Poids lourd du cannabis récréatif au States, Mark Savaya s’est vu offert par Donald Trump le poste d’envoyé spécial en Irak. Une nomination déroutante, à mi-chemin entre mauvais trip géopolitique et enfumage présidentielle.
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Mark Savaya a la biographie d’un personnage secondaire dont le romancier aurait soudainement décidé d’en faire le héros de son œuvre. Patron d’une tech cannabique, il est devenu depuis octobre 2025 envoyé spécial de Donald Trump en Irak. Une nomination reçue comme une énigme. « Nous pensions à un émissaire traditionnel, nous avons eu un entrepreneur du cannabis », a ainsi déclaré un diplomate irakien, résumant à lui seul ce mystère géopolitique.

Né il y a quarante ans dans une famille assyrienne ayant quitté Mossoul dans les années 1990, Savaya a grandi à Detroit et fondé Leaf and Bud, une chaîne de dispensaires de cannabis après la légalisation dans le Michigan en 2018. Avec ses airs de Jean Roch de la weed – son Instagram est truffé de photos au sourire trente-deux dents et de pouce en l’air aux côtés de personnalités –, rien, dans son parcours, n’annonçait qu’il finirait au cœur du laboratoire diplomatique de Trump. Car la question demeure : que va-t-il réellement faire en Irak ? Même dans l’entourage républicain, on parle d’une « initiative personnelle du président », formule qui peut évoquer une intuition brillante ou un geste improvisé après une journée un peu trop longue. Trump le présente comme un « trouble-shooter », un homme qui « comprend le Moyen-Orient autrement ».
Cannabis et géopolitique
Les voyages de Savaya à Bagdad et Erbil se sont multipliés ces dernières années, entre projets de data agricole et entretien des liens communautaires que les États-Unis ont longtemps négligés. Les Irakiens voient un intermédiaire tenace, capable de parler sécurité puis infrastructures dans la même conversation. Les Américains y voient un profil extérieur au système, donc facilement éjectable si l’expérience tourne court. C’est là que se niche le paradoxe : Savaya dirige une entreprise dont la survie dépend d’une conformité stricte au droit fédéral tout en se retrouvant chargé d’une mission où l’opacité fait partie du décor. Un pied dans les dispensaires qui respectent les clous, l’autre dans un pays où les signaux faibles comptent autant que les accords officiels.
Même dans l’entourage républicain, on parle d’une « initiative personnelle du président ».
En réalité, la désignation de Savaya marque moins une décision en plein moment de « high » du POTUS qu’un recalibrage de la relation entre Irak et États-Unis que Trump voudrait consolider. Savaya incarne ainsi la volonté américaine de redéfinir sa stratégie au Moyen-Orient : un profil d’affaires, aux racines irakiennes, censé réconcilier reconstruction économique, influence politique, contrôle des milices chiites liées à l’Iran et réconciliation avec les Kurdes. Il y a du taf et le pari est audacieux dans un pays devenu une pétaudière. Si Savaya parvient à transformer son héritage culturel, son réseau et sa vision entrepreneuriale en résultats tangibles, alors son mandat pourrait marquer le début d’une diplomatie « business-style » au service d’un Irak nouvelle formule. Et ça vaudra bien un petit joint pour fêter ça.
Par Raphaël Turcat
@raphaelturcat
