Donald Trump envisage « très sérieusement » de signer un décret présidentiel visant à reclasser le cannabis dans une catégorie fédérale moins restrictive. Une décision qui, si elle se concrétisait, marquerait un tournant dans la politique américaine en matière de drogues et allégerait les contraintes fédérales qui pèsent sur la substance depuis des décennies. Make ganja great again?
« Nous y réfléchissons parce que beaucoup de gens le demandent ». C’est de cannabis et de sa reclassification dont parlait Donald Trump devant la presse hier lundi 16 décembre, dans le Bureau ovale. Selon le locataire de la Maison Blanche, une reclassification ouvrirait la voie à des avancées scientifiques aujourd’hui bloquées par le cadre légal. « Cela permettrait des quantités considérables de recherches qui ne peuvent tout simplement pas être menées tant que le statut n’est pas modifié », a-t-il insisté.
Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité d’un discours amorcé un an plus tôt, lorsque Donald Trump avait laissé entendre qu’un retour à la Maison-Blanche inaugurerait une nouvelle ère pour le cannabis. Il promettait alors un accès facilité à des produits sûrs pour les adultes et une plus grande liberté accordée aux États souhaitant légaliser.
Selon deux sources citées par CNN, l’exécutif travaille actuellement à un possible déclassement du cannabis, qui passerait de l’annexe I à l’annexe III de la classification fédérale des stupéfiants. La Drug Enforcement Administration définit les substances relevant de l’annexe III comme présentant un potentiel modéré à faible de dépendance physique et psychologique.
À l’inverse, l’annexe I regroupe les drogues considérées comme n’ayant aucun usage médical reconnu et présentant un fort potentiel d’abus. Le cannabis y figure toujours, au même niveau que l’héroïne, le LSD ou la méthamphétamine, une situation régulièrement critiquée par les acteurs du secteur et une partie de la communauté scientifique.
Très bonne nouvelle pour les géants du canna-business
D’après des sources proches du dossier, la Maison-Blanche échange avec des représentants de l’industrie du cannabis en vue d’une éventuelle annonce dès cette semaine. Un responsable de l’exécutif a toutefois tempéré ces informations vendredi, assurant qu’aucune décision finale n’avait encore été arrêtée. CNN a de nouveau sollicité la Maison-Blanche lundi, sans obtenir de confirmation supplémentaire.
La question a été longuement débattue lors d’une réunion de plus de deux heures, tenue le 9 décembre dans le Bureau ovale. Autour de la table se trouvaient plusieurs figures clés de l’administration : la cheffe de cabinet Susie Wiles, son adjoint James Blair, le conseiller juridique de la Maison-Blanche David Warrington, le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux Robert F. Kennedy Jr., le directeur des Centers for Medicare et Medicaid Services Mehmet Oz, le commissaire de la Food and Drug Administration Marty Makary, ainsi que Heidi Overton, directrice adjointe du Conseil de politique intérieure.
Des représentants du secteur privé étaient également présents, signe de l’attention portée aux enjeux économiques et industriels du dossier. Parmi eux figuraient Kim Rivers, dirigeante de l’entreprise de cannabis Trulieve, Jim Hagedorn, PDG de Scotts Miracle-Gro, dont une filiale opère dans le cannabis, ainsi qu’Howard Kessler, proche de Donald Trump et défenseur d’un accès élargi au cannabis médical. Le Washington Post a été le premier à révéler l’existence de cette réunion.
Donald Trump avait affiché pour la première fois son soutien à une réforme de la politique fédérale sur le cannabis lors de la campagne présidentielle de 2024, dans une stratégie assumée de séduction de l’électorat jeune. Il s’était alors prononcé pour l’accès des entreprises du secteur aux services bancaires et pour l’ouverture accrue de la recherche universitaire sur la substance.
Donateurs et électeurs
À la même période, il avait annoncé son intention de voter en faveur d’un référendum visant à légaliser le cannabis récréatif en Floride, son État d’origine. Il avait également promis que, s’il accédait à la présidence, il poursuivrait les efforts en matière de recherche afin de « libérer les usages médicaux du cannabis » en le reclassant à l’annexe III.
En interne, la Maison-Blanche a consacré une large partie de l’année 2025 à étudier les modalités et les conséquences d’un tel déclassement. CNN avait précédemment rapporté que Susie Wiles avait sollicité l’avis des agences concernées. Leurs contributions, rassemblées par le Conseil de politique intérieure, lui ont été transmises au cours de l’été.
La chaîne a également révélé qu’en août, Donald Trump avait confié à un cercle restreint de donateurs que l’exécutif devait sérieusement envisager un assouplissement des restrictions fédérales pesant sur le cannabis.
Ce débat stratégique intervient alors que la popularité de Donald Trump auprès des jeunes Américains continue de s’éroder à l’approche des élections de mi-mandat de 2026. Selon un récent sondage du Harvard Institute of Politics, seuls 29 % des 18-29 ans déclarent aujourd’hui lui accorder leur soutien, donnant à la question du cannabis une portée à la fois politique, électorale et symbolique.
