Deux ans après la légalisation CBD, la filière retient (encore) son souffle. Dans le projet de loi de finances (PLF) discuté fin 2025 puis à nouveau début 2026, l’article 23 taxerait les fleurs CBD au même titre que le tabac, avec une accise pouvant grimper à plus de 51 %. Si le PLF était adopté en l’état via un 49.3 qui semble inéluctable, la mise en place de l’article 23 signerait l’arrêt de mort de toute une filière, des agriculteurs aux distributeurs en boutiques. Explications.
Filière florissante
Le 29 décembre 2022, le Conseil d’État annulait l’interdiction de vendre fleurs et feuilles de CBD à faible THC : le cannabidiol n’est pas un stupéfiant, tranchera la plus haute juridiction administrative, ouvrant un marché qui explose en quelques mois.
Dans les centres-villes, les « CBD shops » se multiplient, avec derrière les comptoirs des huiles, des infusions, des crèmes… et surtout les fleurs, qui concentrent 60 à 80% des ventes.
Selon Xerfi, en 2023, le marché du CBD en France a atteint 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec plus de 2 000 boutiques, environ 700 entreprises et plus de 10 000 emplois “créés ou maintenus”, avance l’UPCBD via des acteurs du secteur, la filière se structure et se solidifie
CBD passé à tabac
Fin 2025, changement de décor. L’article 23 du PLF sur les « recettes » arrive dans un climat politique tendu, jusqu’au rejet de cette partie du texte à l’Assemblée, renvoyant au Sénat une version gouvernementale. Dans le détail, des amendements font bondir les professionnels : l’objectif, disent-ils, revient à faire entrer le CBD fumable dans le champ du tabac.
Le mécanisme est redoutable : il suffit d’élargir la définition des « tabacs manufacturés » à des « substances autres que le tabac susceptibles d’être fumées », et de prévoir que toute référence au tabac vaudra aussi pour ces substances. Les fleurs de CBD se font passer à tabac, la filière tremble.
51,4% et 49.3
Le cœur de la crainte tient en un chiffre : 51,4 %. Dans un amendement daté du 10 janvier 2026, le tableau budgétaire prévoit, pour la catégorie des « autres tabacs à fumer ou à inhaler après avoir été chauffés », un taux d’accise à 51,4 %, assorti d’un minimum de perception à 152,4 € par kilo (1 000 g).
Pour la filière, l’impact serait immédiat : hausse mécanique des prix, marges laminées, fermetures en cascade. D’autant que le texte rappelle qu’en France 25 000 hectares sont cultivés et que 80 à 85 % du CBD consommé reste importé : taxer le produit, alertent ses défenseurs, pénaliserait d’abord une production nationale encore jeune.
Reste l’épée de Damoclès politique : sans majorité stable, la tentation d’un passage en force — type 49.3 — est dans tous les esprits. Et, dans les boutiques comme dans les champs, une même question tourne : le budget va-t-il signer, noir sur blanc, l’arrêt de mort du CBD made in France?
