Une étude fédérale américaine s’est penché sur les habitudes de consommation du cannabis par sexe. Si la fumette reste majoritaire chez les deux genres, les femmes ont un penchant pour les comestibles et les topiques (huiles et crèmes) alors que les hommes plébiscitent la combustion de la belle plante qui fait rire. Derrière ces préférences se dessine une cartographie genrée des usages, en pleine mutation depuis qu’une majorité d’Etats américain a légalisé l’herbe.
La fumée, une affaire d’hommes.
Aux États-Unis, la manière dont les citoyens consomment du cannabis varie sensiblement selon le genre. C’est ce que révèle une analyse des réponses collectées lors des éditions 2022 et 2023 de la grande Enquête nationale sur la consommation de drogues et la santé, supervisée par l’agence fédérale SAMHSA. On y apprend que 19,8 % des consommateurs masculins âgés de 12 ans et plus privilégient la voie fumée, contre 14,3 % des consommatrices.
En revanche, les femmes optent bien plus fréquemment pour des modes d’administration dits alternatifs. Les topiques — crèmes, lotions, patchs transdermiques — sont plébiscités par 2,5 % d’entre elles, contre seulement 1,2 % des hommes. Même tendance pour les produits comestibles ou les boissons infusées au cannabis, davantage prisés par les femmes.
Deux genres, deux recherches d’effets
Chez les personnes ayant consommé du cannabis dans l’année, précise l’étude, les hommes sont plus nombreux à avoir fumé dans toutes les tranches d’âge, sauf chez les adolescents de 12 à 17 ans, où les filles dominent légèrement. Ces dernières sont également plus enclines à ingérer le cannabis, que ce soit par des gouttes orales, des pastilles ou des sprays.
À l’inverse, les hommes explorent davantage les modes inhalés, comme le vapotage ou le dabbing (inhalation de concentrés de cannabis chauffés à haute température). Autre enseignement majeur : près de 45 % des sondés n’utilisent qu’un seul mode de consommation. Environ un quart (27,5 %) déclare en utiliser deux, tandis qu’un autre quart (27,6 %) en combine trois ou plus.
L’âge joue aussi un rôle : les consommateurs plus âgés ont tendance à rester fidèles à un seul mode, là où les plus jeunes multiplient les expériences. Ainsi, les 18-25 ans sont les plus nombreux à fumer, tous genres confondus, et à varier les modes de consommation.
Evolution sociétal
L’évolution des usages n’est pas qu’une affaire de genre : les habitudes de consommation changent structurellement. Un autre rapport du CDC, basé sur les résultats de l’enquête téléphonique nationale de 2022, confirme cette diversification des pratiques. Pour la première fois depuis 2016, les sondés pouvaient signaler plusieurs méthodes de consommation — une avancée méthodologique qui a permis d’observer une hausse notable du vapotage et de l’ingestion.
Parallèlement, les tendances de fond se précisent. Les adolescents consomment de moins en moins, selon des données récentes du CDC et de SAMHSA. La prévalence de l’usage chez les mineurs (12 à 20 ans) aurait même légèrement baissé sur un an, dans la continuité d’une décennie de recul.
Cannabis vs alcool
Autre constat qui bouscule les clichés : selon un sondage indépendant, plus d’Américains consomment du cannabis au quotidien que d’alcool. Et ces usagers réguliers de ganja sont aussi moins enclins à vouloir réduire leur consommation que les buveurs quotidiens d’alcool.
Enfin, une étude publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs révèle que les nuisances collatérales du cannabis sont bien moindres que celles de l’alcool. Les cas de « préjudice indirect » causé par l’herbe sont six fois moins fréquents que ceux liés à la boisson.
