Tatyana Jane : « Déjà, j’ai ce prénom qui sonne comme une marque. »

Nouvelle recrue Ed Banger, l’énergisante Tatyana Jane a fait le choix catégorique de ne s’inscrire dans aucune catégorie. Discordia, son dernier EP sorti au début de l’année confirme la géniale singularité de l’artiste.

 

« Je suis très excitée par la sortie de Discordia, avec des feats de Lala &ce et Kay The Prodigy… Ce sera ma première vraie belle sortie, et l’occasion de faire encore plein de fêtes partout sur la planète ! » C’est presque un mini-album que cette néotrentenaire s’apprête à publier, et forcément chez ZEWEED, on aime la punchline de la rappeuse Kay : « Sors une feuille j’prépare le toncar / Frappe pas à ma porte si t’es un tocard » (brutale) qui va forcément cartonner. Le son est dur, sombre, obsessionnel (rien à voir avec la tendance électro festive) et on sent bien que nous sommes avec une artiste au caractère musical bien trempé.

Arrivée en France à l’âge de onze ans, Tatyana, qui a grandi au Cameroun, ne perd pas trop son temps. « Déjà, j’ai ce prénom, Tatyana Jane, qui sonne comme une marque ; j’étais prédestinée à faire un truc. Ma mère adorait la danse et, quand j’étais petite, il y avait tout le temps des soirées à la maison – des baptêmes, des communions, des anniversaires… Encore maintenant, elle continue tous les dimanches. Mon père, lui, était passionné de musique ; c’est l’une des seules choses que l’on partage. Je lui faisais des K7, des mixtapes sur CD aussi. Donc il allait forcément sortir quelque chose de tout ça ; mon père disait souvent que l’un de ses deux enfants ferait de la musique. Eh bien, c’est moi ! »

Mais c’est à Paris que tout s’accélère. Tatyana fréquente un certain Brodinski qui la guide sur les voies du succès en l’orientant vers… Pedro Winter. « Un matin, je me lève et dépose mon fils à la crèche. Je faisais insomnie sur insomnie, ce qui signifie que je ne faisais que du son, sans m’arrêter. Je fais écouter à Bordai et il me dit tout de suite : “Va voir Pedro, c’est mortel !” Le jour même, je suis donc passée au célèbre bureau de la rue Ramey, j’ai poussé la porte, Pedro m’a dit : “Entre assieds-toi”, il a écouté direct et ça lui a plu. Je dois dire qu’il porte bien son surnom de San Pedro ouvrant les portes du paradis électro ! En moins de deux ans, on a déjà fait des bookings pour Vuitton, j’ai joué à la We Love avec Greg, à la clôture des JO, en B2B avec Skrillex au Berghain qui m’a invitée par la suite dans son studio à L.A. pendant douze jours… Aujourd’hui, le projet sort et ce n’est que le début ! Et là, Beaubourg qui arrive… Tu viens ? »

Zeweed : Trois mots pour te définir ?
Tatyana Jane 
: « Éclair » parce que j’ai souvent l’impression d’être habitée par quelque chose d’agité. Pas tout le temps mais ça vient comme une décharge. Ça va vite et c’est puissant.
« Torrent » : pareil, c’est assez différent puisque là, c’est lié à l’eau mais ça reste puissant et rapide.
« Petit » : c’est un sentiment que je ressens fréquemment et qui peut être positif ou négatif. C’est une façon de me remémorer que nous ne sommes pas grand-chose à côté de ce vaste univers rempli de plein de choses qu’on ne comprend pas et qu’on ne comprendra certainement jamais.

Ton péché capital ?
La colère. J’ai toujours été colérique. Je perçois les défauts comme un feu intérieur.

Ton paradis artificiel préféré ?
La weed, une longue histoire. Le THC m’aide à me détendre et fluidifie mes pensées – un peu trop parfois. Aujourd’hui, je suis trop habituée pour y voir un paradis, mais disons que ça aide à alléger, parfois.

« Jésus, please, reviens, on fait n’importe quoi, là… »

Ça ressemblerait à quoi, le Paradis céleste selon Tatyana ?
À un vaste espace ouvert ; tout ce que j’aime y flotte en liberté et chaque rêve y devient accessible. Tu peux, par exemple, modeler tout objet ou son rien qu’avec la pensée.

Que diras-tu à saint Pierre lorsque tu arriveras aux portes du Paradis ?
Je lui demanderai si je peux jeter un œil avant de décider si je reste et de signer à vie. Je lui dirai que je connais un Pierre sur Terre qui, lui, a les clés de l’éternel dance floor.

Une personne à faire revenir du Paradis, et pourquoi ?
Jésus, please, reviens, on fait n’importe quoi, là… Ou Bob Marley pour son message de paix et d’amour.

C’est quoi, l’enfer sur Terre ?
C’est un espace où les paroles se croisent sans se rencontrer, où les voix se superposent sans résonner ensemble. Un lieu où la communication se transforme en lutte de positions, au lieu de devenir un chemin partagé vers la vérité.

 

5 albums à emporter au paradis

  • Thriller (1982) et Bad (1987) de Michael Jackson
  • Hana Ni Mizu (1984) de Haruomi Hosono
  • Salad Days (2014) de Mac DeMarco
  • Soukous Fusion (1996) de Kotto Bass
  • Watch the Throne (2011) de Jay-Z et Kanye West

 

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Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, Londres, New York et Neuilly sur Seine. En 2019, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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