En 2025, le marché du cannabis thérapeutique au Royaume-Uni a plus que doublé, à l’instar des importations de cannabis nécessaires à la conception du médicament vert, nous enseigne un récent rapport publié par Prohibition Partners.
Sur la même période, le nombre de produits de cannabis médical disponibles pour les patients a aussi plus que doublé. Prohibition Partners estime en outre que le marché pourrait accueillir plus de 40 000 patients supplémentaires d’ici la fin 2026.
Publiés ce jour dans le UK Medical Cannabis Market Update 2026, ces résultats installent le Royaume-Uni parmi les marchés les plus importants et les plus dynamiques d’Europe. Un marché qui, discrètement, s’est développé presque entièrement en dehors du système national de santé.
« Ce n’est plus un marché de niche, marginal », souligne Alexander Khourdaji, analyste senior chez Prohibition Partners et principal auteur du rapport.
« En deux ans, le Royaume-Uni est devenu l’un des marchés du cannabis médical à la croissance la plus rapide au monde, et la plupart des gens n’ont aucune idée de l’ampleur prise par le phénomène. Le Canada fournit désormais la vaste majorité du cannabis prescrit aux patients britanniques, et le nombre de personnes accédant à ces traitements augmente plus vite que presque tout le monde ne l’avait anticipé. »
Le Canada, premier fournisseur
L’un des enseignements les plus lourds de conséquences du rapport tient sans doute à la rapidité et à la solidité de l’approvisionnement canadien en fleurs de cannabis, ainsi qu’à ses effets en cascade sur les autres marchés d’exportation.
Les exportations canadiennes vers le Royaume-Uni ont bondi de plus de 560 % en un an. Prohibition Partners estime désormais que le Canada représente 70 à 80 % de l’ensemble des CBPM entrant au Royaume-Uni, une fois pris en compte le cannabis réacheminé par des plateformes de transformation, notamment au Portugal. Un niveau nettement supérieur à ce que laissent apparaître les données officielles du Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique.
Pour les autres exportateurs, le choc a été rude. L’Espagne fournissait encore plus de la moitié du cannabis médical britannique en 2023. Fin 2025, sa part était tombée à seulement 11 %. L’Australie et la Macédoine du Nord ont connu des reculs comparables.
L’avantage concurrentiel du Canada, ses capacités de production excédentaires, ses marges serrées sur le marché intérieur et les stratégies d’expansion internationale de ses producteurs agréés ont créé une dynamique d’approvisionnement que ses rivaux auront du mal à contester sur les seuls volumes.
La culture domestique représente de son côté environ 14 % de l’offre totale. Mais sa part de marché devrait reculer, les volumes importés progressant plus vite que la production britannique ne peut monter en puissance.
Comme dans les autres grands marchés mondiaux, l’afflux de nouveaux produits venus du Canada et des producteurs locaux entraîne une compression des prix dans toutes les catégories.
Prix en baisse
Le prix moyen des fleurs de cannabis médical a baissé au cours de l’année écoulée, et le rapport anticipe de nouveaux replis d’ici 2030. Les prix des vapes, eux, ont chuté de plus de 20 % au cours des dix mois précédant mars 2026.
Selon l’analyse de Prohibition Partners, cette pression ne pèsera pas de la même manière sur tous les opérateurs. Ceux qui disposent en interne de capacités de transformation permettant le passage de l’annexe 1 à l’annexe 2 sont les mieux placés pour l’absorber. Les autres, eux, font face à une pression accélérée sur leurs marges.
Le nombre de références disponibles pour les patients britanniques a plus que doublé entre avril 2025 et mars 2026, qu’il s’agisse de fleurs, d’extraits ou de vapes. Les fleurs séchées représentent environ 80 % des produits disponibles. Mais le nombre de références de vapes a lui aussi plus que doublé sur la période, les fournisseurs cherchant à se différencier au-delà du format dominant.
Comme en Allemagne, en Australie et en Pologne, la télé-consultation est désormais le moteur de la croissance de la filière britannique. Environ 80 % de toutes les prescriptions seraient aujourd’hui délivrées par moins d’une douzaine de grandes plateformes de télémédecine.
Changement de règles?
Alors que le secteur devrait frôler le milliard de livres de revenus au cours des quatre prochaines années, les régulateurs britanniques se penchent de près sur cette industrie — et envisagent de revoir ses règles du jeu.
La Care Quality Commission a signalé des préoccupations substantielles concernant la supervision et la cohérence des pratiques de prescription dans certaines cliniques privées. De son côté, l’Advisory Council on the Misuse of Drugs devrait mener, en 2026 ou 2027, un examen formel du cadre britannique applicable au cannabis médical. Les pratiques de télémédecine devraient en constituer l’un des principaux points d’attention.
Comme l’avait rapporté Business of Cannabis après les restrictions imposées à la télémédecine en Pologne fin 2024, les volumes de prescriptions peuvent s’effondrer rapidement lorsque les règles d’accès se durcissent, avant de ne se redresser que lentement, au prix d’une adaptation structurelle. L’examen de l’ACMD au RoyaumeçUni ne signifie pas nécessairement qu’un tel scénario se profile. Mais c’est la variable la plus susceptible de bousculer la trajectoire de croissance anticipée par Prohibition Partners.
En France, la généralisation du cannabis thérapeutique est prévue pour la fin du 1er trimestre 2027. Reste à savoir si là aussi, le Canada coupera l’herbe sous les pieds de la filière française, pourtant dans les starting blocks…
