Alexis

Journaliste, peintre et musicien, Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, New York ou Londres pendant une dizaine d'années. Revenu en France, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il en est directeur des rédactions.

Arjan Roskam, King of Cannabis

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En 2001, Arjan Roskam s’autoproclamait « King of Cannabis ». Un titre jamais remis en cause pour ce multi-millionnaire aux 40 victoires à la Cannabis Cup. Portrait.

Arjan Roskam a 16 ans quand il fume son premier joint. Nous sommes en 1981, dans un Amsterdam qui ne compte encore que 10 coffee shops. « On fumait tout ce qu’on trouvait parce qu’on était jeunes et qu’on ne savait pas grand-chose. De toute façon, il n’y avait que du marocain ou de l’Afghan sur le menu. De temps à autre de la jamaïcaine ou de la Thaï, mais c’était bien trop chère » .

Initiation Thaïlandaise

En 1983 Arjan est en voyage en Thaïlande avec des amis. Un peu par hasard, le jeune homme se retrouve dans un petit village près de la frontière birmane . « J’y ai rencontré un homme de 78 ans qui traitait des héroïnomanes avec de la ganja. Il y avait un grave problème d’héroïne en Thaïlande , j’y avais moi-même un peu gouté. Ce médecin man faisait des infusions à base d’indica  pour sevrer les junkies. 
Après 7 jours, alors que je faisais mes affaires pour partir, il m’a pris par la main et a placé cing graines dans ma paume. Puis il m’a regardé dans les yeux, gravement, en me disant: garde ces graines. Dans quelques années, ces graines feront tomber des gouvernements. »

« Ces graines feront tomber des gouvernements »

L’épisode thaï et la prophétie du shaman hanteront Arjan jusqu’à ce qu’il revienne aux Pays-Bas, deux ans plus tard.
De retour en Hollande, Arjan commence à faire pousser des variétés de marijuana offertes par certains de ses amis ainsi que celles récoltées lors de ses voyages (en Thaïlande, au Népal ou dans d’autres pays du Sud-Est asiatique.). Mauvaise pioche: Les coffee-shop -quand ils achètent de la weed- sont à ce moment-là uniquement intéressés par des variétés importées comme la Thaï, la Sensimilia Mexicaine ou la Jamaïcaine. Les variétés indoor, elles, en sont à leurs balbutiements et sont au mieux considérées comme une excentricité du samedi soir. Avec un taux de THC relativement bas par rapport aux hash et un prix assez conséquent, les weed ne représentent alors que 10% des ventes.

La dèche

Pas grave, dans  un  Amsterdam qui  fume marron, Arjan continue de voir la ville en vert, cultivant frénétiquement sa Haze dans une serre paumée dans la banlieue de la ville, la perfectionnant de récolte en récolte.
Entre 1987 et 1989, Roskam continue de créer son répertoire avec les propriétaires de Coffee Shop.  Il leur dépose des échantillons, revient le lendemain… pour rapidement comprendre qu’il n’est pas le bienvenu. «Je me suis pointé  avec quelque chose de nouveau, mais ils appelaient ça pisse de chat. Les gens n’étaient pas habitués » nuls n’étant prophète en son Pays-Bas, Arjan essuie pendant deux ans refus et humiliations.

Green House Coffee Shop

«Bref, je n’avais pas d’argent. Je n’avais rien.  Nous étions, ma femme et moi pauvres. Très. À un moment donné, nous étions si fauchés que nous vivions dans la rue ». Le futur entrepreneur et sa femme Celeste se retrouvent à naviguer un peu partout dans le centre d’Amsterdam, de petits jobs en galères. « J’avais une bonne amie dont la sœur, Martha, avait quatre bars. Des endroits branchés où venaient tous les gens du théâtre d’Amsterdam: les musiciens, la communauté gay, les artistes, les peintres… »
Grâce à l’appui financier de Martha, Roskam -toujours sans le sou- ouvrira The Green House en janvier 1992.
Le Coffee shop restera désert pendant plus d’un an.

« Les grands jours, je vendais peut-être 25 dollars de bière et de café  »

De neuf heures à une heure du matin, Roskam passe ses journées vautré sur le canapé du magasin, en fumant, en déprimant et en attendant des consommateurs qui ne viennent toujours pas. « Les grands jours, je vendais peut-être 25 dollars de bière et de café  » .
Nous sommes alors au printemps 1992. Affolée de ne voir personne fouler le pas de la porte  du Green House Coffee Shop, sa partenaire-investisseur Martha  jette l’éponge au bout de trois mois. « J’avais plus de 120 000 € de dettes que je ne pouvais pas payer, et un loyer que je ne pouvais pas non plus payer. Alors j’ai dû emprunter un paquet d’argent grâce à un ami pour continuer. »

Kennedy et limousine

Jusqu’à ce jour de janvier 1993 où une grosse limousine s’arrête devant la porte du Green House. Dedans, un membre aujourd’hui disparut de la famille Kennedy qui s’intéresse à la presse. «  Je ne savais pas du tout de qui il s’agissait, qui étaient ces personnes. En fait, je ne connaissais même pas l’existence de High Times, » (le titre avait été racheté par la famille Kennedy NDLR). « Ils m’ont dit: «Nous avons entendu dire que vous aviez une herbe qui sort de l’ordinaire. Voulez-vous participer à un concours qui aura lieu début novembre? « J’ai dit: » bien sûr, pourquoi pas? « Je n’avais rien à perdre. Et puis  la limousine est repartie ».

Cannabis Cup

Quelques mois plus tard, un après-midi de novembre, grosse surprise pour Arjan: sans raison apparente une foule d’à peu près  500 personnes se pointe progressivement dans le coffee shop d’Arjan. « Je ne comprenais pas, je n’avais pas fait de publicité ou de promo, j’ai même cru que c’était une arnaque ou une sale blague d’autres budtender ». Puis 700 clients sont arrivés le lendemain, 800 le surlendemain…

«En fait, j’avais  gagné la Cannabis Cup, mais j’étais tellement à côté de mes pompes, dans mes cultures de ganja et mes problèmes de fric, que j’avais complètement oublié la compétition. Et pour tout dire, au début quand les Kennedy m’en ont parlé,  je trouvais ça un peu bidon et louche cette affaire. Pour faire court: il y avait en fait 7 récompenses en lice et j’ai gagné 7 trophées! Avec une telle couverture média, c’était mon heure de gloire., et moi j’étais sur mon sofa en train de flipper dans mon café. »

King of Cannabis

Trois ans plus tard, face à ce fulgurant succès et après trois cannabis cup de plus remportées , le magazine High Times met Arjan en couverture de son numéro de juillet. Voyant son mari en une de la bible périodique des ganja-aficionados, son épouse lui dira en riant qu’il est devenu le « roi du cannabis». Un surnom en forme de blague qu’Arjan s’ appropriera quelques années plus tard.  À ce jour, personne ne lui a réclamé  sa couronne ou son titre. Et pour cause : au-delà des 38 cannabis cup remportées, il faudra ajouter 20 coupes Highlife et une myriade d’autres récompenses.

Parmi les variétés les plus acclamées et fruit des pérégrinations botaniques de Roskam : la Super Silver Haze, la Hawaiian Snow, la Ultra Haze d’Arjan, la Super Lemon Haze, l’Himalayan Gold, la White Rhino, la White Widow, la Great White Shark, The Doctor, la Hawaiian Snow, la Trainwreck, la Church ou plus récemment la Flowerbomb Kush.

High Times#237, mai 1995

De 1995 à 2005, Roskam verse dans la pédagogie en dispensant des cours de sensibilisation. «Je formais les policiers, des  hauts fonctionnaires, des juges, procureurs… des gens qui m’auraient mis en prison il y a vingt ans » s’amuse Roskam. Éliminer les nombreux et faux a priori qui entourent le cannabis est une autre idée fixe de ce  gonzo-ganja-entrepreneur.
Tout simplement parce qu’Arjan Roskam est, quoi qu’en disent ses nombreux détracteurs et concurrents, un passionné de weed qui se donne pour mission d’évangéliser le monde au sujet des bienfaits de l’herbe comme de la nécessité de légaliser son usage.

Arjan Roskam a aussi créé une fondation (pour des raisons fiscales diront les mauvaises langues et les mauvais perdants) qui vient en aide aux plus démunis en Afrique comme en Asie. De façon assez élégante et sur la demande d’Arjan, il est très peu fait mention de l’œuvre caritative du monarque de la weed. Il y a deux ans, l’équipe de Roskam a également créé une usine au Congo, qui nourrit actuellement 250 familles et près de 700 enfants. Et le King de déclarer: «Nous allons fabriquer des médicaments pour la population congolaise, puisque les gouvernements n’y parviennent visiblement pas.»

Canopy Growth et Canada

Au début de l’année 2020, Roskam a fait équipe avec Canopy Growth et Organa Brands pour introduire sa marque Green House dans le paysage de la vente au détail au Canada. Alors que l’automne s’installe, Roskam et son équipe achèvent la construction d’une grande usine au Canada. «Nous venons d’acquérir la première licence de plein air de l’histoire de l’Ontario, au Canada», explique-t-il. «Nous agrandissons notre usine et produirons 12 tonnes de ganja premium l’année prochaine, qui poussera au soleil, comme il se doit ». Car c’est le savoir-faire horticole néerlandais qui est recherché par les Canadiens. Et quel meilleur maître en la matière que le King ?

Le but de l’entreprise d’Arjan au Canada est de pouvoir offrir au public qualité en quantité, et donc de la weed à des prix nettement plus abordables. « J’ai 54 ans, et ne compte prendre ma retraite que sur mon lit de mort. Si tout va bien, vous me verrez encore pendant 30 ans. Maintenant que la légalisation se profile en Europe, l’aventure peut vraiment commencer. »

Long live the King!

Sources: High Times, The Green House Company, Business Wire, Radio Canada, The Guardian, Arte doc.
Crédits photo: High times, The Green House Company.

Borat ne badine pas avec la beuh

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Sacha Baron Cohen ne rigole ni avec son image, ni avec la weed. L’acteur récompensé aux Golden-Globe attaque en justice une entreprise de cannabis américaine pour publicité mensongère. A l’origine de la plainte, un panneau d’autoroute sur lequel figure Borat, son personnage de journaliste Kazakh aux valeurs et compétences discutables. Le comique aurait-il perdu son sens de l’humour?

9 millions de dollars de dommages et intérêts… au minimum. L’addition est salée pour l’entreprise Solar Therapeutics qui est poursuivie par Sacha Baron Cohen pour violation du droit d’auteur, publicité mensongère et détournement de son droit de publicité. D’autant plus salée qu’il ne s’agit que d’un visuel planté sur le bord d’une autoroute Inter-States au Massachusetts.
Sur le panneau de la discorde, on peut voir Borat qui, deux pouces en l’air, lance son célèbre « it’s nice », gimmick de son personnage de journaliste kazakh attardé envoyé en mission-reportage aux Etats-Unis.


L’action en justice ne manquera de surprendre les fans de l’acteur qui doit deux de ses plus grands rôle à la stoner culture. Ali-G, jeune brit’ de la banlieue bourgeoise pavillonnaire de Londres, rapper-wannabe à l’accent jamaïcain aussi improbable que sa dégaine et surtout grand consommateur de ganja, ressort comique d’une bonne partie des sketchs.

 

Dans le très bon « The Chicago 7 » , c’est Abbie Hofmann, célèbre contestataire hippie, que Baron Cohen interprète en portant un message sommes toutes très libertaire et permissif au sujet de la weed.

L’acteur aurait-il eu une récente prise de conscience? Loin de là puisque ses avocats ont fait savoir dans un communiqué que « M. Baron Cohen est né dans une famille juive orthodoxe; c’est un Juif Observateur et il est fier de son héritage culturel. Il ne souhaite pas être impliqué dans la controverse sur le cannabis au sein de la communauté juive orthodoxe, ni sur la question de savoir si le cannabis peut être utilisé selon les règles juives« .
Dans un autre communiqué publié conjointement, son agent précise « M. Baron Cohen n’a jamais consommé de cannabis de sa vie. Il ne participerait jamais à une campagne publicitaire pour le cannabis, pour quelque somme que ce soit« .
En 2019, la fortune personnelle de l’acteur était estimée à 245 millions de dollars. Cette année entre son rôle dans « The Chicago 7 » et « Borat 2 » Sacha Baron Cohen a empoché 82 millions de dollars.

Bic mise sur le bong

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La célèbre marque française Bic fait un retour tout feu tout flamme avec un génial spot TV mettant en scène Martha Stewart et Snoop Dogg. L’enseigne fondée par Marcel Bich y affiche sans complexe – et avec humour – sa volonté de pénétrer le marché américain de la fumette.

Bic, leader mondial de la papeterie, des briquets et rasoirs jetables a engagé Snoop Dogg et Martha Stewart pour redonner un second souffle à la ligne d’allume-feu « EZ Reach ». Le partenariat, qui s’étend jusqu’en 2022, a débuté avec la diffusion d’un spot publicitaire de 30′ intitulé « Pass It » (fait tourner en français) où Snoop et Martha se livrent à un dialogue aux fumeux sous-entendus.
De l’art de surfer sur la stoner-culture sans jamais tomber dans l’incitation.

Le script donne ça: dans le jardin d’une jolie maison, Snoop est attablé avec Martha. Il lui demande du feu comme on demanderait un joint à son voisin (« pass me that big ol »… Lighter » ). Puis c’est un « bowl » (entendez par là une pipe à ganja) que Snoop Dogg lui réclame. Et Martha de tendre un bol de fraises.
En punch-gag:  Snoop allume une bougie (toujours à l’aide du briquet multi-fonctions). Sentant quelque chose, il  se redresse la truffe alertée: « Am I smelling?/Suis en train de sentir…?« .
Là encore, le rapper déchantera puisqu’il ne s’agit pas du fumé d’un joint de Cheese mais des effluves d’une fondue savoyarde dont Martha vient d’allumer le foyer. Avec quoi?
Enfin, l’auteur de Doggystyle nous informera que le stupéfiant briquet est « parfait pour allumer les bougies, les barbecue… et beaucoup d’autre choses. »
Le pack-shot décalé sur fond d’easy listening confirmera que l’enseigne au petit bonhomme à tête de bille s’adresse bel et bien au stoner de moins de 50 ans.
Une seconde campagne est prévue pour le premier trimestre 2022.

Cerise sur le bong: la gamme EZ Reach à l’effigie de Bob Marley, commercialisée sous licence officielle de la star du Reggae.

La Colombie autorise l’exportation de cannabis thérapeutique

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Vendredi 23 Juillet, la Colombie a autorisé la production et l’exportation de fleurs de cannabis à visée thérapeutique. La décision arrive alors que plusieurs pays d’Amérique du sud ont déjà largement assoupli leur législation afin de ne pas rater l’opportunité économique de la décennie.

C’est lors de la visite d’une entreprise de cannabis thérapeutique à Boyaca que le président Colombien Ivan Duque a annoncé la levée de l’interdiction d’exportation de fleurs de cannabis. Cette évolution de la réglementation, qui peu paraître anecdotique, est pourtant l’annonce de grandes évolutions à venir dans le pays.
« La Colombie devient un acteur majeur sur le marché international » a alors estimé le président Duque, et non sans ironie  « Nous avons un environnement, des connaissances, du talent et désormais des règles » .

« Nous entrons par la grande porte sur le marché international » 

La Colombie a légalisé la production de cannabis à visée médicale en 2016, mais n’autorisait jusqu’à présent que l’exportation de teintures et extraits. Un manque à gagner certain puisque la vente de fleurs représente 53% du marché légal du cannabis thérapeutique dans le monde.

La nouvelle réglementation autorise également la culture de « dérivés non psychoactifs » à partir de la plante, comme le CBD.
« Nous ne sommes plus uniquement focalisés sur le pharmaceutique. Nous commençons aujourd’hui et comptons faire beaucoup plus, que ce soit dans les cosmétiques, les aliments, les boissons ou d’autre produits qui connaissent un essor notable dans plusieurs pays »  expliquait le Président, laissant entendre que la loi pourrait encore évoluer vers un cadre plus permissif.

Le président colombien Ivan Duque (à gauche) lors de sa visite à l’entreprise de production de cannabis thérapeutique Clever Leaves à Boyaca, le 23 juillet 2021. (Crédit Présidence Colombienne/AFP)

Après l’Uruguay, la Colombie?

Fabian Currea, directeur des cultures, expliquait à l’AFP que ces nouvelles dispositions  « nous donnent la chance d’explorer de nouveaux marchés et de profiter des faibles coûts de production de la plante en Colombie. A l’heure où de nombreux Etats sont demandeurs et démontrent que la légalisation est bénéfique, il serait dommage de rater une telle opportunité. Cette disposition aidera également à contrôler le marché informel des produits frauduleux  » a-t-il conclu.

L’Argentine, l’Équateur et le Pérou ont également légalisé récemment la production de marijuana à des fins médicales.
Alors que l’Amérique du Nord est en passe d’être le premier continent à avoir complètement légalisé  le cannabis (Le Mexique à dépénalisé son usage, au Canada, l’herbe est légale depuis 2018 et aux Etats-Unis, pas moins de 17 Etats ont déjà enterré la prohibition) et que l’Uruguay s’apprête à fêter une décennie de légalisation, plusieurs pays d’Amérique du Sud sont en train de changer de politique sur le cannabis, ne serait-ce que pour des raisons commerciales..

Algoflash: des engrais très Ganja-friendly.

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La célèbre marque d’engrais Algoflash propose en France une gamme «  plantes médicinales et aromatiques ». Soit trois produits qui, malgré les fumeux efforts de l’équipe marketing pour ne pas trop en dire sur la vraie cible, sont clairement destinés à la culture de weed. A la conquête (discrète) du homegrowing dans l’Hexagone?

En France, faire germer une graine de chanvre est interdit. Une disposition du code Pénal qui n’empêche pas le pays de compter plusieurs dizaines de milliers cultivateurs opérant dans l’illégalité. De l’étudiant aux trois plans dans un placard au quadra’ qui fait pousser sa beuh bio en Provence en passant par la bande de potes qui se ferait bien un billet en fumant gratuit, le marché de la micro-production n’a jamais compté autant de clients. Un marché de la botanique stupéfiante qu’Algoflash compte bien pénétrer en douceur (faudrait pas non plus se griller ou sombrer dans l’incitation)  avec trois produits. Trois essentiels couvrant le B.A-BA de la culture cannabique : un engrais de croissance, un engrais pour la floraison et un terreau light. Un rapide examen du visuel et de la fiche technique ne laisse planer aucun doute: le très bien nommé  Algoflash et son nain de jardin s’adresse au homegrower en herbe!

 

 

 

 

Sur l’étiquette, le prometteur engrais de croissance nous promet des tiges vigoureuses et feuillage dense…on oubliera le thym et la ciboulette, la sarriette ou l’aneth.

 

Caroline Janvier « Je verrais bien Emmanuel Macron porter la légalisation en 2022 »

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Rapporteuse de la mission d’information sur le cannabis (MIC), la députée LREM Caroline Janvier est une fervente partisane de la légalisation de l’herbe. Alors qu’on était venus discuter de son livre, de la MIC et de 50 ans de prohibition, elle nous a appris qu’Emmanuel Macron pourrait faire de la légalisation un argument de campagne.

Dans le paysage politique français, vous faites partie des parlementaires qui souhaitent la légalisation du cannabis, quitte à être en désaccord avec la ligne de l’actuel gouvernement. Qu’est-ce qui vous a poussé à mener ce combat?
Ce qui m’a poussé à m’investir sur ce sujet sensible, alors que c’est mon premier mandat d’élue, c’est le constat d’échec de la politique répressive menée depuis 1970. Alors que nous avons les dispositions légales les plus coercitives d’Europe, la France continue d’y afficher la plus grande proportion de consommateurs de cannabis. Pendant 50 ans, les gouvernements successifs ont approché la question de manière idéologique et morale, privilégiant l’interdiction à l’efficacité, le jugement de valeur aux enjeux de santé publique. A cette forme d’entêtement basée sur des préjugés, une nouvelle approche s’impose.

« en 2022, du coté de En Marche (…) nous aurons des évolutions »

51% des français sont favorables à la dépénalisation et pourtant le gouvernement campe sur la position prohibitionniste. Cela veut-il dire que la légalisation est impensable jusqu’en 2022?  Ou sous une second mandat d’Emmanuel Macron?
Elle n’est pas impensable mais elle n’est pas prévue, ça me paraît très peu probable durant ce mandat. En revanche en 2022, du coté de En Marche comme dans d’autres formations politiques, je pense que cela fera parti des sujets incontournables lors des élections présidentielles. Nous aurons à ce moment-là des évolutions, ou en tous cas une approche qui sera moins dogmatique et moins dans la posture partisane.

Caroline Janvier, Cannabis, LREM, weed,
Caroline Janvier voit Emmanuel Macron porter la légalisation en cas de second mandat. Green is good.

Cela veut-il dire que le candidat Emmanuel Macron pourrait à ce moment là porter la légalisation, à l’instar de Justin Trudeau au Canada en 2018?
Oui, ou porter le débat sur ce sujet là et laisser les français choisir, sous forme d’un référendum, d’une convention ou d’un débat publique. Je pense que cela fait parti des possibles et j’y travaille ardemment. Je viens d’écrire un livre sur le sujet cannabis qui va sortir dans les prochains jours et qui est publié par Point d’Orgue, qui est une maison d’édition rattachée au mouvement En Marche… Tout ça pour vous dire qu’au sein du mouvement En Marche, il y a une vraie réflexion là-dessus, avec par exemple « Les Jeunes avec Macron » qui sont favorables à la légalisation. C’est un sujet sur lequel il y a des débats et une réflexion.

« laisser les français choisir, sous forme d’un référendum »

Cette légalisation, comment la concevez-vous? Ouverte et vecteur d’intégration comme l’imagine Eric Coquerel (député LFI) ou sous monopole d’Etat comme le souhaite François-Michel Lambert (député vert LT) ?
Je conçois une légalisation ouverte au privé, mais responsable. On a vu qu’en Uruguay ou au Québec, il y a une forme d’échec de l’offre entièrement publique dans la mesure où cette offre n’est pas assez concurrentielle pour parvenir à assécher le marché noir.
Je crois qu’il faudrait qu’il y ait une régulation de l’Etat sur la production, la transformation et la distribution du cannabis, mais avec une forme d’efficacité. S’il y a trop de normes et de taxes, le consommateur continuera à se tourner vers le marché noir et les grands acteurs privés du cannabis légal ne se lanceront pas. Il nous faut développer une filière française, un filière d’excellence proposant une offre variée. Il s’agit de trouver une position intermédiaire entre quelque chose de trop ferme et restreint comme au Québec ou en Uruguay,  et une légalisation débridée comme c’est le cas au Colorado, où il y a une approche marketing et commerciale ne permettant pas d’atteindre les objectifs de santé publique. Il faut éviter l’incitation et à mon sens la commercialisation de produits comestibles au THC et de concentrés.

Ce serait une légalisation à l’image du modèle Canadien?
Tout à fait. Mis à part le Québec qui est dans un régime de légalisation particulier (Au Québec, la vente se fait exclusivement via des succursales de la SQDC, société d’Etat, NDLR), dans les autres provinces, le commerce du cannabis est assuré dans des dispensaires gérés par des entreprises privés, mais avec des licences et un cahier des charges très strict en matière de santé publique. Et les résultats sont là puisque le pays affiche une baisse de la consommation chez les mineurs. Le modèle Canadien est à ce titre intéressant.

« Dépénaliser (…) c’est du laxisme »

En Italie, l’auto-culture est dépénalisée dans une certaine limite. Est-ce que dépénaliser l’auto-culture ou le cannabis peut être un premier pas vers la légalisation?
Je ne suis pas pour les demi-mesures. Je pense que nous en sommes arrivés à un stade où la question doit être abordée de façon globale. Dépénaliser l’auto-culture ou le cannabis ne résoudrait pas les problèmes de contrôle de la qualité ou celui du marché illégal. On le voit au Portugal qui a dépénalisé: les réseaux criminels continuent de prospérer. Ce serait à mon sens faire preuve de laxisme. Il faut un cadre ferme et respecté: au Canada par exemple, la vente de cannabis à un mineur est passible de 14 ans de prison.
J’aimerais que l’on ait une politique très ferme envers les vrais risques: interdire la consommation aux moins de 21 ans, la résine trop forte ou coupée, ainsi que les concentrés ou le cannabis de synthèse.

La cour de cassation a rendu mardi 15 juin un arrêt en faveur du commerce des fleurs de CBD, ce qui constitue un revers de taille pour la politique prohibitionniste du gouvernement Castex. Faut-il y voir un assouplissement de fond ou juste un épiphénomène?
Il faut y voir un signe de plus que la loi du 31 décembre 1970 est inadaptée. Elle est par exemple un frein au cannabis thérapeutique et à sa mise en oeuvre. Même chose pour le cannabis bien-être où la France fait preuve de mauvaise volonté vis-à-vis de la position commune Européenne. Alors que la Cour de Justice de l’Union Européenne a déclaré la vente de fleurs de CBD légale, on campe sur une position dogmatique, avec toutes les incohérences que cela suppose. Il faut un discours clair et en phase avec notre époque. Les Etats-Unis vont bientôt légaliser au niveau fédéral, le Mexique aussi. La France va devoir choisir son camp: va-t-on rester dans un régime type chinois ou russe ou va-t-on suivre les pays progressistes? La position prohibitionniste de la France va vite devenir intenable.

Et vous, ce cannabis, vous l’avez expérimenté?
Oui, comme un français sur deux, bien avant mon mandat .

Propos recueillis par Alexis pour Zeweed

 

Cannabis, et si on regardait les choses en Face?
de Caroline Janvier
Editions Point d’Orgue,
7€
Le livre est disponible sur ce lien

Ze Revue de Presse

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Chaque semaine, Zeweed vous apporte le meilleur de l’actualité du cannabis, du chanvre et du chanvre  bien-être avec aujourd’hui: L’Express, Ouest France, RFI, Le Figaro, BusinessCann
et Hemptoday.

France: Le cannabis est-il le premier employeur de France? L’Express
Avec près de 200 000 personnes qui vivraient directement du business illégal de cannabis, le commerce de weed est  un des premiers employeurs de France, nous apprend l’Express dans un dossier dont la synthèse est disponible gratuitement ici. 

France: Toujours dans le cadre de son dossier spécial cannabis, L’Express fait le point sur l’économie parallèle verte dans un  podcast disponible ici

France: Le gouvernement prévoit d’interdire le commerce de fleures de CBD. Le Figaro
En dépit d’une législation européenne ayant légalisé le commerce de fleurs de CBD, le gouvernement français souhaite interdire son commerce et sa consommation sur son territoire. L’article du Figaro est ici

Europe: Les producteurs de chanvre peinent à satisfaire la demande. Business Cann
D’après le dernier rapport de l’organisme de référence CanXChange, 60 % de la récolte européenne de cette année a déjà été pré-vendue, alors qu’une grande partie de la récolte de 2022 est réservé par les géants du CBD-trade sur le vieux continent. L’article de Business Cann est disponible ici

USA: Amazon fait du lobbying pro-cannabis. Ouest France
Alors que le 1er juillet, Jeff Bezos annonçait son intention de soutenir le projet de loi de légalisation fédérale aux États-Unis, Washington devrait voir déferler les lobbyistes cannabique payés par Amazon. L’article de Ouest France est ici

Colombie: Bogota autorise la production de cannabis dans le cadre de son exportation pour usage médical. RFI
Dans une volonté de reconversion du traffic de cocaïne vers celui de cannabis, le président colombien Ivan Duque a annoncé libérer les initiatives de production de cannabis à visée thérapeutique. L’article de RFI est ici.

Chine: Une entreprise de l’Empire du Milieu propose les premières couches et protection périodiques en chanvre. Hemp Today
C’est société Shenzhen Datong qui est la première a avoir déposé un brevet de couches et de produits d’hygiène féminine en chanvre. Shenzhen Daton vient d’ouvrir une ligne de production et devrait proposer les révolutionnaires protections sur le marché occidental fin 2021. L’article de Hemp Today est disponible ici

CBD: La France avance fleur au fusil

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Alors que le chanvre est en plein boom dans l’Union Européenne (UE), la France continu à jouer au réfractaire en voulant interdire le commerce de fleurs de CBD sur son territoire. Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Mercredi 21 juillet, le gouvernement a fait part à la Commission européenne des modifications apportées à l’arrêté de 1990 relatif à la culture et la commercialisation du chanvre en France. Malgré les nombreux échanges engagés par le Syndicat Professionnel du Chanvre (SPC) et les principaux acteurs de la filière chanvre bien-être, la France annonce vouloir interdire la vente et la consommation de fleurs de chanvre dans l’hexagone. Ignorant au passage l’arrêt de la CJUE qui avait légalisé le commerce de fleurs de CBD dans l’UE et l’idée que le droit européen prévaut sur le droit français.

Matignon et Bauveau vs l’Europe

Pour justifier de cette décision, le gouvernement met en avant un  « impératif d’ordre public » . Le motif de « santé publique »  qui avait été invoqué en premier lieu ayant été enterré, faute de tenir la route.

C’est une bien mauvaise nouvelle pour le commerce de CBD en France, dont les acteurs demandent simplement le respect de la loi; c’est à dire classer les fleurs de CBD comme « plante à fumer », à l’instar des belges ou des luxembourgeois.
En privant la France du commerce de sommités florales, le gouvernement prive la profession d’une part importante des revenus générés par la filière puisque sur les deux milliards d’euros de vente enregistrés, la moitié vient de la vente de fleurs.

Vain combat

En persistant dans la prohibition, la France persiste aussi dans l’incohérence : comment empêcher la vente de fleurs de CBD provenant d’autres pays de l’UE dans lesquels ces produits sont légaux ? Les fleurs de chanvre pourront continuer à être exportées sans crainte vers la France depuis n’importe quel État membre de l’espace Schengen où elles sont produites légalement. Les entreprises étrangères peuvent se régaler : en s’excluant de la compétition, la France leur offre son marché sur un plateau.

Dans un contexte de crise sanitaire et économique, refuser un avenir à la moitié de la filière CBD française (et son milliard d’euros de recettes) ne manquera pas de surprendre.
Certains voient en la politique anti-chanvre tout azimut menée depuis un an une manoeuvre électoraliste.
L’arrêté, si il venait à être approuvé pour être publié au Journal Officiel, ne pourrait rentrer en vigueur que dans six mois, soit en janvier 2022
A quatre mois des élections présidentielles.

Jean Baptiste Moreau creuse le sillon de la légalisation

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Jean Baptiste Moreau fait parti des élus LREM qui se sont ouvertement prononcés pour la légalisation de l’herbe, quitte à froisser la ligne prohibitionniste du gouvernement. Dans un entretien accordé à Zeweed, le député et rapporteur de la mission d’information sur le cannabis nous apprend que son combat n’aura pas été vain: la légalisation de la weed serait au programme du candidat Macron en 2022.

Jean-Baptiste Moreau doit aimer l’herbe. Quand il ne s’occupe pas de celle que vont brouter quotidiennement les 300 vaches de son exploitation agricole, c’est de celle que fume les français dont il se mêle, en soutenant la légalisation du cannabis. Membre de La République En Marche dont il est porte-parole depuis 2019, Jean Baptiste Moreau est député de la Creuse depuis 2017. A contre-courant de la politique du gouvernement, il recommande en mai dernier la fin de la prohibition sur la cannabis à l’occasion de la remise du rapport de la mission d’information sur le cannabis (MIC).
Sa pugnacité et celle d’autre rapporteurs LREM de la MIC comme la députée du Loiret Caroline Janvier aura payé, puisqu’un référendum sur la légalisation serait au programme électoral d’Emmanuel Macron  pour les élections présidentielles de 2022. L’élu creusois nous a accordé un entretien téléphonique depuis sa voiture, garé sur une aire d’autoroute de son département.

Quel regard porter sur 50 ans de prohibition?
Celui d’un échec total. Malgré la prohibition, la consommation n’a cessé d’augmenter en France, à tel point que nous sommes le plus gros consommateur de cannabis d’Europe, avec une des politiques les plus répressives d’Europe. On voit bien que cette gestion, qui aboutit à un million de consommateurs réguliers dans l’hexagone, ne fonctionne pas. Ca me rappelle la prohibition de l’alcool aux USA de 1929 à 1933, à laquelle Roosevelt a judicieusement mis un terme. La prohibition ne peut pas fonctionner pour des consommations de masse comme l’alcool ou le cannabis.

La Mission d’Information Parlementaire sur le Cannabis (MIC), dont vous êtes rapporteur, a rendu son rapport qui recommande entre autre la légalisation du cannabis récréatif. Pourtant, le gouvernement continu de camper sur des positions prohibitionnistes : Tout ça pour ça?
Effectivement, c’est un peu frustrant. Après, nous verrons si le temps donne raison à nos recommandations. Pour moi, qui ai suivi une formation scientifique, je pars du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Nous avons mené une politique de prohibition sans aucun succès durant 50 ans. Je ne vois pas pourquoi cette même politique fonctionnerait aujourd’hui ou dans les 20 prochaines années. Ce n’est pas en multipliant les effectifs de police que l’on va éradiquer le marché illégal. Un commissaire haut gradé de la brigade des stupéfiants me confiait récemment le coté illusoire et vain de cette lutte contre le deal: quand une opération est menée, avec tout ce que cela suppose en mobilisation d’effectifs et de moyens, trois autre points de vente apparaissent le lendemain. On sait le caractère inefficace de la prohibition, mais on continu à s’entêter dans cette voie.

« Nous avons mené une politique de prohibition
sans aucun succès durant 50 ans.
Je pars du principe que les mêmes causes
produisent les mêmes effets ».

Quel est le point de blocage qui empêche la France d’aborder le problème comme l’on fait le Canada, les USA et une grande partie des pays membres de la communauté Européenne qui ont assouplit leur législation ?
Je pense que nous sommes restés dans une position trop dogmatique sur le sujet, et que les ministres concernés par ce dossier ignorent tout bonnement la question pour des raisons personnelles. En exemple, le premier ministre, qui est en charge de la réécriture de l’arrêt de 1990 (qui encadre les dispositions entourant la vente de chanvre bien-être NDLR) n’a même pas lu notre rapport sur la question CBD, fruit de deux ans de travail. Autant dire que ce n’est pas très engageant pour ouvrir un dialogue. Encore une fois, les à-priori et positions dogmatiques tuent dans l’oeuf toute discussion. Quand je constate que certains membres du gouvernement  font encore la confusion entre CBD et THC… je ne peux que regretter que les travaux de la MIC n’ai même pas été gratifiés d’une lecture. C’est dommage, ça aurait contribué à grandement clarifier le débat.

« Certains membres du gouvernement
  font encore la confusion entre CBD et THC »

De fait, nous sommes encore dans la caricature,  quand j’entend par exemple certains ministres opposer à la légalisation le danger de l’escalade vers des drogues dites dures. C’est tout le contraire! C’est justement parce qu’aujourd’hui, le dealer a tout intérêt à vendre autre chose que du cannabis qu’il propose des drogues addictives et dangereuses, son intérêt étant d’accrocher le client.
Or, une des idées force de la légalisation est de couper du marché noir les consommateurs de cannabis!

Jean-Baptiste Moreau, le sourire de la force tranquille .

La député LREM Caroline Janvier nous confiait dans un récente interview qu’un référendum sur la légalisation serait très vraisemblablement au programme d’Emmanuel Macron pour les présidentielles de 2022. Vous y croyez?
Oui, j’y crois. A l’image de ce qu’a fait Justin Trudeau au Canada (qui a légalisé le cannabis récréatifs quelques semaines après son élection en 2018 NDLR).
J’y crois parce que les positions du président sur la question, sauf dernièrement, ont toujours été mesurées. Il n’a pas de certitudes sur le sujet, et à ce titre, je crois en la capacité du LREM à en faire un des axes de sa campagne présidentielle.
Dans ce cadre-là, un référendum sur la légalisation du cannabis me paraît très probable.
D’ailleurs, il en a parlé récemment, de cette volonté d’organiser un débat autour de cette question.

« Dans le cadre de la campagne présidentielle (…)
Un référendum sur la légalisation du cannabis me paraît très probable ».

Ce serait pour quand, ce référendum, si Emmanuel Macron venait à être réélu?
Pour le premier semestre suivant l’élection. Encore une fois , à l’image de ce qu’a fait le premier ministre canadien Justin Trudeau, ce genre de décision s’impose en tout début de mandat, sinon, ça n’a pas de sens.

Et cette légalisation, justement, vous la voyez comment? Entièrement régie par l’Etat, comme l’imagine François-Michel Lambert, ou plus ouverte comme la conçoivent Caroline Janvier ou Eric Coquerel?
Je suis pour que l’Etat joue un rôle de régulation et de contrôle. Le but n’est pas de suivre un modèle type Colorado où c’est du tout-business avec de la publicité pour encourager à consommer ce qui reste tout de même une drogue. L’idée est de faire baisser la consommation, pas de l’inciter. Il m’apparaît important que l’Etat contrôle la distribution et la qualité des produits mis en vente. Je suis pour un commerce du cannabis sous contrôle de l’Etat et non pas fait par l’Etat. On voit bien que quand la production, la transformation et la distribution sont entièrement régies par l’Etat, comme en Uruguay, les résultats ne suivent pas:  le marché noir subsiste.

« Au Canada on voit que ça marche,
la consommation de cannabis chez les mineurs
est en baisse dans tout le pays »

Un modèle à la canadienne, le Québec* mis à part?
Oui, au Canada on voit que ça marche;  la consommation de cannabis chez les mineurs est en baisse dans tout le pays ainsi que la consommation de bière, avec des profits substantiels enregistrés dans les caisses de l’Etat. Après, il faut que cet argent dégagé sur les ventes de cannabis serve à mener des campagnes d’information et de prévention dans les écoles et quartiers sensibles. Il s’agit de créer un cercle vertueux.

Sur le récréatif, vous croyez à une filière française?
Pas en intégralité: les filières d’approvisionnement qui existent, il va falloir les traiter d’une façon ou d’une autre en les intégrant légalement au marché.  Bien entendu en contrôlant la qualité et le mode de production des produits importés. Sur cet axe, je pense notamment au Maroc. Nous avons des atouts pour proposer des produits de qualité, mais ne compter que sur la filière française pour alimenter ce marché me paraît peu réaliste.

Et vous, vous l’avez expérimenté ce cannabis récréatif?
Ca fait quelques années maintenant, mais oui, j’ai essayé. Quand on est jeune, on essaye des choses..  et lors de fêtes, ça m’est arrivé d’en consommer. A titre personnel, je n’en garde pas un souvenir impérissable: ça me donnait mal à la tête (rires)

*Au Québec, c’est le gouvernement de la province qui assure la production et la vente de cannabis dans des dispensaires d’Etat gérés par la SQDC.

 

Thierry Bedossa, vétérinaire pionnier du CBD thérapeutique.

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Thierry Bedossa soigne nos amis à quatre pattes depuis plus de 30 ans. S’ il est connu de tous pour avoir présenté de nombreuses émissions, c’est surtout son approche éthologique et intuitive du métier de vétérinaire qui a fait sa réputation. Nous avons rencontré «l’homme qui murmurait à l’oreille des chiens» pour discuter canins, cannabidiol et perspectives thérapeutiques.

Vous êtes en France un des pionniers dans le traitement au cannabidiol (CBD) de certaines pathologies chez les chiens, je me trompe?
Effectivement, j’ai été je crois parmi les premiers praticiens Français à me pencher sur les avantages liés aux traitements à base de CBD.
Pour mieux comprendre ce qui m’a amené à être convaincu de l’efficacité du CBD dans le traitement des certaines affections, il convient d’expliquer le contexte dans lequel j’ai découvert l’usage de cette molécule. J’ai fait la moitié de ma formation de vétérinaire en Amérique du nord, au Canada comme aux Etats-Unis.
À ce titre, j’ai gardé pas mal de contacts avec des propriétaires à Montréal, New-York ou encore Los Angeles. Or, depuis cinq ans environ, beaucoup de ces propriétaires avec qui je communique régulièrement me parlaient de façon très favorable de leur expérience de traitement au CBD avec leur animal de compagnie. Une possibilité de traitement lié à l’assouplissement, au niveau fédéral, de la vente de CBD, comme de la législation du cannabis dans certains Etats (douze Etats ont à ce jour légalisé la vente et consommation de cannabis NDLR). D’autre part, je suis Membre de L’American Animal Hospital Association (AAHA), qui défend une approche strictement rationnelle et scientifique de  tous traitements.
Je reçois régulièrement leurs conclusions d’essais clinique impliquant de nouvelles approches thérapeutiques pour pas mal de problèmes que rencontrent nos amis à poils. Or, depuis trois ans, je vois passer sous mes yeux études, colloques, essais cliniques et protocoles… tous en faveur de l’usage du CBD.
Ces essais cliniques menés par l’AHAA et les retours de mes amis vétérinaires en faveur de l’usage du CBD pour chiens et chats m’ont ainsi mis la puce à l’oreille, façon de parler (rires).
Enfin, allant aux États-Unis en 2017, j’ai pu constater que dans tous les « Pet-shops* », les étals étaient remplis de produits à base de CBD. Cette même année, au détour de conversations avec d’autres propriétaires, j’ai réellement pris la mesure de l’efficacité du produit… uniquement pour le traitement de certaines maladies.
Mais il ne s’agit pas de faire du CBD à tout va !

Quels types de pathologies sont concernées ?
L’usage du CBD est pertinent dans le traitement des douleurs chroniques, de l’épilepsie et surtout de l’anxiété comme de l’agressivité.
Je me concentre surtout sur l’anxiété et l’agressivité parce qu’en tant que comportementaliste, c’est uniquement sur cet axe que je me suis penché (Thierry Bedossa est LE comportementaliste animalier français, une spécialité qui a fait sa renommée, son succès comme celui de sa clinique).
J’ai donc tout naturellement orienté mon approche du CBD sur des problèmes d’agressivité, nervosité ou anxiété que les maîtres pouvaient rencontrer avec leurs animaux, plus particulièrement les chiens.

Quand avez-vous commencé à prescrire du CBD pour ces angoisses et états de grande nervosité ?
J’ai commencé il y a un an. Il faut savoir qu’à ce moment-là le CBD n’était pas disponible en France.
Je travaille en tant que chercheur et praticien avec quelques Start-Up et, en novembre de l’année dernière, Hector Kitchen m’a sollicité pour savoir si je trouvais pertinent de mettre du CBD dans certains compléments alimentaires afin de traiter les problèmes que je viens de citer.
Hector Kitchen commercialisait un « complément alimentaire », et donc vendu en tant que tel, et non comme un médicament.
Parallèlement à cela, j’ai été démarché par Creso Pharma, un laboratoire Suisse qui lui aussi fabrique un complément alimentaire au CBD.
Fin 2018, des représentants de Creso Pharma sont venus me voir à la clinique pour me pitcher et démarcher sur le sujet CBD. Avec cet argumentaire que l’on retrouve sur leurs sachets de croquettes au CBD : « favorise le bien-être tout en renforçant les défenses immunitaires et en soutenant l’équilibre comportemental et la vitalité de l’animal » (concerné par les troubles cités NDLR). Ce qui correspondait effectivement à ce que j’avais lu dans les rapports d’étude et eu comme retour de la part de propriétaires américains.
Aussi convaincu par les études scientifiques que j’avais lues qu’enthousiaste à la suite de conversations avec des propriétaires américains, je décide alors d’essayer, mais en envoyant mes clients à l’étranger pour qu’ils puissent obtenir cette molécule qui, encore une fois, n’était pas disponible en France.
Après avoir informé les propriétaires, je rédigeais une ordonnance qu’ils pouvaient déposer en Suisse, Belgique ou Luxembourg.

Les résultats ?
Ils confirmaient ce que j’avais lu et constaté aux États-Unis : les résultats étaient aussi probants que pérennes. Encore une fois, en tant que comportementaliste, je ne me suis penché que sur les problèmes liés à l’agressivité, l’anxiété et la nervosité excessive chez l’animal.
J’en ai prescrit à une petite dizaine de chiens et chats et prendrai un exemple pour illustrer mon propos, celui de Kid. Kid est un chien de 16 ans qui avait ce que nous appelons chez l’homme des terreurs nocturnes. Probablement liées à un syndrome de stress post-traumatique.
Non seulement Kid dort maintenant d’un sommeil normal, mais il a retrouvé -qualité de sommeil et repos oblige- une forme assez épatante pour un labrador de son âge. Les retours des autres propriétaires auxquelles j’ai prescrit du CBD sont du même acabit.

La législation sur le CBD a-t-elle évolué en France ?*
Oui, depuis juin 2019, le laboratoire Virbac commercialise en France l’Anibidiol, en tant que complément alimentaire. Ce qui permet de contourner le long processus d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), puisque l’Anibidiol est considéré comme un complément, et non comme un médicament.
Deux semaines après la commercialisation de l’Anibidiol en France, nous avons cependant assisté à une levée de boucliers.

Comment ça ?
Les organisations professionnelles auraient préféré que le CBD soit considéré comme un médicament et non comme un aliment complémentaire.  La mise sur le marché de médicaments vétérinaires est en effet corrélée à de bien plus grandes contraintes réglementaires et leur usage est soumis à prescription vétérinaire, ce qui aurait permis d’encadrer plus fortement l’utilisation du CBD.
Mais le temps d’obtention d’une AMM est aussi beaucoup plus long et réserver le statut de médicament aux produits avec du CBD entraînerait, à mon avis, une perte de chance pour de nombreux animaux dont l’état douloureux est susceptible d’être amélioré avec cette molécule.
Par ailleurs, la France est assez en retard par rapport à d’autres pays européens qui ont déjà assoupli les règles concernant l’usage thérapeutique du CBD et il serait dommage de s’isoler encore davantage en adoptant une position restrictive. Il nous faut réfléchir dans l’intérêt de nos animaux, de leur santé et de leur bien-être. Et après 30 ans au service du meilleur ami de l’homme, je pense savoir de quoi je parle.

*Les « Pet-Shop » sont des magasins distribuant des aliments, produits et médicaments pour animaux, mais en dehors du circuit vétérinaire, sans consultation ni ordonnance donc.

*(Interview réalisé en juillet 2019)

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