Alors que la consommation de cannabis augmente chez les personnes âgées, les chercheurs s’intéressent de plus près à ses effets sur les fonctions cognitives lors du vieillissement. Une récente étude publiée dans la revue Psychopharmacology suggère que le cannabis, et plus particulièrement son ingrédient psychoactif principal, le THC, pourrait améliorer certains types de mémoire chez les rats âgés.
Les chercheurs ont constaté qu’une exposition aiguë à la fumée de cannabis améliore la mémoire de travail chez les rats mâles âgés, mais l’altère chez les femelles âgées. À l’inverse, l’administration orale chronique de THC améliore la mémoire de travail chez les rats âgés des deux sexes, sans affecter leur mémoire spatiale ni avoir d’impact sur les rats plus jeunes.
La consommation de cannabis devient de plus en plus fréquente chez les seniors. Aux États-Unis, entre 2015 et 2023, le pourcentage de personnes âgées de plus de 65 ans ayant consommé du cannabis au cours de l’année écoulée a presque triplé. Beaucoup en consomment régulièrement, souvent pour soulager des douleurs chroniques, l’anxiété ou les troubles du sommeil. Pourtant, si le cannabis est connu pour altérer la mémoire et l’attention chez les jeunes adultes, ses effets sur le cerveau vieillissant, plus vulnérable au déclin cognitif, restent peu étudiés.
Souris stones…
Des recherches antérieures sur des souris âgées avaient suggéré que de faibles doses de THC pouvaient améliorer la fonction cognitive, une découverte surprenante qui a soulevé la possibilité que le cannabis puisse atténuer certains troubles amnésiques liés à l’âge dans des conditions spécifiques.
Cette nouvelle étude, menée par Jennifer L. Bizon, visait à explorer plus en détail ces hypothèses. L’objectif était de comprendre comment le cannabis affecte deux types de mémoire : la mémoire de travail, dépendante du cortex préfrontal, et la mémoire spatiale, liée à l’hippocampe. Les méthodes d’administration utilisées (fumée et ingestion orale) reflètent la consommation typique chez l’humain.
Barry Setlow, co-auteur de l’étude, explique que leur intérêt provient initialement d’un programme de recherche préclinique sur les effets de la fumée de cannabis sur la cognition et le comportement, visant une meilleure pertinence translationnelle par rapport aux modèles humains.
Trois expériences ont été réalisées sur des rats jeunes adultes (6-9 mois) et âgés (24-28 mois). La première impliquait l’exposition à la fumée de cannabis et l’évaluation via des tâches de mémoire utilisant un écran tactile. La deuxième évaluait l’impact d’une consommation chronique orale de THC sur trois semaines, tandis que la troisième analysait la métabolisation du THC.
… Qui retrouvent la mémoire
Résultats notables : chez les rats âgés mâles, la fumée de cannabis améliore sensiblement la mémoire de travail, surtout dans les situations les plus difficiles, tandis qu’elle dégrade les performances des femelles âgées. L’ingestion orale chronique de THC améliore la mémoire de travail chez les deux sexes âgés sans effet notable sur les jeunes. Aucun changement significatif n’a été observé pour la mémoire spatiale dans les deux groupes.
Ces résultats intriguent les chercheurs, notamment parce que le THC semblait bénéfique uniquement sur la mémoire de travail (préfrontale) et non sur celle impliquant l’hippocampe. Les différences de métabolisation du THC selon l’âge et le sexe ne semblent pas suffisantes pour expliquer pleinement ces effets cognitifs.
Plusieurs hypothèses ont été avancées : la réduction de l’inhibition excessive du cortex préfrontal vieillissant par activation des récepteurs cannabinoïdes, et les effets anti-inflammatoires du THC, connus pour réduire l’inflammation cérébrale liée à l’âge.
Concernant la dégradation observée chez les femelles âgées, la différence de performance initiale entre mâles et femelles pourrait expliquer pourquoi le THC bénéficie à ceux ayant des performances initialement plus faibles (les mâles âgés) et nuit aux femelles, déjà performantes.
Résultats concordants avec ceux d’une étude danoise
Cependant, les auteurs soulignent certaines limites : différences biologiques évidentes entre rats et humains, nombre restreint de tâches cognitives évaluées, faibles doses de THC utilisées, et modes d’administration non exhaustifs.
Ces résultats concordent néanmoins avec une étude danoise à long terme montrant que les consommateurs de cannabis subissaient un moindre déclin cognitif sur 44 ans.
Les chercheurs recommandent d’étudier les effets d’autres composés du cannabis, tels que le CBD, ainsi que des recherches à plus long terme pour évaluer la persistance des effets bénéfiques du THC et mieux comprendre les mécanismes biologiques expliquant les différences liées à l’âge et au sexe.
Selon Setlow, l’objectif à long terme reste d’élargir les recherches afin de déterminer précisément comment le cannabis et les cannabinoïdes influencent les performances cognitives lors du vieillissement, ouvrant ainsi la voie à des traitements potentiels pour le déclin cognitif lié à l’âge.
