni rationnelle.

Donald Trump, de son côté, n’a jamais vraiment embrassé l’idée d’une légalisation fédérale. Fin août toutefois, il a laissé entendre qu’une décision sur une proposition de reclassification du cannabis pourrait intervenir « dans les semaines qui viennent ». Mais, dans les faits, sa politique drogues reste dominée par la lutte contre les cartels, y compris par des moyens extrajudiciaires controversés : attaques contre des bateaux en eaux internationales, ciblage musclé de filières supposées se diriger vers les États-Unis, sans remise à plat du cœur du problème, à savoir la demande américaine. Petro, lui, prend ce contrepied : si les États-Unis ont un marché légal chez eux, qu’ils acceptent d’ouvrir le marché au Sud et d’en faire un levier de paix plutôt qu’un motif de sanctions. Pour l’instant, Washington a choisi l’inverse. Et la Colombie, elle, continue de compter ses morts.

 

USA : Une étude révèle les habitudes de consommation du cannabis selon les sexes

Une étude fédérale américaine s’est penché sur les habitudes de consommation du cannabis par sexe. Si la fumette reste majoritaire chez les deux genres, les femmes ont un penchant pour les comestibles et les topiques (huiles et crèmes) alors que les hommes plébiscitent la combustion de la belle plante qui fait rire. Derrière ces préférences se dessine une cartographie genrée des usages, en pleine mutation depuis qu’une majorité d’Etats américain a légalisé l’herbe.

La fumée, une affaire d’hommes.

Aux États-Unis, la manière dont les citoyens consomment du cannabis varie sensiblement selon le genre. C’est ce que révèle une analyse des réponses collectées lors des éditions 2022 et 2023 de la grande Enquête nationale sur la consommation de drogues et la santé, supervisée par l’agence fédérale SAMHSA. On y apprend que 19,8 % des consommateurs masculins âgés de 12 ans et plus privilégient la voie fumée, contre 14,3 % des consommatrices.

En revanche, les femmes optent bien plus fréquemment pour des modes d’administration dits alternatifs. Les topiques — crèmes, lotions, patchs transdermiques — sont plébiscités par 2,5 % d’entre elles, contre seulement 1,2 % des hommes. Même tendance pour les produits comestibles ou les boissons infusées au cannabis, davantage prisés par les femmes.

Deux genres, deux recherches d’effets

Chez les personnes ayant consommé du cannabis dans l’année, précise l’étude, les hommes sont plus nombreux à avoir fumé dans toutes les tranches d’âge, sauf chez les adolescents de 12 à 17 ans, où les filles dominent légèrement. Ces dernières sont également plus enclines à ingérer le cannabis, que ce soit par des gouttes orales, des pastilles ou des sprays.
À l’inverse, les hommes explorent davantage les modes inhalés, comme le vapotage ou le dabbing (inhalation de concentrés de cannabis chauffés à haute température). Autre enseignement majeur : près de 45 % des sondés n’utilisent qu’un seul mode de consommation. Environ un quart (27,5 %) déclare en utiliser deux, tandis qu’un autre quart (27,6 %) en combine trois ou plus.
L’âge joue aussi un rôle : les consommateurs plus âgés ont tendance à rester fidèles à un seul mode, là où les plus jeunes multiplient les expériences. Ainsi, les 18-25 ans sont les plus nombreux à fumer, tous genres confondus, et à varier les modes de consommation.

Evolution sociétal

L’évolution des usages n’est pas qu’une affaire de genre : les habitudes de consommation changent structurellement. Un autre rapport du CDC, basé sur les résultats de l’enquête téléphonique nationale de 2022, confirme cette diversification des pratiques. Pour la première fois depuis 2016, les sondés pouvaient signaler plusieurs méthodes de consommation — une avancée méthodologique qui a permis d’observer une hausse notable du vapotage et de l’ingestion.
Parallèlement, les tendances de fond se précisent. Les adolescents consomment de moins en moins, selon des données récentes du CDC et de SAMHSA. La prévalence de l’usage chez les mineurs (12 à 20 ans) aurait même légèrement baissé sur un an, dans la continuité d’une décennie de recul.

Cannabis vs alcool

Autre constat qui bouscule les clichés : selon un sondage indépendant, plus d’Américains consomment du cannabis au quotidien que d’alcool. Et ces usagers réguliers de ganja sont aussi moins enclins à vouloir réduire leur consommation que les buveurs quotidiens d’alcool.
Enfin, une étude publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs révèle que les nuisances collatérales du cannabis sont bien moindres que celles de l’alcool. Les cas de « préjudice indirect » causé par l’herbe sont six fois moins fréquents que ceux liés à la boisson.

ZEWEED avec Marijuana Moments

“The Party” by Pedro Winter

Hier samedi 25 octobre, Beaubourg tirait le rideau sous l’égide du label  Because, avec Pedro Winter en MC et Thomas Bangalter en guest star. Récit d’une nuit historique. 

20h30, parvis du Centre Georges Pompidou. Sous une petite pluie et de belles rafales de vent, j’arrive à la Because Beaubourg Party  au coude à coude avec Foc Kan -qui mitraille déjà comme s’il fallait sauver la nuit- et flanqué de Guillaume Fédou, journaliste poli-vaillant à Zeweed. La sécurité passée,  le spectacle commence tout de suite:  Because a royalement  pimpé le Centre George Pompidou en un vaisseau amiral prêt au dernier voyage : escalators en rubans, jeux de lumières kaléidoscopique, néons et stromboscopes au milieu de jets de fumée,  et un courant alternatif qui annonce ces soirées magiques où l’on rajeuni de 10 ans en une nuit.

Mr Foc Kan

Au sixième, je retrouve Jaïs Elalouf qui  patine alors que Breakbot entame son set et branche la machine à remonter le tempo dans les années 80 : basses en velours, claviers chrome, coups d’épaules à l’Italo et clin d’œil assumé à la Main Jaune : couples qui se refont un flirt en huit, cheveux laqués, genoux dociles, et ce groove qui transforme tout Paris en memory lane façon La Boum. 

Sébastien Tellier, lui, choisit l’intime. Un îlot de lumière cerné par un public qui grimpe aux remparts pour voir mieux : voix de velours froissé, chansons comme des confidences sur coussins d’orgue. On dirait qu’il serre Paris dans ses bras — et Paris, pour une fois, ne se débat pas. Plus tard, au VIP lounge, je le retrouve, verre de rouge à la main, raccord avec ses yeux . On partage une cigarette, l’air s’épaissit et les idées se déplient. « Et si tu faisais la couverture de Zeweed #11 ? » Il sourit comme un chat qui a déjà volé la crème.  Au sous-sol Christine and the Queens assurent un remarquable showcase entre statue grecques face à un public conquis.  Les colonnes regardent, les muses acquiescent, et la voix se faufile entre les bustes comme un laser baroque. Il est 22h,  Beaubourg n’est pas prêt de fermer l’oeil.

Thomas Bangalter et Alice Moitié

A 1h Pedro Winter monte en passerelle, tout sourire depuis qu’il a fait  la couverture de Zeweed signée Pierre et Gilles . Un rêve d’enfant que Pedro nous rend bien en nous invitant à la dream night de l’année… La nef bascule, les basses de Busy P. font battre les murs de Beaubourg au rythme de la heavy disco, signature sonore d’Ed Banger. 
Alors que nous sommes déjà en full extase, le saint esprit electro nous sanctifie. Thomas Bangalter fait son entrée, sous les cris de 6000 happy few au bord de l’orgasme, pour nous gratifier d’un set d’une heure trente qui tord le temps et remet les pendules à la nuit.

Un set mythique et doublement historique, lorsque la voix de Jacques Chirac, alors premier ministre qui défend à l’époque le projet Beaubourg devant les députés envahit la salle: « Georges Pompidou savait qu’il est dangereux pour une société de feindre, d’ignorer l’art qu’elle engendre, même s’il la conteste. Car cela marquerait qu’elle refuse d’ouvrir les yeux sur ce qu’elle est ». Pendant que ces mots résonnent, Thomas Bangalter lance crescendo le beat de « Contact » , titre final du dernier album des Daft Punk (Random Access Memory).
Quand Pedro revient ferrer la marée, épaulé par Fred Again et Erol Alkan, c’est l’ultime traction. Les salles vibrent comme des caissons thoraciques, la façade Pompidou se transforme en boom blaster géant.

À 5 h, je ressors de cette soirée légendaire avec le sentiment d’avoir traversé un musée vivant,  où l’art contemporain avait choisi son médium : la sueur, le son, la vitesse. Because a signé l’épitaphe la plus joyeuse de la saison. Si Beaubourg tire bel et bien son rideau, je me dis que certaines fermetures ont l’élégance de ressembler à des ouvertures.

 

Etats-Unis : la consommation de cannabis explose chez les seniors

Loin des clichés de la jeunesse défoncée, les seniors américains se tournent de plus en plus vers le cannabis. Une étude menée par l’Université de New York révèle une hausse significative de la consommation chez les plus de 65 ans. Derrière ce phénomène : des évolutions démographiques, des enjeux de santé et une légalisation qui change la donne.

Une hausse inédite chez les plus de 65 ans

La consommation de cannabis chez les personnes âgées aux États-Unis atteint un niveau record : 7 % des adultes de 65 ans et plus déclarent en avoir consommé au cours du mois écoulé, selon une étude menée par des chercheurs du Center for Drug Use and HIV/HCV Research (CDUHR) de la NYU School of Global Public Health.
Publiés dans la revue JAMA Internal Medicine, les résultats révèlent également une transformation du profil des consommateurs âgés. On observe notamment une augmentation marquée chez les personnes diplômées de l’enseignement supérieur, mariées, de sexe féminin et disposant de revenus élevés.
« Notre étude montre que la consommation de cannabis chez les personnes âgées continue de croître, bien que l’on observe d’importants changements en fonction des facteurs démographiques et socio-économiques », explique pour Science Daily, Joseph Palamar, chercheur principal et professeur associé à la NYU Grossman School of Medicine.

Deux ans de données rassemblées.

La majorité des Américains vivent désormais dans un État ayant légalisé le cannabis à des fins médicales, récréatives, ou les deux. Afin de mieux comprendre cette tendance chez les plus âgés, les chercheurs ont analysé les données de la National Survey on Drug Use and Health pour les années 2021 à 2023. Les participants de 65 ans et plus ont été interrogés sur leur consommation de cannabis au cours du dernier mois, définie comme une utilisation « actuelle ».
« C’est la première fois que nous avons pu examiner l’usage du cannabis dans cette tranche d’âge. Auparavant, nous ne pouvions nous appuyer que sur les données de consommation annuelle, les chiffres mensuels étant trop faibles », indique Benjamin Han, professeur associé à l’Université de Californie à San Diego et auteur principal de l’étude. Les résultats montrent que cette consommation mensuelle est passée de 4,8 % en 2021 à 5,2 % en 2022, pour atteindre 7 % en 2023, soit une hausse de près de 46 % en deux ans.

Portrait évolutif du consommateur senior

En regardant plus loin dans le temps, on constate que moins de 1 % des personnes âgées consommaient du cannabis en 2006-2007. Aujourd’hui, elles sont 7 % à en faire usage chaque mois.
Certaines catégories enregistrent des hausses plus marquées : les personnes mariées, blanches, diplômées, avec un revenu annuel d’au moins 75 000 dollars. Les femmes âgées, en particulier, voient leur consommation grimper en flèche, même si les hommes restent globalement plus nombreux à consommer.
La légalisation joue également un rôle clé : les États ayant légalisé le cannabis médical enregistrent des taux de consommation plus élevés. « Il n’est pas surprenant de constater une hausse dans les États où le cannabis médical est autorisé, ce qui peut s’expliquer par une meilleure accessibilité ou une acceptation sociale accrue », analyse Joseph Palamar. Il ajoute : « En 2021, les personnes aux revenus les plus élevés étaient celles qui consommaient le moins. En 2023, elles sont devenues les plus grandes consommatrices, ce qui peut refléter un meilleur accès au cannabis médical, souvent coûteux. »

Motivation thérapeutique 

L’étude note également une progression significative de l’usage de cannabis chez les seniors atteints de maladies chroniques — en particulier ceux souffrant de plusieurs affections simultanément, comme des troubles cardiaques, du diabète, de l’hypertension, des cancers ou de la broncho-pneumopathie chronique obstructive.
Les auteurs précisent que cette augmentation pourrait en partie s’expliquer par le vieillissement des usagers de cannabis d’hier, qui franchissent désormais le seuil des 65 ans. Quoi qu’il en soit, ils recommandent aux professionnels de santé de sensibiliser et d’éduquer leurs patients âgés aux effets du cannabis, en rappelant que le vieillissement rend le corps plus sensible aux substances psychoactives.

Zeweed avec Ganjapreneur et Science Daily

Zeweed Party a la Fête

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MC Solaar : “le CBD, heureusement que ça existe, surtout depuis le Covid!”

Solaar n’a jamais été hardcore, il est mieux : culte. Entre deux Moleskine et un clin d’œil à Daddy Yod, l’inventeur du rap poli revient sur ses années weedées, ses amours people et ses nouvelles vibes. Claude M’Barali, ou comment rester cool sans se carboniser.

1990, Maisons-Alfort. Là où tout a commencé, la première rime d’une chanson qui a fait le tour de la France à une époque où le rap était haï ou, au mieux, ignoré par les grands médias. Il faut le dire : si le rap est devenu la musique préférée des Français, c’est avant tout grâce à MC Solaar qui, avec « Bouge de là », a réussi l’exploit de fédérer les banlieues et l’intelligentsia avec un tube futé, vite détesté par les intégristes du hardcore mais classé quatorze semaines dans le Top 50 et apprécié du grand public. Un véritable exploit qui fit de ce hit surprise l’équivalent hexagonal de « Rappers’ Delight » de The Sugarhill Gang, aux États-Unis : la validation commerciale d’un style musical émergent, comme un feu vert donné aux majors signifiant qu’il existait bien un public pour les rimeurs d’ici.

Depuis, Claude MC a tracé sa route, ouverte avec un tiercé d’albums entrés dans l’histoire (Qui sème le vent récolte le tempo, Prose Combat et Paradisiaque). Si la suite fut parfois en dents de scie avec notamment un retentissant procès l’opposant à son label Polydor qui fit disparaître du marché ses quatre premiers LPs et une retraite « rapologique » d’une dizaine d’années brisée par l’album Géopoétique, le rappeur le plus cool de la FM est désormais un daron du hip-hop : cinquante-six ans, un succès populaire jamais démenti et un public qui va des fans de la première heure à des jeunes qui découvrent ce vétéran de la rime urbaine, plus à l’aise sur scène aujourd’hui qu’il ne l’était à ses débuts.

Claude M’Barali, le Timide, est devenu un showman performant avec un groupe live derrière lui, et toujours son ami d’enfance Bambi Cruz pour faire ses backs. En ce jour de mai, Claude passe à la maison pour une rencontre à la cool (forcément), avec en point d’orgue une divine interview forcément paradisiaque et les vraies raisons qui l’ont poussé à dire stop à ze weed…

Crédits Romain Garcin

 

Zeweed : Cinq mots pour te définir ?
MC Solaar : Lunaire, solaire, pataphysicien, consciencieux… Bon, c’est un peu de la rigolade, alors Superflow.

Trois lieux qui t’ont défini ?
Saint-Denis (la première ville où je suis arrivé), Dakar et N’Djamena.

Ton paradis artificiel préféré ?
Le septième art, c’est un paradis artificiel ?

À quoi ressemblerait le paradis pour toi ?
J’ai deux versions : en 2000, c’était la version The Notorious Big avec du champagne, des Mexicaines, du style… C’est la version qu’on avait avec Black Jack à l’époque dans « Si je meurs ce soir ». Et sinon, du bon son. Dans tous les livres saints, on raconte le Paradis, mais on a oublié la bande-son. Et si elle n’existe pas, on la fera : bien mixée avec de la basse devant.

Une journée paradisiaque de Claude MC ?
Je regarde très peu les séries ; dans ma vie, j’ai dû en voir quinze. J’ai enfin maté Le Bureau des légendes avec Kassovitz, il y a un an – je rate tout. Donc, pour te répondre, c’est regarder une série qui m’a été proposée par quelqu’un. Comme j’en ai vu très peu, à chaque fois, je me dis : « C’est génial ! », et puis le soir… [Il marque une longue pause, NDR] Ah oui je regarde les séries, le jour. Je suis vraiment à contretemps.

Une personne à sortir du Paradis pour la ramener sur Terre ?
Oh là là ! Je fais revenir 2Pac et The Notorious Big, et je les amène dans un studio à Manhattan.

C’est quoi l’enfer ?
C’est le monde d’aujourd’hui. Mais ça va changer la semaine prochaine, avec un peu d’optimisme.

C’était comment, tes débuts dans le showbiz et le rap biz ?
Quand on est arrivé dans le milieu de la musique, les gens ne savaient pas ce que c’était que le rap, à part Hubert Blanc-Francard, qui connaissait l’existence des samples. Les gens pensaient qu’on avait un orchestre avec des cuivres et tout ça. Moi, je n’avais rien contre l’industrie de la musique, je me laissais emporter, on faisait des petits concerts… On avait une certaine notoriété chez les gens de la musique grâce à Rapline sur M6 ; on avait tourné « Bouge de là » et « Quartier Nord » pour l’émission. Ça montait, tout le monde cherchait des rappeurs. J’ai rencontré quelques gens qui étaient fans de musique. Il y avait Hubert, Ascophil, Zdar et Jimmy Jay. On était dans un monde à part, à Polydor, Hubert avait demandé qu’on n’ait pas de directeur artistique, donc on a toujours été en autonomie. Les autres ne comprenaient pas ; ils ont découvert tard, après le deuxième album, que tout était fait de façon électronique. Pour moi, la musique, c’était être avec les filles de la promo et sortir voir des concerts. Du rock, Nilda Fernández, Jacques Higelin… Il y avait toujours un truc le soir.

Pour le meilleur et pour le dire, tu étais alors considéré comme « le gentil rappeur »…
Je l’ai ressenti. La première version de « Bouge de là » était en white label, et pour mes premiers rendez-vous, les gens disaient : « Ah c’est vous ? Je ne savais pas que c’était un Noir ! » Les médias se sont dit qu’il y avait quelque chose qu’ils pouvaient proposer. Ça ne ressemblait pas au rap qui n’aimait pas la société, caricaturable. Ça ressemblait à A Tribe Called Quest, Big Daddy Kane. On peut raconter des choses, rigoler aussi, mais ils ont fait une opposition et quand « Caroline » est arrivée, ils m’ont mis à part.

Sur quoi tu rédigeais tes textes ?
J’avais un cahier Clairefontaine. J’ai habité à Saint-Germain-des-Prés à un moment donné, alors j’ai pris un Moleskine, ça faisait voyageur. Mais comme j’ai appris à écrire dans l’Éducation nationale, j’aime bien les carreaux français. J’écris au studio. À un moment donné, vers l’an 2000, je me suis permis d’écrire chez moi, au stylo. Mais je suis sûr que si après-demain, je fais quelque chose au portable, ça sera bien. Comme ça te suggère des mots quand tu fais des fautes, ça va être bien à la fin. Il faut se nourrir, très important pour moi, aller partout. J’étais dans le train et je vois un mec qui lit Histoire de la banlieue (Thibault Tellier, 2024) ; je me dis que c’est bizarre, le mec prend un train pour aller dans une ville de Bretagne et il a un livre sur la banlieue ? Qu’est-ce qu’il fait dans sa vie ? J’ai acheté le livre, je ne l’ai pas encore ouvert. Je suis ouvert et c’est pour ça que j’arrive toujours à faire des nouvelles choses, à ne pas avoir la hantise de la page écrite, comme disait Chill [l’autre nom d’Akhenaton, NDR]. Si tu m’apportes une feuille, comme je n’ai rien écrit depuis un long moment, je vais arriver à la remplir.

La première version de « Bouge de là » était en white label, et pour mes premiers rendez-vous, les gens disaient : « Ah c’est vous ? Je ne savais pas que c’était un Noir ! »

À un moment, ta vie privée a intéressé la presse people…
Je me suis dit : « Punaise, au moins si on me prend, il faut que j’aie un truc hyper stylé. » Donc j’allais dans des magasins de vêtements de travail, j’avais des fringues de soudeur ; comme ça, j’étais sûr. À ce moment, je ne sortais que le soir, j’attendais qu’il soit entre 19 h 30 et 21 heures. Il y a dû y avoir cinq ou six papiers sur moi. Et c’est bizarre, pour moi l’acheteur de journaux ; tu arrives et tu fais : « Oh putain ! »

Tu as été « paparazzié » avec Ophélie Winter…
Ouais, ouais, j’ai eu. Le surprenant, c’est quand tu te lèves le matin pour acheter deux, trois journaux, tu tombes sur toi et tu te dis… Bon, tu ne peux rien te dire mais tu te dis que tu ne contrôles vraiment pas ton image. J’étais devenu un personnage du pop art de ces années-là. Une soupe Campbell, un personnage dans les médias, dans les people. Les gens trouvaient ça bien – « Quel couple ! », je sais pas quoi.

Crédits Romain Garcin

La weed, tu apprécies ?
Oui, jusqu’à 1992. J’ai dû arrêter grâce à Daddy Yod. On est partis dans la montagne, en Guadeloupe : un gars qui mangeait ital’ nous a roulé un produit dans une feuille, on a fumé, on est redescendus en voiture, on avait rendez-vous dans une émission de télé et là, on était « foncedés ». Moi, je répétais : « Wow, c’est cool » et lui, il disait : « Ouais, c’est wap wagga ! » Et la dame qui devait aimer ses représentants diasporiques en Europe, dit : « Bon, nous allons interrompre cette interview, nous voyons qu’ils ont goûté les produits locaux. » Je me suis dit : « Il faut quand même être sérieux » et depuis ce jour-là, je n’ai plus jamais fumé. C’était la culture de mes années sound, pollen, double zéro, huile de « teuchi », la diaspora marocaine, les trucs qui arrivaient dans le quartier, les gens qui fumaient et ensuite allaient dans les sound systems… Puis il y a eu une période où ça a été érigé en grand truc ; c’est l’arrivée de l’album de Snoop où ça faisait partie du gin, du juice et de la skunk. L’herbe m’a porté bonheur quand même. C’était mon premier jour de studio, j’avais rendez-vous avec Hubert et Zdar : je suis à la gare de Lyon, je marche, je trouve un grooos morceau de teuchi. Je le prends, je continue mon trajet comme dans « Bouge de là » pour aller au studio Bastille. Je rencontre un rasta : « Regarde ce que j’ai trouvé par terre. » Et hop, je vais chez Nosmoke [producteur reggae underground des années 1990, NDR], bon bref, on fait un petit échange de produits. J’arrive au studio, c’est ma première fois, je n’ai jamais posé dans un vrai studio, je sors le sachet de Weed… Et on n’a pas bossé, on n’a rien fait la première journée de notre rencontre. Peut-être qu’ils se sont forcés à fumer parce qu’ils pensaient que c’était un geste d’amour.

Et la dame (…) dit : « Bon, nous allons interrompre cette interview, nous voyons qu’ils ont goûté les produits locaux. » Je me suis dit : « Il faut quand même être sérieux » et depuis ce jour-là, je n’ai plus jamais fumé.

Donc tu n’as jamais refumé après 1992 ?
Si, je me suis donné des exceptions : quand il y avait les Saï Saï [duo reggae dancehall présent sur la compilation Rapattitude, NDR] qui passaient, j’ai pu fumer un peu avec eux.

Et le CBD ?
Quelqu’un qui a fait les grandes écoles a dit : « À quoi ça sert de fumer du CBD quand on peut fumer la vraie chose ? » Ça ne veut rien dire mais il le dit avec tellement de… Non, je n’ai pas essayé. Mais ça fait rigoler ou pas ?

Un peu, oui
Enfin, le CBD, heureusement que ça existe, surtout pendant ce Covid où il y avait plein de magasins qui ont ouvert dans tout Paris !

Tu as rattrapé le temps perdu après ta longue absence ?
Pas encore. Je l’ai vu pendant la tournée Géopoétique, mais c’est en train de remonter grâce à Vianney et Angèle, qui ont repris mes titres. Quand Angèle a repris « Victime de la mode », il y avait des moins de vingt ans dans mon public ; je me demandais comment ils connaissaient ça, et je me suis rendu compte de la même chose grâce à la tournée de Vianney, quand il a chanté « Caroline ». Dans mes concerts, la moyenne d’âge habituelle était compensée par des jeunes. Je vais vers ça, vers le Panthéon, comme dirait Booba ! En tout cas, ça remonte.

Tu as passé la cinquantaine mais tes concerts sont bien plus dynamiques aujourd’hui…
Je suis plus à l’aise qu’avant, j’ai changé ma D.A. ! Les gens aiment bien participer, donc je tends vers ça, à être… pas une bête de scène, mais à faire mes lives différemment. Encore une fois, c’est quand j’ai vu Bigflo et Oli en Belgique : ils interprètent leur truc différemment et j’ai compris un truc, ils transforment les morceaux pour les rendre scéniques. Oli m’a dit qu’il fallait un rapport direct avec le public. Il ne m’a donné que de bons conseils.

Ta dernière sortie, c’est en 2024 ; un album divisé en trois EPs : Lueurs célestes, Éclats cosmiques, Balade astrale. Et après ?
Je vais être en studio, il nous reste des morceaux, on va peut-être faire le bonus du triptyque, ou le départ d’un autre truc. En 2026, je ne vais pas me reposer.

Propos recueillis par Olivier Cachin

 

Cinq albums à emporter au paradis

Ça va me ramener vers mes quatorze à vingt ans… Il y aurait : 

  • Doggystyle de Snoop Dogg ;
  • Ready To Die de Biggie ;
  • « Rockit » d’Herbie Hancock ;
  • Fab Five Freddy qui a fait « Non, je dis non, je descends à Odéon » : ça te donne une façon de rapper des années après – à l’américaine mais en français ;
  • Et pour le cinquième, je change de genre musical total, pour la parité : le premier album d’une jeune Belge qui s’appelle Angèle, Brol. Parce que c’est surprenant de voir quelqu’un avec une tête normale chanter des sujets profonds.