Après avoir promis durant sa campagne de dépénaliser le cannabis, Donald Trump envisage déjà de reclasser le cannabis du Tableau I au Tableau III du Controlled Substances Act. Cette possible réforme, si elle se concrétise, serait une victoire pour l’industrie cannabique, comme pour les partisans d’une fin de prohibition. Une annonce qui arrive dans un climat politique déjà bousculé, après la nomination du pro-légalsation Joe Grutter à la tête du Parti républicain en 2026.
En août 2025, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, Donald Trump a confirmé que son administration envisageait de reclasser le cannabis comme drogue « moins dangereuse » et qu’une décision pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Ce geste marque une rupture avec la posture rigide de son premier mandat, qui avait notamment soutenu la suppression des protections fédérales pour les États ayant légalisé.
Business is business
Le passage au Tableau III permettrait aux entreprises du secteur de bénéficier d’avantages fiscaux majeurs : elles pourraient enfin déduire leurs frais professionnels, interdits aujourd’hui par la section 280E du code fiscal. Cela offrirait une bouffée d’oxygène à une industrie fragilisée et attirerait des investisseurs institutionnels. Sur le plan scientifique, ce reclassement réduirait les obstacles à la recherche, aujourd’hui fortement encadrée du fait du statut actuel du cannabis.
En phase avec l’électorat
Plus de quarante États autorisent le cannabis médical et près d’une vingtaine l’usage récréatif. L’administration prend acte de cette dissociation croissante entre la réalité locale et une législation fédérale restée rigide. Reclasser la plante en Tableau III reviendrait à reconnaître officiellement son potentiel médical tout en admettant un risque modéré d’abus, réduisant ainsi la dissonance entre le fédéral et les États.
La position de Donald Trump sur le cannabis a toujours oscillé : soutien conditionnel aux États, recul durant son premier mandat, puis ouverture sur l’usage médical. En 2025, son discours se veut plus pragmatique, exprimant à la fois des réserves – « ça fait du mal aux enfants » – et des avantages – « j’ai entendu de grandes choses sur l’usage médical ». Plus qu’une conversion idéologique, c’est un ajustement tactique visant à séduire un électorat plus jeune et centriste.
L’effet Joe Grutter
La perspective de cette réforme prend une autre dimension avec la nomination de Joe Grutter, partisan affirmé de la légalisation, à la tête du Parti républicain en 2026. Ce choix incarne la volonté de redéfinir la ligne du parti, en assumant une doctrine plus libérale sur les questions de justice sociale et d’économie verte. Il symbolise un virage vers des réformes pragmatiques et économiquement productives.
Ce tournant suscite une fronde conservatrice. Des élus et commentateurs dénoncent un relâchement des normes et redoutent une banalisation de la consommation. Certains invoquent des risques sanitaires encore mal documentés. Mais les sondages montrent qu’une majorité de citoyens reste favorable à une réforme mesurée.
Make ganja great again
Ce possible reclassement du cannabis représente bien plus qu’un geste symbolique : c’est l’occasion de libérer une dynamique économique, d’ouvrir la recherche médicale et de rapprocher la loi fédérale des réalités locales. Avec Joe Grutter à la barre, la droite américaine esquisse un repositionnement stratégique, vers une ligne plus adaptative, capable d’engager des réformes concrètes sans renier ses principes. Un virage qui pourrait durablement transformer la place du cannabis dans l’espace public américain.
