Jean Lassalle, interview, cannabis
Crédits : studio alterego

Jean Lassalle, la politique de pré

Jean Lassalle, ex-député et star a cappella de l’hémicycle, est descendu en ville pour causer chanvre avec ZEWEED. Une plante dont il défend ardemment la culture, que ce soit pour sa fibre ou ses vertus de bien-être. Si le berger le plus populaire de France n’a jamais fumé un joint de sa vie, il défend sur ce volet une approche pragmatique et pédagogique, loin du dogmatisme hors-sol du moment. Rencontre avec le sixième bon sens.

S’il reste dans les mémoires et dans les cœurs, c’est par son chant entonné en pleine Assemblée nationale, en juin 2003, face à un Nicolas Sarkozy médusé et un président de l’Assemblée (Jean-Louis Debré, RIP) qui hésite à exploser de rire. Son chant béarnais (« Aqueros Mountagnos ») visait à réclamer plus de gendarmes au tunnel du Somport, et sera entendu. La gendarmerie ne ferme pas et augmente ses effectifs. Trois ans plus tard, il entame une grève de la faim pour protester contre la délocalisation de l’usine Toyal Europe, qui emploie 150 salariés dans la vallée d’Aspe. En cinq semaines, il perd 21 kilos et est hospitalisé en urgence. Sur intervention de Jacques Chirac, Toyal finit par abandonner son projet de nouvelle implantation. Nouvelle victoire pour Lassalle, berger transhumant de père en fils qui passe ainsi d’un sommet médiatique à un autre.

Y a-t-il du monde dans Lassalle ? Assurément, oui. Tout un arrière-pays même, pour ce Pyrénéen enraciné comme nul autre dans ce Béarn immaculé. Prêt à se lancer dans sa troisième campagne présidentielle, il réagit pour ZEWEED aux récents propos du ministre Retailleau qui, à rebours de toutes les politiques modernes sur la marijuana, cherche à pénaliser, voire à criminaliser les consommateurs en expliquant, sans se mordre la langue, que « fumer un joint, c’est avoir du sang sur les mains ». Sachant que le chanvre est l’un des produits stars dans ses montagnes, « Jeannot » ne pouvait pas laisser ces propos impunis. Joint par téléphone, il se met à chanter et se demande si cette interview va faire le buzz, à défaut de s’en rouler un, vu qu’il est non-fumeur. Le voilà donc en défenseur d’une légalisation contrôlée, à l’instar des députés Antoine Léaument (LFI) et Ludovic Mendes (EPR) qui ont tenté de rallumer le débat avant que Retailleau, la nouvelle superstar de la droite dure, tel un Fillon rétréci au lavage, n’en fasse un énième pétard mouillé pour que la France continue à consolider son retard.

ZEWEED : Que pensez-vous de la phrase de l’actuel ministre de l’Intérieur sur les consommateurs qui, en fumant un joint, ont « du sang sur les mains » ?
Jean Lassalle : M. Retailleau a eu une repartie cinglante mais quelle solution apporte-t-il ? Tout ce qui est excessif est dérisoire, et sa réaction est pour le moins excessive, destinée à frapper les esprits ou plutôt ce qu’il en reste, sur certaines chaînes d’info en continu… Nous faisons face à un changement de monde, et je salue ici les deux parlementaires du courage de se libérer de leurs propres chaînes, tenues par l’état-major de leurs partis respectifs. Sur ce sujet, j’avais pris une initiative similaire, en 2021, avec le groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, travaillant sur la reconnaissance du vote blanc, le RIC…). La classe politique dans son ensemble s’est chargée de couvrir de cendres cette initiative. Il y a très longtemps que la France a organisé des cours d’éducation sexuelle ; ce n’est pas pour autant qu’elle l’a fait dans le but de créer des violeurs en puissance… Au contraire, cela vise à apprendre dès le plus jeune âge une chose essentielle de la vie ! Et que savons-nous sur les drogues douces ? Rien, on ne voit ce problème que par le petit bout de la lorgnette, en fin de course, par le répressif. Retailleau met tout dans le même panier : les consommateurs, les producteurs les vendeurs… Et si je condamne les réseaux autant que lui, est-ce avec ce genre de politique du coup de menton qu’on va les atteindre ? Mieux vaut avoir à nos côtés une force populaire éduquée, cultivée plutôt que de laisser la jeunesse tout découvrir en cachette… Ce qui génère pas mal de fantasmes au passage ! On manque de clairvoyance. Regardez, le général en arrivant au pouvoir avait multiplié par 10 le budget de la recherche, à tous les niveaux pour savoir comment la société évolue… Il faudrait refaire cela, engager une mise à jour car, franchement, Retailleau en est resté à Windows 1… Au lieu de tout cacher hypocritement, en amplifiant l’usage par le goût de l’interdit, expliquons, prévenons que cette culture ne soit plus un fantasme mais une réalité ancrée et donc maîtrisée sur nos territoires.

« Que cette culture ne soit plus un fantasme mais une réalité ancrée et donc maîtrisée sur nos territoires. »

Justement, ces territoires se développent aussi avec la culture du chanvre, qui n’a pas forcément de débouchés cannabinoïdes récréatifs mais peut servir à isoler les maisons, dans le textile…
Tout à fait, le chanvre a pléthore d’utilisations possibles et il est légal d’en cultiver, à condition d’avoir obtenu une licence d’agriculteur au préalable et un casier judiciaire vierge de préférence ! La France est le deuxième pays producteur de chanvre, après la Chine et, dans mon Béarn, il en pousse partout et nourrit de nombreuses initiatives, à Momas et à Gelos avec Pyrénées Chanvre – un projet porté par Émilie Abadie et Pauline Lacaze, destiné à l’isolation et au textile. Ce chanvre industriel est très peu gourmand en eau et nécessite peu ou pas d’intrants ; une aubaine pour l’agriculture raisonnée ! Si on le réussit sur nos territoires, on peut le réussir ailleurs. On en fait aussi des huiles, de la tisane, du papier ; sans parler des utilisations thérapeutiques contre le stress notamment.

Pas étonnant qu’on ait légalisé le CBD un an après le confinement…
Oui, Il faut penser par rapport à son époque et en globalité ; tout d’abord, tenir compte des bienfaits de cette plante et penser ensuite à la masse de soldats pacifiques qui pousseraient ces initiatives bien comprises, au lieu d’obscurcir un ciel de mort… L’État doit investir dans la formation des dealers, leur donner une deuxième chance, les aider à se relancer dans le domaine légal en les accompagnant, avec des activités utiles et intéressantes comme quand on a fait refaire le fort du Portalet, dans la vallée d’Aspe, par des jeunes en difficulté. Il est temps que l’homme retrouve l’homme. Sinon, on continuera avec des trafiquants de plus en plus dangereux, de plus en plus armés, alors qu’il faudrait juste miser sur beaucoup d’intelligence et un peu d’argent, pour pouvoir former des professionnels assez nombreux. Sur le volet agricole, cela peut être une source de revenus nouveaux : des jeunes venus de zones sensibles se mettraient dans la partie, non pas pour grossir la masse des criminels mais, au contraire, pour les combattre.

« Mieux vaut avoir, à nos côtés, une force populaire éduquée, cultivée, plutôt que de laisser la jeunesse tout découvrir en cachette. »

Porterez-vous ces combats lors de la prochaine présidentielle ?
Écoutez, j’en suis à ma quatrième opération du cœur, suite à un sympathique vaccin contre le Covid labellisé Johnson & Johnson… Et dire que j’avais un cœur magnifique comme celui d’Eddy Merckx ! Mais ce vaccin parfaitement légal et même obligatoire, m’a rendu parfaitement malade. Pour l’instant, je vais donc tâcher de faire vivre le mouvement Résistons ; beaucoup de projets sont en cours ; je suis toujours président de l’Association des populations des montagnes du monde (APMM), regroupant plus de 98 pays… J’écris un livre aussi, mais c’est toujours le début le plus difficile – je m’arrête au bout de dix lignes [rires]. Après, concernant ma candidature je préfère ne rien dire, tout le monde parle trop… Et personne ne s’écoute.

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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