Suisse, Cannabis

En Suisse, le cannabis acheté légalement n’entraîne pas de hausse de consommation

Acheté légalement, le cannabis n’est pas plus consommé, mais mieux consommé. Voici les deux principaux enseignements de SCRIPT, une vaste étude menée à Berne, Bienne et Lucerne. Les premiers résultats montrent surtout que l’accès à des produits contrôlés et à des conseils professionnels favorise des pratiques potentiellement moins risquées et réduit, en partie, les achats auprès du marché noir

Depuis 2024, la Suisse a fait des ces grandes villes des laboratoires grandeur nature de la régulation du cannabis. L’étude SCRIPT — Safer Cannabis Research in Pharmacies randomized controlled Trial — suit 1 177 consommateurs réguliers : 777 à Berne, 261 à Lucerne et 139 à Bienne. Dans neuf pharmacies partenaires, les amateurs de la belle verte peuvent acheter légalement fleurs, résines et liquides à vaporiser, tout en bénéficiant de conseils de réduction des risques.

Les premiers résultats battent en brèche l’un des arguments classiques des opposants à la régulation : légaliser n’augmente pas la consommation des usagers. Les chercheurs observent même une légère tendance à la baisse. Six mois après le début de l’expérience, 75 % des participants ayant accès aux pharmacies avaient consommé du cannabis durant la semaine précédente, contre 83 % dans le groupe témoin encore dépendant du marché illicite.

La différence se situe donc moins dans la quantité consommée que dans la manière de consommer. La régulation semble notamment favoriser le recours à la vaporisation ou à la prise orale, considérées comme potentiellement moins nocives que la combustion. Parmi les participants bénéficiant de l’accès légal, 27 % avaient utilisé un vaporisateur au cours de la semaine étudiée. Le cannabis destiné à ces appareils provenait bien davantage des pharmacies que du marché noir.

Marché noir de la verte

Parmi les participants autorisés à acheter en pharmacie, 51 % s’y étaient approvisionnés pendant la semaine précédant leur contrôle, tandis que 40 % avaient encore eu recours au marché clandestin. Beaucoup naviguent donc entre les deux circuits.

La fleur reste notamment compétitive dans l’illégal, où elle peut être moins chère et plus fortement dosée en THC. Les prix pratiqués dans SCRIPT sont volontairement proches, voire légèrement supérieurs, à ceux du marché noir : ils intègrent une taxe expérimentale destinée notamment à financer les conseils dispensés en pharmacie. Les ventes restent néanmoins stables. Les 18-25 ans se montrent toutefois plus sensibles aux prix élevés que les consommateurs plus âgés, un résultat qui, selon les chercheurs, pourrait confirmer l’intérêt de la fiscalité comme outil de protection de la jeunesse.

La différence la plus spectaculaire apparaît lorsque les produits clandestins passent au laboratoire. Sur 127 échantillons fournis par les participants, neuf contenaient des cannabinoïdes de synthèse. La fleur affichait en moyenne 15 % de THC, la résine 22 %, certains échantillons montant jusqu’à 46 %. Un liquide pour cigarette électronique atteignait même 79 %. Surtout, les consommateurs étaient presque incapables d’en évaluer la puissance : sur 69 estimations, une seule correspondait au taux réellement mesuré.

Réduction des risques

C’est peut-être là que SCRIPT livre son enseignement le plus concret. Réguler ne signifie pas seulement déplacer la vente du trottoir vers un comptoir : la pharmacie permet de connaître précisément la composition et la puissance du produit et d’y associer un discours de prévention.

Selon l’Université de Berne, 71 % des participants déclarent d’ailleurs transmettre à leur entourage les informations de réduction des risques reçues dans les pharmacies. La grande majorité juge également l’achat légal simple et professionnel et apprécie la qualité constante des produits, la transparence sur leur composition et la possibilité de ne plus entrer en contact avec le marché clandestin.

Ces résultats restent intermédiaires et ne permettent pas encore de tirer des conclusions définitives sur les effets sanitaires à long terme. Mais ils arrivent à un moment stratégique : la Suisse travaille précisément à une future loi fédérale sur les produits cannabiques. Prolongée jusqu’en octobre 2028, l’expérience SCRIPT apporte déjà un argument de poids au débat : rendre le cannabis légalement accessible ne semble pas faire consommer davantage. Cela pourrait surtout permettre de consommer autrement — et avec un peu moins de risques.

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Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, Londres, New York et Neuilly sur Seine. En 2019, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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