Thaïlande, cannabis

Thaïlande : un pro-cannabis arrive au pouvoir en plein revirement prohibitionniste

Élu Premier ministre avec une large majorité, Anutin Charnvirakul, ex-ministre de la Santé et artisan de la légalisation du cannabis, hérite d’un pays où la plante qu’il a libérée est désormais de nouveau corsetée par la prescription médicale. Derrière les sourires de karaoké et la rhétorique de modernité, c’est tout un secteur économique et social qui retient son souffle.

Anutin Charnvirakul, 58 ans, adepte des soirées karaoké et père du pot légal, vient de franchir la ligne du palais royal pour devenir Premier ministre de Thaïlande, fort d’une victoire parlementaire éclatante : 311 voix sur 492 suffrages, très au-dessus de la majorité requise. Jadis ministre de la Santé, ce fils de tycoon – façonné par une formation d’ingénieur aux États-Unis – est aussi le visage du cannabis libéré, avec la campagne de distribution d’un million de plants à domicile en 2022, geste phare d’une politique qu’il mena avec ferveur.
Comme une onde verte, la décriminalisation a transformé la planète thaïlandaise. Cannabis sorti de la liste des stupéfiants, dispensaires proliférant un peu partout, industrie florissante, tourisme attiré par la vaporisation… la Thaïlande devenait pionnière en Asie. Mais la fête a tourné court : devant les critiques de dérèglement social, d’accès non régulé (notamment touchant les jeunes), et des tensions croissantes entre son Bhumjaithai Party et la coalition pro-restriction de Pheu Thai, la législation a brutalement effectué un virage bureaucratique.

Prescription obligatoire, entrepreneurs fragilisés

Dès juin 2025, le gouvernement a rétabli des garde-fous : le bourgeon de cannabis devient herbe contrôlée, seulement accessible sur prescription – délivrée par médecins, praticiens traditionnels, pharmaciens ou dentistes, pour un usage limité à 30 jours. Les contrevenants se voient menacés d’une peine d’un an de prison et d’une amende de 20 000 bahts ; publicité, vente en ligne ou via distributeurs automatiques sont proscrites.
Nul doute que cette bascule fragilise les milliers de petits entrepreneurs et fermiers lancés à corps perdu dans la filière – les activistes parlent déjà d’un profit pour les grandes firmes et d’un retour du marché souterrain.

« Roi du cannabis »

Le paradoxe Anutin saute aux yeux : architecte d’une libéralisation spectaculaire, il revient au pouvoir alors que son empire vert est désormais morcelé par la règle médicale. Sa nomination repose sur une alliance tacite avec le Parti du Peuple, qui impose en échange la promesse de dissoudre le Parlement en quatre mois et d’ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle.
L’enjeu est politique et culturel. D’un côté, la Thaïlande conserve l’image d’un espace de détente, de modernité, de sabai sabai – cette douceur de vivre où le cannabis était permis, cultivé, consommé, à l’ombre d’un climat tropical. De l’autre, l’État serre les boulons : prescription obligatoire, tracés officiels, interdiction de toute publicité. Les défenseurs du pot dénoncent un triomphe des élites ; les officiels, eux, invoquent la protection des mineurs et un retour à l’ordre.

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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