Alors que près de la moitié des États américains ont légalisé l’usage récréatif du cannabis, la police continue d’interpeller massivement les citoyens US pour simple possession. Selon les dernières données du FBI, plus de 200 000 personnes ont été arrêtées en 2025 pour avoir détenu de du cannabis, un chiffre en net hausse sur un an. Derrière le paradoxe, une politique des drogues toujours morcelée et l’ombre de la Maison Blanche.
La légalisation n’a pas encore rangé les menottes au placard. En 2025, 200 960 personnes ont été arrêtées aux États-Unis pour simple possession de cannabis, selon les dernières données annuelles du FBI. Elles étaient 187 792 un an plus tôt. À ces interpellations s’ajoutent 17 192 arrestations liées à la vente ou à la production, contre 16 244 en 2024.
Au total, le cannabis représente environ un quart des arrestations pour stupéfiants recensées par la police fédérale, davantage que n’importe quelle autre substance individualisée dans les tableaux du FBI. Et dans 92 % des affaires liées à la marijuana, l’infraction reprochée se limite à la possession. Pendant ce temps, la DEA tergiverse pour reclasser le cannabis favorablement.
La progression annuelle tranche avec la tendance de fond. Depuis une dizaine d’années, les arrestations liées au cannabis ont fortement reculé, au rythme des réformes adoptées dans les États. Vingt-quatre ont désormais légalisé et encadré l’usage pour les adultes, et Donald Trump a enclenché un process qui reclassifit favorablement le cannabis, le faisant passer du tableau 1 au tableau 3. Mais le territoire américain reste une mosaïque : ce qui s’achète légalement dans un dispensaire du Colorado ou de Californie peut encore conduire à une arrestation ailleurs. Une géographie juridique où la frontière entre comportement banal et délit se déplace au gré d’une frontière d’État.
Politique ultra-sécuritaire made in Trump
Pour les partisans de la réforme, ces chiffres racontent moins un retour de la prohibition qu’une survivance. Paul Armentano, directeur adjoint de l’organisation NORML, souligne que des centaines de milliers d’Américains continuent chaque année d’être interpellés pour des infractions mineures alors qu’une majorité de l’opinion ne considère plus l’usage responsable de cannabis par un adulte comme un crime. Un paradoxe qui n’est pas le premier alors que le locataire de la Maison Blanche joue le chaud et le froid sur la question cannabis.
L’enjeu n’est pas seulement statistique. Une arrestation, même sans peine de prison, peut laisser un casier, compliquer l’accès à un emploi ou à un logement et nourrir une stigmatisation durable. Les associations de réforme rappellent aussi que les contrôles et poursuites frappent de manière disproportionnée les populations jeunes, pauvres et issues des minorités.
Le paradoxe est devenu familier aux États-Unis : la normalisation économique du cannabis cohabite avec une répression qui n’a pas disparu. Des entreprises légales brassent des milliards de dollars, des États prélèvent des taxes sur les ventes, tandis que d’autres juridictions continuent à sanctionner la possession d’un produit disponible légalement à quelques centaines de kilomètres. De nombreux observateurs voient en ce resserrement de vis un écho de la politique ultra-sécuritaire menée par l’administration Trump, avec en tête la tristement célèbre police de l’immigration ICE.
Chiffres relatifs
Reste que les données du FBI sont loin d’être une photographie parfaite. Le rapport 2025 s’appuie sur les informations transmises par plus de 17 000 services de police et couvre 96,2 % de la population américaine. La participation demeure volontaire et certaines agences locales ne remontent pas leurs données. En outre plusieurs incohérences entre les tableaux fédéraux apparaissent : selon les catégories et les méthodes de calcul, le nombre total d’infractions ou d’arrestations liées aux stupéfiants varie.
Le FBI procède donc à des estimations à partir des informations disponibles et avertit lui-même que certaines comparaisons avec les années précédentes doivent être faites avec prudence. Un problème ancien : des pratiques de comptage différentes selon les juridictions ont déjà conduit, par exemple, à enregistrer certaines simples citations pour possession comme des arrestations.
Cela ne fait pas disparaître le signal politique. À Washington, le débat fédéral sur le reclassement du cannabis se poursuit, avec l’objectif de le faire sortir de la catégorie des substances considérées comme les plus dangereuses et dépourvues d’usage médical reconnu. Mais même un reclassement ne vaudrait pas légalisation nationale. En attendant, l’Amérique du cannabis continue d’avancer à deux vitesses : industrie légale d’un côté, interpellations de l’autre. Et, en 2025, elles se comptent encore par centaines de milliers.
Sources : Marijuana Moment, 25 août 2026 ; FBI, Uniform Crime Reporting / Reported Crimes in the Nation 2025.
