Donald Trump reclassifie favorablement le cannabis. Une (presque) bonne nouvelle pour l’industrie de l’or vert.

Donald Trump a ordonné hier jeudi 18 décembre la reclassification du cannabis au niveau fédéral, une décision inédite qui bouscule cinquante ans de prohibition américaine. Présentée comme pragmatique et médicale, la mesure ouvre une brèche politique, sans pour autant légaliser la marijuana à l’échelle nationale.

Le 18 décembre 2025 restera une date singulière dans l’histoire politique et sanitaire des Etats Unis. Dans un pays où la prohibition du cannabis structure depuis plus d’un demi siècle le discours officiel sur les drogues, Donald Trump a signé un décret présidentiel, attendu depuis le mois de septembre, avant d’être confirmé en début de semaine, ordonnant une reclassification fédérale de la marijuana. Une décision présentée comme historique par ses soutiens, mais accueillie avec prudence par une large partie du monde politique et associatif.

Jusqu’ici classé en catégorie I de la Controlled Substances Act, au même rang que l’héroïne ou le LSD, le cannabis était officiellement considéré comme une substance sans valeur médicale et à fort potentiel d’abus. Le décret présidentiel en ordonne le passage en catégorie III, reconnaissant de fait un usage thérapeutique et un niveau de danger jugé plus modéré. Une évolution symbolique qui rompt avec cinquante ans de dogme fédéral, sans pour autant signer la fin de la prohibition.

« Geste de bon sens »

Dans l’entourage de la Maison Blanche, la mesure est présentée comme un geste de bon sens. Elle doit faciliter la recherche scientifique, alléger certaines contraintes fiscales qui pèsent sur l’industrie légale du cannabis et améliorer l’accès des patients à des traitements à base de cannabinoïdes. Pour les défenseurs de la réforme, cette décision aligne enfin la position fédérale sur la réalité de terrain, alors que la majorité des Etats américains ont déjà légalisé le cannabis médical, et pour beaucoup son usage récréatif.

Mais l’exécutif prend soin de poser des limites claires. Le décret ne légalise pas la marijuana au niveau fédéral et ne remet pas en cause la possibilité de poursuites pénales. Les Etats conservent leur pleine souveraineté, ce qui maintient un paysage juridique fragmenté où le cannabis peut être autorisé dans une ville et criminalisé dans l’Etat voisin. Une ambiguïté qui nourrit les critiques, à droite comme à gauche.

Accueil mitigé chez républicains et démocrates

Chez les républicains les plus conservateurs, la décision est dénoncée comme un signal dangereux envoyé à la jeunesse et comme un renoncement dans la lutte contre les addictions. D’autres y voient une contradiction avec la politique de fermeté affichée contre les opioïdes de synthèse. A l’inverse, une partie des démocrates et des associations pro légalisation estiment que la mesure ne va pas assez loin. Elle ne règle ni la question de l’accès aux services bancaires pour les entreprises du secteur, ni celle de l’effacement des condamnations liées à des infractions passées sur le cannabis.

Sur les marchés, l’annonce a provoqué une réaction contrastée. Si certaines entreprises du cannabis ont brièvement profité de l’effet d’annonce, l’absence de réforme structurelle plus large limite l’enthousiasme des investisseurs. La reclassification ne garantit ni un accès facilité au crédit, ni une harmonisation réglementaire à l’échelle nationale.

Plus qu’une révolution, le décret de Donald Trump ressemble à un déplacement de lignes. Il entérine l’échec d’un modèle prohibitionniste figé, sans en tirer toutes les conséquences politiques et sociales. En reconnaissant officiellement un usage médical du cannabis, l’Etat fédéral ouvre une brèche. Reste à savoir si elle débouchera sur une refonte complète de la politique américaine des drogues ou si elle restera un compromis fragile, suspendu aux rapports de force du Congrès et aux prochaines échéances électorales.

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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