Légalisation

Québec : La consommation de cannabis chez les jeunes en chute libre.

Dans la province du Québec, six ans après la légalisation du cannabis récréatif, la consommation de cannabis chez les 15-24 ans est en forte baisse. De très encourageants résultats liés à une régulation stricte et des campagnes de sensibilisation efficaces.

Depuis la légalisation du cannabis au Canada en 2018, les détracteurs d’une fin de prohibition de l’herbe brandissaient le spectre d’une hausse de la consommation de Marie-Jeanne chez les adolescents et jeunes adultes. Les données couvrant l’année 2024  récemment publiées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) leur donne tord. Entre 2018 et 2025, la consommation de cannabis chez les 15 -24 ans est passée de 34 % à 26 %. Même constat chez les 15-17 ans : selon l’ISQ, seuls; 15 % d’entre eux déclaraient avoir fait usage de marijuana l’année dernière, contre 22% il y a six ans. Une tendance à la baisse qui se confirme aussi chez les 18-24 ans, avec une chute toute aussi significative durant la même période: de 41 % à 33 %.

Exemple québécois

Ces encourageants résultats s’expliquent largement par l’approche responsable adoptée par le Québec, notamment via son modèle semi-étatique incarné par la Société Québécoise Du Cannabis (SQDC), seule entité autorisée à vendre du cannabis récréatif dans la Belle Province. Grâce à un réseau contrôlé et réglementé de boutiques officielles, la SQDC assure un contrôle rigoureux de l’âge des acheteurs, répondant à l’interdiction de vendre au Canada du cannabis aux moins de 21 ans. Les campagnes de prévention, financées par les taxes sur  les ventes de cannabis, ont aussi largement porté leurs fruits. En 2022, 91 % des 15-17 ans déclaraient avoir été exposés à des messages de sensibilisation aux dangers du cannabis sur les cerveaux en formation, comme sur les risques de virage schizophrénique chez les adolescents psychologiquement fragilisés.

97% du cannabis acheté au Canada provient désormais des circuits légaux

En décembre dernier, une étude menée par Santé Canada révélait que 97% du cannabis récréatif acheté au Canada provenait des circuits légaux tels que la SQDC. Les exemples canadiens et plus particulièrement québécois démontrent qu’une légalisation du cannabis à usage adulte, assortie d’un encadrement rigoureux, permet non seulement de mettre hors-jeu le marché noir, mais réduit aussi significativement la prévalence de la consommation de THC au sein des populations les plus sensibles. Ce qui est loin d’être la cas dans les pays qui, en refusant de mettre fin à la prohibition du cannabis, laissent aux mains du crime organisé ce fructueux marché et exposent leur population aux sanglants règlements de compte entre bandes rivales.

Les sud-Africains vont pouvoir détenir de quoi rouler 2000 joints

L’Afrique du Sud redéfini les contours de sa législation sur le cannabis en autorisant chaque citoyen à posséder jusqu’à 750 grammes de ganja. Soit de quoi rouler 2000 joints. 

L’article de News 24 est disponible ici

Allemagne : le nombre de ventes de cannabis en ligne explose

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Depuis la légalisation du cannabis en Allemagne il y a près de deux ans, le marché des ventes de cannabis thérapeutique prescrit par un médecin en visio-consultation pèse aujourd’hui plusieurs milliards d’euros. Les pharmacies en ligne sont au cœur de ce commerce en pleine expansion, alors des praticiens de tous les pays de l’Union européenne peuvent prescrire à leur patients le médicament vert. Cependant, la facilité avec laquelle les consommateurs peuvent désormais s’approvisionner en cannabis n’est pas sans inquiéter les autorités. Bloomberg a mené l’enquête.

L’article de Bloomberg est disponible ici 

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La légalisation du cannabis, une fausse bonne idée?

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Pour lutter contre le narcotrafic qui tue et ronge des quartiers entiers, la légalisation du cannabis semble une solution évidente pour couper l’herbe sous le pied des dealers. Le 1er avril 2024, l’Allemagne légalisait l’usage de la verte pour lutter contre ce marché noir et reprendre la main sur cet enjeu de santé publique. Un peu moins de deux ans après cette petite révolution progressiste, Arte fait le point. 

 

 

 

Documentaire : Quel avenir pour le cannabis en France?

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Plus d’un million de Français consomment du cannabis chaque jour, alors que la législation de 1970 reste l’une des plus répressives d’Occident. Ce documentaire diffusé sur LCP explore ce paradoxe à travers une enquête mêlant histoire, loi et réalités sociales. Dealers, agriculteurs, chercheurs, forces de l’ordre et responsables politiques croisent leurs points de vue, tandis qu’à l’étranger, d’autres modèles émergent. La France peut-elle encore tenir cette ligne dure face aux enjeux économiques, médicaux et sociétaux ?

Le documentaire de LCP sur le cannabis en France est disponible ici.

Thaïlande : menace sur l’or vert?

Deux ans après avoir dépénalisé le cannabis, la Thaïlande resserre les boulons. Pourtant, à Bangkok comme sur les plages, la fumée flotte toujours. Reportage dans un pays où le business oscille entre euphorie touristique et menace de retour à la prohibition.

Par Yves de Roquemaurel

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Bangkok, été 2022. À Sathorn, quartier bien connu de ceux qui aiment l’agitation nocturne de la capitale thaïlandaise, les odeurs de pad thaï et de brochettes grillées se mélangent soudain à un parfum plus entêtant : celui de joints roulés à même les tables en bambou des guesthouses. « Le 9 juin, la weed est devenue légale et, le lendemain, c’était comme si Noël, Songkran [Nouvel An bouddhique, NDLR] et la Coupe du monde tombaient le même jour », raconte Rick, backpacker australien, entre deux gorgées de bière tiède. Du nord au sud, des échoppes de rue jusqu’aux hôtels cinq étoiles, la marijuana envahit la Thaïlande. Plus de 18 000 points de vente ouvrent en deux ans, des weed trucks bariolés aux spas THC, en passant par les pizzas à la ganja et les cocktails infusés servis dans des noix de coco.

 

Ce boom arrive à point nommé. Après deux ans de Covid, la Thaïlande vit un désert touristique : hôtels fermés, plages désertées, guides reconvertis en livreurs de nouilles. « Tout à coup, le cannabis nous a ramené la foule, des jeunes, des routards, même des familles curieuses », raconte Nit, patron d’un bar à Chiang Mai, qui a troqué son menu de smoothies pour une carte « green ». Résultat : en 2024, l’industrie pèse plus d’un milliard d’euros, avec des projections à 1,2 milliard l’année suivante. Mais, derrière l’euphorie, une réalité : cette manne repose surtout sur les touristes. « Les Thaïs ? À peine 350 000 fument régulièrement, sur une population adulte de 50 millions », note Kitty Chopaka, militante et créatrice de Elevated Estate, un incubateur de start-up pour le cannabis. Autrement dit, l’eldorado a été conçu pour les voyageurs en short et sac à dos, pas pour les habitants du pays.

Quand le gouvernement freine

L’idylle verte a été de courte durée. Trois ans plus tard, le gouvernement annonce une réforme restrictive : certificat médical obligatoire, publicité interdite, fermes limitées à 79 structures agréées sur tout le territoire. Les petits cultivateurs, qui avaient tout misé sur l’or vert, voient leur avenir s’effondrer. « On avait investi nos économies dans une petite ferme familiale avec mes cousins. Maintenant, on risque trois ans de prison, si on continue », témoigne Somchai, cultivateur du nord, joint nonchalamment posé derrière l’oreille et regard inquiet tourné vers ses serres.

Kitty Chopaka, qui a conseillé le ministère de la Santé thaïlandais à l’époque de la légalisation, hausse les épaules : « On a fait croire aux gens qu’ils pouvaient participer à une nouvelle économie. Et puis, d’un coup, seuls les gros acteurs survivent, ceux qui peuvent payer les licences et corrompre les fonctionnaires. Résultat, la contrebande explose, la main-d’œuvre vient illégalement de Chine ou du Vietnam, et les mafias s’installent. » Les chiffres donnent raison à Kitty : entre octobre 2024 et mars 2025, plus de 800 trafiquants sont arrêtés pour exportation vers la Grande-Bretagne et neuf tonnes sont saisies par les douanes. Les pays fournisseurs, de la Russie à Israël, apportent aussi engrais et lampes. Ironie suprême : la loi censée protéger la jeunesse, relance les réseaux clandestins avec, à la clé, corruption, travail forcé et circuits parallèles plus difficiles à contrôler.

Bangkok sous fumée

Sur le terrain, pourtant, difficile de voir une différence. À Sukhumvit, quartier bangkokien de l’est, les dispensaires s’adaptent avec une créativité sans bornes. « Ici, on a un médecin en permanence. Tu payes 500 bahts, il signe l’ordonnance et tu peux repartir avec ton sachet », glisse Ananda, gérante de Kush House. À l’étage, lounge climatisé, playlists « lo-fi », smoothies au chanvre et fauteuils design. « C’est presque médicinal, mais tu repars high, crois-moi », rigole Maxime, étudiant français croisé en sortie de boutique, les yeux bien rouges.

Dans le quartier Khao San Road, connu pour ses maisons d’hôte et ses hôtels à petits prix, la débrouille prime. Les touristes revendent à d’autres touristes, créant un marché parallèle aussi improvisé que florissant. La police ? Floue. La possession reste légale, mais fumer dans un lieu public peut être sanctionné pour « nuisance ». En VO, une amende de 25 000 bahts (650 euros)… sauf si le policier accepte une négociation immédiate. « Tu files 5 000 bahts [130 euros] et tout s’arrange, c’est un classique », lâche Priya, étudiante thaïlandaise qui connaît trop bien la réputation des forces de l’ordre. Bangkok ne change pas : l’odeur du système D et celle de l’herbe se mélangent à presque chaque carrefour. Entre les tuk-tuks pétaradants, les vendeurs de brochettes et les néons criards, les effluves de weed sont désormais une composante à part entière du paysage urbain.

Le rêve et le cauchemar des plages

Sur les plages du sud, l’ambiance reste la même : bars en bois aux planchers disjoints, hamacs accrochés aux cocotiers, cocktails fruités servis dans des noix de coco. « Je venais déjà pour la plongée ; maintenant, je viens aussi pour fumer sans stress. T’imagines, une plongée le matin, un joint l’après-midi : c’est le paradis », explique Amira, backpackeuse israélienne croisée à Koh Phangan. Mais les autorités locales s’agacent face aux accidents de scooter en hausse, aux jeunes trop défoncés pour retrouver leur bungalow et à l’image brouillée d’un tourisme que le gouvernement voulait haut de gamme. « On voulait attirer le spa de luxe, on a eu la full moon party version ganja », ironise un hôtelier de Phuket.

Quant aux chiffres de la santé, ils inquiètent : 63 000 personnes traitées en 2023 pour des problèmes liés au cannabis, contre 3 000 l’année précédente. « Les jeunes ont eu un accès trop facile, sans aucun filtre », admet un médecin de Chiang Mai, dépassé par l’afflux de patients adolescents. En arrière-plan, un autre danger : l’exploitation des travailleurs étrangers, payés au noir pour cultiver, parfois logés dans des cabanes insalubres au milieu des plantations. Derrière la carte postale, le revers est moins photogénique.

Un avenir en suspens

La crise politique n’arrange rien. En août 2025, la Première ministre Paetongtarn Shinawatra est destituée pour sa faiblesse supposée face au Cambodge. Résultat : pas de gouvernement stable pour appliquer réellement la loi, pas de stratégie claire. Dans ce flou, les magasins continuent de vendre et les touristes continuent d’acheter. « Tout le monde attend de voir mais personne n’a intérêt à tuer la poule aux œufs d’or », note un patron de bar, dans le quartier bangkokien animé de Patpong, qui a déjà vu passer plusieurs réformes sans effet concret.

Pour Kitty Chopaka, le risque est clair : « Si l’on reclassifie le cannabis comme stupéfiant, on revient vingt ans en arrière, avec prisons pleines et corruption à tous les niveaux. Mais si l’on ne fait rien, on laisse prospérer les mafias et les trafics parallèles. » Dans un café de Sukhumvit, Tom, touriste britannique de trente ans, tranche à sa façon : « Ce pays est trop cool pour se passer de weed. Les lois passent, les joints restent. » À Bangkok, la fumée reste vaporeuse, comme la politique. La Thaïlande continue d’osciller entre eldorado touristique et interdiction annoncée, suspendue à une décision qui, pour l’instant, ne vient jamais.

 

 

Dans un rapport aux allures de mode d’emploi, l’OFDT détaille le projet suisse de légalisation du cannabis

Comment réformer la politique du cannabis sans avancer à l’aveugle ? La Suisse a fait un choix rare en Europe : tester différents modèles de régulation dans le cadre d’essais scientifiques avant de décider d’un changement de loi. Cette stratégie originale est analysée en détail par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) dans un numéro de « Drogues, enjeux internationaux » consacré au cas suisse.

Cantons et projets pilotes

Longtemps, toute légalisation du cannabis non médical semblait politiquement impossible en Suisse. Parlement et électeurs avaient rejeté des projets de réforme dans les années 2000. Mais face à la persistance du marché noir et aux limites d’une approche centrée sur les sanctions, plusieurs grandes villes ont relancé le débat. Leur idée : mener des essais pilotes locaux pour observer, en conditions réelles, les effets d’un accès légal encadré. Après un premier blocage juridique, une modification de la loi fédérale sur les stupéfiants a introduit en 2021 un « article expérimental » autorisant ces projets pour une durée limitée.

Le cadre fixé par la Confédération est strict. Chaque essai doit être validé par une commission d’éthique et autorisé par l’Office fédéral de la santé publique. La participation est réservée à des adultes déjà consommateurs réguliers, résidant dans la zone concernée, avec un maximum de 5 000 personnes par projet. Les produits doivent être cultivés en Suisse, répondre à des standards de qualité élevés, ne pas dépasser 20 % de THC et être vendus sans publicité. Les quantités sont plafonnées et les projets doivent intégrer prévention, protection de la jeunesse et réduction des risques.

Légalisation par l’expérimentation

Fin 2025, sept essais sont en cours, représentant environ 13 000 participants. Selon l’OFDT, ils illustrent trois grandes approches. Les projets à dominante « médicale », en Suisse alémanique, vendent surtout en pharmacie et s’appuient sur des instituts médico-universitaires. Les projets « communautaires/santé publique », à Genève et Lausanne, fonctionnent à but non lucratif dans des points de vente dédiés, avec un fort accent sur l’information et la réduction des risques. Enfin, deux essais portés par des acteurs privés explorent des logiques plus commerciales, avec communication active et stratégies proches d’un marché classique, tout en restant dans le cadre légal expérimental.

L’exemple du projet lausannois Cann-L, détaillé dans la publication de l’OFDT, montre l’intérêt de cette approche. Le point de vente adopte une présentation neutre, sans merchandising, avec des messages de prévention sur les emballages et un personnel formé à la réduction des risques. Après un an, les premières données n’indiquent pas d’augmentation globale des quantités consommées chez les participants. En revanche, une large part des achats s’est déplacée vers le circuit légal, réduisant le recours au marché noir. Le projet aurait ainsi retiré l’équivalent d’environ un million d’euros au commerce illicite en 2024, sans incident majeur de sécurité.

Objectif 2030

Au-delà de ces résultats locaux, l’expérimentation nourrit déjà la réforme nationale. Une commission parlementaire a élaboré un projet de « loi sur les produits du cannabis » qui pourrait entrer en vigueur autour de 2030. Le modèle envisagé est très encadré : monopoles publics de vente, activité à but non lucratif, interdiction de publicité, traçabilité complète « de la graine à la vente » et forte orientation santé publique. L’approche se rapproche davantage du modèle québécois que des marchés commerciaux nord-américains.

Comme le souligne l’OFDT, la Suisse transforme ainsi l’expérimentation en outil de décision politique : légiférer en observant. Dans une Europe souvent bloquée entre prohibition et réformes partielles difficiles à appliquer, cette méthode graduelle fait du pays un véritable laboratoire de la régulation du cannabis, cherchant un équilibre entre contrôle du marché, réduction des risques et acceptabilité politique.

Marché noir : en Suisse, acheter du cannabis relève de la loterie

Une étude d’Addiction Suisse compare le cannabis vendu sur le marché noir vaudois à celui vendu légalement dans le cadre d’un projet pilote. Entre la qualité, la quantité et la sécurité du consommateur, les résultats sont éloquents.

L’article de Swiss Info est accessible en cliquant sur ce lien

Suisse : une étude démontre que l’accès légal au cannabis réduit les risques de consommations problématiques.

Une étude suisse inédite démontre que l’accès légal au cannabis a pour effet de réduire la consommation de drogues dites « dures » chez les poly-toxicomanes. Une avancée thérapeutique qui pourrait bien inspirer les politiques publiques au-delà des frontières helvétiques.

Expérimentation pionnière 

Depuis janvier 2023, la ville de Bâle est le théâtre d’une étude unique en Europe : le programme pilote Weed Care. Conduit par une équipe interdisciplinaire réunissant l’Université de Bâle, les services psychiatriques d’Argovie et les cliniques psychiatriques universitaires de Bâle, ce projet vise à comparer les effets de l’accès légal au cannabis avec ceux du marché noir.
L’étude a suivi 374 participants adultes pendant six mois. La moitié d’entre eux ont été autorisés à acheter du cannabis réglementé dans des pharmacies agréées et ont bénéficié d’un accompagnement psychologique facultatif, tandis que l’autre moitié a continué à se procurer du cannabis illégalement.

« Il n’y a jamais eu d’étude contrôlée et randomisée de ce type« , souligne dans une interview accordée à Neurosciencenews le Dr Lavinia Baltes-Flückiger, directrice adjointe de l’étude aux Services psychiatriques d’Argovie et auteure principale de l’étude, désormais publiée.

Résultats prometteurs

Les conclusions de l’étude, publiées dans la revue scientifique Addiction, sont sans appel : l’accès légal au cannabis est associé à une diminution de la consommation problématique, notamment chez les personnes consommant également d’autres substances. « Dans ce sous-groupe, la consommation problématique de cannabis a connu une baisse significative« , précise le Dr Baltes-Flückiger.

La consommation problématique est définie comme une utilisation entraînant ou aggravant des difficultés sanitaires, sociales ou psychologiques, même sans dépendance au sens classique du terme.
Par ailleurs, l’étude n’a révélé aucune différence significative entre les deux groupes en termes de niveaux de dépression, d’anxiété ou de symptômes psychotiques. « L’accès légal allège le fardeau des consommateurs« , explique pour Watson le professeur Marc Walter de l’Université de Bâle et des Services psychiatriques d’Argovie.

Approche empirique et santé publique

L’expérience suisse suggère que la légalisation du cannabis, lorsqu’elle est encadrée et accompagnée de mesures de prévention, peut avoir des effets positifs sur la santé publique. Elle offre une alternative au marché noir et favorise une consommation plus responsable.
Alors que la France débat encore de la légalisation, l’étude Weed Care apporte des éléments concrets pour orienter les politiques publiques. Elle invite à repenser les approches en matière de drogues, en privilégiant la réduction des risques et l’accompagnement des usagers.

« Les résultats de cette étude fournissent une base solide pour discuter de la régulation légale de la distribution de cannabis en Suisse« , indique le Département de recherche clinique de l’Université de Bâle.
Via cette étude pionnière, Weed Care démontre que l’accès légal au cannabis, combiné à un accompagnement psychologique, est un atout en matière de réduction des risques, et ce sans représenter de danger sur la santé mentale des usagers. Une avancée majeure qui pourrait inspirer d’autres pays à adopter des politiques fondées sur des données probantes.

La légalisation du cannabis à l’heure suisse

Depuis le 29 août, les citoyens de la Confédération sont invités à commenter une loi qui en ferait l’une des pionnières européennes en matière de régulation du cannabis. Entre audace, santé publique et vieux pragmatisme alpin, la Suisse ose sa révolution verte.

Par Baba Squaaly

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En Suisse, on a beau avoir inventé la neutralité armée et le couteau multi-lames, le chanvre n’a rien d’un intrus : les archéologues en retrouvent des traces dès le Néolithique. Pendant des siècles, les vallées alpines en vivent d’ailleurs très bien : cordages pour alpinistes et bateliers, tissus solides, papiers fins, huiles et pharmacopée traditionnelle. Tout se passe sans scandale jusqu’en 1951, où une première loi serre la vis et limite culture et usages. La suite, c’est le rouleau compresseur de la prohibition, qui transforme le consommateur en délinquant. Chaque canton applique à sa sauce cette rigueur importée : ici 100 francs d’amende ; là, 300 – souvent l’équivalent en euros. Mais si l’objectif était de décourager la fumette, c’est raté. Une personne sur trois a déjà tiré sur un joint, et près de 220 000 Helvètes en consomment régulièrement. « Tu payes ton amende, tu ressors, tu continues… C’était devenu un impôt sur nos joints », plaisante Luca, étudiant genevois de vingt-deux ans, pour expliquer en image la réalité helvétique.

Face à ce constat, les Suisses tentent déjà un baroud d’honneur, en 2006 : une initiative populaire pour « une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse », récolte plus de 100 000 signatures. Premier signal. Quinze ans plus tard, en 2021, la Suisse autorise la possession de moins de 10 grammes et lance une série d’essais pilotes scientifiques dans plusieurs villes, dont Lausanne et Berne. L’idée : collecter des données, tester des points de vente encadrés, mesurer les effets sociaux. Mais l’essentiel du marché reste aux mains des dealers de rue, avec tous les risques associés. C’est là que l’avant-projet de loi fédérale sur les produits du cannabis (LPCan) veut intervenir : reprendre la main sur la production et la vente, canaliser la consommation, protéger la jeunesse. « Franchement, c’est une vraie révolution tranquille, confie Anna, employée zurichoise. On garde le sérieux suisse, mais on arrête de traiter les fumeurs comme des voyous. »

Big bang discret

Le projet prévoit un arsenal clair. Tout adulte majeur, citoyen ou résident, pourra consommer légalement. L’achat se fera dans un cadre sécurisé, avec des produits contrôlés, sans édulcorants, ni colorants ni additifs tape-à-l’œil. La publicité est bannie, on line comme off line, et les emballages devront rester sobres, façon paquets de cigarettes neutres. Les produits ne seront pas uniquement fumables : priorité aux alternatives comme la vaporisation ou l’ingestion. La tolérance zéro au volant reste gravée dans le marbre. L’autoproduction, elle, sera permise, mais limitée : trois plantes femelles en floraison par foyer, à la maison, sur son balcon ou dans le jardin. Et pas question de transformer son salon en serre tropicale : des contrôles sont prévus. À chaque étape, l’État helvétique affiche sa méthode : encadrer sans diaboliser, libéraliser sans banaliser.

« On garde le sérieux suisse, mais on arrête de traiter les fumeurs comme des voyous. » Anna, employée zurichoise

Évidemment, la santé publique reste au cœur du dispositif. Le Groupement romand d’études des addictions (Grea) publie une dizaine de fiches détaillant la loi et rappelle qu’« un consommateur redevenu citoyen lambda et non plus délinquant, pourra se diriger plus facilement vers les professionnels de santé pour évoquer sa consommation et tenter de la réguler s’il en ressent le besoin ». Dans cette logique, la production commerciale est strictement encadrée. Les titulaires d’une autorisation de culture ou de fabrication ne pourront pas vendre directement. Et surtout, les concessions de vente seront à but non lucratif. Si bénéfice il y a, il devra être intégralement réinvesti dans la prévention, la réduction des risques et l’aide en cas d’addiction. Quant aux taxes, elles varieront selon le taux de THC : plus le produit est fort, plus il contribue au financement des programmes. Simple, carré, suisse.

Vers l’adoption

Sur le plan économique, cette potentielle loi est un big bang discret. Le retour du cannabis dans l’économie légale devrait gripper les rouages du marché noir. Pendant un temps au moins, les organisations criminelles verront leurs parts de marché fondre comme neige au soleil. Mais personne n’est dupe : ces structures ont horreur du vide et se réinventent vite. Reste à savoir si cette parenthèse permettra d’en démanteler certaines. Les autorités, elles, affichent leur fermeté : la future loi prévoit des amendes plus lourdes pour tous les acteurs du marché illicite – des producteurs aux clients.

À la croisée des chemins, la Confédération met donc fin au tout-répressif sans pour autant basculer dans le grand n’importe quoi. Prévention, santé publique, encadrement strict : chaque clause de la loi vise à trouver l’équilibre. Pour un pays non membre de l’Union européenne mais lié à l’espace Schengen, le pari est osé et finement calculé. La consultation publique court jusqu’au 1er décembre ; après quoi, le texte reviendra devant les deux Assemblées pour adoption. D’ici là, le débat fait rage dans les cafés et sur les places publiques. Et si certains continuent d’associer la Suisse à ses banques, ses montres et ses marmottes, il faudra bientôt ajouter un nouveau symbole national : une régulation du cannabis taillée au cordeau, à la fois audacieuse et carrément helvétique.

 

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