Mathilde Ramadier

Ayahuasca : La psychanalyse acclélérée.

Philosophe formée à la psychanalyse, Mathilde Ramadier a participé à une cérémonie d’ayahuasca et en a tiré Au-delà du moi, un essai qui rassemble son voyage et ceux d’une trentaine de « psychonautes ». L’ayahuasca pourrait-elle remplacer dix ans de divan? Eléments de réponse.

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Zeweed – Quelles sont les similarités entre les voyages sous psychédéliques et la science de l’inconscient ? 
Mathilde Ramadier : Pour moi, les deux ponts principaux sont les suivants : le champ symbolique qui se révèle à nous et le fait d’accéder à du contenu refoulé. En effet, les voyages psychédéliques ont une dimension très onirique : ils produisent des images, des symboles et des archétypes, comme le font les rêves qui sont un matériau central en psychanalyse. Et les voyages psychédéliques nous mettent souvent face à des contenus refoulés, des choses très anciennes, qui font parfois appel à l’histoire de notre famille, voire, à un inconscient collectif. Faire émerger ces zones refoulées, c’est ce que cherche aussi à faire la psychanalyse par la parole. 

« Les voyages psychédéliques nous mettent souvent face à des contenus refoulés. »

Ce retour du refoulé sous psychotropes, ne peut-il pas être trop violent ?
Oui, un voyage psychédélique peut être très violent : des contenus inconscients peuvent remonter d’un coup, parfois de manière choquante. On peut en sortir bouleversé. C’est pour ça que je trouve essentiel d’être accompagné ensuite – par un psychanalyste, un psychothérapeute ou une psychologue – pour essayer d’interpréter ce qu’on a pu expérimenter et ne pas rester seul avec des questions qui peuvent être impressionnantes. C’est d’ailleurs un troisième point commun avec la psychanalyse : interpréter ce qu’on a vécu sans être jamais certain de tomber juste. Un processus thérapeutique jamais complètement terminé, où l’on se sent grandir avec ces réflexions. 

C’est ce que vous appelez la phase d’intégration ? 
Tout à fait, la phase d’intégration a lieu dans les jours qui suivent la prise d’ayahuasca et ne connait pas vraiment de limite dans le temps, elle peut s’étaler sur des semaines, des mois, des années. L’intégration, c’est le fait d’intégrer les enseignements de la séance psychédélique dans la vie de tous les jours. Que m’est-il arrivé ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que ça va m’apporter pour comprendre telle ou telle situation dans ma vie ? C’est pareil avec les séances de psychanalyse. Même si les séances sont espacées d’une semaine, inconsciemment, ça continue à travailler et à faire son chemin. 

« Les psychédéliques portent aujourd’hui un espoir thérapeutique considérable. »

Une seule prise peut-elle vraiment soigner sa psyché ? 
Oui. Parfois en une seule prise, il est possible de réparer des traumas ou de supprimer des symptômes. Dans mon livre, je cite le cas d’une personne qui avait développé une sorte de paranoïa parce que son père, son oncle et leur père avant eux étaient tous morts d’une crise cardiaque à 45 ans. Il avait très peur de subir le même destin et consultait régulièrement un cardiologue qui lui répétait : « Arrêtez de venir, vous êtes en pleine forme. » Mais la peur restait. Et l’ayahuasca l’a guéri de cette angoisse. Il a compris qu’il n’avait pas hérité de cette maladie, mais de la peur elle-même. Il a réussi à couper ce fil de la transmission et à s’en libérer.  

 

Selon vous, l’ayahuasca ne devrait plus être assimilée à une drogue ?
Qu’est-ce qui justifie de classer une substance comme stupéfiant ? Sa toxicité ? Son potentiel addictif ? L’ayahuasca, comme nombre d’autres psychédéliques, n’est pas directement toxique et ne crée pas de dépendance physiologique. En réalité, cette classification des stupéfiants répond surtout à des enjeux politiques, économiques et culturels, liés à de la panique morale. Un siècle après la découverte de l’inconscient et quatre-vingts ans après celle du LSD, les psychédéliques portent aujourd’hui un espoir thérapeutique considérable, au point que certains spécialistes les considèrent comme la plus grande découverte depuis le Prozac.  

Au delà du moi – Quand les psychédéliques bousculent la conscience de Mathilde Ramadier
(Éditions du Faubourg).
216 pages, 18 €.

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Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, Londres, New York et Neuilly sur Seine. En 2019, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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