Georges Desjardin-Legalt

Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

La Zeweed Christmas party au Village de Noël de la Villette !

Zeweed s’installe l’espace d’une soirée au Village de Noël de La Villette et vous ouvre les portes de son chalet éphémère. Une parenthèse chaleureuse, musicale et gourmande vous y attend, avec de très belles surprises.

Retrouvez toute la team et l’esprit Zeweed dans son chalet éphémère, un havre de bonheur cosy au milieu de la magie du Village de Noël de la Villette. Pour accompagner cette extravaganza hivernale, nous avons invité l’incontournable DJ londonien Ron, qui fera vibrer le chalet Zeweed avec un set disco-groove à réchauffer des pingouins parisiens.

Notre partenaire Haschill promet de son coté de vous offrir un moment inoubliable avec une fondue au CBD gratuite.

👉 Pour réserver votre fondue : https://www.noel-la-villette.fr/lechaletafondue


👉 Billetterie générale du Village de Noël : https://billetterie.noel-la-villette.fr

Où?
Village de Noël de La Villette 
Place de la Fontaine-aux-Lions,
Parc de la Villette, Paris 19e.

Quand?
Jeudi 4 décembre
de 19h à minuit 

Oxmo Puccino : Le poids de ses mots

Lyriciste agréé depuis son Opéra Puccino introductif, Oxmo sort un album qu’il annonce comme le dernier. Entretien avec un géant de la rime qui s’est prêté au jeu du questionnaire “On ira tous au Paradis“.

Oxmo est un cas unique dans le rap français. Après s’être fait connaître dans l’underground avec ses « Pucc’ Fictions » (des récits mafieux dans lesquels il déroule un storytelling « gangstérisé »), il a su séduire une partie du grand public, celui qui n’écoute que peu le rap français, avec des chansons souvent émouvantes, parfois bouleversantes et toujours teintées de poésie. « L’enfant seul », « La loi du point final », « Toucher l’horizon », « Ma life » : le « Black Jacques Brel » a un répertoire fourni et quelques classiques sous le coude. C’est pourtant un au revoir qu’il nous propose avec La Hauteur de la Lune, dixième album studio annoncé comme son dernier. « J’ai plus rien à prouver, j’ai réussi ma life », rappait-il avec Orelsan. Entretien avec une légende qui n’a pourtant pas dit son dernier (Ox)mot.

Zeweed : Ton péché capital ?
Oxmo Puccino : La colère, mais je la gère assez bien.

C’est le dernier qu’on aurait imaginé pour toi !
Comme quoi je travaille bien ! Il faut se rappeler de mes premiers textes et cette colère qui transpirait. L’intro de mon premier album ! « Je n’ai plus d’amour dans le cœur, aujourd’hui seule la colère emplit mon cœur et je veux que vous partagiez cette colère et je veux que vous soyez tous accablés comme moi. » Je n’ai rien trouvé de plus parfait pour exprimer ce que je ressentais à ce moment-là. Lorsque je parle de paix aujourd’hui, c’est peut-être la raison pour laquelle on me prend au sérieux.

Ton paradis artificiel préféré ?
Sainte Marie-Jeanne, bien sûr.

Selon toi, c’est quoi le Paradis céleste ?
Pour moi, c’est mourir avec le moins de charges, mourir léger, sans craindre trop pour les gens qu’on aime. C’est ça le Paradis céleste.

Qu’est-ce que tu diras à saint Pierre là-haut ?
 Ça fait longtemps !

Crédits : Jérémy Beaudet

Une personne à faire revenir du Paradis, et pourquoi ?
Ah je ne peux pas faire autant de mal à qui que ce soit, non, non. Je suis persuadé que nous sommes sur Terre pour vivre une expérience qui nous rendra meilleurs ailleurs. Donc la personne qui est ailleurs reviendra quand ça sera nécessaire mais je ne peux pas me permettre de la tirer de là pour la faire revenir parce que c’est forcément plus triste sur Terre. Je ne peux pas faire revenir quelqu’un par amour et lui faire autant de mal. C’est pour ça qu’il faut profiter des gens tant qu’ils sont là.

L’enfer sur Terre, c’est quoi ?
Très bonne question. [Il hésite] L’enfer sur Terre, c’est l’isolement, pas la solitude. Lorsqu’on se retrouve dans quelques mètres carrés avec un petit bout de ciel sans pouvoir parler à personne tous les jours, c’est ça l’enfer.

Pourquoi donc La Hauteur de la Lune est-il annoncé comme ton « dernier album » ?
 Mon âge déjà, le temps depuis lequel je fais ça. J’accepte la loi des cycles et j’ai l’impression d’être arrivé au bout d’un cycle. Les artistes que je vois aujourd’hui ont l’âge de ma fille, je sens un décalage. Beaucoup d’artistes qui ont fait les albums de trop n’ont plus été écoutés. Parce qu’on s’accroche à l’image d’eux qu’on se fait, celle de l’époque où on les a le plus aimés. En plus, dans cette course effrénée à la création de contenus, je ne me sens pas dans cette époque-là ; je ne suis pas un fournisseur de contenu, je suis d’une époque où on prenait son temps.

“Aujourd’hui, un artiste qui obtient la reconnaissance à trente ans est un vieil artiste”

Tu crains de ne plus être en phase avec l’époque ?
Les artistes qui remportent le plus de succès sont toujours les plus beaux fruits de leur époque. Dans une vie, il y a un temps pour tout et la petite portion qui est impartie pour être parfaitement le fruit de son époque, être entendu par des gens que ça pourrait toucher, est infime. Peu de personnes arrivent à réunir toutes les conditions à ce moment-là. Aujourd’hui, un artiste qui obtient la reconnaissance à trente ans est un vieil artiste. Moi, je me suis toujours senti décalé et j’ai envie de voir autre chose. J’ai cinquante et un ans. Les artistes que j’ai appréciés, leurs derniers albums ne m’ont pas vraiment touché, malgré l’effort que j’ai fait. Parce que le meilleur est derrière, et il y a cette expression : « L’album de trop ». Je ne vois pas ça comme une fin mais comme le début d’autre chose. Il y avait La Nuit du réveil (2019) où j’avais déjà donné beaucoup mais je l’ai vécu comme une marche ratée. Il y a eu le Covid, entre autres, et c’est la première fois que je me suis dit pfff… Les gens n’ont pas notion de la difficulté que c’est de concevoir un album, qu’il marche ou pas.

On sent une certaine nostalgie dans ta musique, pourtant dans « Les meilleurs », tu dis : « Quoi qu’ils disent, hier n’était pas meilleur »… 
C’est une espèce d’incitation à contribuer à rendre le monde moins mauvais qu’il n’est en train d’évoluer. Tous les indicateurs nous persuadent qu’on va vers le pire mais, malgré tout, nous sommes encore là. Et on a encore des éclats de rire à vivre, des bons repas à partager, des parties de foot, des dîners intimes à vivre. Mais, à cause d’un dessein qu’on nous a imposé, on nous fait croire que la vie, ça n’est surtout pas ça. Et on nous fait oublier ces possibilités-là. Dans un monde cauchemardesque, un sourire vous rend votre journée plus belle. Avec un mot, un geste, en une rencontre, on peut faire taire l’idée que tout est absolument noir.

La chanson qui donne son titre à l’album est un duo avec Vanessa Paradis…
J’ai croisé les doigts pendant des mois pour qu’elle accepte de collaborer avec moi sur l’album, parce que le texte, que je trouve très drôle, aurait pu ne pas lui plaire. Ça ne s’est surtout pas fait par Zoom ou via des fichiers ; moi, je travaille à l’ancienne : il faut que je voie les gens, que je parle avec eux, qu’on sympathise, qu’il se passe quelque chose qui rajoute cette petite touche de magie au morceau, qu’il y ait un storytelling, pas juste des e-mails envoyés entre des artistes qui ne se sont jamais vus.

Crédits : Jérémy Beaudet

Dans le morceau « Magique », ton invité Tuerie dit être « juste un super-héros devant une supérette ».
Ça, c’est la magie de Tuerie : on l’appelle, il dit oui, dans les trois quarts d’heure il traverse Paris et il est là ; on ne lui dit rien, on veut juste un refrain. Il rentre dans la cabine, il commence par les chœurs, on ne comprend rien à ce qu’il fait. Et tout d’un coup, la vibe qu’il envoie remplit le studio. À chaque fois que je réécoute le morceau, je chante avec le même plaisir que j’ai ressenti quand il est sorti de la cabine. C’est magnifier un moment qui peut sembler anodin, « Je suis comme un super-héros devant une supérette qui refait le monde autour d’une cigarette magique. » : Ça me fait penser à tous ces gens qui passent leur journée devant un café et refont le monde avec les moyens qu’ils ont. Cette scène, pour moi, il l’a rendue magnifique. Tout est magique quand tu sais confier tes secrets à un piano.

 

5 albums à emporter au Paradis

  • L’album de Bob Marley que j’avais chez moi avec des fenêtres escamotables… Babylon By Bus ! Je l’ai trop écouté, c’est mon enfance, ma mère, mon père, mes frères, ma famille.
  • Le dernier album de Biggie [The Notorious B.I.G.], Life After Death
  • Un album de Philip Glass, je ne sais pas lequel
  • La Passion selon saint Matthieu de Bach
  • Et le cinquième… L’album de piano que j’ai le plus écouté après John Lewis qui rejoue Bach en version funk : Solo Piano de Chilly Gonzales. J’ai même pensé à écrire des morceaux sur certaines de ses compositions – c’est fou. Surtout quand [le producteur] Renaud Letang m’a raconté comment ils l’ont fait : il a juste joué sans penser à quoi que ce soit, et Renaud a fait un montage. Chilly, c’est un maître.
Propos recueillis Par Olivier Cachin

 

Cette interview est issue du Zeweed magazine #10. Pour trouver notre magazine en kiosque près de chez vous, cliquez sur ce lien

Graine de légende : Nevil Schoenmakers et la Haze

Il est des noms qui s’écrivent à la lisière de la légende, dans ce territoire incertain où l’histoire se confond avec le mythe. Celui de Nevil Schoenmakers, souvent surnommé le « King of Cannabis », appartient à cette catégorie. Sa trajectoire, commencée dans les années 1980, a façonné une part essentielle de la culture cannabique moderne et son nom reste indissociable d’une variété devenue culte : la Haze.

Par le collectif Cannamoustache

Né en 1956 en Australie, élevé aux Pays-Bas, Nevil Schoenmakers incarne la rencontre improbable entre la rigueur scientifique et l’instinct visionnaire. Dans une Europe encore marquée par les tabous, il fonde en 1984 la Seed Bank of Holland : première banque de graines de cannabis au monde. Ce geste, apparemment anodin, ouvre une brèche historique : pour la première fois, les cultivateurs peuvent accéder à des génétiques stables, sélectionnées et croisées avec méthode. L’ombre artisanale des cultures clandestines cède la place à une approche quasi académique, où la plante se pense comme patrimoine vivant.

Au cœur de cette révolution se trouve la Haze : variété américaine née dans les années 1970 en Californie, fruit des expérimentations des frères R. et S. Haze. Ces pionniers avaient marié des sativas venues de Colombie, du Mexique, de Thaïlande et du sud de l’Inde, créant une lignée d’une intensité psychédélique inédite. Mais la Haze, capricieuse et exigeante, restait une plante difficile à cultiver, réservée aux initiés. Nevil Schoenmakers, en croisant ces génétiques avec des variétés plus stables, la Northen Light #5 et la Skunk, permit à la Haze de franchir les frontières et de s’inscrire dans une histoire mondiale.

La Haze devint alors plus qu’une simple variété : une mythologie vivante. Ses arômes d’encens, de bois précieux et d’agrumes semblaient convoquer l’Orient et l’Occident, le sacré et le profane. Elle incarnait un voyage intérieur, une expérience de l’esprit autant que du corps. Dans les serres hollandaises, sous les lampes artificielles, elle prenait des allures de plante totémique, gardienne d’un savoir ancien.

Mais la légende de Nevil Schoenmakers ne s’écrit pas sans zones d’ombre. En 1990, il est arrêté en Australie à la demande de la DEA américaine, accusé d’avoir exporté des graines vers les États-Unis. L’affaire, surnommée « Green Merchant Operation », fit trembler tout le milieu cannabique. Libéré sous caution, il échappa à l’extradition et disparut des radars, laissant derrière lui une aura de fugitif romantique, à la fois traqué et vénéré.

Aujourd’hui encore, la Haze demeure la pierre angulaire de nombreuses génétiques modernes. Qu’il s’agisse de la Super Silver Haze, de la Neville’s Haze ou des innombrables hybrides qui en portent l’empreinte, toutes rappellent la main de ce sélectionneur visionnaire. Nevil Schoenmakers n’a pas seulement domestiqué une plante : il a ouvert un imaginaire. La Haze, avec ses fleurs effilées et ses effets transcendants, reste le symbole d’une époque où l’utopie psychédélique croisait la rigueur botanique.

Ainsi, l’histoire de Nevil et de la Haze s’écrit comme une épopée moderne. Elle mêle la quête de pureté génétique à la lutte contre les interdits, le rêve d’une plante universelle à la réalité d’un monde répressif. Comme toutes les légendes, elle oscille entre la lumière et l’ombre, mais son parfum, lui, continue de flotter dans les consciences. Et dans chaque graine de Haze, c’est un fragment de cette histoire mythique qui se transmet, de génération en génération.

Nevil Schoenmakers (1956-2019), sa life en 3 phrases.

Nevil Schoenmakers, surnommé le « roi du cannabis », fut un pionnier australien dans la sélection et l’hybridation de variétés de chanvre. Installé aux Pays-Bas, il a fondé la première banque de graines de cannabis, révolutionnant la culture et la diffusion mondiale de génétiques. Son parcours reste une référence incontournable dans l’histoire contemporaine du cannabis.

 

 

Tarpé à son âme : rencontre avec le rouleur de joints de Thierry Ardisson

Homme en noir, mais jamais en manque de fumée blanche, Thierry Ardisson a fait du pétard un accessoire de sa vie comme un autre. Témoignage de Marco, son assistant et… rouleur officiel des “plus beaux joints de Paris”.

Entretien Guillaume Fédou

Allumage de pétard en direct sur le plateau du « Grand Journal », façon Gainsbourg, allusions tous azimuts lors de ses émissions, soutien inconditionnel à Michaël Blanc, longtemps détenu à Bali pour possession de cannabis… Peu de personnalités de premier plan auront autant fait que feu Thierry Ardisson pour la cause « pétardesque ». Afin de lui rendre un hommage natural mystic, nous sommes allés à la rencontre de Marco, son jeune assistant qui était aussi son rouleur de joints personnel – « les plus beaux de Paris ». Entre eux, pas l’épaisseur d’une feuille de papier à rouler. 

 

Zeweed :  Marco, tu peux nous raconter ta rencontre avec Thierry Ardisson ? 
Marco : Oui, j’étais fraîchement arrivé de Normandie pour des pseudo-études à Paris quand j’ai tout de suite décroché un stage pour Ardimages. C’est làa que j’ai appris que Jérémy, l’ancien assistant de Thierry, se barrait et qu’il avait proposé mon nom. Thierry m’appelle : « Il paraît que tu sais bosser… E, est-ce que tu veux faire la même chose en étant bien payé ? Viens demain matin à 9 heures. »

Tu ne l’avais pas encore vu, donc, même en bossant pour lui ?
Non, le stress total ! Et me voilà à 9 heures pétantes au 214, rue de Rivoli. Il m’ouvre en short noir et me dit : « Installe-toi.» Je suis pétrifié et je note qu’il s’agite un peu, il fait des va-et-vient sans son bureau et finalement me dit : « Tiens, ben roule un joint. ». Grosse panique, j’avais intérêt à bien rouler le joint de ma life. Je fais de mon mieux, il le prend, le trouve bien roulé, tire une taffe et le repose.

Juste une taffe ?
Oui, une taffe ou deux. Il faisait très attention, tout était sous contrôle ; il avait juste besoin d’un petit hit. Ensuite, l’entretien a porté sur des choses perso, sur ma vie privée : «T’as une copine, un appart ? » – ce genre. En plein milieu, il me tend le joint. Hors de question pour moi de fumer en entretien d’embauche, qui se serait transformé en entretien de débauche, et je lui réponds : « Merci mais je ne fume jamais avant que le soleil ne soit couché. » Il m’a alors dit : « Très bonne réponse, tu commences demain. »

« On ne pouvait jamais savoir s’il avait fumé ou pas »

Dès le début, tu as compris que ta mission consisterait à rouler des joints ?
Non, j’étais son assistant pour tout mais c’est vrai que, pour les joints, ça le dépannait car il n’a jamais su rouler. C’était grotesque : on aurait dit des cigares pour fumer dans les coins ; en plus, il mettait le carton après avoir roulé, ça ne ressemblait à rien… Ce qu’il adorait, c’était des joints très peu tassés.

Dès le matin donc ?
Oui, j’arrivais le matin à 9 heures précises chez lui ; ça ne servait à rien d’arriver plus tôt et surtout pas plus tard. J’avais la presse du jour avec moi (que j’allais chercher au kiosque alors tenu par le père de Pedro Winter) ; on récupérait des mémos écrits à la main, comme un e-mail en papier. Le plus souvent, il avait déjà fumé quelques taffes en regardant les Tuileries par la fenêtre, avant que j’arrive ; parfois avec un joint qu’il avait gardé ou l’un de ses cigares dont il a le secret. Le jeudi, il y avait l’émission et il ne voulait pas fumer le jour de l’émission… Avant l’émission, je veux dire car, après, c’était parti !

Tu sortais le grand jeu, ce jour-là ?
Oui car il fallait que je lui roule trois joints : un pour le debrief, un deuxième au cas où des invités voudraient partager des taffes avec lui et un autre pour le lendemain. Et les trois avaient intérêt à être roulés à la perfection. Mais j’y arrivais ! Il me présentait souvent comme son « assistant qui roule les plus beaux joints de Paris». Moi, je ne tirais jamais dessus ; de toute façon, je ne suis pas hyper fan du cannabis en journée : ça me rend groggy, comme un café à l’envers. Pareil pour l’alcool, je ne bois jamais le midi. Et j’ai toujours microdosé mes pétards.

En public, Thierry a toujours dit qu’il fumait mais sans prosélytisme. Juste un certain goût de la provocation ?
C’est vrai, il a toujours eu un discours responsable par rapport à ça ; je ne l’ai jamais vu faire l’apologie du produit pour les autres, en dehors de lui-même. On ne connaît pas vraiment sa position sur la légalisation. Un jour, on lui a posé la question ; il a répondu : « Ah bon, c’est pas légal ? Moi, si j’en cherche j’en trouve. » Il aimait bien provoquer, comme sur le plateau du « Grand Journal » [(en 2010, Thierry allume un joint en direct devant un Michel Denisot médusé, NDLR]). Une sorte d’hommage à Gainsbourg ! Il avait aussi écrit un de ses articles « clés en mains » titré : « J’ai légalisé la marijuana » dans les années 1980, où il se baladait dans Paris avec son paquet de pPétardos. Rappelons tout de même qu’il a aussi été interdit de territoire aux États-Unis pendant dix ans, pour avoir laissé un bout de hasch dans ses poches de veste. Il adorait laisser traîner des miettes… Quand c’était trop petit pour être effrité, il mettait ça dans une boîte et iIl finissait par avoir beaucoup de boîtes qu’il donnait à qui voulait, en passant chez lui.

« Thierry a été interdit de territoire aux États-Unis pour avoir laissé un bout de hasch dans ses poches de veste »

Tu as déjà vu Thierry défoncé ?
Non, je ne l’ai jamais vu stone et je pense que personne ne l’a vu perdre le contrôle. On ne pouvait jamais savoir s’il avait fumé ou pas. Rappelons que le cannabis ralentit ldes cerveaux, donc s’ils sont rapides, ça peut aider à canaliser (comme dans le cas d’Ardisson) ; mais s’ils sont lents, c’est la catastrophe ! Ce n’était même pas un sujet pour lui : la weed faisait simplement partie de sa vie. Il m’est arrivé de devoir aller la chercher aussi.

Et maintenant que Thierry nous a abandonnés à notre sort de pauvres Terriens, que fais-tu de tes dix doigts ?
Maintenant, je bosse avec son fils Gaston, que je connais depuis longtemps, sur son initiative OXYGEN Oxygen WATERWater® – de l’eau en canette écoresponsable. Le lien s’est fait sur une idée de Thierry, après qu’il a perdu son émission « Salut les Terriens », et moi, mon boulot par la même occasion. Il y a eu toute une histoire autour du joint que Gaston se serait allumé aux funérailles de son père… Mais comment lui rendre un meilleur hommage ? De toute façon, Gaston est plus de sa génération et préfère le CBD. M, mais rassurez-vous, il se débrouille tout seul.

Jimmy Cliff (1944-2025)

Pionnier du reggae, chanteur solaire et acteur culte, Jimmy Cliff nous a quitté à 81 ans pour rejoindre Peter Tosh, Bob Marley et Lee Scratch Perry au Paradis Rasta. Le Jamaïcain laisse derrière lui une œuvre immense. Notre hommage. 

James Chambers de son vrai nom, Jimmy Cliff arrive sur terre un 30 juillet 1944… dans une paroisse. Dans ses vertes années, le Jamaïcain grandira entre champs, églises et soundsystems improvisés. À 14 ans, il quitte la campagne pour Kingston, déterminé à faire entendre sa voix dans une capitale où les studios poussent comme des champignons. Après avoir tapé à pas mal de portes et éssuyé autant de refus, Jimmy finit par croiser le producteur Leslie Kong. Avec lui, Cliff enregistre “Hurricane Hattie”, qui est immédiatement un succès local. Rapidement repéré par Island Records, il devient l’un des premiers Jamaïcains à exporter le ska, puis le reggae, hors de l’île. Europe, Amérique du Sud, Afrique : partout où il passe, Jimmy Cliff incarne cette musique en pleine gestation, cocktail de revendication, d’humour et d’espoir qui n’a pas encore de nom : le reggae. 

Jimmy Cliff superstar

A la fin des années 60, Jimmy Cliff est déjà un artiste planétaire. L’album “ Hard Road to Travel” (1967) posera les bases de son style : des cuivres qui tapent, une voix lumineuse, des textes poignants. Puis viennent les chansons cultes : “You Can Get It If You Really Want”, “Many Rivers to Cross”, “Wonderful World, Beautiful People ou encore “Reggae Night”.

Si Cliff est vu comme un héraut pop du reggae, un  “vulgarisateur international” du style, il l’est devenu  sans jamais sacrifier ses convictions. Dans les années 80, l’album “Cliff Hanger” est récompensé d’un Grammy. En 2012, “Rebirth” signera son grand retour, couronné d’un succès critique et commercial. En quelque 6 décennies de carrière, Jimmy Cliff n’aura jamais cessé d’enregistrer et tourner. A 75 ans, il se produisait encore sur scène.

Craft et High tech’ 

Pour comprendre l’empreinte laissée par Jimmy Cliff, il faut entrer dans l’atelier sonore où se façonnaient ses disques. Ses premiers enregistrements sont captés chez Leslie Kong au studio Beverley’s, un endroit minuscule mais vibrant, où le ska se transforme peu à peu en rocksteady. Les musiciens qui l’entourent jouent souvent sur des guitares Fender, des basses Fender aussi (Fender Precision, précisément), et des batteries aux peaux détendues pour créer ce rebond grave emblématique de sa texture sonore. Les cuivres – trompettes éclatantes, saxophones chaleureux – sont captés dans des pièces minuscules, donnant ce son serré, presque compressé, typique des productions jamaïcaines de l’époque.
Plus tard, Cliff enregistre à l’incontournable studio Dynamic Sound, véritable usine à tubes reggae, puis dans les studios londoniens d’Island, où les ingé’ son utilisent de nouvelles techniques : overdub (prises multiples), reverbs à plaques EMT (pour reproduire l’effet d’un enregistrement dans une vaste salle de concert) , sections rythmiques repiquées avec un soin quasi scientifique. Ce mélange de débrouille jamaïcaine et de rigueur britannique donne à ses albums une texture unique : chaude, granuleuse, pleine d’air et de vibrations humaines. On y entend autant la sueur des musiciens que l’ambition d’un artiste qui veut rendre son île audible jusqu’aux mégalopoles.

Collab’ mythiques

Jimmy Cliff ne s’est jamais enfermé dans un style. Il collabore avec Kool & the Gang, Sting, Annie Lennox, Joe Strummer, et participe au projet militant “Sun City”, où Bruce Springsteen et Steven Van Zandt rassemblent des artistes contre l’apartheid sud-africain. Il chante, il proteste, il rassemble. On retrouve sa voix sur “Dirty Work” des Rolling Stones. On l’appelle pour des chœurs, des duos, des projets hybrides.
Ses textes – “Vietnam”, “Struggling Man”, “Sitting in Limbo” – deviennent des hymnes de résistance douce, d’entêtement lumineux. Cliff n’est pas seulement une star : c’est une conscience, un humaniste, un agitateur pacifique. Un homme pour qui la musique ne sert jamais de simple divertissement.

En 1972, Jimmy Cliff entre dans la légende avec “The Harder They Come”. Dans le rôle d’Ivan Martin, petit chanteur jamaïcain broyé par un système corrompu, il incarne une jeunesse qui rêve de gloire mais tombe dans la violence. Le film devient culte, un choc visuel et musical. Grâce à lui, le reggae sort de la Jamaïque et conquis le globe. La bande originale du film, portée par Cliff, devient culte dès sa sortie. En 1982,  la Jamaïque l’honorera de l’Order of Merit, la plus haute distinction culturelle du pays. En 2010, il est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame. 
Si sa disparition marque la fin d’une époque, son souffle continuera de rouler longtemps sur les platines, dans playlists comme dans nos coeurs.
Rest in Peace, Maestro. 

Gilbert Shelton : interview du génial créateur des “Freak Brothers”

Grand-père de la contre-culture, Gilbert Shelton a tout connu de la révolution cananbique de la fin des années 1960. Il en a fait un hit avec ses Freak Brothers, un trio bien plus déjanté que nos Pieds nickelés. Entretien avec une légende.

Propos recueillis par Raphaël Turcat

Dans le XIe arrondissement, c’est un atelier foutraque comme une case de ses bandes dessinées : d’innombrables classeurs s’entassent au sol, des planches colorées tapissent les murs. Gilbert Shelton nous y attend en sirotant une canette de Heineken en compagnie de sa femme, Lora Fountain – elle aussi dessinatrice de comix (les comics réservés aux adultes) dans les années 1970, avant de devenir agent littéraire. À quatre-vingt-cinq ans, le père des Fabulous Furry Freak Brothers (Freewheelin’ Franklin, Phineas et Fat Freddy, trois losers ultimes dont le but quotidien consiste à trouver de la drogue à l’exception de l’héroïne) est un peu affaibli et se fait désormais aider dans son art par le dessinateur scénariste français Pic (Denis Lelièvre). Sa mémoire fonctionne, elle, à merveille. Et, pour un homme qui a bâti sa légende sur des personnages toujours à la recherche d’un joint, il a même gardé une sacrée clarté d’esprit. L’occasion d’une plongée dans la contre-culture des années 1960 et 1970 pour celui qui se dit « maniaque du dessin mais pas virtuose ».

Zeweed : Les Freak Brothers sont-ils nés de la culture underground ou l’ont-ils inventée ?
Gilbert Shelton : Ils sont nés dedans. À Austin, au Texas, je travaillais pour The Rag [« Le torchon » en VF], un journal gauchiste comme il en existait dans toutes les grandes villes américaines. Mes personnages (Wonder Wart-Hog, les Fabulous Furry Freak Brothers, Fat Freddy’s Cat…) sont arrivés là-dedans à la va-vite, sans plan de carrière. L’underground, c’était ça : on dessinait, on imprimait, on distribuait et on voyait si ça mordait. Rien n’était calculé.

Après avoir étudié à l’université de Houston, vous partez vivre à NewYork, puis à San Francisco à la fin des années 1960 où vous rencontrez Robert Crumb, le fondateur de Zap Comix. C’est l’acte de naissance officiel de l’underground comix ?
Oui. Zap a montré que l’on pouvait exister en dehors des majors. Avant, les gros éditeurs considéraient les planches originales comme des déchets et les jetaient. Avec Zap, l’art est devenu propriété des auteurs. Ça a été un tournant. Nous étions sept à Zap. Crumb était le plus talentueux d’entre nous, avec sa capacité à raconter une histoire et à créer un univers d’un seul coup de crayon. Victor Moscoso était aussi très fort ; il avait une science de la couleur et du graphisme hallucinante. Lui nous appelait « The Magnificent Seven». Moi, j’étais le moins doué de la bande mais j’avais une qualité : la persistance. J’étais prêt à passer plusieurs nuits sur une page.

Vous veniez du Texas, un État très conservateur. Phineas, l’un des Freak Brothers, a un père d’extrême droite. C’est autobiographique ?
Pas vraiment. Mais c’est vrai qu’au Texas, les figures d’autorité ressemblaient souvent à ça dans les années 1960. Moi, j’ai découvert la gauche presque par accident. À Houston, il n’y avait pas de gauche. Alors, Phineas, c’est ce mélange : un fils d’un monde réactionnaire qui devient l’intellectuel du groupe. Ce contraste m’intéressait.

On résume souvent les aventures des Freak Brothers à un trio de losers qui passe ses journées à chercher de la drogue. Or, vous dites que ce n’est pas le sujet central…
Exact. Les Freak Brothers, ce n’est pas la drogue. C’est le système D, la combine, la survie sans travail régulier, l’art de contourner un monde hostile. On les compare souvent aux Pieds nickelés – que j’ai découverts bien après avoir créé les Freak. Ce qui rapproche les deux, c’est l’anarchie, ce rejet de toute autorité, l’envie de se débarrasser des règles pour mener une vie plutôt nihiliste, faite de débrouilles et de petits coups. La drogue est présente, mais comme décor comique, pas comme thème central.

 

Vous fumiez beaucoup en dessinant ?
Oui, comme tout le monde à San Francisco dans les années 1960-1970 ; même les policiers. Et puis ça ne coûtait rien, 10 dollars l’once [environ 30 grammes, NDLR]. Moi, ça m’aidait surtout à rester assis. Je suis hyperactif : sans un joint, je me lève au bout d’une minute. Avec, je peux tenir et dessiner des heures. Ça ne m’a jamais « inspiré » au sens mystique du terme, mais ça m’a donné la patience.

« Moi, j’ai découvert la gauche presque par accident. »

Et le LSD ?
J’en ai pris, oui, mais impossible de dessiner après. J’étais curieux et le LSD n’était pas encore illégal, tout le monde l’expérimentait. Même Henry Luce [magnat de la presse et patron de Fortune, Time ou Sports Illustrated, NDLR] en prenait, c’est vous dire… Mais ça restait une expérience, pas un carburant créatif. Et ce n’était pas toujours amusant, contrairement à ce que les gens croient.

Vous n’étiez ni beatnik ni hippie. Où vous situiez-vous ?
 Trop jeune pour les beatniks, trop vieux pour les hippies… J’étais plus proche d’un homme d’affaires ; c’est pour ça que j’ai fondé la société d’édition Rip Off Press en 1969. J’avais vingt-neuf ans et j’aimais le concret : trouver un imprimeur, négocier du papier, envoyer des cartons. C’est ce qui m’a permis de durer. Sans ça, je ne serais qu’un nom de plus dans une anthologie oubliée.

Rip Off Press, c’était l’âge d’or de la contre-culture ?
Oui. On avait un entrepôt de 800 mètres carrés à Potrero Hill, un quartier de San Francisco. On imprimait, on stockait, on organisait aussi des fêtes énormes : des centaines de personnes, de la musique, beaucoup de fumée. Une fois, la police est arrivée et a trouvé une caisse d’herbe à l’entrée. Ils ont embarqué le patron, puis l’ont relâché aussitôt : à San Francisco, les flics savaient que les fumeurs n’étaient pas des fauteurs de troubles. C’était une époque de tolérance rare.

Freddy’s Cat, par Gilbert Shelton, dans son atelier parisien.

Les Freak Brothers sont aussi une chronique politique ?
Oui, mais à ma manière. Pas avec des slogans mais avec des losers magnifiques qui ridiculisent les institutions. L’humour permet de contourner les défenses : un gag sur la police passe mieux qu’un tract. Et puis surtout, ma démarche était de lutter contre les éditeurs institutionnels qui ne respectaient pas les artistes.

« Je ne suis pas rock psyché. Frank Zappa ? Pfff, quel musicien médiocre ! »

Auraient-ils existé sans le rock psychédélique ?
Difficilement. Le rock donnait la bande-son à nos vies et à nos gags. Les concerts, les affiches psychédéliques, les radios libres… tout ça formait un climat qui a nourri mes personnages. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, je ne suis pas fan de rock psyché. Frank Zappa ? Pfff, quel musicien médiocre ! J’étais beaucoup plus branché jazz et blues. Et comme je viens du Texas, j’écoutais aussi pas mal de country, notamment Doug Sahm [il se met à chanter] : « Well, she was walking down the street / Looking fine as she could be, hey, hey ! »

Avez-vous réussi à vivre financièrement des Freak Brothers?
Oui. Pas toujours facilement, mais oui. Les ventes, les rééditions, les affiches, les droits à l’international… Ça m’a nourri. Les Freak Brothers, ce n’était pas une mine d’or à court terme mais une petite entreprise viable sur la durée.

Croyez-vous qu’ils puissent encore parler aux nouvelles générations ?
Oui. Le système D, l’amitié, la combine, l’insubordination sont des thèmes universels. Peu importe que vous soyez hippie, punk ou étudiant d’aujourd’hui : vous comprenez ces trois types qui survivent comme ils peuvent.

L’ultime album de Shelton 

Déjà éditeur d’un premier volume en 2024, les Éditions Revival sortent un deuxième tome de l’intégrale des Freak Brothers. Plongé en plein xxie siècle, le trio y crée son propre groupe, se lance le défi de ne pas se défoncer pendant une journée entière, s’entraide lorsque Fat Freddy fait une grossesse involontaire, le tout sous l’œil acerbe du chat de Fat Freddy, indissociable de leurs tribulations.

Les Freak Brothers au 21e siècle et autres dingueries,
Éditions Revival,
136 pages,
26 €

Cette interview est issue du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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USA : L’interdiction du chanvre THC et du CBD full spectrum met chiens et chats en péril .

La future interdiction du chanvre THC aux États-Unis pourrait priver des milliers d’animaux d’un traitement qui les soulage. Les vétérinaires tirent déjà la sonnette d’alarme.

Alors que le Congrès américain s’apprête à interdire la culture fédérale du chanvre bien-être avec la moindre trace de THC, ce sont les compagnons à quatre pattes — chiens, chats, chevaux — qui risquent de payer le prix fort. La mesure menace d’entraver l’accès au CBD full-spectrum, déjà adopté par plusieurs vétérinaires comme alternative thérapeutique crédible. Paradoxal pour un projet présenté comme visant à supprimer « les produits qui enivrent ». « Les plus vulnérables vont souffrir », alerte un spécialiste.

Menace annoncée

La loi d’appropriations budgétaires récemment adoptée prévoit d’ici un an une interdiction fédérale du chanvre, ou du moins de certains produits dérivés contenant des cannabinoïdes. Les défenseurs de la mesure dénoncent les failles juridiques qui ont permis la vente de produits de chanvre consommables, parfois en station-service. Mais ce cadrage oublie une autre réalité : « Il y a beaucoup de gens et d’animaux qui comptent sur des produits CBD full-spectrum à base de chanvre pour ne pas souffrir », rappelle Tim Shu, vétérinaire et fondateur de VetCBD, interrogé par nos confrères de Marijuana Moments.

Péril animal

Tim Shu prévient : « Si la règle reste inchangée, alors quiconque produit des produits CBD à partir de chanvre devra utiliser de l’isolat de CBD. » Or, dit-il, « le problème avec ça, c’est que nous savons par des preuves croissantes que l’effet d’entourage a des bénéfices — il semble bien être une réalité. » Les produits full-spectrum combinent CBD, traces de THC, terpènes et autres composés naturels qui renforceraient l’efficacité thérapeutique. Un atout essentiel pour traiter arthrite, douleurs chroniques ou crises d’épilepsie chez les animaux. « J’ai 11 ans d’activité dans ce domaine, et ce que j’ai vu, c’est que ces produits peuvent littéralement sauver des vies. Vous avez des propriétaires qui envisagent l’euthanasie — c’est la mort — et ils essaient un produit cannabis ou CBD contenant du THC, et ça fonctionne. Ça fonctionne incroyablement bien dans certains cas », témoigne-t-il.

Incohérences

L’objectif affiché de la loi est de protéger les consommateurs, en particulier les jeunes. Mais en bloquant l’accès aux produits thérapeutiques, elle pourrait priver animaux et maîtres d’une solution efficace et déjà largement utilisée. « Les gens oublient que ces cannabinoïdes sauvent des vies — et qu’ils soulagent beaucoup de souffrance, en améliorant la qualité de vie de nombreux animaux », insiste Shu. Le marché du chanvre pour animaux, encore fragile, pourrait être particulièrement touché : même dans les États permissifs, l’impossibilité d’opérer au niveau national compliquerait la distribution. À l’heure où les débats américains sur le cannabis oscillent entre régulation stricte et usage médical, ces conséquences collatérales passent étrangement sous silence.
Derrière les argumentaires sécuritaires, un pan discret mais essentiel de la santé animale — et de notre relation aux animaux — risque d’être sacrifié. Si, dans certaines situations, un simple flacon de CBD suffit à éviter la souffrance ou une fin non désirée, alors la portée de cette décision politique mérite d’être questionnée.

 

Avec Marijuana Moments

Fumer sans se fumer la santé : la révolution des vaporisateurs.

Oubliez le gros joint qui tâche (les poumons et les artères) et passez au vaporisateur, génial invention qui réduit les risques multiples liés à la combustion, tout en préservant la qualité des terpènes et autres agents actifs. Qu’il s’agisse de CBD ou de TRHc (dans les pays qui ont légalisé) ZEWEED a demandé à un praticien spécialiste de faire le point sur cette séduisante alternative.

En matière de réduction des risques pour les fumeurs d’herbes en tout genre, que l’on parle de tabac, de CBD ou de cannabis, la vape s’est imposée comme la plus saine des alternatives, patch exclu. Problème des vapoteurs : les terpènes passent tous à la trappe, laissant l’usager avec une belle fumée en bouche, mais aucun goût réel de la plante. Les vaporisateurs, eux, offrent une fumée riche de saveurs tout en préservant nos poumons des dangers de la combustion.

Fumée sans feu

Que cela concerne le CBD ou le cannabis thérapeutique, les vaporisateurs présentent l’avantage énorme d’éviter d’inhaler les produits cancérogènes liés la combustion. Les effets nocifs inhérents à la combustion seraient ainsi réduits de 95 % en passant à la vaporisation. Adieu goudron, ammoniac, monoxyde de carbone, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)… Pour le professeur Jean-Michel Delile*, “la vaporisation est donc un levier non négligeable pour diminuer les cancers, les AVC, le risque d’impuissance et le tabagisme passif. De ce fait, c’est un double argument en faveur de la vaporisation : c’est intéressant immédiate- ment car cela permet de moins mettre sa santé en danger, et c’est par ailleurs un bon moyen de diminuer la consommation de tabac fumé. La vaporisation est de toute façon un excellent outil de réduction des risques car elle gomme l’essentiel de la toxicité liée à la combustion”.

Principes actifs conservés

La biodisponibilité des principes actifs du CBD varie beaucoup selon les techniques de prise. La vaporisation permet une meilleure absorption du CBD que lorsque fumé. Tandis que 80 % des principes actifs sont disponibles par vaporisation, ce taux chute à 20 % par combustion. En effet, la majeure partie des cannabinoïdes est détruite par le processus de combustion. L’efficacité des vaporisateurs est de ce fait indiscutable puisque la vapeur induite conserve tous les bienfaits des cannabinoïdes, sans créer les multiples toxines liées au processus de combustion. Qui dit meilleure efficacité dit moindre consommation de CBD pour les mêmes effets, donc économies non négligeables à la clé. À noter également que la vaporisation conserve les terpènes lors du processus, ce qui n’est pas le cas avec la combustion qui les brûle. Enfin, la vaporisation libère quasi instantanément l’effet des cannabinoïdes, ce qui permet de pouvoir aisément réguler sa consommation par rapport aux effets escomptés.

Mise en garde pour le tabac

Cependant, si la vaporisation est plus que recommandable en ce qui concerne le CBD et le cannabis thérapeutique, le bilan est plus nuancé pour le tabac : “Si la diminution des produits toxiques liés à la combustion du tabac est un aspect positif, certaines toxines pré- sentes dans le tabac continuent à passer, même à basse température.” C’est d’ailleurs l’industrie du tabac qui en fait la promotion. C’est le cas du dispositif IQOS développé par Philip Morris. Le géant du tabac avance que c’est un outil sans danger qui peut aider les gens à décrocher de la cigarette alors que rien ne le prouve. Il est d’ailleurs établi que pour compenser la baisse des ventes du tabac fumé dans les pays développés, les industriels ont développé ce type de dispositif afin de ne pas être marginalisés par le vapotage. “Selon l’OMS, il n’est pas établi que cela soit un outil de réduction des risques. Certaines toxines seraient même présentes à des niveaux plus élevés dans les aérosols que dans la fumée de cigarette classique. Il y a donc du pour et du contre.

En l’état actuel des choses et des connaissances, il convient donc de rester prudent en attendant d’avoir des données plus fiables. D’ailleurs, si Bertrand Dautzenberg, éminent professeur en pneumologie, est à fond pour le vapotage (la e-cigarette), il est hostile aux vaporisateurs de tabac. On voit que ce n’est pas utilisé par les usagers comme un dispositif d’aide à la réduction de la consommation de tabac, voire au sevrage tabagique”, ajoute Jean-Michel Delile. La nocivité au plan chimique n’est pas écartée à moyen et long termes et cela revient à entretenir le cycle addictif.
Enfin, les dispositifs comme IQOS, bien qu’interdits aux mineurs, peuvent être une forme d’entrée dans la consommation de tabac, alerte le président de Fédération Addiction.
Quelles que soient les alternatives à la cigarette, il n’y a pas de fumée sans feu sans sur la santé…

*Le docteur Jean-Michel Delile est psychiatre et président de la Fédération Addiction www.federationaddiction.fr
 

Le Liban légalise le cannabis thérapeutique… à l’étranger

Premier pays arabe à légaliser le cannabis thérapeutique, le pays des cèdres ouvre les portes à  une prometteuse filière, dont les libanais ne profiteront pas.

En 2020, en plein effondrement économique, le Parlement vote la loi 178 qui autorise la culture du cannabis pour un usage médical et industriel. Le pays devient le premier du monde arabe à légaliser la plante sur le papier, avec une promesse simple : transformer un trafic toléré en machine à devises sonantes et trébuchantes. Cinq ans plus tard, l’État commence seulement à mettre en musique sa « green economy » : création d’une Autorité de régulation du cannabis, futurs appels d’offres, licences à distribuer et projections économiques qui promettent jusqu’à un milliard de dollars de revenus par an.

La Bekaa passe du hors-la-loi au hors-sol

Dans la Bekaa, où l’on cultive du hasch depuis plus longtemps qu’on ne vote des lois, la nouvelle a un goût amer. Les mêmes champs qui alimentaient le marché noir doivent devenir vitrines d’un capitalisme vert très officiel. Sauf que les petits paysans, eux, ne sont pas forcément invités à la table.
La loi réserve les licences aux acteurs « respectables » : sociétés dûment enregistrées, casier judiciaire propre, capitaux solides et carnet d’adresses à Beyrouth. Les familles qui ont tenu le business pendant des décennies découvrent qu’elles risquent surtout de voir leur savoir-faire récupéré par des groupes pharmaceutiques étrangers, sous supervision d’une autorité qui décide de tout : zones de culture, taux de THC inférieurs à 1 %, volumes exportables, usage strictement médical ou industriel.
Résultat : la transition vers le légal ressemble pour l’instant à un déplacement de profits plus qu’à une sortie de la clandestinité. Le risque judiciaire, lui, n’a pas disparu pour les cultivateurs qui ne rentrent pas dans les cases du nouveau système.

Légal pour l’export, illégal pour les patients

Sur le papier, tout est fait « pour la santé publique ». Les parlementaires citent les études scientifiques, justifient la loi par la nécessité de réguler une filière déjà existante, promettent des contrôles stricts et un usage encadré.
Dans la vraie vie, un patient atteint de cancer ou d’épilepsie qui se soigne au cannabis reste pénalement vulnérable. La loi de 2020 ne crée aucun droit effectif pour les patients libanais : elle organise la culture, la transformation et l’exportation, mais ne réforme pas la vieille loi sur les stupéfiants qui criminalise toujours l’usage et la possession de cannabis, même à des fins médicales.
Autrement dit : le Liban va produire des huiles et des extraits de cannabis « made in Bekaa » pour des hôpitaux européens ou nord-américains, pendant que les malades locaux doivent continuer à se fournir clandestinement. Le cannabis devient un produit d’exportation respectable, mais reste une drogue honteuse à domicile.

Une légalisation taillée pour les devises

Si le texte est passé si vite en 2020, ce n’est pas parce que la classe politique s’est soudain passionnée pour la réduction des douleurs neuropathiques. C’est parce que le pays était à genoux : monnaie en chute libre, dette abyssale, fuite des capitaux. Un rapport commandé par le gouvernement a vendu l’idée d’une filière cannabis capable de rapporter près d’un milliard de dollars par an. Les députés ont suivi : même plante, nouveau narratif — on ne parle plus de hasch mais de « potentiel pharmaceutique ».
En 2025, avec la mise en place de l’Autorité de régulation, la machine commence vraiment à s’installer : appels du pied aux investisseurs étrangers, notation des dossiers, promesse d’un marché ultra traçable, digitalisé, conforme aux normes internationales. Sur les photos officielles, le cannabis libanais ressemble moins à un champ poussiéreux de la Bekaa qu’à une start-up de la santé.
Reste la question centrale : pour qui légalise-t-on vraiment ? Pour les malades qui espèrent une alternative aux opioïdes, pour les paysans qui survivent depuis des années grâce à une culture illégale, ou pour des bilans comptables en manque de devises ?
Pour l’instant, la réponse penche clairement du côté des tableurs Excel. Le Liban a légalisé le cannabis thérapeutique comme on signe un plan de sauvetage économique : à destination des marchés, pas des patients. La révolution verte attendra encore avant de passer de la brochure d’investisseurs à la salle d’attente des hôpitaux.

Interdiction fédérale du THC de chanvre : le grand virage anti-cannabis de Trump

L’administration Trump bannit les produits au THC dérivé du chanvre, alors que 47ème locataire de la Maison blanche promet de reclasser favorablement le cannabis. Un grand écart à la hauteur du chaos américain et de son président.

Premier coup de klaxon dans l’univers du chanvre : aux États-Unis, les produits à base de chanvre contenant du THC dérivé sont en train d’être bannis. Cette volte-face s’inscrit dans une logique de contrôle renforcé, mais aussi dans un paradoxe politique où les promesses de réforme se heurtent à la réalité d’un marché en pleine mutation.

Une interdiction en catimini

Glissée dans un projet de loi budgétaire fédéral, une disposition change tout : la définition légale du « chanvre » est modifiée pour exclure les produits dits « intoxicants ». Sont visés les extraits contenant du THC, du delta-8, du THCA et tous les cannabinoïdes qui procurent un effet, qu’ils soient naturels ou obtenus par transformation. Le seuil autorisé devient tellement bas que la quasi-totalité des huiles, boissons, gummies et vapes au THC dérivé du chanvre devient automatiquement illégale. Les organisations professionnelles parlent de 90 à 95 % des produits frappés d’interdiction. En une phrase, une industrie entière se retrouve menacée d’extinction.

Le contexte juridique

Depuis le Farm Bill de 2018, le chanvre contenant moins de 0,3 % de THC était légal au niveau fédéral. Cette brèche a ouvert la voie à un business tentaculaire : extraits psychoactifs légers, boissons euphorisantes, bonbons au delta-8, vapes au THCA… Tout un univers « légal mais planant » qui prospérait grâce à une zone grise. La nouvelle disposition ferme cette porte : dès qu’un produit peut provoquer une intoxication, il n’entre plus dans la définition du chanvre. Washington met fin à la fête, et l’industrie doit tout repenser du jour au lendemain.

Le revirement Trump

Ce durcissement intervient au moment même où Donald Trump jurait, pendant sa campagne, qu’il reclasserait le cannabis du tableau 1 au tableau 3 des substances contrôlées. Une mesure qui aurait assoupli l’accès au cannabis médical et allégé la fiscalité des entreprises du secteur. Mais pendant qu’il promet une réforme historique du cannabis « officiel », il soutient parallèlement une loi qui étrangle les produits au THC dérivé du chanvre. Double discours assumé ou stratégie brouillonne ? Pour les entrepreneurs du secteur, le message est clair : la liberté annoncée n’est pas pour tout le monde.

Le paradoxe politique

Le contraste est saisissant : d’un côté, un geste vers la normalisation du cannabis ; de l’autre, un tour de vis brutal contre les produits issus du chanvre. Les consommateurs perdent une alternative bon marché au cannabis légal. Les agriculteurs et artisans du chanvre, eux, voient disparaître en quelques semaines une source de revenus cruciale. Même certains élus républicains favorables au chanvre dénoncent une mesure qui sabote l’économie rurale. En filigrane, un autre conflit : celui entre les géants du cannabis récréatif, qui n’ont jamais apprécié la concurrence « low-cost » du chanvre, et l’industrie de l’alcool, contrariée par le succès des boissons euphorisantes au THC dérivé.

What’s next?

Ce qui pourrait passer pour un détail législatif redessine en réalité tout le paysage du cannabis américain. Si le cannabis est finalement reclassé, l’usage médical pourrait s’en trouver facilité. Mais en parallèle, la fermeture du marché du THC dérivé du chanvre prive le public d’un accès légal et accessible à des produits psychoactifs, tout en étranglant une filière innovante. Le paradoxe est total : Trump promet une révolution pour le cannabis, tout en appuyant la première grande interdiction fédérale d’un produit dérivé de la plante depuis des années.
Le terrain se resserre, l’industrie retient son souffle, et les consommateurs constatent une nouvelle fois que, dans l’Amérique de 2025, la légalisation est un chemin sinueux, fait de promesses flamboyantes, de virages brutaux et de zones grises qui disparaissent plus vite que les gummies au THC dans un festival d’été.

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