Cannabis Thérapeutique, France, Overseed

Hugues Peribère, CEO d’Overseed « les premières prescriptions seront délivrées début 2027 »

Après cinq ans d’expérimentation, la France s’apprête enfin à légaliser le cannabis thérapeutique. Zeweed a rencontré Hugues Péribère, fondateur et CEO d’Overseed, pour faire le point sur le déploiement tant attendu du médicament vert dans l’Hexagone. 

Depuis l’expérimentation lancée en 2021 sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), les patients attendent, les médecins temporisent et les industriels retiennent leur souffle. Le dispositif, pensé pour des malades en impasse thérapeutique, a longtemps avancé à coups de prolongations, de textes manquants et de calendriers repoussés. À ce jour, la prise en charge des patients déjà inclus dans le dispositif, a été prolongée au-delà du 31 mars 2026, dans l’attente d’un accès généralisé aux médicaments à base de cannabis.

Premier de cordée

Dans ce paysage réglementaire aussi prudent qu’interminable, Overseed joue les premiers de cordée. Fondée en 2021 par Hugues Péribère, la biotech française, installée à Orléans, s’est donné une mission simple à énoncer, beaucoup moins à réaliser : produire des médicaments à base de cannabis médicinal, 100 % français, dans un cadre pharmaceutique strict. Recherche agronomique, culture, extraction, principes actifs, produits finis : cette société revendique une maîtrise de la chaîne, de la génétique de la plante au médicament.

Ligne droite

À sa tête, Hugues Péribère, entrepreneur venu de l’agroalimentaire, défend une ligne sans folklore ni fumée récréative : ici, le cannabis n’est ni totem militant, ni produit de bien-être, mais un médicament destiné à des patients réfractaires aux traitements classiques. Overseed a déjà levé plusieurs millions d’euros pour développer ses trois premiers médicaments, industrialiser sa production et se tenir prête au moment où l’État ouvrira enfin l’accessibilité à ces médicaments. Reste la grande spécialité française : transformer une dernière ligne droite en marathon administratif.

Hugues Péribère. Crédits : Overseed

Zeweed : Dans le long feuilleton du cannabis thérapeutique made in France, où en sommes-nous ?
Hugues Péribère : Nous sommes dans les derniers 100 mètres, avec un calendrier officiel qui a été transmis par la Direction de la Sécurité sociale (DSS). Ce calendrier est tendu, avec la publication de textes au Journal officiel, arrêtés et décrets validés par plusieurs intervenants : le ministère de la Santé, l’ANSM, la direction générale de la Santé… Mais, raisonnablement, les premières prescriptions seront délivrées  au premier trimestre 2027.

Le cadre de prescription concerne cinq champs de pathologies, dont celui des douleurs neuropathiques – champ qui concernerait un grand nombre de patients…
Dans ces cinq aires thérapeutiques, il y a effectivement les douleurs neuropathiques ; champ qui concentrerait le plus grand nombre de patients. Pour comprendre l’étendue des patients concernés dans ce domaine, il faut savoir que les douleurs neuropathiques en France sont liées à des pathologies très variées, avec un point commun : la douleur.
Ce qui rend l’évaluation de l’intérêt thérapeutique plus délicate. D’une part parce que cela couvre de nombreuses pathologies, mais aussi parce que l’on touche à des échelles d’évaluation toujours difficiles à objectiver lorsqu’il s’agit de douleurs.

Combien de patients seraient concernés, toutes aires confondues ?
Les cinq aires thérapeutiques représentent environ 800 000 patients réfractaires en France. La DGS a estimé à 40 % le nombre de patients qui pourraient potentiellement être traités avec du cannabis médicinal, ce qui représenterait 200 000 à 300 000 patients.

Fin du second semestre 2027, pourrait-on avoir en France 150 000 patients bénéficiant d’un traitement au cannabis, comme c’est le cas aujourd’hui en Allemagne ?
Non. Un déploiement comparable à celui de l’Allemagne aujourd’hui sera encore très loin en 2027. Si vous regardez la façon dont l’essor du cannabis médicinal s’est fait en Allemagne, à la fin de la première année, il y avait 10 000 patients, puis 30 000 à la fin de la deuxième année, etc. Cela a pris plus de cinq ans pour atteindre 150 000 patients outre-Rhin.

En Allemagne, les patients ont accès aux fleurs séchées de Cannabis sativa L. En France, quelles seront les formes retenues ?
Ce seront les mêmes que celles utilisées dans le cadre de l’expérimentation [huile, gélule, spray, teinture, NDLR]. En France, les fleurs séchées ne figureront donc pas parmi les formes proposées. D’ailleurs, à l’étranger, on observe que les fleurs inhalées sont de plus en plus contestées sur le plan pharmaceutique, pour des raisons de répétabilité, de précision et de dosage.
Dès le début des prescriptions, nous proposerons des produits permettant un traitement de fond. Pour les cinq aires thérapeutiques, trois médicaments permettront de couvrir l’ensemble des besoins. Et nous serons les seuls en France, à l’ouverture des prescriptions, à proposer une gamme de médicaments 100 % made in France. C’est essentiel en matière de souveraineté du médicament, de sécurité d’approvisionnement, mais aussi de qualité sanitaire, avec des produits fabriqués localement par des entreprises expertes. Overseed sera ainsi en mesure de proposer un médicament entièrement français, de la génétique de la plante au produit fini médicament.

Que répondez-vous à ceux qui voient dans la généralisation du cannabis thérapeutique, notamment en Allemagne, une façon de se procurer du cannabis récréatif sur ordonnance ?
C’est un enjeu majeur. Je travaille beaucoup à l’export, notamment sur des marchés où les fleurs séchées sont autorisées. Notre position est très claire : nous adresserons des produits à des pays où ils sont autorisés et remboursés, pour des patients précisément définis.
Nous travaillerons avec des produits irradiés, destinés à des patients plus fragiles, dans le respect strict des normes pharmaceutiques ; microbiologie, sécurité, etc.).
Cela ne correspond pas aux attentes des consommateurs de cannabis récréatif, qui affirment à tort que le cannabis thérapeutique est dépourvu de terpènes et serait comparable à des plats sous vide face à la gastronomie. Vrai ou faux, il s’agit en tout cas de deux marchés distincts. L’irradiation des produits participe d’ailleurs à cette différenciation.

Envisagez-vous élargir votre activité au cannabis récréatif, s’il venait à être légalisé en France ?
 Certainement pas. Aujourd’hui, le positionnement que nous avons (en termes d’exigence, de distribution et de qualité) est de plus en plus reconnu comme pertinent.
Les acteurs avec lesquels nous échangeons perçoivent que nous occupons une niche très spécifique et que nous nous distinguons positivement.

Vous ne dites pas cela pour être politiquement correct ?
[Rires] Écoutez, j’ai des cheveux gris et si j’ai lancé une start-up à cinquante-six ans, fort de ma formation en agroalimentaire, c’est avec une vision très claire : proposer un médicament efficace à des patients en échec thérapeutique. C’est ma seule motivation. 
Je n’ai aucun problème avec ceux qui visent le marché récréatif et leur souhaite le meilleur, mais ce n’est pas mon combat.

Propos recueillis par Alexis Lemoine

La saga française du cannabis thérapeutique en 7 dates

Mars 2021 : la France lance l’expérimentation du cannabis thérapeutique, sous pilotage de l’ANSM, pour des patients en impasse thérapeutique. 
2022 : le dispositif est jugé faisable, mais la généralisation n’est pas actée : le provisoire commence à durer. 
2023 : l’essai est prolongé d’un an par la LFSS 2023, faute de cadre pérenne. 
2024 : nouvelle prolongation ; à partir du 26 mars, plus aucun nouveau patient n’est inclus. 
31 décembre 2024 : fin officielle de l’expérimentation, mais ouverture d’une phase transitoire pour ne pas couper les traitements.
2026 : la transition, d’abord prévue jusqu’au 31 mars 2026, est encore prolongée, dans l’attente de l’avis de la HAS.
2027 : les premières ordonnances devraient être dispensés aux patients dans le courant du premier trimestre.

Cet article est issu du Zeweed magazine #12, disponible en pdf ici. Pour trouver le magazine en kiosque près de chez vous, cliquez sur ce lien
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Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, Londres, New York et Neuilly sur Seine. En 2019, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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