Une énième prolongation et les mêmes incertitudes sur l’avenir du cannabis à visée médicale. Faute de décisions réglementaires, la politique du provisoire pourrait bien devenir celle du durable… jusqu’à l’épuisement des tenants d’une légalisation du cannabis à visée médicale et de centaine de milliers de patients en échec thérapeutique.
Le feuilleton du cannabis médical à la française s’offre un nouvel épisode. Réuni mi-janvier, le comité scientifique temporaire de l’ANSM a acté une nouvelle prolongation de l’expérimentation, afin d’éviter que les patients encore sous traitement ne se retrouvent brutalement sans solution au 1er avril 2026.
La décision, révélée par le Pr Nicolas Authier, repousse donc – encore – la date butoir du 31 mars 2026, sans préciser la durée de ce sursis.
Objectif nul
Sur le papier, l’objectif se voudrait louable : assurer la continuité d’un traitement pour des personnes atteintes de pathologies lourdes (douleurs neuropathiques réfractaires, certaines épilepsies pharmaco-résistantes, symptômes rebelles en oncologie). Dans les faits, la photographie est plus crue. Lancée le 26 mars : a ce jour, il ne reste plus qu’environ 700 patients encore actifs dans l’expérimentation, sur les quelque 2500 qu’elle accueillait en encore en 2022.
Ce resserrement n’est pas anodin. L’information administrative rappelle que la prolongation vise surtout à maintenir, jusqu’au 31 mars 2026, une prise en charge exceptionnelle des médicaments déjà autorisés au titre de l’expérimentation, sans ouvrir la porte à de nouveaux participants. En clair : on évite la panne sèche, mais on ne ravitaille pas le convoi.
Gaulois réfractaire
Le paradoxe est presque comique — si l’on oublie qu’il s’agit de santé publique. Le ministère a bien notifié à la Commission européenne, en mars 2025, les textes censés encadrer production, qualité et autorisation des médicaments à base de cannabis médical. L’ANSM retrace ce parcours ; Newsweed, plus caustique, décrit un cadre « techniquement complet » qui n’attendrait plus que des textes d’application pour sortir du provisoire. Autrement dit : la cuisine est faite, la table est mise, mais personne ne signe l’addition.
Dans ce vide, les associations tentent de maintenir la pression. Le président de l’UIVEC, Ludovic Rachou, a beau saluer la prolongation, il avertit qu’elle « ne peut remplacer indéfiniment les décisions réglementaires attendues ». Et pendant que l’État reconduit, les patients, eux, patientent — dans un couloir où l’on n’entend que le bruit des tampons.
En attendant bédot
Reste le dernier goulot d’étranglement : la Haute Autorité de santé. Son avis doit déterminer la place du cannabis médical dans le système de soins et, surtout, ses conditions de remboursement par l’Assurance maladie. La HAS a déjà indiqué qu’elle ne pouvait finaliser certains travaux tant que les décrets ne sont pas publiés. Tant qu’il n’est pas rendu, la sortie durable de l’expérimentation demeure suspendue à un « prochain trimestre » toujours fuyant. À ce rythme, la reconduction pourrait finir par devenir la seule politique publique vraiment stable.
