Weed VIP - Page 2

Le top 10 des weedtubers.

Que ce soit en testant le cannabis sous toutes ses formes, en partageant leurs expériences  de stoners aguérris ou en relevant  des défis où l’absurde le dispute au téméraire, les Weedtubers font un carton sur Youtube. Avec à la clef un joli chèque tous les mois, ces créateurs de contenu cannabique démontrent que sur le net, la weed est une affaire qui roule. Notre top 10 des ganja VIP 2.0

Dope As Yola : le stoner multitâche

 

Si la weed avait besoin d’un ambassadeur, Dope As Yola serait le candidat parfait. Avec plus de 1,5 million d’abonnés, ce WeedTuber californien a transformé sa passion pour le cannabis en un véritable empire médiatique.
Sur sa chaîne, on trouve de tout : des sessions où il fume des joints « épiques », à des anecdotes hilarantes sur ses premières expériences avec la weed. Et ce n’est pas tout : Dope As Yola se démarque par des vidéos éducatives où il partage des astuces sur les produits CBD, les accessoires de fumeurs, et des conseils pour éviter les bad trips – quotient sympathique plus-plus !
Son énergie débordante et son authenticité font de lui une référence incontournable. Il incarne une stonitude dynamique, capable de captiver les audiences sans jamais perdre de vue sa mission : normaliser le cannabis.
Stonitude : 8/10

Erick Khan : le fondateur de l’école « Chill mais productif »

Erick Khan

Erick Khan, c’est le stoner sophistiqué par excellence. Ses vidéos, soigneusement montées, présentent des sessions où il teste des bangs de luxe, des produits hauts de gamme et des techniques de fumée dignes d’un artwork.
Mais, derrière cette apparence super chill, se cache un perfectionniste qui maîtrise chaque détail. Erick Khan est connu pour ses collaborations avec des marques de cannabis de premier plan, ce qui en fait une figure respectée dans l’industrie.
Son mantra ? Trouver l’équilibre parfait entre cool attitude et productivité. De quoi faire de la ganja un art de vivre
Stonitude : 9/10.

RuffHouse Studios : le maître du DIY

Ruff House Studios

Amateurs de DIY, RuffHouse Studios est fait pour vous – vous, et ses 729 000 subscribers. Depuis des années, cette chaîne YouTube propose des tutoriels détaillés pour transformer n’importe quel ingrédient en produit à base de cannabis.
Vous voulez savoir comment faire des space cakes parfaits ? Besoin d’idées pour rouler des joints arty ? RuffHouse a tout ce qu’il vous faut. Ce qui fait son charme, c’est son approche accessible et son humour subtil. Avec lui, cuisiner ou bricoler devient une activité à part entière, ancrée dans une stonitude créative et inspirée.
Stonitude : 7/10

CustomGrow420 : le roi des défis extrêmes

 CustomGrow420, alias Joel, est probablement le WeedTuber le plus extrême du game. Sa chaîne regorge de défis fous, comme le légendaire « Lung Breaker » où il tire sur un bang de 30 pouces en une seule taffe. Résultat ? Plus de 145 millions de vues pour cette seule vidéo.
Joel incarne la stonitude à l’état brut : décomplexée, audacieuse et parfois totalement absurde. Ses fans adorent son humour décalé et son énergie sans limite. Il est la preuve que la weed peut être une véritable performance artistique… Enfin, tout dépend de quel côté on se place pour la regarder.
Stonitude : 10/10

RawOG420 : le dude

RawOG420

Son secret ? Une authenticité qui parle directement à une communauté en quête de simplicité et de vrai. Pas de chichis, pas de faux-semblants : RawOG420 transforme chaque vidéo en une conversation à cœur ouvert avec ses abonnés. Entre son ton accessible et son approche sans filtre, il offre une perspective intime et décontractée sur un univers souvent caricaturé.
Stonitude : 6/10

Stoned & Sexy : le sans filtre

Stoned & Sexy

Avec un casting électrique (Wiz Khalifa, rappeur et icône mondiale du cannabis, rejoint par Char Edwards, Lanie Edwards, et Jahna Maramba), ces esprits libres transcendent les clichés stoners pour livrer des conversations qui frappent où ça compte. Une plongée sans concession dans les enjeux, défis et triomphes d’une génération qui assume que la weed est un mode de vie – tout en restant résolument Stoned & Sexy.
Stonitude : 9,5/10

CannaBeard Grows : le jardinier

Cannabeard Grows

CannaBeard Grows, c’est le cultivateur qui ne mâche pas ses mots, ni ses buds. Ce Canadien passionné partage sans détour ses secrets de culture sous le régime ACMPR (Access to Cannabis for Medical Purposes Regulations), entre techniques pointues et petits fails assumés. Ici, pas de bullshit : il montre tout, des racines aux récoltes, dans un style aussi direct que ses plantes sont vertes.
Sur sa chaîne, chaque vidéo est une leçon de jardinage sous influence, mais pas que. CannaBeard sait garder les pieds sur terre et la tête au-dessus des nuages, avec une approche accessible qui donne envie de tenter le coup, même pour les noobs.
Ajoutez à ça une présence active sur Twitch et Discord où il partage ses sessions en live, et vous obtenez un grower qui ne se contente pas de cultiver des plantes, mais aussi une communauté.
Stonitude : 8/10

Koala Puffs : l’énergie high en THC

Koala Puffs

Avec son humour débordant et sa vibe communicative, Koala Puffs (alias Anjela) prouve que la weed peut être à la fois fun et éducative. Entre sketchs hilarants, défis improbables et discussions authentiques sur la consommation responsable, elle s’impose comme une voix décomplexée dans le paysage du cannabis. Mais ce qui la distingue vraiment, c’est sa capacité à dialoguer avec sa communauté : lives interactifs, challenges collaboratifs et réponses sans filtre font d’elle une influenceuse aussi accessible que captivante.
Stonitude : 8/10

Urban Remo : le gourou de la culture

Urban Remo

Si vous cherchez une masterclass sur le cannabis, Urban Remo, alias Remo Colasanti, est votre homme. Ce gourou canadien de la culture indoor allie savoir-faire technique et vibes urbaines pour vous enseigner l’art de cultiver des plantes dignes d’un dispensaire californien. Sa chaîne YouTube, véritable carnet de voyage du THC, embarque dans des dispensaires aux quatre coins du monde, tout en livrant des astuces de culture dignes des pros. Remo, c’est le gars qui peut transformer votre balcon en jungle de qualité supérieure, tout en gardant cette stonitude tranquille qui fait de lui une légende.
Stonitude : 9/10

That High Couple : le duo pop et positif

That High Couple

Alice et Clark, alias That High Couple, c’est sans doute le channel le plus pop du monde du cannabis. Mari et femme dans la vie, ce duo basé à Los Angeles combine légèreté et expertise pour offrir un contenu qui attire autant les novices que les experts. Leurs vidéos incluent des tutoriels sur la confection d’edibles, des idées déco high inspired et la visite des meilleurs festivals de cannabis à travers les États-Unis.
Ce qui les distingue, c’est leur capacité à capturer la joie simple que procure la weed, tout en mettant en avant une stonitude lumineuse et optimiste – de quoi défendre une image inclusive et accessible du cannabis, loin des stéréotypes de stoners paresseux.
Stonitude : 6/10

 

Quand Alexis Chanebau chante la légalisation du cannabis

Puits de science cannabique, auteur d’ouvrages de référence*, Alexis Chanebau est un musicien aux multiples collaborations (Bernard Lavilliers, les Rita Mitsouko, Niagara…). Deux talents qu’il conjugue pour chanter la légalisation du cannabis, dans un clip aussi stupéfiant qu’instructif. Bonne écoute!

 

ZEWEED :Pourquoi une chanson pour la légalisation du cannabis?
Alexis Chanebau : Parce que sa prohibition est un non-sens culturel et écologique
En Europe, jusqu’en 1850, le chanvre représentait 90% des voiles et cordages de tous les navires. Il était responsable de 80% de la production de papier et de vêtements non créés à partir de fibres animales. La loi « Marijuana Tax » fut principalement organisée en 1937 par les lobbys U.S. de la pétrochimie (dont Dupont De Nemours). Le but de cette loi était pour Dupont de Nemours d’imposer des fibres issues du pétrole (nylon, polymères, etc.). Cette loi marque le début d’une ère de profit au mépris de la nature.

C’est sans compter que la culture du chanvre ne nécessite pas de pesticides ou insecticides et consomme deux fois moins d’eau que celle du coton. Qui plus est, le chanvre absorbe le CO2 mieux que n’importe quelle plante cultivée en cycle court. Cerise sur le gâteau : le chanvre assainit les sols de la plupart de produits chimiques nocifs en à peine une décennie. Quant à son entretient quotidien… il est proche de zéro contrairement au lin.
Le cannabis sativa, cultivé sans contrôle de THC, il y a encore 80 ans suscite l’espoir d’un avenir plus serein pour notre planète. Alors que le réchauffement climatique impacte toutes les zones, c’est un immense espoir!

*Le chanvre : du rêve aux mille utilités est disponible sur Amazon ici

Mémoires du chanvre français: Département par département, du Néolithique à la Prohibition est disponible via ce lien

Cheech & Chong roulent sur l’or vert

Ils ont forgé leur carrière à coup d’humour potache en roulant des joints dans une Chevy Impala défoncée. Cinquante ans plus tard, Cheech Marin (78 ans) et Tommy Chong (87 ans) se sont lancés dans une joint aventure qui rapporte plus bien plus de cash que la kush : selon Forbes, l’empire du chanvre et bien-être des  frères pétard américains pèserait à ce jour  près de 100 millions de dollars,

Après des années à faire rire l’Amérique sur fond d’herbe illégale, Cheech and Chong jouent désormais la carte de la ganja soft. Pas de flou juridique, pas d’avocats en panique, pas de taxes étatiques démesurées ; le duo a investit dans le chanvre bien-être (moins de 0,3 % de THC), qui est légal partout aux États-Unis depuis 2018. Avec des sodas infusés au CBD et autres comestibles estampillés Cheech & Chong, distribués dans près de 2 000 superettes Circle K et dans plusieurs magasins texans, les acteurs aux yeux rouge épousent une stratégie certes moins fun et low-profile, mais ultra-rentable.

De la Californie au Texas

Le paradoxe, c’est que ceux qui ont bâti leur carrière en incarnant les rois du pétard californien vendent aujourd’hui… des produits sans effet planant. La weed traditionnelle, celle des dispensaires, représente encore 34 millions de dollars de revenus annuels, grâce à 1 500 points de vente répartis dans plusieurs États US.  Mais ce n’est plus le centre de gravité du business. Le gros du cash vient de la voie légale, accessible à tous, y compris aux familles de banlieue qui achètent du soda au chanvre comme elles achèteraient un pack de Perrier.
Et quand on regarde la carte des États où leur marque est présente, surprise : la Californie, leur berceau culturel, y est presque absente. Quelques boutiques à Los Angeles, certes, mais rien à San Francisco ou San José. Autrement dit : les papes de la stoner comedy ont délaissé la Mecque du cannabis pour s’imposer là où personne ne les attendait : le Texas.

Du CBD à la psyosibine

L’empire des rois du rires enfumé ne s’arrête pas là. Comme beaucoup de groupes du secteur, Cheech & Chong se sont diversifié. Kratom, champignons hallucinogènes, micro-doses de psychotropes tendance : la marque explore aussi les substances du futur. Quitte à bousculer son image cool pour flirter avec des terrains plus ambigus, voire risqués. Tommy Chong, toujours baba dans l’âme, s’en amuse ; Cheech Marin, lui, confesse qu’il songe déjà à une revente.
Le comique Cheech, devenu businessman, assume : « Je n’ai plus vraiment le temps de glander dans  le désert pour fumer de l’herbe et jouer de la guitare ». Traduction : à 78 ans, il pense plus à sécuriser ses arrières qu’à rallumer le calumet de la paix.

De la contre-culture au corporate

Il y a près d’un demi-siècl , Up in Smoke (1978) inventait  le cinéma stoner, un mélange de burlesque et de fumette qui a marqué toute une génération. Aujourd’hui, le film est conservé à la Bibliothèque du Congrès US comme un témoignage « culturellement significatif ». Oui, les héros d’une époque où fumer était un acte subversif sont devenus patrons d’un business tout ce qu’il y a de plus légal et corporate.
Et s’ils continuent d’incarner une certaine idée de liberté hippie, c’est désormais avec des commerciaux et publicitaires qu’ils l’incarnent.

Zeweed avec Forbes, et Reuters

Histoire d’un tube : La Cucaracha

C’est le moment de retrouver votre cours d’histoire cannabique préféré : Zeweed vous raconte aujourd’hui l’origine de la plus célèbre mélodie mexicaine, un hymne insolent et entêtant. Oubliez la Macarena, cet été, on se met tous à la Cucaracha!

Vous avez dû la supporter en klaxons, dans le métro et en BO de milliers de gadgets Made in China qui peuplent les bazars. Cette chanson, c’est… la Cucaracha:

Vous avez dû la supporter dans les transports en commun, dans des supermarchés ou face aux milliers de gadgets Made in China qui peuplent les bazars. Cette chanson, c’est… la Cucaracha.

Un fait peu connu, puisque le consensus concernant la première chanson sur notre plante préférée est en général en faveur de “Reefer Man”, un classique provoquant sorti en 1932. Cette composition Jazz très fun, jouée par le détonnant Cab Calloway, arrive en réalité trois ans après “Muggles” (du patriarche de la trompette Louis Armstrong) mais surtout près de 20 ans après la Cucaracha.
Fun fact: “Reefer Man” a tout de même le privilège d’avoir, en introduction, le tout premier sketch sur la Ganja  gravé sur vynile, bien avant les comédiens Cheech et Chong, dans les années 70.
La particularité de la Cucaracha, c’est qu’il existe autant de versions que de types de tequilas au Mexique.

Hymne au cul du joint

La mélodie reste toujours la même, mais les paroles varient selon les régions et le contexte politique du pays.
Si on ne connaît pas exactement la date de sa composition, trois interprétations sont particulièrement iconiques et elles reflètent les trois sens du mot Cucaracha. Le mot en espagnol, signifie « cafard » et s’applique différemment selon la période :

– Au sens propre, comme dans la première partition du morceau (qui remonte à 1818 et la guerre d’indépendance du Mexique avec l’Espagne, qui dura de 1810 à 1821). Dans cette version, c’est l’histoire d’un Cafard qui a perdu une patte et qui a des difficultés à se déplacer.
– Au sens figuré, comme en 1870, pour s’opposer à la nomination de l’empereur Maximilien d’Autriche
– Et dans le cas de la version la plus connue de la chanson, celle qui l’a établie comme un monument national digne de Frida Kahlo : en argot.
Car Cucaracha signifie avant tout “joint” en espagnol ! C’est d’ailleurs de ce mot que viendrait l’expression “roach” en anglais qui signifie “Cul de joint” et “Cockroach” qui est le nom du Cafard en anglais.
Dans cette version dédiée au révolutionnaire Victoriano Huerta (président du Mexique entre 1913 et 1914), pas d’ambiguïté dans les paroles:

Le cafard Le cafard/ 
Ne peut plus marcher/ 
Parce qu’il n’a pas/ 
Parce qu’il lui manque/ 
De la marijuana à fumer.

L’origine de cet étrange hommage ?
Le révolutionnaire était très fortement soupçonné d’être un fumeur en raison des énormes lunettes noires qu’il portait à cause de sa cataracte (une maladie des yeux), d’un amour de la fête certain qui lui donnait une démarche qu’on va qualifier “d’incertaine” et de rumeurs appuyées sur des parfums aromatiques qui l’entouraient à chacun de ses déplacements.

L’Uruguay, nouvel eldorado des chasseurs graines de cannabis rares

Que vous fassiez pousser trois plants dans votre placard ou possédiez une ferme légale de plusieurs hectares, il y a fort à parier que la weed que vous cultivez soit le fruit d’une graine venue d’Espagne ou des Pays-Bas.
Ce monopole, une poignée de breeders uruguayens vient le taquiner à coup de variétés aussi détonantes qu’exotiques.
Notre correspondant Steve a mené l’enquête.

Il est 16h30 par une journée lourde et grise à Buenos Aires.
J’émiette consciencieusement une belle tête de Ganja vert foncé aux jolis reflets violets.
Alors que j’allume mon spliff et avale ma première taf, une douce et épaisse fumée remplit la pièce pendant qu’une délicieuse sensation monte en moi.
Je suis en train de savourer une Blueberry Automatique qu’un ami a fait pousser l’été dernier, sur sa terrasse et sous le Soleil argentin exactement.
Les graines, à ma grande surprise, provenaient de Del Plata Genetics, une seed bank uruguayenne.

Graine de star

En 2013, la petite nation latino-américaine devient le premier pays à légaliser entièrement le cannabis. Si vous êtes résident uruguayen, vous pouvez acheter de l’herbe dans une pharmacie, un cannabis-club ou alors la cultiver.
Il est aussi possible de s’en griller un partout où il est légal de fumer une cigarette, et on peut même pousser le plaisir lié à cette émancipation en demandant du feu à un policier.
Mais depuis la légalisation,  la croissance de l’industrie du cannabis en Uruguay a été lente. Très lente.
Une image : si le business américain du cannabis était un mall sur cinq étages, l’industrie de la weed en Uruguay (pour autant qu’on puisse appeler ça une industrie ) serait une épicerie de proximité.
Face à cette lacune en la matière verte, le pays a décidé (à son rythme) de prendre les choses en main en créant les premières banques de graines uruguayennes.

 

Les 25 récompenses et trophées  d’Alberto Huergo. Image Silver River Seeds

Silver River Seeds, basé à Montevideo, propose un catalogue assez impressionnant de plus de 20 variétés féminisées et automatiques différentes, avec des noms  aussi funky et tropicaux que Despink, Sourflash, River Haze, ou Apple Cookies.
Des variétés qui sont l’œuvre d’Alberto Huergo, un mystérieux cultivateur et auteur d’une bible du growing : Sativa: Cultivo Interior disponible ici en V.O.
Avec 30 ans d’expérience cannabique et deux décennies passées à faire pousser de la weed, Alberto n’est rien d’autre qu’une sommité dans le milieu des breeder sud-américains.
Il est l’homme derrière la Desfran de Dutch Passion, vainqueur de la Copa Del Mar 2011 en Argentine et de la Copa De Rio 2012 au Brésil… entre autre. (voir photo ci-dessus)
Son livre, publié en 2008, est une encyclopédie de 600 pages qui couvre tout ce qu’il y a à savoir sur la culture de la weed indoor, sur les cycles photopériodiques, sur la façon d’identifier et de traiter carences et parasites, sur l’art du triming, du curing… liste non-exhaustive.
Alberto est également à la tête de Haze, un magazine sur la culture de la marijuana, publié en Argentine, en Uruguay et au Brésil.

Graines bancables

Hélas, après avoir attendu avec impatience une réponse de Silver River Seeds en vue d’un entretient avec Alberto dans le cadre de cet article,  je reçois ce message:
«Merci Steve pour votre intérêt et votre proposition. Nous préférons continuer à voler bas pour éviter d’être détecté par les radars. Il est légal de cultiver en Uruguay, de posséder un Cannabis Club,  de produire vos propres graines mais  il n’est pas  clair s’il est légal de faire de la publicité et de les vendre. Si je savais que c’était légal, j’irais à la télévision et je vous donnerais plusieurs interviews. Mais malheureusement, nous sommes dans une zone grise, et même l’IRCA [Institut uruguayen de réglementation et de contrôle du cannabis) ne saurait quoi vous dire [sur la légalité de la commercialisation et de la vente des semences NDLR]. »
Cette absence de réglementation précise est un problème récurrent de l’Uruguay et de son approche de la culture du cannabis.

Les lois de l’Uruguay sont ainsi faites qu’elles continuent d’alimenter un marché noir; celui  de la weed destinée aux touristes,  qui ne peuvent acheter légalement de cannabis dans le pays. Un marché noir à l’approvisionnement favorisé par des frontières très mal contrôlées, ce qui facilite la contrebande venant des pays limitrophes.
La ville de Rivera, au nord, partage par exemple une rue avec la ville brésilienne de Santana do Livramento.
Passer de l’Uruguay au Brésil est ici littéralement une question de traverser la rue qui, au cours des 3 jours que j’ai passés à Rivera en 2019, n’a jamais été surveillée, aussi bien par les autorités uruguayennes que brésiliennes.

Zones grise-verte.

Malheureusement, ce manque de réglementation ne fait pas seulement la part belle à l’économie parallèle. Il affecte aussi les cannabis-entrepreneurs locaux.
Des gens comme Alberto qui s’efforcent de transformer leur expérience et leur passion pour la weed pour en faire un gagne-pain.
Pour autant, et malgré ses nombreuses lacunes, l’Uruguay garde, socialement, une bonne longueur d’avance.
Après tout, c’est le premier pays à avoir légalisé l’usage et la culture du cannabis.
Et pour toute personne vivant dans un pays qui criminalise toujours la consommation d’herbe, ça vaut tout l’or du monde…
Avec un peu de chance, et pendant que le marché et l’industrie de la weed se développent en Uruguay, la visibilité et les contours de ces zones grises-vertes  ( à l’instar du commerce de graines) se préciseront.
Donnant enfin à des innovateurs comme Alberto la possibilité d’étendre les racines et branches de leurs vertes entreprises.

 

Chilly Gonzales : l’interview ganja-pantoufles

Maestro troll en peignoir, le franco-canadien Chilly Gonzales jongle entre génie provoc’, entertainer d’avant-garde et pianiste sérieux avec une désarmante aisance. Olivier Cachin l’a rencontré pour parler de sa weed sacrée, des rappeurs, des vrais musiciens’ et son dernier album Gonzo.

Il est canadien, mais la France l’a adopté. Entertainer « déglingo », Jason Beck, le « gonzo » du piano, mieux connu sous le nom de Chilly Gonzales, s’est découvert une passion pour le rap français qui l’a mené à enregistrer, en 2023, l’album French Kiss avec, en featuring, Teki Latex et Bonnie Banane, mais aussi Arielle Dombasle et Richard Clayderman (vous avez bien lu). Une addition notable à une discographie foutraque, qui va de la relecture du classique techno minimal de Plastikman, Consumed, à une participation au dernier album de Daft Punk (deux titres sur Random Access Memories) en passant par quelques disques au piano solo et un album chic, Room 29 (2017), en duo avec Jarvis Cocker chez Deutsche Grammophon. Sur Gonzo, son dernier projet, il compare Kanye West à Richard Wagner (« Fuck Wagner ») et invite le rappeur de Detroit, Bruiser Wolf (« Open The Kimono »), sur des productions signées Renaud Letang. Bref, un homme de goût qui cause sans filtre. La preuve dans cette interview, en français dans le texte.

ZEWEED : Comment définir Chilly Gonzales ?
Chilly Gonzales  : C’est écrit sur mon bio Instagram : « Composing entertainer ». Composing, c’est mon côté bon élève, la quête de la maîtrise et, en même temps, entertainer, qui accepte de vivre dans un système capitaliste – qui marche de moins en moins d’ailleurs.

Avec la généralisation de l’électronique et des machines, on parle désormais de « vrais musiciens ». Il y en a des faux ?
Je crois que les rappeurs et les beatmakers sont vraiment les musiciens de notre époque ; c’est plutôt moi qui suis démodé dans mon choix d’instruments, mais ça ne change pas le fait que j’ai envie de vivre sur ce terrain de jeu. Je passe mon temps à collaborer avec des rappeurs de plusieurs générations. Les séances sont pleines de joie et de spontanéité, ça rejoint ma définition de ce que doit être la musique. J’ai l’impression que je plais énormément aux dieux de la Musique et de la Créativité en travaillant comme ça. Les rares fois où je me retrouve en studio avec un vieux chanteur de rock, je suis étonné par son côté rabat-joie, sérieux, prétentieux. S’il y en a qui veulent snober les rappeurs et les beatmakers en disant que ce ne sont pas des vrais musiciens, c’est plutôt l’inverse. Ma génération qui joue classique, jazz et pop, ce sont eux les « faux musiciens » de notre époque ; ils sont démodés dans plein de sens.

Dans « Gangstavour », sur ton album French Kiss, tu dis qu’Aznavour était presque sourd…
Ce sont des faits et, pour moi, c’est un morceau hommage. Je le vois comme un rappeur qui sort des punchlines ludiques et très liées à un caractère fort, à un certain ego démesuré et assumé : «Quand il est arrivé au studio la première fois / Il a dit : “Mais y’a pas d’ascenseur ici ? J’ai un ascenseur chez moi.” / Il chantait pour sa petite-fille si tendrement / Je n’oublierai jamais les paroles de son chant : “C’est que pour toi que grand-papa chante gratuitement”. » Ce qui me dérange, c’est l’hypocrisie, les gens qui veulent se montrer comme des faux généreux, modestes, gentils. Les artistes ont ces qualités, bien sûr, mais aussi des trucs qui sont moins flatteurs. Aznavour, au moins il était cash sur ses motivations. J’ai passé du temps avec lui ; je ne pense pas qu’il aurait renié le fait qu’on lui dise qu’il est radin ou compétiteur, qu’il veut dominer les autres chanteurs de sa génération. Et, en même temps, j’imagine qu’il n’était pas comme ça tout le temps. Les gens sont complexes. Être quasiment sourd et faire un album à quatre-vingts ans, ça veut dire qu’il a pris le dessus sur ses problèmes de surdité et qu’il a réussi à être un grand monsieur de la musique jusqu’à ses derniers jours ; moi, c’est respect total ! Quand je joue le morceau sur un plateau télé à « C à vous » à côté de quelqu’un comme Fabrice Luchini, c’est plutôt lui avec qui j’ai eu un clash, parce qu’il avait mal compris l’attitude. Il est connu dans le milieu comme quelqu’un de complexe qui aime beaucoup s’entendre parler. Je n’ai pas de problème avec ça, je suis comme ça aussi, mais lui n’assume pas ; il fait semblant d’être modeste et gentil, ce qu’il n’est pas.

“Les rares fois où je me retrouve en studio avec un vieux chanteur de rock, je suis étonné par son côté rabat-joie, sérieux, prétentieux”

En pantoufles et peignoir avec l’orchestre philharmonique, c’est de la provocation ou de l’entertainment?
C’est un peu tout, c’est un côté positif et chaleureux : vous êtes au Philharmonique de Paris, mais vous êtes aussi chez moi. Et ça n’est pas un peignoir comme dans un spa pour sortir de la piscine, c’est un truc de gentleman, quand même. Il y a un côté pratique aussi : je le mets et, tout de suite, ça fait de moi Chilly Gonzales sans que j’aie à faire beaucoup de maquillage ; c’est presque instantané. Ça me transforme.

Quand un artiste belge a du succès, il est souvent considéré comme français. Est-ce la même chose pour les artistes canadiens aux États-Unis ?

On a l’impression qu’au moment où certains Canadiens ont réussi à avoir du succès aux States, ils voulaient renier leur côté canadien, ils en parlaient très peu, ils se disaient que ça n’allait pas les aider. Drake a fait la stratégie inverse : il a fait d’une ville à l’image très fade, Toronto, une ville citée dans des couplets de rappeurs. Il a fait que Toronto s’est rajoutée à New York, Los Angeles, Miami, Atlanta, Houston et plein d’autres villes. Un artiste qui arrive à changer cette image, c’est un accomplissement. Moi, j’ai été adopté par les Français et les Allemands. Ça n’a pas autant marché en Angleterre, au Canada ou au Japon, même si j’y vais de temps en temps, mais c’est vraiment en France que je me sens très compris et que je rentre en relation avec mes auditeurs de manière profonde. Je me sens franco-allemand plus que canadien, finalement.

Au Canada, c’est OK pour le cannabis…
En Allemagne aussi ! La différence entre le Canada et l’Allemagne, c’est qu’au Canada, ils ont été assez malins pour rentrer dans le jeu financièrement et récupérer des vrais millions de dollars canadiens pour justifier ce truc auprès du public, et montrer qu’il y aurait des bénéfices au niveau de l’infrastructure policière et criminelle, mais aussi qu’il n’y aurait pas forcément un gros problème au niveau de la santé de la population. En Allemagne, ils n’ont que les arguments de salubrité publique. Ce qui est étonnant pour ceux qui sont de grands consommateurs de cannabis comme moi depuis très longtemps, c’est que ça ne change pas grand-chose finalement. En France, le CBD est légal mais je crois que le pire, c’est l’Angleterre : on peut vraiment aller en prison pour une journée si on a un peu de cannabis sur soi. Des pays comme le Canada ou l’Allemagne ouvrent la voie à d’autres, mais j’en veux aux Allemands de ne pas en profiter financièrement, parce que ça aurait pu faire un bon argument pour la France, par exemple, qui a des problèmes de déficit. Et puis certains partis politiques qui veulent attirer les jeunes, qui pour l’instant vont vers la droite et l’extrême droite, pourraient en profiter – on verra.

“C’est le seul vice que j’ai, je ne bois pas d’alcool et je ne fais pas les drogues dures, mais j’ai passé une grande partie de ma vie avec le cannabis”

Au Canada, c’est grâce au capitalisme que la légalisation a eu lieu.
Oui, d’ailleurs même le conservateur qui va sans doute remplacer Justin Trudeau bientôt a dit qu’il n’allait pas changer la loi.

On retrouve le sujet dans pas mal de vos textes : «J’allume un joint ou deux peut-être », « Je fume du cannabis, c’est mon somnifère », « Je ris comme Erik Satie fumant de la Sativa ».
 Dans mes albums en anglais aussi, toutes les deux ou trois chansons, il y a une référence à ça. C’est le seul vice que j’ai, je ne bois pas d’alcool et je ne fais pas les drogues dures, mais j’ai passé une grande partie de ma vie avec le cannabis. C’est la drogue, je crois, qui se prête le plus à faire de la musique, à l’exception des chanteurs qui ont parfois besoin d’alcool pour aller sur scène. Mais, pour tous les musiciens, techniciens, beatmakers et mixeurs, c’est quasiment un sacrement. Je fais aussi beaucoup de rimes sur ma façon vestimentaire, parce que parler de comment on s’habille, c’est une grande tradition dans le rap. Je parle de ma moustache : «C’est ton chouchou Chilly Gonzo, moustache de gigolo comme dans un film porno» ; c’est des rimes à trois syllabes – j’en fais beaucoup : « Il me reste des millions de joints à fumer, / Mon futur et mes mains sont assurés, / Amuseur assumé, ton public s’endort assommé. »

La weed, c’est pour la création ou la récréation ?
Il n’y a pas de différence pour moi. Quand je fais de la musique, je vais dans un état d’exubérance, même si je joue un morceau plutôt introspectif et mélancolique. Je prends l’exubérance dans ma mélancolie, dans chaque émotion que j’incarne. Et la weed enlève le filtre qui peut mettre certains doutes, ou une certaine intellectualisation, et ça me permet d’aller plus loin dans les idées de manière plus instinctive. Bon, après ça part en couille comme avec Luchini. No filter. Moi, j’ai toujours été comme ça, dès les années 2000, on m’appelait un troll avant que je sache ce qu’était un troll (il prononce « traule », NDLR et MDR). Avant les réseaux sociaux, je voulais provoquer les gens. Ce qu’on veut, c’est créer des situations inédites sur scène, en studio et dans les interviews.

Finalement, tu es un entertainer d’avant-garde.
L’avant-gardisme, pour moi, c’est compris dans le mot « entertainer». C’est mon job de rendre ma musique accessible aux gens qui ont le potentiel de la comprendre. Je sais au fond de moi, que le confort, c’est l’ennemi. Dans mes projets, je me mets des pièges exprès, je me manipule. Je joue avec une seule main, avec un instrument que je ne connais pas, avec un clavier cassé dont la moitié des notes font des bruits bizarres. Pour avoir l’œil du tigre dans ce que je fais sur scène. C’est la vie d’un grand monsieur de la musique que je suis.

Propos recueillis par Olivier Cachin

Album Gonzo disponible chez Gentle Threat

 

Mama : des canna-éditeurs qui vous veulent du bien

Auteurs précurseurs et fondateurs de Mama Éditions, Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain ont été parmi les premiers en France à donner leurs lettres de noblesse au chanvre et au cannabis. Aujourd’hui, ils poursuivent leur œuvre novatrice, sans jamais perdre de vue la mission qui leur tient à cœur : éveiller les consciences et faire du bien.

 

ZEWEED : Mama Éditions fêtera bientôt son vingt-quatrième anniversaire. Qu’est-ce qui vous a conduits à vous lancer dans une aventure aussi audacieuse ?Tigrane : Cela a avant tout été une rencontre avec Michka, que j’ai connue très jeune parce qu’elle était une amie de ma mère et de mon beau-père. J’avais une vingtaine d’années quand elle m’a proposé de travailler pour elle comme attaché de presse dans une maison d’éditions suisse, où elle a publié plusieurs ouvrages de référence, notamment Le Cannabis est-il une drogue, sous-titré : Petite histoire du chanvre, et Le Chanvre, renaissance du cannabis qui, manière de joindre le fond à la forme, a été imprimé sur du papier de chanvre. Ce livre-là a fait date en ce qu’il traitait en particulier du chanvre textile agricole dont on parle tant aujourd’hui, presque trente ans après. Puis, chez ce même éditeur, nous avons conçu ensemble une anthologie du cannabis : une somme de mille pages qui rassemble des textes de plus d’une centaine d’auteurs, allant d’Hérodote à des scientifiques et prix Nobel contemporains. C’est désormais un ouvrage de référence ; certains le qualifient même de Lagarde et Michard du cannabis !
C’est à la suite de ce travail en commun que nous avons eu envie de mener à bien nos propres projets éditoriaux, selon une démarche artisanale à contre-courant de l’industrialisation du monde l’édition.

 

ZW : A-t-il été difficile de publier des livres sur le chanvre et le cannabis dans une société française encore très réticente vis-à-vis de ces sujets ?
Tigrane : C’est vrai que, pendant longtemps, notre démarche a été perçue de manière abusivement polémique. Pourtant, nous avons toujours fait un travail extrêmement soigné, respectueux des cadres légaux. Tous nos livres sont précédés d’avertissements de médecins, de psychiatres, et visés par des avocats. À la différence d’autres éditeurs, nous n’avons jamais donné dans la provocation. Par ailleurs, nous tenons à mettre en avant des avis opposés mais complémentaires, à dépasser les jugements réducteurs, à refuser tout manichéisme. Ces sujets sont bien plus complexes que ça, à l’image du cannabis, qui peut aller d’un chanvre non psychoactif à un cannabis qui l’est beaucoup.

“À la différence d’autres éditeurs, nous n’avons jamais donné dans la provocation” Tigrane

Michka : Je me souviens qu’en 2001, nous avons tenu un stand au Salon de l’agriculture, à Paris, afin de promouvoir la première édition d’un de nos ouvrages intitulé Pourquoi et comment cultiver du chanvre. Ce livre, déposé au ministère de l’Intérieur et parfaitement respectueux de la loi, était présenté entouré de plants de chanvre certifié « agriculture biologique » par le ministère de l’Agriculture. Or, il se trouve que des policiers en service sont passés par là. Ils ont considéré que nous incitions à la consommation de stupéfiants et que nos plants de chanvre étaient comparables à ceux que l’on trouverait dans une arrière-boutique d’Amsterdam. Du coup, j’ai été emmenée manu militari au quai des Orfèvres, tandis que nos stocks de livres et plants de chanvre étaient confisqués… Le bon côté de cette histoire, c’est que les policiers sont arrivés au même moment qu’un groupe de journalistes qui visitaient le salon. Cette coïncidence nous a fait une publicité inespérée. Le lendemain, on s’est retrouvé dans différents journaux télévisés dénonçant l’erreur de ces policiers. Je me souviens d’une journaliste télé relatant avec ironie cet incident en disant : « Chez Mama Éditions, la maréchaussée a eu des hallucinations ! »

“Ça bouge beaucoup aux États-Unis, alors que cette nation a peut-être été celle qui est allée le plus loin dans la répression. Cela leur a sans doute donné le loisir de se rendre compte, avant les autres, que c’était une fausse piste” Michka

ZW : Avez-vous le sentiment que les mentalités changent en France ?
Michka : La France demeure très méfiante vis-à-vis du cannabis en général. Toutefois, les mentalités évoluent, même si cela se fait un peu trop lentement. De nombreux pays autour de nous sont en train de légaliser le chanvre thérapeutique, mais la suspicion par rapport au THC demeure. Le chanvre, c’est le cousin honnête du cannabis qui continue à être perçu comme malhonnête. Cela dit, ça bouge beaucoup aux États-Unis, alors que cette nation a peut-être été celle qui est allée le plus loin dans la répression. Cela leur a sans doute donné le loisir de se rendre compte, avant les autres, que c’était une fausse piste. En tout cas, ceux qui là-bas ont été jetés en prison il n’y a pas si longtemps, doivent tomber des nues en voyant que leurs concitoyens d’aujourd’hui vendent du cannabis légalement et par dizaines de kilos en payant leurs impôts

ZW : Si vous deviez défendre les vertus du cannabis, quel serait votre argument principal ?
Tigrane : Le cannabis est un remède scientifiquement incontesté. Dans le domaine ophtalmologique, par exemple, on sait qu’il soigne le glaucome en faisant baisser la pression oculaire, qu’il soulage les personnes atteintes de sclérose en plaques. Il peut également s’appliquer dans le traitement des cancers en ce qu’il est un antiémétique de premier ordre. De fait, il a été cliniquement démontré que le THC prévient les nausées, les vomissements et la perte d’appétit causés par la chimiothérapie. L’ennui, c’est qu’en France, comme le cannabis est classé dans les tableaux recensant tout ce que l’on appelle les drogues dures, on se prive trop souvent d’informer sur ses possibles vertus thérapeutiques, par peur d’inciter à la consommation de stupéfiants. Ça pince le cœur qu’au pays des Lumières, on en soit arrivé à un stade où des personnes qui ont simplement besoin d’un médicament naturel, sans effets secondaires, ne puissent pas avoir accès à leur remède.

“Plusieurs de nos ouvrages, certains coûteux à produire en termes d’iconographie et de traduction, sont devenus des références et que les aides et les subventions que nous avons sollicitées ne nous ont jamais été accordées” Tigrane

ZW : Tout au long de votre travail dans le cadre de Mama Éditions, avez-vous été soutenus ?
Tigrane : Non, nous n’avons pas vraiment été soutenus. On a plutôt eu le sentiment d’être blacklistés. Et le fait que nos publications sur le chanvre et le cannabis ne représentent aujourd’hui qu’une minorité, n’a pas changé la donne. La vérité, c’est que plusieurs de nos ouvrages, certains coûteux à produire en termes d’iconographie et de traduction, sont devenus des références et que les aides et les subventions que nous avons sollicitées ne nous ont jamais été accordées. C’est là un point de vue économique mais qui semble répondre à votre question, s’agissant du soutien dont nous aurions pu bénéficier. On peut dire que, d’un point de vue institutionnel, ce n’est pas nous qui étions marginaux ; c’est plutôt les autres qui nous ont marginalisés. Ce qui ne nous a pas empêchés de rencontrer notre public, nos libraires, nos bibliothécaires, et de voir que, petit à petit, un certain nombre de médias ou de cercles institutionnels qui, il y a vingt ans, nous disaient : « Vous êtes gentils, mais ce n’est pas la Californie ici ; on est en France, alors arrêtez de nous envoyer vos dossiers de presse. On ne parlera jamais de Mama Éditions ! », nous demandent aujourd’hui des exclusivités, des interviews. Ils semblent avoir réalisé que nous avons été des pionniers, des précurseurs, sur des sujets devenus des phénomènes de société, comme le chanvre, le cannabis médical, le CBD, mais aussi les nouvelles spiritualités, le chamanisme, le jardinage biodynamique en milieu urbain…

ZW : À ce sujet, comment expliquez-vous ce retour en grâce, cet engouement pour des sujets longtemps dédaignés ?
Michka : Il y a beaucoup de choses qui se passent en même temps, dans la société. Nous vivons une époque où les pires horreurs peuvent se produire mais, d’un autre côté, il y a un segment de cette société qui vit une sorte d’élévation du niveau de conscience, une recherche spirituelle. L’important, c’est de choisir sur quoi tu te focalises ; c’est ça qui fait que tu feras partie de ce monde-ci ou de ce monde-là. Pour moi, c’est d’abord un choix et une démarche individuelle.

Tigrane : Il y a aussi le fait qu’après avoir été à ce point déconnecté de la nature au sens large, c’est-à-dire du règne animal, végétal, minéral, on commence à se rendre compte du prix à payer ; on prend conscience des effets secondaires de cette déconnexion, en termes de dépression, de déséquilibre énergétique, de sentiment de ne plus savoir quel est le sens de sa vie, le pourquoi de son travail. Ces conséquences sont beaucoup plus néfastes qu’on ne l’imaginait. C’est un signal d’alarme qui nous enseigne que nous avons besoin de choses simples qui nous font du bien. Cette reconnexion avec la nature, c’est quelque chose de fondamental, d’existentiel, parfois même de vital. On peut se faire tellement de bien très facilement, tout simplement en retournant vers les éléments.

ZW : Parallèlement à vos métiers d’auteurs et d’éditeurs, vous avez également créé, en 2001, le musée du Fumeur, à Paris. Pouvez-vous nous parler de cette initiative ?
Tigrane : Michka et moi avons tous les deux un esprit curieux et ouvert. Au-delà de notre intérêt pour le chanvre et le cannabis, nous avons éprouvé un immense plaisir à explorer l’univers du tabac. Pas le tabac de la cigarette, qui est artificiellement desséché et bourré de centaines d’additifs particulièrement nocifs ; mais plutôt le vrai tabac, dirais-je : celui des peuples premiers, le tabac cérémoniel, chamanique, ou le tabac brun de nos campagnes françaises. Nous avons découvert qu’à l’opposé de la cigarette, il y avait eu jadis, en Occident, un usage du tabac qui n’était pas synonyme de fléau, en termes de santé publique, mais, au contraire, synonyme de dégustation, d’art de vivre. Le monde du cigare ou de la pipe de tabac brun faisait écho à des traditions qui remontaient au calumet de la paix, aux cigares des Lacandons (une ethnie vivant en Amérique centrale), qui sont gigantesques par rapport à nos cigares et qui n’empêchent pas ce peuple de compter un nombre important de centenaires. C’est donc là un tout autre usage, aux antipodes de l’aspect compulsif de la cigarette. Avec elle, on n’arrive jamais à satiété parce qu’elle est calibrée pour nous rendre dépendant. Chez ces peuples premiers, le tabac offre au contraire une expérience de satiété, de contentement qui fait qu’une fois qu’on l’a consommé, on ne se demande pas quand est le prochain. Il procure une plénitude, une complétude, une satisfaction qui n’en demande pas plus. Et puis, nous avons découvert les trésors de richesses culturelles et littéraires associées à l’acte de fumer, dans son acception la plus noble. C’est cela que nous avons voulu partager avec public…

ZW : Vous qui avez été des précurseurs dans beaucoup de domaines, comment voyez-vous l’avenir ? Êtes-vous plutôt optimistes ou pessimistes ?
Tigrane : Fondamentalement optimiste. Par nature, et je dirais même par devoir.
Michka : Oui, c’est vraiment un devoir d’être optimiste. Nous n’avons plus le temps, aujourd’hui, de perdre de l’énergie en alimentant ce qu’on ne veut pas. Il faut au contraire placer son regard, toute son intention, sa direction, vers ce qu’on veut voir se manifester dans la réalité.

Site : www.mamaeditions.com
Insta : @mamaeditions 
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Rap & Weed : 50 ans d’amour

Du blues au reggae, du rock à l’électro en passant par le jazz, le cannabis aura inspiré nombre d’artistes contemporains. De tous les styles qui ont marqué ces dernières décennies, le rap est sans nul doutes le genre le plus indissociable d’un usage enthousiaste de la belle plante. ZEWEED a demandé Olivier Cachin de nous rouler un quatre pages Web bien léchées sur le sujet. Bonne dégustation.

« Smoke weed every day » : Une des punchlines les plus connues et les plus appréciées des fumeurs est due à Nate Dogg, chanteur G-funk, sur le fameux titre de Dr. Dre & Snoop Dogg « The Next Episode ». Logique de la part d’un producteur/rappeur qui signa en 1992 The Chronic, un album révolutionnaire dont le visuel de couv’ et le thème majeur était cette herbe californienne devenue légendaire. Amusant quand on sait que sur le premier album de NWA, dont Dre fit partie avec Ice Cube et Eazy-E, le bon docteur rappait ceci dans le morceau « Respect Yourself » : « I don’t smoke weed or cess, cause it’s known to cause a brother brain damage, and brain damage on the mic don’t manage », soit en français « Je ne fume pas de beuh car on sait que ça cause des lésions cérébrales, et ça, quand on est au micro, ça ne le fait pas ».
Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis !

No smoking sur le Up in Smoke Tour de Dogg

Flash Forward : Juillet 2000, Worcester près de Boston, où la tournée Up In Smoke s’arrête pour deux soirs Dans les loges de Snoop Dogg, l’ambiance est électrique. Il y a là une quinzaine de personnes et un nuage de skunk flotte dans les airs. Lil’ Half Dead fait le DJ, Hittman joue sur une console Nintendo tandis que Kurupt, surexcité, mime des signes de gang au son du beat qui tourne à plein volume sur l’énorme sono. Nate Dogg, l’air absent et totalement défoncé, traverse la pièce en agitant une bouteille de Cognac. Snoop roule des joints qu’il fumera pendant le show. En face du couloir non-fumeur, la loge suinte la marijuana. C’est quand même le Up In Smoke Tour, même si le billet du concert indique « no smoking » juste en dessous de cet intitulé blunté. C’est l’Amérique qui veut ça.

« du tabac mélangé à ton herbe… Les Français sont dingues » Snoop Dogg

Snoop doit monter sur scène dans un peu plus d’une heure. Tandis qu’il finit de rouler ses blunts, il me fait savoir qu’il est prêt pour l’interview. Le magnéto est branché, dans la salle des milliers de fans hurlent déjà les noms de leurs idoles. Snoop aspire une énorme latte, penche la tête en arrière puis recrache la fumée sur le micro. « Let’s do it », lance-t-il. Dr. Dre intervient : « Hey Snoop tu sais ce que je vais faire ce soir ? Quand on joue “Gin & Juice”, je vais débarquer après le troisième couplet avec deux bouteilles de Tanqueray et des verres ! » Et là, Snoop, stick de skunk au bec, défoncé et ravi, prouve que la weed ne l’empêche pas d’avoir bonne mémoire. Il me dit : « Tu sais quoi ? T’es dans ma vidéo “Smoke Fest 96”, tu me posais tes questions à la con ! Mais c’était cool, t’avais du tabac mélangé à ton herbe…Les Français sont dingues, ah ah ! » Souvenir de ma première rencontre avec Snoop à Paris en 1993 pour la sortie de son album Doggystyle, quand il avait tiré sur un trois feuilles assaisonné au tabac (oui, c’est mal, mais on était jeune) et m’avait dévisagé comme un chef étoilé voyant un client ricain mettre du soda dans son verre de Château d’Yquem.

Une petite anecdote qui met en valeur deux artistes hip-hop parmi les plus fidèles défenseurs de la weed. Qui sont loin d’être seuls dans ce domaine, car la marijuana, popularisée dans la pop culture par les artistes reggae, est devenue un des thèmes fétiches de nombreux rappeurs. En tête Method Man (du Wu-Tang Clan) et Redman, deux New-Yorkais qui ont enregistré ensemble l’album Blackout ! sur lequel le morceau « How High » fut inspiré par un trip à Amsterdam. Method : « Arrivé à Amsterdam, j’ai foncé dans la zone rouge ! Quand je dis “Now I’m off to the Red Zone/ We don’t need your dirt weed/We got our fuckin’ own” (Je suis de sortie dans la zone rouge/ Garde ton herbe pourrie/ On a notre putain de stock, NDR), je parle d’Amsterdam ! Comme j’aime le vert, je suis fan de la Chronic ». Mais j’aime aussi le brun, alors n’oublions pas la Chocolate Thaï. C’est comme la côte ouest et la côte est qui se réunissent ! On appelle ce mix « E.T. » ! Extra-terrestre, ah ah ! »

La résilience de Redman

Redman, lui, est un fumeur invétéré, et il l’a prouvé dès son premier album solo en 1992 avec son fameux titre « How To Roll A Blunt », le blunt étant le style de joint préféré de l’époque, quand l’herbe était roulée dans le papier brun des « Phillies Blunts », des cigares bon marché vendus dans le ghetto. Lors d’une interview à New York dans les locaux du label Def Jam, cet échange inoubliable : On parle THC et je fais remarquer à Red, qui a déjà bien entamé sa journée de défonce hydroponique, que le haschich est une spécialité française quasi inconnue aux USA (on est dans les années 1990). Il me fixe avec un rictus goguenard, fouille dans sa poche et me tend un bout de shit premier choix. « Tu vois, nous aussi on connait ça, ah ah ! » L’apothéose vient quand je lui fais remarquer qu’il est difficile d’en consommer sans le mélanger à du tabac. Et là, Redman explose de rire : « Facile, je le mélange avec mon herbe ! » L’équivalent d’un cocktail absinthe/vodka, et une nouvelle preuve de la résilience de Redman face à la défonce du consommateur de weed.

L’herbe ne fascine pas que les rappeurs : Rihanna, grosse consommatrice, avait affirmé en 2015 au blog Marijuana Politics qu’elle allait se lancer dans la commercialisation de sa marque de weed, et la présenter en Jamaïque à la Cannabis Cup : « MaRihanna est vraiment la première marque de cannabis à grande échelle dans le monde et je suis fière d’être pionnière en la matière ». Joli nom mais vœu pieux, et en 2023, on attend toujours les sticks de MaRihanna.

Papier à rouler en or 24 carats

Wiz Khalifa est un autre activiste fumeur qui a créé sa propre variété de weed, la « Khalifa Kush ». Il n’est pas le seul : Kurupt, rappeur californien proche de Snoop, a sa « Moonrock » (grosse réputation, gros taux de THC), Master P a lancé sa ligne de produits cannabiques en 2016 tandis que The Game, (produit par Dre pour son premier album The Documentary) a sa marque, « Trees by Game ». Quant à 2 Chainz, il a choisi de fumer en mode luxe dans une vidéo YouTube, « 2 Chainz Gets High with $500k of Bongs and Dabs », où on le voit fumer dans du papier en or 24 carats et poser devant une table sur laquelle se trouve pour 500.000 dollars de produits cannabiques (C’est les USA hein, rien n’est too much chez l’oncle Sam). Sa dealeuse est Dr. Dina, surnommée « the real Nancy Botwin from Weeds », en référence au personnage principal du feuilleton Weeds.

 

Mais le plus grand fans du THC reste le groupe Cypress Hill, qui dès son premier album éponyme en 1991 rappait « Light Another », « Stoned Is The Way Of The Walk » et « Something For The Blunted ». En mars 1992, quelques mois avant la sortie de The Chronic de Dre, les trois membres de Cypress Hill B-Real (alias Dr. Greenthunb), Sen Dog et DJ Muggs posent en couverture du magazine cannabique High Times devant une pile de buds. Une posture pas si courante à l’époque, comme l’explique Muggs : « Plein de rappeurs n’en parlent pas mais ils fument tous, on le sait, on traine avec eux ». B-Real appuie son propos : « On l’a fait parce que personne d’autre ne le faisait ». Et illustre sa passion avec un tuto en six photos intitulé « How To Roll A Blunt ».

Recenser tous les raps vantant les mérites de la weed ? Impossible.

Depuis, la situation a changé, et de nombreux états américains autorisent le cannabis compassionnel et/ou médicalisé. Et The Chronic a ouvert les vannes, faisant de la marijuana un sujet de prédilection dans les textes du rap US. En 1995, ce sont les Luniz, un groupe venu d’Oakland, qui signent un tube cannabique avec « I Got 5 On It », dans lequel ils dédicacent Cypress Hill (« I’m the type that like to light another joint like Cypress Hill ») et rappent leur amour de l’Indo weed.

Et puis il faut rendre justice aux pionniers que furent EPMD : Ce duo new-yorkais, acronyme de « Erick & Parrish Making Dollars », a inclus sur son premier album le morceau « Jane », qui samplait le fameux classique hydroponique de Rick James « Mary Jane », une balade vantant sur une rythmique pneumatique les mérites multiples de sa petite amie Mary Jane. Si Rick James est clairement dans le double sens (« Elle me fait tourner la tête avec son amour/ Et elle m’emmène au paradis »), EPMD ne file pas la même métaphore, mais persistera avec le prénom « Jane » sur sept albums, avec « Jane 2 », « Jane 3 », jusqu’à « Jane 7 » 20 ans après le premier.

« Smoking ounces like it ain’t nothing »

Recenser tous les raps vantant les mérites de la weed ? Impossible, il faudrait un annuaire. On citera quand même quelques bornes importantes dans la saga du rap blunté, comme « Fried Day » de Bizzy Bone (du groupe Bone Thugs-N-Harmony) qui prône la légalisation (« Why don’t we legalize reefer leaves ? »), « Crumblin’ Erb » d’OutKast (« Smoking ounces like it ain’t nothing »), « Doobie Ashtray » de Devin The Dude (« Hey ! I found a bag of weed ! Smells pretty motherfuckin’ good ») ou encore « Pussy, Money, Weed » de Lil Wayne.

En 2010, sur son troisième album Man On The Moon II : The Legend Of Mr. Rager, Kid Cudi rappe « Marijuana », chanson dans laquelle il explique comment l’herbe l’a sauvé de l’alcoolisme. Et conclut avec un « Four Twenty » (4.20), le signe de ralliement des amateurs de beuh, en référence à l’heure idéale pour fumer son joint (4h20), le 20 avril devenant du coup le jour où de nombreux activistes se rassemblent afin de militer pour la légalisation de la weed.

“le hip-hop est passé de l’âge du crack à celui de la ganja”

Si la nouvelle génération se montre volontiers en train de fumer (Drake, Schoolboy Q, Action Bonzon, A$ap Rocky), c’est indéniablement The Chronic qui a été le détonateur de la génération rap & weed, comme l’a expliqué Chuck D en 2012 au magazine Rolling Stone : « Avec Public Enemy, on a fait des disques de l’ère du crack, quand tout le rap était chaud bouillant, hyperactif. Et puis Dre est arrivé avec “Nuthin’ But A G Thang” et son beat ralenti. D’un coup, le hip-hop est passé de l’âge du crack à celui de la ganja ».

Et derrière Dre, Snoop toujours, bien sûr, ultime parrain et avocat de la marijuana, qui a été jusqu’à changer de nom le temps d’un album pour devenir Snoop Lion à la suite d’un trip en Jamaïque en 2012 qui le vit embrasser la religion rastafariste. Sur ce disque étonnant au parfum de reggae intitulé Reincarnated, l’herbe est évidemment le thème de plusieurs chansons dont « Smoke The Weed » featuring Collie Buddz, mais le morceau-clé est « Lighters Up », hymne à la joie du spliff résumé en ces quelques rimes : « Get high with me, fly with me, ain’t no dividing us ».

Amen Snoop, « Smoke weed every day ».

 

Olivier Cachin
orlus@orlus.fr

Spécial Cannes. Kevin Smith: Dettes, mensonges et vidéos

Comment Kevin Smith, un geek du New Jersey, est-il devenu une icône du cinéma de genre ? Grâce à pas mal d’herbe, un peu de bluff et une relation quasi-symbiotique avec sa fan base. En passant du statut de réalisateur paumé à celui de Star indé, pour arriver à celui de magnat de la Pop culture (sans jamais lâcher son joint), Kevin Smith a changé le monde, une collaboration à la fois. Un monde plus fun, plus polémique et bien entendu plus Nerd, c’est ce que propose l’irrévérencieux trublion depuis plus de 30 ans.
Portrait d’un artiste unique qui a sérieusement bousculé les conventions mainstream d’Hollywood.

Cinéma, endettement et Sundance

Kevin Smith naît dans une ville perdue du New Jersey, en 1970. Il grandit avec une passion du hockey et des comics, qu’il achète toutes les semaines avec son argent de poche.
À l’instar de Wes Anderson qui avait dépensé toute sa bourse étudiante pour tourner son premier film “Bottle Rocket” (ce qui lui valut de se faire virer de son son école de cinéma), Kevin Smith a commencé sa carrière envers et contre tous. Son premier film “Clerks” ne s’est fait que grâce à une lourde dette qu’il a accumulée à travers six cartes de crédits poussées aux limites de leurs découverts.
Comme il l’a déclaré dans l’un de ses trois podcasts hebdomadaires “j’ai atterri à Sundance en 1994 pour vendre mon film en jouant le tout pour le tout”.

Un pari risqué, qui lui a permis de se faire connaître à Hollywood, grâce à un film aux dialogues acérés, tourné en noir et blanc et basé sur sa propre lassitude du monde du travail.
Kevin est le scénariste, le réalisateur et un des acteurs du film. Il joue le muet, en duo avec son meilleur ami, le très volubile Jay.
Jay et Silent Bob sont devenus des références pour tous les stoners, deux dealers exubérants, grossiers et attachants, présents dans 5 films et dans une variété de caméos en dépit d’origines plus qu’accidentelles : “J’ai pris le rôle de Silent Bob uniquement parce que je n’arrivais pas à me souvenir du texte”.
Le film lui a ouvert les portes d’Hollywood et l’aura propulsé sur le devant d’une scène pas toujours bienveillante.

Self care et weed

Si le réalisateur a dépassé ses propres limites, c’est grâce à des rencontres, comme il le narre dans son autobiographie : “[il] a longtemps été une grosse feignasse”.
Quand il fait la connaissance de Jennifer Schwalbach Smith, sa femme depuis 1999, il est au bord de la dépression et du diabète.
Grâce à elle, il va retrouver la santé (devenant vegan au passage), un rythme de travail plus équilibré et une ganja de qualité.

L’origine de son état ? Hollywood, qui l’a sucé jusqu’à la moelle. Après avoir été menacé par Harvey Weinstein, pour qui il a refusé de travailler et avoir été viré de son projet pour un nouveau Superman avec Nicolas Cage, il a senti les limites de la notoriété et s’est recentré sur les projets qui le passionnaient… Dont le lancement d’une marque de cannabis, pour partager les meilleures variétés qu’il a découvertes dans sa quête pour une meilleure fumette.

C’est cette passion pour la weed qui l’a, de nombreuses fois, aidé à garder sa bonhomie légendaire. Dans cet esprit, il a même manifesté avec des fondamentalistes chrétiens contre son propre film, le génial Dogma sorti en 1999. À l’occasion, il a même répondu à des journalistes pour une hilarante interview. Quand on lui reparle de cette anecdote, il répond simplement qu’il était très high à ce moment là, qu’il trouvait ça drôle et qu’après tout, fondamentalistes chrétiens ou pas, il s’agissait de “gens de sa ville” ce qui les rendait attachants à ses yeux.

Restauration et NFT

Cette candeur teintée de générosité est au centre de son travail. Quand il n’est pas en train de militer pour un plus grand respect des femmes dans le monde de la BD, il lance un pop up restaurant basé sur la franchise fictionnelle Mooby, qu’on retrouve dans tous ses films depuis “Clerks 2”, afin de réconforter sa fan base en ces temps de pandémie. Les restaurants sont des sortes de “Hard Rock Cafe pour stoners”, grâce à un grand nombre de clins d’oeils, d’accessoires venus de tournages et même un soda très décontractant au CBD.
Rien d’étonnant, puisque sa propre marque de cannabis est aussi dédiée aux fans, proposant des comics aux effigies de Jay et de Silent Bob pour chaque achat d’un joint pré-roulé.
Il a d’ailleurs monté sa propre boutique de Comics, nommée “Jay and Silent Bob’s Secret Stash” dans le New Jersey.

Son dernier projet ? Vendre son prochain film d’horreur sous le format NFT, afin de rendre le pouvoir volé par les studios aux fans.
L’artiste n’est plus très fan des majors depuis le tournage de Cop Out en 2010, pour lequel il a eu à gérer la mauvaise humeur chronique de Bruce Willis prêt à tout saboter. Un cauchemar sous-payé qu’il souhaite ne jamais reproduire, même si on lui propose le poids de Snoop en Cannabis.

Cinéma : Tommy Chong fume le grand écran une dernière fois.

Après un demi-siècle à propager la fumée d’une contre-culture hilarante, le pionnier de la stoner comédie Tommy Chong tire sa révérence ciné avec Cheech & Chong’s Last Movie (en salles le 21 mai), ultime trip nostalgique et toujours politiquement incorrect. Zeweed l’a rencontré pour discuter spiritualité, religion, santé et ganja.

Quand on décroche une interview avec Tommy Chong, on s’attend à parler de beaucoup de choses, mais pas forcément de Dieu et de l’existence éternelle.
Tout commencé avec une question simple portant sur sa bataille contre les deux cancers qui l’ont atteint et des effets bénéfiques du cannabis sur sa santé.
« J’ai ma propre théorie sur l’herbe. Soit l’observation d’un profane, oui, mais aussi celle d’un connaisseur» me glisse Tommy de façon complice.
« Notre système immunitaire est la clé de toute guérison. Et notre système immunitaire ne peut pas fonctionner correctement quand il est en alerte constante. C’est pourquoi le repos est si important et pourquoi , quand nous sommes malade, l’approche de la médecine conventionnelle consiste à nous isoler sur un lit d’hôpital, loin de tous stress ou distractions négatives.

 

“L’herbe m’a permis de vaincre mon cancer”

Ce que Tommy appelle « l’observation d’un profane » est en fait un postulat médical avéré .
Lorsque nous sommes stressés, notre corps devient plus sensible aux infections et aux maladies. C’est parce que l’hormone du stress -le cortisol- déclenche en nous une réaction ancestrale de lutte ou de fuite, et diminue par incidence le nombre de lymphocytes (ou globules blancs NDLR) dans notre sang. En conséquence, notre corps devient moins efficace pour lutter contre les agressions extérieures.
Ce que fait le cannabis, c’est de vous placer dans un état de repos. Dès lors, votre système immunitaire, qui n’est pas solicité pour lutter contre des agressions exogènes, peut se concentrer sur le corps et assurer son fonctionnement harmonieux. » poursuit Tommy.
Mais la vraie guérison n’est pas physique : le remède ultime est le remède spirituel. Je suis persuadé que l’herbe m’a permis de vaincre mon cancer“.

“Et mon contact avec Dieu a permis à mon corps d’y croire”

Pour Tommy Chong, le remède spirituel réside dans une connexion profonde et personnelle avec Dieu.
Je sais que Dieu m’aime. Et quand les gens me demandent comment je le sais, je leur dis « avez-vous vu ma femme ?” s’amuse  l’humoriste (marié à la sublime Shelby Chong) en accompagnant sa blague d’un rire aussi profond que guttural.
“Quand vous avez ce lien étroit avec Dieu, vous pouvez tout conquérir», me dit-il alors qu’il a repris un ton sérieux. “Et mon contact avec Dieu a permis à mon corps d’y croire“.

Tommy s’arrête un instant, repensant à son enfance sans le sous et cette petite bicoque au fin de l’Alberta, au Canada, dans laquelle il a passé son enfance et adolescence.
« C’était la maison la moins chère, la seule que mon père pouvait nous offrir. Il l’a acheté sur un coup de chance pour quelque chose comme 500 dollars. »

Aujourd’hui, Tommy prend mon appel depuis son domicile niché sur les hauteurs de Pacific Palisades, un des plus beaux quartiers ne à Los Angeles, entre Malibu et Santa-Monica.
Il y a quelques jours, la maison d’un de ses voisins a été vendu pour 50 millions de dollars. « Je n’en revient pas d’habiter dans un endroit où une maison coûte littéralement 10 000 fois plus cher que celle où j’ai grandi. Même si fondamentalement, je m’en fout. Ma femme et ma famille s’occupent de tout cela. Moi, je suis juste assis ici et je reste en contact avec Dieu » s’amuse Chong en souriant paisiblement.

“Je n’en revient pas d’habiter dans un endroit où une maison coûte littéralement 10 000 fois plus cher que celle où j’ai grandi. Même si fondamentalement, je m’en fout”

Pour lui, se connecter avec Dieu, ou son « higher power » (sic) comme il l’appelle parfois, est une pratique simple : «Nous sommes tous de Dieu. Toi, moi, le monde entier. Tout le monde. Les bons, les mauvais, chaque créature vivant sur terre. Nous sommes tous des êtres éternels, que vous vouliez le croire ou non».
L’autre moitié du célèbre duo Cheech et Chong se souvient avoir lu récemment un journal que chaque goutte d’eau qui était sur terre au commencement est toujours là aujourd’hui, sous une forme ou une autre.

“Nous sommes constituées à 90% d’eau”. Chez Tommy Chong, les 10% restant sont d’origine végétale.

En tant qu’humains, nous sommes constitués à 90 % d’eau. Il est donc scientifiquement prouvé que 90% de nos particules ont toujours été ici, sous une forme ou une autre. Alors pourquoi pas les 10 % restants ?  Nous sommes des êtres éternels. Rien ne disparaît. Nous réapparaissons simplement sous une autre forme. C’est aussi un karma physique“.
En tant qu’êtres éternels, Tommy croit que nous existons dans deux mondes : un qui est physique et un qui est spirituel.
Dans le monde physique, il y a un conflit constant. Il y a des contraires. Dans le monde physique, vous ne pouvez pas avoir de haut sans bas, vous ne pouvez pas avoir de justes sans injustes, vous ne pouvez pas avoir Joe Biden sans Donald Trump“.

Et tout comme il y a la possibilité de faire le bien, ou de « rester sur la bonne voie » comme le dit Tommy, il y a aussi la possibilité de faire le mal.
Dans l’histoire de notre existence, nous avons vu à quel point la vie peut être brutale » se souvient-il en évoquant son incarcération.  “Mais seulement jusqu’à un certain point, puis vous partez, vous entrez dans le monde spirituel. Et dans le monde spirituel, il n’y a rien d’autre que l’amour“.

“Je veux croire que le bien a toujours un léger coup d’avance sur le mal. Sinon, on est mal barrés.”

Notre passage dans ce monde physique est selon Tommy une opportunité de grandir, de s’élever. Il compare cela à l’école ; profitez-en pour faire le bien et vous vous élèverez. Choisissez le contraire, et vous régresserez.

En tant qu’êtres humains, nous avons un devoir : celui de s’entre-entraider. Parce que nous venons tous de quelque chose, d’une trame universelle. Non, nous n’apparaissons pas par magie, même si l’Église catholique voudrait nous faire croire qu’il existe une conception immaculée !“. Tommy laisse échapper un grand rire chaleureux.
« Lorsque vous entrez dans le monde physique, vous devez être physique, et c’est ce que nous faisons. Et il doit y avoir des contraires, donc il y aura toujours des opposants et des opposants. Et si vous regardez les pourcentages, ils sont quasiment égaux. Je veux croire que le bien a toujours un léger coup d’avance sur le mal. Tout du moins est-ce ma façon de voir les choses. Sinon…on est mal barrés“.