Deux ans après la légalisation CBD, la filière retient (encore) son souffle. Dans le projet de loi de finances (PLF) discuté fin 2025 puis à nouveau début 2026, l’article 23 taxerait les fleurs CBD au même titre que le tabac, avec une accise pouvant grimper à plus de 51 %. Si le PLF était adopté en l’état via un 49.3 qui semble inéluctable, la mise en place de l’article 23 signerait l’arrêt de mort de toute une filière, des agriculteurs aux distributeurs en boutiques. Explications.
Filière florissante
Le 29 décembre 2022, le Conseil d’État annulait l’interdiction de vendre fleurs et feuilles de CBD à faible THC : le cannabidiol n’est pas un stupéfiant, tranchera la plus haute juridiction administrative, ouvrant un marché qui explose en quelques mois.
Dans les centres-villes, les « CBD shops » se multiplient, avec derrière les comptoirs des huiles, des infusions, des crèmes… et surtout les fleurs, qui concentrent 60 à 80% des ventes.
Selon Xerfi, en 2023, le marché du CBD en France a atteint 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec plus de 2 000 boutiques, environ 700 entreprises et plus de 10 000 emplois “créés ou maintenus”, avance l’UPCBD via des acteurs du secteur, la filière se structure et se solidifie
CBD passé à tabac
Fin 2025, changement de décor. L’article 23 du PLF sur les « recettes » arrive dans un climat politique tendu, jusqu’au rejet de cette partie du texte à l’Assemblée, renvoyant au Sénat une version gouvernementale. Dans le détail, des amendements font bondir les professionnels : l’objectif, disent-ils, revient à faire entrer le CBD fumable dans le champ du tabac.
Le mécanisme est redoutable : il suffit d’élargir la définition des « tabacs manufacturés » à des « substances autres que le tabac susceptibles d’être fumées », et de prévoir que toute référence au tabac vaudra aussi pour ces substances. Les fleurs de CBD se font passer à tabac, la filière tremble.
51,4% et 49.3
Le cœur de la crainte tient en un chiffre : 51,4 %. Dans un amendement daté du 10 janvier 2026, le tableau budgétaire prévoit, pour la catégorie des « autres tabacs à fumer ou à inhaler après avoir été chauffés », un taux d’accise à 51,4 %, assorti d’un minimum de perception à 152,4 € par kilo (1 000 g).
Pour la filière, l’impact serait immédiat : hausse mécanique des prix, marges laminées, fermetures en cascade. D’autant que le texte rappelle qu’en France 25 000 hectares sont cultivés et que 80 à 85 % du CBD consommé reste importé : taxer le produit, alertent ses défenseurs, pénaliserait d’abord une production nationale encore jeune.
Reste l’épée de Damoclès politique : sans majorité stable, la tentation d’un passage en force — type 49.3 — est dans tous les esprits. Et, dans les boutiques comme dans les champs, une même question tourne : le budget va-t-il signer, noir sur blanc, l’arrêt de mort du CBD made in France?
You might be interested in
Les autorités françaises présenteront, le 18 février, une première version très attendue du décret fixant les modalités de tarification et
Plus d’un million de Français consomment du cannabis chaque jour, alors que la législation de 1970 reste l’une des plus
En février 2022, le Conseil d’État légalisait définitivement le commerce de CBD en France. Exit les batailles juridiques sans fin qui
Une énième prolongation et les mêmes incertitudes sur l’avenir du cannabis à visée médicale. Faute de décisions réglementaires, la politique du provisoire pourrait bien devenir celle du durable… jusqu’à l’épuisement des tenants d’une légalisation du cannabis à visée médicale et de centaine de milliers de patients en échec thérapeutique.
Le feuilleton du cannabis médical à la française s’offre un nouvel épisode. Réuni mi-janvier, le comité scientifique temporaire de l’ANSM a acté une nouvelle prolongation de l’expérimentation, afin d’éviter que les patients encore sous traitement ne se retrouvent brutalement sans solution au 1er avril 2026.
La décision, révélée par le Pr Nicolas Authier, repousse donc – encore – la date butoir du 31 mars 2026, sans préciser la durée de ce sursis.
Objectif nul
Sur le papier, l’objectif se voudrait louable : assurer la continuité d’un traitement pour des personnes atteintes de pathologies lourdes (douleurs neuropathiques réfractaires, certaines épilepsies pharmaco-résistantes, symptômes rebelles en oncologie). Dans les faits, la photographie est plus crue. Lancée le 26 mars : a ce jour, il ne reste plus qu’environ 700 patients encore actifs dans l’expérimentation, sur les quelque 2500 qu’elle accueillait en encore en 2022.
Ce resserrement n’est pas anodin. L’information administrative rappelle que la prolongation vise surtout à maintenir, jusqu’au 31 mars 2026, une prise en charge exceptionnelle des médicaments déjà autorisés au titre de l’expérimentation, sans ouvrir la porte à de nouveaux participants. En clair : on évite la panne sèche, mais on ne ravitaille pas le convoi.
Gaulois réfractaire
Le paradoxe est presque comique — si l’on oublie qu’il s’agit de santé publique. Le ministère a bien notifié à la Commission européenne, en mars 2025, les textes censés encadrer production, qualité et autorisation des médicaments à base de cannabis médical. L’ANSM retrace ce parcours ; Newsweed, plus caustique, décrit un cadre « techniquement complet » qui n’attendrait plus que des textes d’application pour sortir du provisoire. Autrement dit : la cuisine est faite, la table est mise, mais personne ne signe l’addition.
Dans ce vide, les associations tentent de maintenir la pression. Le président de l’UIVEC, Ludovic Rachou, a beau saluer la prolongation, il avertit qu’elle « ne peut remplacer indéfiniment les décisions réglementaires attendues ». Et pendant que l’État reconduit, les patients, eux, patientent — dans un couloir où l’on n’entend que le bruit des tampons.
En attendant bédot
Reste le dernier goulot d’étranglement : la Haute Autorité de santé. Son avis doit déterminer la place du cannabis médical dans le système de soins et, surtout, ses conditions de remboursement par l’Assurance maladie. La HAS a déjà indiqué qu’elle ne pouvait finaliser certains travaux tant que les décrets ne sont pas publiés. Tant qu’il n’est pas rendu, la sortie durable de l’expérimentation demeure suspendue à un « prochain trimestre » toujours fuyant. À ce rythme, la reconduction pourrait finir par devenir la seule politique publique vraiment stable.
You might be interested in
Les autorités françaises présenteront, le 18 février, une première version très attendue du décret fixant les modalités de tarification et
Et si le cannabis médical permettait de ranger une bonne partie de l’armoire à pharmacie ? Selon une étude publiée
Premier pays arabe à légaliser le cannabis thérapeutique, le pays des cèdres ouvre les portes à une prometteuse filière, dont
Alors que la recherche avance sur l’usage thérapeutique des psychédéliques, le cadre législatif européen reste figé. Une initiative citoyenne européenne appelle à lever les freins réglementaires pour permettre leur usage médical encadré.
Les traitements à base de psychédéliques font aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt scientifique majeur. Utilisés dans un cadre médical strict, des substances comme la psilocybine ou le LSD montrent des résultats prometteurs dans la prise en charge de troubles résistants tels que la dépression sévère, le stress post-traumatique ou les addictions. Pourtant, en Europe, leur accès reste largement bloqué par des cadres réglementaires obsolètes.
Une initiative citoyenne européenne propose de faire évoluer ces règles afin de soutenir la recherche, d’harmoniser les politiques de santé et de permettre l’accès encadré à ces thérapies innovantes. L’objectif : fonder les décisions publiques sur les données scientifiques plutôt que sur des interdits hérités du passé.
Signer cette pétition, c’est soutenir une approche rationnelle et humaine de la santé mentale.
Le lien pour soutenir d’une signature l’initiative est accessible en cliquant ici
You might be interested in
Les boissons infusées au cannabis (THC) sont en passe de devenir un outil inédit de santé publique, nous apprend une
Corne d’abondance pour le corps médical, le cannabis continue de livrer ses secrets. Parmi les molécules prometteuses, le THCV, un
Une étude suisse inédite démontre que l’accès légal au cannabis a pour effet de réduire la consommation de drogues dites
La prohibition du cannabis en chiffres
Nombre d’usagers, montant des amendes, coûts de la répression, âge moyen de la première expérimentation… ZEWEED vous résume la prohibition en 10 chiffres clé.
1970
L’année où, le 31 décembre, la loi « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses » fait passer la détention et la consommation de cannabis dans le domaine du droit pénal. Elle est abrogée en l’an 2000, à la suite de la refonte du Code de la santé publique. La détention et l’usage du cannabis restent malgré tout interdits.
15,3
L’âge moyen d’expérimentation du cannabis en France, stable depuis la fin des années 1990.
Sources : « Enquête sur la santé et les consommations lors de la journée Défense et citoyenneté » (Escapad), 2017 ; « Cannabis et cannabinoïdes de synthèse », Drogues et addicitons : Données essentielles, OFDT, 2019.
900
Le nombre de Français entre onze et soixante-quinze ans fumant du cannabis quotidiennement. Ce chiffre place la France en tête du classement européen.
Source : Rapport OFDT
36
Le nombre de pays, en 2024, où le cannabis est dépénalisé ; auquel il faut en ajouter huit où il est partiellement dépénalisé.
Source : Sénat.fr
1,823
En milliard d’euros, les rentrées d’argent si l’État contrôlait la production et la vente de marijuana (523 M€ de dépenses publiques en matière de répression + 1,3 milliard d’euros de recettes fiscales).
Source : Terra Nova/Le Monde, 2019.
96
Le nombre d’heures de garde à vue que peut occasionner la détention d’un gramme de cannabis.
Source : Service Public
3 750
En euros, le montant de l’amende pour usage de cannabis, qui peut également occasionner une peine maximale d’un an de prison. Depuis mars 2019, « l’action publique peut être éteinte par le versement d’une amende forfaitaire d’un montant de 200 € ».
Source : ordonnance n° 2021-409 du 8 avril 2021, du Code de la santé publique.
78%
En 2022, 78% des Français étaient favorables à la légalisation du cannabis thérapeutique
Source : IFOP
3,24
En milliards d’euros, le montant du marché illégal de cannabis en France, soit entre 360 et 500 tonnes de cannabis consommées par an en France.
Source : rapport de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) et de l’OFDT, 2020.
568,1
En millions d’euros, le montant des dépenses publiques pour lutter contre le cannabis (398,4 M€ pour la répression, 125,1 M€ pour la justice, 8,1 M€ pour la santé, 36,5 M€ pour la prévention). On estime les coûts de la légalisation dix fois moindres.
Source : Christian Ben Lakhdar et Pierre-Alexandre Kopp, « Faut-il légaliser le cannabis en France ? Un bilan socio-économique », Économie et prévision, n° 213, 2018.
You might be interested in
Pour lutter contre le narcotrafic qui tue et ronge des quartiers entiers, la légalisation du cannabis semble une solution évidente
Longtemps cité en exemple pour sa politique novatrice des drogues, le Portugal voit aujourd’hui la consommation de cannabis reculer. Un
Plus d’un million de Français consomment du cannabis chaque jour, alors que la législation de 1970 reste l’une des plus
Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience portugaise de dépénalisation de la consommation et de la détention de drogues en petite quantité
Découvrez les conclusions dans ce mini reportage
Fashion : en mode chanvre
Longtemps relégué au rang de textile brut, quasi folklorique, et vaguement écolo, le chanvre opère un retour— et cette fois, il ne se contente pas de faire de la figuration dans les rayons green. Il s’infiltre dans les imaginaires mode, non comme une éalternative au coton, mais comme une matière à repenser.
Des labels comme Story mfg., Evade House d’Evangelina Julia, ou MARKAWARE s’en emparent avec des approches opposées mais complémentaires : d’un côté, gestes lents, teintures naturelles, broderies méditatives ; de l’autre, ligne radicale, silhouettes chamaniques, crochet sensualisé.
Dans tous les cas : fini le chanvre babos. Place à la matière-mode, très contemporaine.
De la marge au manifeste
Longtemps mis de côté pour sa rugosité, son grain, son ancrage trop “terrestre”, le chanvre était peut-être trop réel pour une mode qui valorisait l’illusion. Aujourd’hui, dans un paysage saturé de plastiques bio-sourcés et de storytelling creux, le chanvre pose une autre question : et si on arrêtait de mimer l’innovation pour renouer avec ce qui a toujours fonctionné ?
Ce retour ne doit rien à la nostalgie. Il s’agit d’un changement de regard. Ce que l’on jugeait “rugueux” est devenu sensuel. Ce qu’on appelait “roots” devient désirable. Le chanvre n’est plus enfermé dans l’esthétique du bio-primitif. Il est passé de la boutique ésotérique au showroom de créateur.
C’est que la mode, aujourd’hui, ne cherche plus à faire“propre” ou “écolo” — elle cherche à faire vrai. Et dans une époque où même le recyclé est marketé, le chanvre offre une matérialité indisciplinée moins facilement récupérable. Il force à ralentir. À penser la coupe différemment. À assumer un certain grain — au sens propre comme au sens figuré et poétique.
Car le chanvre réintroduit la vérité des fibres, la force des gestes, la temporalité du vivant. Il ne prétend pas être la solution. Il incarne une autre grammaire stylistique — plus texturée, plus authentique, plus radicale.
Et les designers qui s’en emparent le savent : travailler le chanvre aujourd’hui, ce n’est pas faire une collection green. C’est faire un statement stylistique et politique.
Douceur vs désir
D’un côté : Story mfg. et MARKAWARE. Le chanvre s’y déploie dans une esthétique du lien et du soin. Teint à la main, brodé, parfois rapiécé, il évoque une temporalité anti-performative, presque désarmante. On est dans la douceur, l’intimité, l’éloge du geste. Une mode qui ne crie pas, mais qui reste.


De l’autre : Evade House par Evangelina Julia. Le chanvre est ici tout sauf apaisé — il explose en sensualité. Crocheté à la main dans une esthétique mystique et organique, il devient peau, armure, sexué. Portée par des artistes comme Charli XCX ou Julia Fox, sa couture artisanale assume la tension entre fragilité textile et puissance du corps. On est loin du tissu écolo-planplan : ici, le chanvre est incandescent.


Le cutting edge AELIS et PANGAIA.
Chez AELIS, maison de Haute Couture fondée par Sofia Crociani, le chanvre accède au rang de matière précieuse. Sculpté, suspendu, magnifié, il s’inscrit dans une logique de rigueur technique au service d’une liberté formelle. Ce n’est plus une fibre brute — c’est un levier d’émotion, un langage de la fragilité. Le geste couture n’est pas effacé, mais reconfiguré… Le chanvre, ici, gagne ses lettres de noblesse non pas par ornement, mais par intensité.

Puis vient PANGAIA, où la matière est langage technologique. Le chanvre y devient support d’innovation biotech : teintures issues de bactéries, fibres régénératives, armure douce d’un futur plus net. On est encore plus loin de la rusticité folklorique. On entre dans une couture du XXIe siècle, où les matériaux sont aussi des manifestes. C’est le projet nommé PANhemp™ — comprendre encres atmosphériques, colorants alimentaires recyclés — tout est calculé, calibré, pensé pour l’impact et la beauté fonctionnelle. Ici, le chanvre n’est plus une contrainte à contourner, mais un vecteur d’esthétique augmentée.
Deux axes modes donc, pour une même ambition : faire du chanvre un matériau d’invention stylistique, et non d’excuse durable.
Langage textile
Le chanvre ne fait pas d’effet wow !. Il fait effet monde. Ce n’est pas une surface, c’est un terrain d’expérimentation. Et c’est en ce sens qu’il ouvre la voie à un design incarné, non plus dominé par l’image, mais par l’expérience. Dans un monde post-pandémique obsédé par la reconnexion, il se pose comme une matière-remède : le chanvre ne parle pas d’austérité, il parle d’ancrage. C’est une autre idée du luxe : sentir, durer, être en lien. Non pas posséder la matière, mais l’habiter.
Cette fibre tisse un récit. Le vêtement en chanvre devient un lieu d’inscription.


C’est aussi ce qui en fait une fibre propice à la renaissance d’un certain artisanat. Parce qu’il demandant du temps, un savoir-faire et d’autre outils de confection, il ravive l’importance du craft dans un secteur de moins en moins obsédé par l’automatisation. Le chanvre valorise le geste. Il rend visible l’humain derrière le vêtement.
Dans une époque où le « fait-main » devient une forme de résistance, il en est l’un des supports les plus puissants.
Révolution circulaire
Avec le chanvre, une autre grammaire du vêtement se dessine. Une mode qui ne cherche plus à innover pour innover, mais à régénérer du lien. Entre corps et textile. Entre terre et geste. Entre artisanat et technologie.
Ce n’est plus une matière du passé. C’est une langue vivante, en pleine mutation. À mi-chemin entre biotech low-impact, spiritualité textile et artisanat augmenté, le chanvre propose donc une vision régénérative de la création : moins spectaculaire, plus essentielle.
Et dans ce futur du vêtement, l’artisanat ne disparaît pas — il évolue. Il transforme le vêtement en interface sensible entre le corps et le monde. Le chanvre, par son exigence même, réinstalle l’humain dans la boucle créative.
Il ne s’agit finalement pas de faire du chanvre une icône marketing. Il s’agit de lui redonner sa capacité d’agir, de transformer — par le style, par le sens, par la sensation.
Qu’on se le dise : la vraie révolution n’est pas dans les imprimantes 3D ou les NFT en tissu. Elle est dans le retour à une matière qui a toujours été là, et qu’on commence enfin à reécouter.
Le chanvre ne sauvera pas à lui tout seul l’impact écologique de la mode. Mais il peut l’aider à redevenir un terrain de style, pas juste de storytelling. Et dans une époque qui recycle tout sauf le sens, c’est déjà un luxe rare.
Par Doria A.
Insta :
@shunsukeishikaw
@markaware_marka_official
@aeliscouture
@storymfg
Credits photos:
MARKAWARE Hemp Collection Printemps/Eté 2025 [2 images]
MARKAWARE, par le designer Shunsuke Ishikawa
Photographe @shuhei_tsunejawa
Evade House d’Evangelina Juli [2 Photos]
Photographe pour Image Saison 2019 Sasha Chaika @sashachaika
Photographe pour saison 2025 GERAY MENA @geraymena
Story mfg [2 photos]
Campagne Printemps/Eté 2025
Photographe : Hollie Fernando @holliefernando
AELIS Couture [2 Photos]
Défilé Printemps/Eté 2025 – 2 images
Credits @Lauchmetrics
You might be interested in
Mode éthique avant l’heure, art éclairé, lutte contre le dérèglement climatique, joints assumés… Agnès Troublé –AKA Agnès b– a toujours
Si le cannabis est diabolisé depuis une cinquantaine d’année, l’Histoire nous compte une toute autre approche de la belle plante.
Avant de devenir le catwalk improvisé des trottinettes pétaradantes et des vendeurs de contrefaçons parfumées, la Canebière était le QG
Et si le cannabis médical permettait de ranger une bonne partie de l’armoire à pharmacie ? Selon une étude publiée dans la revue Cannabis, les patients de plus de 50 ans ayant recours aux produits à base de cannabis médical réduisent leur consommation de médicaments sur ordonnance et voient leur qualité de vie s’améliorer de manière significative.
Menée au Canada, l’enquête a suivi plus de 200 patients âgés en moyenne de 67 ans, souffrant principalement de douleurs chroniques. Leur état de santé a été évalué au début de l’étude, puis après trois et six mois de traitement. La plupart consommaient du cannabis sous forme orale, avec une teneur importante en CBD.
Moins d’antidépresseurs, de somnifères et d’antalgiques
Les résultats sont sans appel : la grande majorité des participants a constaté une amélioration significative de la douleur, du sommeil et de leur qualité de vie. « La prise de co-médications, notamment d’antalgiques, d’antidépresseurs et de somnifères, a diminué », notent les chercheurs. Aucun effet secondaire grave n’a été signalé.
Pour les auteurs de l’étude, il s’agit de l’une des plus vastes recherches menées à ce jour sur l’usage du cannabis médical chez les seniors. « Nos résultats suggèrent que le cannabis pourrait être une alternative relativement sûre et efficace pour traiter la douleur chronique, les troubles du sommeil et d’autres pathologies liées à l’âge. Son utilisation entraîne une réduction de la consommation de médicaments sur ordonnance et des coûts de santé, tout en améliorant significativement la qualité de vie.
Une tendance confirmée
Paul Armentano, directeur adjoint de l’organisation NORML, qui milite pour la réforme des politiques sur le cannabis, salue ces nouvelles données : « De plus en plus de recherches montrent que le cannabis améliore la qualité de vie des personnes âgées. Beaucoup souffrent de douleurs, d’anxiété, de troubles du sommeil… des maux pour lesquels le cannabis peut être un remède. Ils savent aussi à quel point les médicaments disponibles – opioïdes, somnifères – ont des effets secondaires lourds. Pour eux, le cannabis médical représente une alternative potentiellement plus sûre. »
L’intégralité de l’étude, intitulée Medical cannabis for patients over age 50: A multi-site, prospective study of patterns of use and health outcomes, est consultable auprès de la Research Society on Marijuana
ZEWEED avec Norml
You might be interested in
Les autorités françaises présenteront, le 18 février, une première version très attendue du décret fixant les modalités de tarification et
Les boissons infusées au cannabis (THC) sont en passe de devenir un outil inédit de santé publique, nous apprend une
Corne d’abondance pour le corps médical, le cannabis continue de livrer ses secrets. Parmi les molécules prometteuses, le THCV, un
Une étude internationale menée auprès de plus de 6 600 personnes place le cannabis et les psychédéliques en tête des substances les plus efficaces pour soulager les troubles du comportement alimentaire. Une révolution dans la prise en charge de l’anorexie.
Cannabis et champis vs antidépresseurs
Cannabis et psilocybine plutôt que Prozac ? Publiée dans le JAMA Network Open, une nouvelle étude dirigée par l’American Medical Association révèle que certaines substances encore interdites dans de nombreux pays sont perçues comme plus efficaces que les traitements médicamenteux classiques pour traiter les troubles du comportement alimentaire. Cannabis, champignons hallucinogènes (psilocybine) et LSD dominent le classement des substances les mieux notées par les patients pour soulager leurs symptômes, devant les antidépresseurs, pourtant largement prescrits.
L’enquête a été menée auprès de 6 612 personnes interrogées sur leur consommation de substances au cours de l’année écoulée et l’impact de ces dernières sur leurs troubles alimentaires et leur santé mentale. L’échantillon portait sur une large palette de drogues : caféine, alcool, nicotine, antidépresseurs, psychotropes, kétamine, MDMA (ecstasy), stimulants, opioïdes…
Parmi toutes ces substances, seules quelques-unes ont été perçues comme améliorant les symptômes des troubles alimentaires. Et à la surprise générale, ce sont les psychédéliques classiques – cannabis, LSD, psilocybine – qui obtiennent les meilleurs résultats. À l’inverse, l’alcool, la nicotine et le tabac sont désignés comme les plus nocifs. Les antidépresseurs sont jugés efficaces pour améliorer la santé mentale globale, mais beaucoup moins pour les troubles alimentaires en eux-mêmes.
Automédication cannabique
Autre constat : lorsqu’il s’agit d’auto-médication pour atténuer les symptômes des troubles alimentaires, c’est le cannabis qui arrive en tête des substances plébiscitées. En rapportant les effets perçus au nombre d’usagers, c’est cependant la fluoxétine (Prozac) qui obtient la meilleure moyenne.
Les auteurs de l’étude – une équipe de neuf chercheurs issus notamment de l’Université de Sydney, de New South Wales Health et du King’s College de Londres – soulignent que ces résultats justifient des recherches plus poussées sur le potentiel thérapeutique du cannabis et des psychédéliques dans le traitement des troubles alimentaires.
Ils notent aussi que, contrairement au LSD ou à la psilocybine, la kétamine et le MDMA n’obtiennent pas de résultats aussi convaincants, suggérant que les psychédéliques classiques possèdent des propriétés spécifiques particulièrement adaptées à ce type de troubles.
La piste prometteuse des « munchies »
L’étude avance par ailleurs une piste physiologique : dans les cas d’anorexie ou de troubles alimentaires dits « aversifs », le cannabis pourrait jouer un rôle en augmentant la valeur hédonique des aliments, autrement dit en redonnant du plaisir à manger. Un mécanisme similaire à celui des fameuses « fringales » ou munchies, que d’autres recherches, financées par le gouvernement fédéral américain, ont déjà exploré pour mieux comprendre l’effet du THC sur le cerveau. Ces travaux pourraient à terme contribuer au développement de traitements ciblés pour des pathologies telles que l’anorexie ou l’obésité.
Zeweed avec MarijuanaMoments
You might be interested in
Les boissons infusées au cannabis (THC) sont en passe de devenir un outil inédit de santé publique, nous apprend une
Corne d’abondance pour le corps médical, le cannabis continue de livrer ses secrets. Parmi les molécules prometteuses, le THCV, un
Une étude suisse inédite démontre que l’accès légal au cannabis a pour effet de réduire la consommation de drogues dites
La légalisation du cannabis à l’heure suisse
Depuis le 29 août, les citoyens de la Confédération sont invités à commenter une loi qui en ferait l’une des pionnières européennes en matière de régulation du cannabis. Entre audace, santé publique et vieux pragmatisme alpin, la Suisse ose sa révolution verte.
Par Baba Squaaly
Cet article est issu du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
Pour vous abonner à Zeweed magazine, c’est ici.
En Suisse, on a beau avoir inventé la neutralité armée et le couteau multi-lames, le chanvre n’a rien d’un intrus : les archéologues en retrouvent des traces dès le Néolithique. Pendant des siècles, les vallées alpines en vivent d’ailleurs très bien : cordages pour alpinistes et bateliers, tissus solides, papiers fins, huiles et pharmacopée traditionnelle. Tout se passe sans scandale jusqu’en 1951, où une première loi serre la vis et limite culture et usages. La suite, c’est le rouleau compresseur de la prohibition, qui transforme le consommateur en délinquant. Chaque canton applique à sa sauce cette rigueur importée : ici 100 francs d’amende ; là, 300 – souvent l’équivalent en euros. Mais si l’objectif était de décourager la fumette, c’est raté. Une personne sur trois a déjà tiré sur un joint, et près de 220 000 Helvètes en consomment régulièrement. « Tu payes ton amende, tu ressors, tu continues… C’était devenu un impôt sur nos joints », plaisante Luca, étudiant genevois de vingt-deux ans, pour expliquer en image la réalité helvétique.
Face à ce constat, les Suisses tentent déjà un baroud d’honneur, en 2006 : une initiative populaire pour « une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse », récolte plus de 100 000 signatures. Premier signal. Quinze ans plus tard, en 2021, la Suisse autorise la possession de moins de 10 grammes et lance une série d’essais pilotes scientifiques dans plusieurs villes, dont Lausanne et Berne. L’idée : collecter des données, tester des points de vente encadrés, mesurer les effets sociaux. Mais l’essentiel du marché reste aux mains des dealers de rue, avec tous les risques associés. C’est là que l’avant-projet de loi fédérale sur les produits du cannabis (LPCan) veut intervenir : reprendre la main sur la production et la vente, canaliser la consommation, protéger la jeunesse. « Franchement, c’est une vraie révolution tranquille, confie Anna, employée zurichoise. On garde le sérieux suisse, mais on arrête de traiter les fumeurs comme des voyous. »
Big bang discret
Le projet prévoit un arsenal clair. Tout adulte majeur, citoyen ou résident, pourra consommer légalement. L’achat se fera dans un cadre sécurisé, avec des produits contrôlés, sans édulcorants, ni colorants ni additifs tape-à-l’œil. La publicité est bannie, on line comme off line, et les emballages devront rester sobres, façon paquets de cigarettes neutres. Les produits ne seront pas uniquement fumables : priorité aux alternatives comme la vaporisation ou l’ingestion. La tolérance zéro au volant reste gravée dans le marbre. L’autoproduction, elle, sera permise, mais limitée : trois plantes femelles en floraison par foyer, à la maison, sur son balcon ou dans le jardin. Et pas question de transformer son salon en serre tropicale : des contrôles sont prévus. À chaque étape, l’État helvétique affiche sa méthode : encadrer sans diaboliser, libéraliser sans banaliser.
« On garde le sérieux suisse, mais on arrête de traiter les fumeurs comme des voyous. » Anna, employée zurichoise
Évidemment, la santé publique reste au cœur du dispositif. Le Groupement romand d’études des addictions (Grea) publie une dizaine de fiches détaillant la loi et rappelle qu’« un consommateur redevenu citoyen lambda et non plus délinquant, pourra se diriger plus facilement vers les professionnels de santé pour évoquer sa consommation et tenter de la réguler s’il en ressent le besoin ». Dans cette logique, la production commerciale est strictement encadrée. Les titulaires d’une autorisation de culture ou de fabrication ne pourront pas vendre directement. Et surtout, les concessions de vente seront à but non lucratif. Si bénéfice il y a, il devra être intégralement réinvesti dans la prévention, la réduction des risques et l’aide en cas d’addiction. Quant aux taxes, elles varieront selon le taux de THC : plus le produit est fort, plus il contribue au financement des programmes. Simple, carré, suisse.
Vers l’adoption
Sur le plan économique, cette potentielle loi est un big bang discret. Le retour du cannabis dans l’économie légale devrait gripper les rouages du marché noir. Pendant un temps au moins, les organisations criminelles verront leurs parts de marché fondre comme neige au soleil. Mais personne n’est dupe : ces structures ont horreur du vide et se réinventent vite. Reste à savoir si cette parenthèse permettra d’en démanteler certaines. Les autorités, elles, affichent leur fermeté : la future loi prévoit des amendes plus lourdes pour tous les acteurs du marché illicite – des producteurs aux clients.
À la croisée des chemins, la Confédération met donc fin au tout-répressif sans pour autant basculer dans le grand n’importe quoi. Prévention, santé publique, encadrement strict : chaque clause de la loi vise à trouver l’équilibre. Pour un pays non membre de l’Union européenne mais lié à l’espace Schengen, le pari est osé et finement calculé. La consultation publique court jusqu’au 1er décembre ; après quoi, le texte reviendra devant les deux Assemblées pour adoption. D’ici là, le débat fait rage dans les cafés et sur les places publiques. Et si certains continuent d’associer la Suisse à ses banques, ses montres et ses marmottes, il faudra bientôt ajouter un nouveau symbole national : une régulation du cannabis taillée au cordeau, à la fois audacieuse et carrément helvétique.
You might be interested in
Depuis la légalisation du cannabis en Allemagne il y a près de deux ans, le marché des ventes de cannabis
Pour lutter contre le narcotrafic qui tue et ronge des quartiers entiers, la légalisation du cannabis semble une solution évidente
Plus d’un million de Français consomment du cannabis chaque jour, alors que la législation de 1970 reste l’une des plus
