Volodia Opritchnik

Ancien militaire, passé à l’activisme écologique, Volodia arrose désormais les ennemis du climat à coup d’articles. Créateur de L’Usine à GES, première lettre francophone sur la politique et l’économie du réchauffement, Volodia partage son temps libre entre les dégustation de vins et de cigares. Deux productions qui ne renforcent pas l’effet de serre.

NFT : Quand le marché de l’art fume l’environnement

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Enflammant les enchères, le développement du crypto-art, aussi connu sous l’acronyme NFT,  menace surtout de fumer la planète.

Au mois de mai, pour l’équivalent d’une dizaine de SMIC  (14 820 € ), était adjugé  Io Sono, sculpture monumentale de Salvotore Garau. Le hic, c’est qu’elle est invisible et littéralement inexistante. Son concepteur est depuis menacé de poursuites judiciaires, l’un de ses brillants confrères, le Floridien Max Miller, accusant le plasticien toscan de plagiat. On se surprend à regretter Piero Manzoni qui vendait dans les années 60 de vrais étrons dans ses fameuses boîtes de Merda d’Artiste.

Réjouissons-nous tout de même ! Car ce délire post-Duchamp période urinoir est loin d’être la pire des menaces que font planer sur nos têtes les artistes du premier millénaire après Jack Lang.

2,5 millions le tweet

Car si les créatifs du moment réinvestissent l’invisible, un siècle après Klee, ils tendent aussi à dématérialiser l’art et son commerce. L’Internet devient un medium artistique. Il y a quelques semaines, Jack Orsay, patron de Twitter, a cédé son premier « gazouillis » pour 2,5 millions de dollars.

Plus impressionnant : Mike Winkelmann, alias Beeper, a vendu chez Christie’s un collage numérique de 5 000 images pour 69 M$ ! Dans les deux cas, les acquéreurs n’ont pas ramené les « œuvres » chez eux. Et pour cause : les œuvres de crypto-art n’ont rien de réel. Elles sont numérisées dans la blockchain, sorte de vaste registre de comptabilité numérique.

Everydays : the first 5000 days. Suprême NFT

Jetons non fongibles 

Les heureux acheteurs se voient attribuer des jetons électroniques aux caractéristiques uniques. Cette numérisation d’une œuvre (ou d’un actif) et de son contrat d’achat est ce que l’on appelle, en jargon, la « tokénisation ». Reversés à l’acheteur, les « jetons non fongibles » (Non Fungible Token ou NTF) les mène directement au premier tweet de l’histoire et à Everydays : the first 5000 days, leur garantit l’unicité, la traçabilité, l’inviolabilité des œuvres. Les NTF font aussi office de certificat de propriété. Détail : n’importe quel internaute peut voir ou copier ces œuvres numériques. Leurs « propriétaires » disposent juste du droit de vendre, si le cœur lui en dit, les NTF.

Dans l’absolu, cette nouvelle déclinaison de l’art numérique devrait réjouir les partisans de la sobriété, de la réduction de la consommation de ressources naturelles, de la baisse de la demande en voyage. Une fois créées, les œuvres ne bougent pas et leur transfert de propriété virtuelle se fait exclusivement en ligne. Bref, les écolos devraient se féliciter de voir enfler l’art de l’Internet. Qu’ils n’en fassent rien.

Stockés sur la blockchain, NTF et œuvres de crypto-art ont les mêmes biais écologiques que les Bitcoin, Ethereum et autre Dogecoin : ils sont terriblement énergivores. La « tokenisation » d’une œuvre numérique simple, comme Fish Store, de Stijn Orlans, a consommé 323 kWh d’électricité, a calculé Memo Akten, animateur du site spécialisé cryptoart.wtf (aujourd’hui hors ligne). Autant qu’une famille moyenne européenne en un mois !

L’original de cette œuvre de l’artiste belge Stijn Orlans s’est vendu 2.900 euros.

L’art au KWh

C’est Joanie Lemercier qui, le premier, a tiré le signal d’alarme. Dans un long message sur son site, l’artiste français indique que la création de 6 NTF pour 6 de ses œuvres a englouti 8 754 kWh d’électricité. En 10 minutes, le crypto-art avait consommé autant d’électricité que tout son atelier en deux ans. Pour le climat, cela équivaut à l’émission de 5 tonnes de gaz carbonique, soit l’équivalent de la consommation d’un ménage américain moyen pendant deux mois.
Conséquence : Joanie Lemercier cesse désormais de « tokéniser » ses œuvres en attendant que les plateformes d’échanges de crypto-monnaies réduisent leur empreinte carbone. De leur côté, les galeristes de branchés et les commissaires-priseurs continuent de jouer à fond la carte des NTF . La planète attendra. Pas le marché.

Ecologie et cannabis: à quand l’herbe verte?

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En chambre, en serre ou en champs, la culture de cannabis est rarement compatible avec des objectifs de développement durable. Heureusement, des solutions existent pour réconcilier la belle herbe avec la nature.

Ce n’est pas parce que la culture du cannabis se légalise petit à petit qu’il faut faire n’importe quoi.
Or, force est de constater que de nombreuses plantations, indoor ou outdoor sont de véritables insultes à l’environnement et au climat réunis.
Sous serre, en terre ou au fond d’un placard, les cultures intérieures sont d’abord énergivores. L’usage démesuré de lampes à incandescence à forte puissance engloutit des volumes astronomiques d’électrons : de 4 000 à 6 000 kWh par kilo d’herbe produite. A cela, s’ajoutent les ventilateurs, systèmes d’extraction d’air, pompes, automates, etc.

Du CO2 par millions de tonnes

Selon certaines estimations, la demande des plantations US de cannabis flirte avec le 1% de la production américaine d’électricité : autant que le réseau informatique mondial du Bitcoin. Rapporté à l’intensité carbone du secteur électrique américain, cela représente une trentaine de millions de tonnes de CO2 par an expédié dans l’atmosphère. Pas négligeable. Amatrice de chaleur, Marie Jeanne est aussi une grande buveuse devant l’éternel. Dans certaines plantations californiennes, il faut compter 1 800 litres d’eau pour passer de la graine au plant prêt à être récolté.

Plastique partout, recyclage nulle part

Bien évidemment, tous les cultivateurs n’ont pas encore découvert les joies de l’agriculture biologique. Or, la culture industrielle de weed peut se révéler gourmandes en pesticides. Plus ou moins toxiques, ces petites molécules se retrouvent dans la fumée inhalée par les consommateurs et dans les eaux d’écoulement des cultures. De quoi se fâcher tout vert avec les protecteurs de la biodiversité. Et avec les usagers. Ce n’est pas tout.

11e plaie d’Egypte

Pour éviter tout relâchement d’odeurs et toute utilisation malencontreuse par les enfants, les autorités nord-Américaines obligent les producteurs de weed à empaqueter leurs produits dans des emballages à usage unique, opaques et résistants au déchirement. Réalisés avec plusieurs couches de matériaux, ces emballages sont impossibles à recycler et ne se dégradent qu’en plusieurs siècles.

Circuit fermé ou hydroponie

Telle quelle, la production d’herbe apparaît comme la 11e plaie d’Egypte. Ce n’est pas une fatalité. Certains industriels ont conçu des serres équipées de systèmes de filtration d’air et de circuit fermé d’eau. L’eau en surplus est collectée, filtrée et stockée, en attendant d’être à nouveau pulvérisée sur les plants. On peut aussi opter pour des techniques hydroponiques, sans terre, et dont la consommation en eau est de 90% inférieure à celles des techniques culturales traditionnelles.

Halte aux lampes à décharge

Difficile de se passer de lumière et de chaleur. Mais l’ont peut remplacer les très efficaces lampes à vapeur de sodium haute pression par des diodes électroniques (Led), dont les performances énergétiques (et agronomiques) ne cessent de croitre. Avec de sérieuses économies d’électricité à la clé. Reste à régler la gestion des déchets électroniques inhérents à l’utilisation des Led.

L’avenir est au large

Quid de l’emballage ? Sujet difficile, tant il est tributaire des législations nationales, voire locales. Certaines entreprises, telle la Californienne Ocean Cannabis fait réaliser ses emballages en plastiques récupérés dans l’océan et recyclé. Les emballages proposés par Sana Packaging sont réalisés en chanvre ou en plastique recyclé. En France, Terracycle produit, elle aussi, des plastiques avec des déchets collectés sur les plages.

HpLVd, le virus qui menace les plantations de weed aux Etats-Unis

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En Californie, les plantations de cannabis commencent à être frappées par un virus fatal, le HpLVd.  Et là, pas de vaccin.

Vous avez aimé la Covid-19 ? Vous adorerez la HpLVd. D’accord, c’est un peu plus compliqué à prononcer avec un masque. Mais il va falloir, pourtant, s’intéresser à cette cochonnerie microscopique qui menace les plantations de cannabis, notamment californiennes. Même si l’ampleur de l’attaque reste difficile à évaluer. Le viroïde latent du houblon (le déroulé du HpLVd) est, comme son nom l’indique, un viroïde que l’on a découvert sur la plante favorite des amateurs de bière. Le viroïde est une curieuse bestiole.

Vieux comme la vie

Probablement né avec la vie, le viroïde est un ARN (l’acide ribonucléique est utilisé dans les cellules comme intermédiaire des gènes pour fabriquer les protéines dont elles ont besoin) tout nu. Ses petits brins se baladent dans la nature et, notamment sur les plantes. Plus petit que le plus petit de ses cousins, les virus, le viroïde peut infecter ses hôtes de façon asymptomatique, comme pour le houblon, ou leur flanquer de sales maladies. C’est malheureusement le cas pour notre cannabis.

Maladies opportunistes

Comment reconnaître des plants infectés par le HpLVd ? A leur petite mine : ils poussent plus lentement, produisent moins de fleurs et de résines que des plants en pleine santé. Affaiblis par l’agent infectieux supposé pour le cannabis (PCIA, comme on dit au Québec), les pieds de cannabis peuvent aussi être la cible d’autres injections opportunistes : maladies cryptogamiques, par exemple.

Pas de traitement

Peut-on soigner un plant infecté ? Ne faisons pas durer le suspens, la réponse est non. Certains préconisent un badigeon à l’eau de Javel. Pas certain que ce soit idéal pour maintenir la qualité de la weed. Comment se propage la sale bête ? Ce sont, probablement, les pépiniéristes qui, en clonant ou en bouturant des plans infectés asymptomatiques, contribuent à la dissémination des viroïdes. Ne pas désinfecter ses sécateurs peut aussi favoriser la contamination. Vous voilà prévenu.

Comment les cannabiculteurs californiens s’adaptent au feu du réchauffement

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L’allongement de la saison des feux dans l’Ouest américain oblige les planteurs à s’adapter pour protéger leurs plantations.

On dit souvent des forêts méditerranéennes qu’elles ont besoin du feu pour vivre. C’est, en partie vrai. Certaines variétés de résineux profitent des incendies. Les flammes éradiquent leurs concurrents et font éclater les pignes, répandant aux alentours les graines qui coloniseront l’espace brûlé.
Dans l’Ouest américain, les planteurs de cannabis ne profitent pas des incendies : ils les subissent. Et doivent désormais s’adapter à cette nouvelle donne climatique. En réchauffant le climat de la Californie, notamment, le changement climatique a réduit les précipitations et accru les températures.

Un risque qui s’accroît

Déjà minée par l’urbanisation, la forêt y est plus fragile et brûle plus facilement. Dans les années 1970, la saison annuelle des incendies californiens durait 140 jours. Depuis le début du siècle, on approche des 230 jours par an. Selon les statistiques des pompiers californiens, 17 des 20 plus gros incendies répertoriés depuis le début du XXe siècle se sont produits entre 2003 et 2020.

Souvent installés dans des massifs forestiers ou en lisière de bois, les cannabiculteurs de Californie, de l’Oregon et de l’Etat de Washington commencent à s’adapter. En empruntant une technique simple aux gestionnaires de réseaux électriques : on éloigne la forêt.

Cordon sanitaire

A coup de tronçonneuses, ils établissent un cordon sanitaire entre les arbres et les plantations. Ce défrichement préventif évite ou ralentit la propagation des flammes. Lorsque le risque d’incendie est élevé, certains n’hésitent pas à réaliser des pare-feux d’une quinzaine de mètres de large tout autour de leur propriété. La sécurité y gagne ce que perd l’aménagement paysager.

Comme le font les forestiers dans certains pays méditerranéens, on dispose aussi des réserves d’eau aux quatre coins des exploitations. En cas d’incendie, la lutte contre les flammes sera ainsi plus rapide et donc plus efficace. Certaines plantations sont aussi équipées de sprinklers. La diffusion d’eau par microgouttelettes entrave la diffusion du feu et abaisse la température ambiante. Attention, toutefois, à disposer dans ce cas d’un générateur d’électricité de secours pour alimenter les pompes en cas de coupure de courant.

Sprinklers et jets d’eau

Last but not least : les planteurs dotent aussi les cheminées de leur ferme d’un chapeau en zinc. L’esthétique n’a rien à voir là-dedans. En coiffant ainsi leur cheminée, ils empêchent d’éventuelles retombées de brandons à l’intérieur de la maison : un risque d’incendie en moins.

Après le passage du feu, un impératif : laver les plants avec un jet d’eau. L’accumulation des cendres sur les feuilles peut favoriser la contamination des plants par des métaux lourds que l’on retrouverait dans les produits finis.

Au Colorado, la culture légale du cannabis mine l’environnement.

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Dans l’Etat pionnier du Colorado, les serres légales de cannabis émettent plus de gaz carbonique que les … mines de charbon.

Malgré sa capacité à absorber le CO2, le cannabis n’est pas toujours d’un grand secours pour les protecteurs du climat. Jusqu’à présent, l’opprobre carbonique était surtout jeté sur la production illégale de weed.

De récents calculs ont montré, qu’en Californie, les serres cannabiques outlaw pouvaient émettre jusqu’à 500 000 tonnes par an de gaz carbonique. La faute e revient essentiellement aux lampes utilisées pour doper la croissance de la plante ; Puissants, ces spots consomment beaucoup d’électricité, dont la production (souvent avec des centrales à gaz, voire au charbon) est source d’émission de dioxyde de carbone.

2,6 Mt de Ges par an

Hélas, trois fois hélas, les plantations mafieuses ne sont pas les seules à afficher une lourde empreinte carbone. L’équipe de Hailey Summers (université du Colorado) a voulu en savoir plus. Ces chercheurs en durabilité ont évalué la contribution au renforcement de l’effet de serre des cultures légales de cannabis dans le Colorado : premier Etat fédéré à avoir autorisé consommation et production d’herbe.

Le résultat n’est pas réjouissant. Dans leur article, publié par Nature Sustainability, les scientifiques, la production d’un kilogramme de fleurs sèches génère 2,3 tonnes à 5,2 tonnes de CO2. Au vu des dernières statistiques de production, cela représente un bilan carbone annuel  de 2,6 millions de tonnes de CO2 équivalent : +30% par rapport aux émissions imputables aux émissions des mines de charbon de l’Etat du centenaire.

Un business en forte croissance

Cela ne devrait pas s’arranger. Selon la banque d’affaires Cowen and Company, le chiffre d’affaires du cannabis US pourrait grimper d’un tiers d’ici à 2030. La décarbonation de la weed n’est pas en marche. A moins, bien sûr, que les exploitants de serre ne fassent preuve d’un peu de modernisme.

En remplaçant leur système d’éclairage à incandescence par des LED, ainsi que leur système de ventilation par des dispositifs à basse consommation. La généralisation de ces deux mesures simples pourrait abattre les émissions carbonées de 90% les émissions imputables aux serres de weed. De quoi aussi alléger d’un gros pourcent les statistiques d’émissions de l’Etat.

Il faudra faire beaucoup mieux. Votée en 2019, la loi du Colorado sur le climat impose à l’Etat de réduire de moitié ses émissions entre 1990 et 2030. Serres de cannabis comprises !

La Californie inaugure le marché du cannabis d’ AOC

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La Californie a crée des appellations d’origine de cannabis. Un moyen pour dynamiser le business. Et le protéger aussi des chaleurs du réchauffement.

Depuis longtemps, on la désigne sous le nom de son pays d’origine : l’Afghane, la Marocaine ou la Libanaise. Ces sobriquets ne garantissent aux usagers ni la provenance réelle de leur weed favorite, ni sa qualité. Les Californiens devraient faire évoluer les choses. Le gouverneur du Golden State vient d’approuver une proposition de loi originale. Entrée en vigueur en octobre, la loi 67 introduit, en effet, la notion d’appellation d’origine pour la production de cannabis.

Exit indoor
Appellation d’origine, comme pour le vin ? C’est bien l’idée des législateurs. Pour donner un avantage concurrentiel aux productions made in California, la loi impose au ministère local de l’agriculture et de l’alimentation de présenter rapidement un cahier des charges pour l’inscription de ces nouvelles AOC. Etant entendu qu’elles ne s’appliqueront qu’aux plantations de pleine terre. Les cultivateurs indoor peuvent repasser.

La victoire du terroir
Si le nom de ces futurs « climats », « châteaux » ou autres domaines n’est pas encore reconnu, l’intérêt de cette classification saute aux yeux des professionnels. D’abord, protéger la réputation des meilleures zones de production, à l’image des vignobles de la Santa Maria Valley ou des Hautes-Côtes-de-Nuits.
Les planteurs veulent aussi populariser une idée bien française : le terroir. Imaginée par les commerçants français du XIIIe siècle, cette subtile alliance de la terre, du climat et du savoir-faire de l’agriculteur est gage de qualité et de spécificité. Jadis méprisé par les viticulteurs américains, le concept fait son chemin dans la Napa Valley et chez les producteurs d’herbe.

Donner envie
Classifier les plantations, c’est aussi susciter l’envie chez les consommateurs de découvrir les propriétés, ceux qui les exploitent et leurs productions. Les planteurs californiens rêvent d’ouvrir les routes de l’herbe, calquées sur celles du vin. Pas idiot, si l’on garde en tête que 3 millions d’amateurs sillonnent celles qui mènent à la Napa Valley, la région viticole la plus connue de Californie.

Mendocino first ?
Nul doute que les premières appellations devraient émerger du côté de Mendocino, ravissant bourg maritime situé à 250 km au nord de San Francisco. A la tête de l’Origins Council, Genine Coleman bataille pour créer l’AOC Mendocino. Avec son équipe de cultivateurs, de juristes et de commerciaux, la planteuse et spécialiste des arts martiaux fourbit ses argumentaires, dont certains s’appuient d’ailleurs sur des arrêts du Conseil d’Etat … français.

Carbone et biodiversité
Dans son esprit, la notion de d’appellation d’origine cannabique doit, bien sûr, encadrer les pratiques, garantir la qualité des produits, contribuer à la notoriété des produits. Plus étonnamment, l’Origins Council estime aussi que la notion de terroir, fut-il cannabique, est une réponse au changement climatique. A condition, par exemple, que le cahier des charges de l’appellation impose des pratiques culturales qui favorisent le stockage du carbone dans le sol, préservent la biodiversité des microorganismes de la terre (ce qui améliore la résilience des cultures !) et réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Un postulat que les patrons de syndicats d’appellation vinicoles devraient reprendre à leur compte.

 

Pourquoi il faut boycotter le saumon à Noël.

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La plupart des saumons que nous consommons sont élevés dans des installations industrielles. Polluantes, ces fermes marines nourrissent aussi la surpêche dans de nombreuses régions du monde. Zeweed vous explique pourquoi il vaut mieux investir dans les crustacés et fruits de mer pour le(s) réveillon(s). 

Ils sont de retour! Pas une armoire réfrigérée de supermarché, pas un étal de poissonniers n’y a échappé. A l’approche des agapes de fin d’année, les saumons ont entamé leur dernière migration… vers nos assiettes. Involontaires compagnons de nos fêtes, symboles de nourriture saine (adeptes des sashimi et de l’oméga-3 en filets bonjour), le plus grand des salmonidés se déguste fumé, semi fumé, en gravlax, à l’unilatérale ou poché. Car pour son malheur, on le met à toutes les sauces.

Fermes industrielles

Il y a belle lurette que le saumon que nous péchons en tête de gondole n’est plus sauvage. 70% des filets, paupiettes et steaks consommés en France proviennent des fermes d’élevage norvégiennes. Les écossais, Irlandais et Canadiens leur grignotent depuis quelques années leur parts de marché. Une bonne nouvelle? Pas exactement.
Dans les exploitations piscicoles, les saumons adultes sont parqués par milliers dans de volumineux bassins grillagés mouillés en mer. En surnombre par rapport à l’espace dont ils bénéficient, ils sont en état de stress permanent. Un épuisement qui les rend perméables à de nombreuses pathologies. Les poissons roses sont ainsi traités à coup d’antibiotiques, molécules toujours présentes dans les chairs après transformation.

Pollutions marines

Tout encagés qu’ils sont, nos héros potamotoques n’en demeurent pas moins des poissons. A l’instar de leurs congénères sauvages, ils pissent et chient sans entrave. Pareille concentration d’urée pollue joyeusement l’environnement des fjords où sont souvent nichées les fermes. Officiellement, le taux de la mortalité est inférieur à 2%. Ce qui fait tout de même des milliers de cadavres qui sont jetés à la mer chaque année, avec leur cortège de maladies et de médicaments.

Génie génétique

Certains des survivants parviennent à s’évader. En s’accouplant avec des congénères sauvages, ils risquent de les contaminer et de modifier le patrimoine génétique de ces derniers.  Cette préoccupation est particulièrement vive concernant certaines fermes canadiennes et panaméennes qui n’élèvent que des saumons génétiquement modifiés.
Créés par la société AquaBounty Technologies, les saumons AquAdvantage sont réputés pour leur vitesse de croissance très rapide et leur taille deux à trois fois plus importante que celle de leurs cousins naturels. Leur hybridation avec des poissons de pleine eau pourrait perturber l’équilibre des populations sauvages : les Frankenfish seraient stériles…. en principe. Et ce n’est pas tout.

Surpêche et réchauffement

Seigneur des mers et des rivières, le saumon ne grossit vite (gage de rentabilité) que bien nourri. De poissons, de préférence. En moyenne, il faut 2 kg. de nourriture diverse (farine et huile de poisson, insectes) pour produire un seul kilo de saumon. Qu’en déduire ?
Qu’une bonne part de la pêche industrielle sert à alimenter les fermes de saumons. Pour commercialiser les 436.000 tonnes de saumons qu’ils mettent sur le marché, chaque année, les éleveurs norvégiens achètent à vil prix près de 900 000 tonnes de poissons sauvages, généralement des sardines de Mauritanie et des anchois du Pérou. Autrement dit, les pêcheurs artisanaux mauritaniens et péruviens voient leur stock de poissons phagocytés par les chalutiers européens affrétés par les producteurs européens de saumons.
Cette surpêche menace la stabilité de populations piscicoles qui sont déjà affectées par les effets du réchauffement climatique.
Il ne vous reste plus qu’à vous mettre au caviar… d’aubergine, aussi très riche en Oméga 3.

 

Bonus: Plongez dans la pisciculture intensive des salmonidés avec l’excellent « Artifishal ». 

 

 

Le désastre écologique des plantations de cannabis illégales

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Contrairement aux plantations contrôlées, la culture mafieuse de cannabis s’avère désastreuse pour la biodiversité, l’eau et le climat. Exemples choisis en Californie et au Maroc.

La culture industrielle hors-la-loi de weed est une véritable saloperie. Rien de moral, là dedans: c’est juste le résultat de l’écobilan des plantations illégales de cannabis. Qu’on en juge plutôt.
Le sujet est bien documenté en Californie, état qui abrite plus d’un fumeur américain sur deux. Avant que la culture n’y soit autorisée, le Golden State a été la terre promise des illégaux. Avec des dégâts à la clé. Souvent nichées dans des espaces naturels, les plantations ont fortement dégradé les biotopes. Les outlaws n’hésitant pas à drainer les zones humides (à la riche biodiversité) pour annexer de nouvelles terres, à épandre des pesticides jamais bienvenus dans la nature.

Plus gloutonnes que les vignobles

L’été, les cultivateurs n’hésitent pas non plus à pomper massivement l’eau des rivières pour irriguer leurs rangs de weed. Selon les calculs de Scott Bauer (département de la faune sauvage de Californie), l’irrigation d’un km2 de cannabis consomme près de 3 milliards de litres d’eau par saison. Au total, la weed illégale engloutit deux fois plus d’eau que les vignobles californiens.

Un désastre pour une région désertique, soumise à des vagues de chaleur régulière depuis une dizaine d’années. Dans le triangle d’émeraude, la martre de Humboldt (Martes caurina humboldtensis) et nombre de chouettes ont fuit devant les milliers de plantations sauvages que cette zone du nord-ouest de la Californie abrite désormais.

Contre-exemple marocain

Moins d’espaces naturels, moins d’eau, des pesticides jusqu’à plus soif : c’est la porte ouverte à la déforestation, émettrice de gaz à effet de serre. Un sujet que connaissent bien les autorités marocaines. Depuis des décennies, le royaume chérifien produit et exporte cannabis et résine vers l’Europe. Plus de 130 000 hectares étaient affectés à cette culture, avant la légalisation, il y a quelques semaines, de la culture du cannabis « thérapeutique ». Cela ne devrait pas arranger l’état de la forêt marocaine, ni celui du climat.

Un dernier exemple pour la route ? Pour être rentable, la culture indoor de weed est grande consommatrice d’eau, de nutriments, de pesticides et … d’électricité. Cette dernière alimente les systèmes de filtration d’air, les pompes et les lampes qui ne s’éteignent pratiquement jamais.
Environ 3% de l’électricité californienne alimentent des serres à cannabiques, dont plus des deux tiers sont encore illégales. La production d’un kWh d’électricité californienne émettant, en moyenne, 430 grammes de CO2, on peut donc estimer que la mafia du cannabis californienne émet, directement, près d’un demi million de tonnes de gaz carbonique par an.
Et sans payer le moindre quota d’émissions !

Le chanvre, ce formidable puits de carbone

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Les plantations de chanvre pourront capter plus de CO2 que les forêts les plus carbophiles. Sans compter les utilisations industrielles du matériau végétal. Revue de détails.

Vous ne le savez, peut-être, pas, mais nous avons un grand dessein. Signé en 2015, l’accord de Paris nous oblige à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. à la mitan du siècle, nous devrons, collectivement, équilibrer émissions et sources d’absorption de CO2.

Cela implique, bien sûr, de réduire drastiquement nos rejets de gaz à effet de serre (Ges), probablement d’un facteur six ou sept, en trente ans. Mais aussi de dégoter des moyens de capter et de stocker le carbone résiduel. Les forêts semblent les candidates idéales. Hélas, elles ont tendance à reculer devant les assauts des tronçonneuses. Et les changements de climat à venir font craindre pour la bonne santé des massifs que nous connaissons.

Eponge à carbone

Le cannabis fait figure d’éponge à carbone de compétition. Pourtant, avec sa fine tige et ses feuilles dentelées rien ne semblait désigner Cannabis sativa comme un champion de la neutralité carbone. Et pourtant. Dans les laboratoires du centre pour l’innovation des matériaux naturels (université de Cambridge, Royaume-Uni), on teste tous les biomatériaux (bambou, bois, fibres naturelles, chanvres) susceptibles d’alléger l’empreinte carbone de l’industrie ou du secteur de la construction. Cannabis compris.

En cours, les essais donnent déjà des résultats très prometteurs. Pour le spécialiste des matériaux Darshil Shah, le cannabis pourrait absorber 8 à 15 tonnes de gaz carbonique atmosphérique par hectare de culture. Impressionnant ! En moyenne, un hectare de forêt métropolitaine française stocke 5 tonnes de CO2 par an.

Plastiques et matériaux

Et le bilan décarbonique du cannabis pourrait être meilleur encore ! Car, notre plante favorite (ses fibres surtout) peut remplacer bien des matières dont la production est extrêmement carbonifère. On connaît tous (à défaut d’avoir les moyens d’en acheter !) les jeans en chanvre. Mais les fibres du cannabis peuvent se substituer à bien des plastiques d’origine gazière ou pétrolière, mais aussi à l’aluminium et à certains aciers. Autant de matériaux dont la production est extrêmement énergivore et donc génératrice de gaz à effet de serre.

Last but not least : le cannabis pousse très bien sans engrais. Or, la décomposition des engrais azotés est l’une des principales contributions au renforcement de l’effet de serre d’origine agricole. Qu’on se le dise !

 

Climat : et si la vérité tombait du ciel ?

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L’espace se peuple de satellites traqueurs d’émission de gaz à effet de serre. Une activité favorable à la protection du climat et au développement du business.

Cela vous étonnera peut-être. Mais le sommet climatique onusien, qui s’est achevé le 13 novembre, a produit quelques résultats. Pas de quoi donner le sourire à Greta Thunberg, bien sûr. Mais de quoi donner quelques sueurs froides à 195 gouvernements.
L’ONU exige, en effet, que tous les pays ayant ratifié l’accord de Paris révisent leur politique climatique à 2030. Ripolinage interdit ! Il faudra démontrer, point par point, comment les 27 de l’UE, les USA, la Chine, l’Inde, tous ceux qui crachent du CO2 vont effectivement se mettre sur une trajectoire nous permettant, à (long) terme de stabiliser le réchauffement à +1,5 °C. Il y a le feu au lac. Car au rythme d’émission actuel, le thermomètre planétaire aura grimpé de 1,5°C d’ici à 2030.

Les inventaires sont faux

Encore deux choses. Nous placer sur la bonne trajectoire signifie réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre (Ges) en … 10 ans. Autre détail : les Etats ont encore un an pour revoir leur copie. Ça va chauffer dans les administrations !
L’un des points à surveiller sera les émissions nationales : la base de calcul de tout le reste. Or, en matière d’inventaire, une chose est certaine : les chiffres dont nous disposons sont … faux. Il y a des pays qui les maquillent, en oubliant qu’une bonne part de leur empreinte carbone est imputable aux industries qu’ils ont délocalisées.
Il y en a qui oublient, purement et simplement, de fournir la moindre estimation de leurs émissions polluantes. D’autres se contentent de publier une évaluation approximative quand bon leur chante. Sans gendarme, il y a peu de chance que la transparence se fasse. Mais ça, c’était avant.

Start-up canadienne et française

Depuis quelques mois, deux entreprises se positionnent sur le marché de la surveillance des émissions. Au Canada, GHGSat a lancé une constellation de trois micro satellite de télédétection. De la taille d’un four à micro ondes, Claire, Iris et Hugo détectent les émissions de méthane (un gaz à effet de serre invisible et 28 fois plus réchauffant que le CO2), en localisent la source et évaluent le flux. De vrais petits mouchards !
Son principal concurrent, Kayrros, fait peu ou prou la même chose. Mais en s’appuyant sur un plus grand nombre de satellites (dotés de plus de capteurs que les satellites canadiens), la start-up française chasse méthane et CO2. De quoi intéresser les scientifiques. Mais pas seulement.

Kayrros travaille de temps à autre pour des ONG. Objectif : dénoncer les industriels qui vidangent en douce leur gazoduc sans se soucier de leur impact sur le climat. Gazprom est coutumier du fait. Les écolos ne sont pas les seuls à vouloir mettre les Ges sous les feux de la rampe spatiale. De plus en plus, les traders font surveiller les entreprises dont ils convoitent les actions. Dans ce cas, les investisseurs s’assurent que les performances réelles des sites industriels concordent avec le discours de leurs dirigeants.
Balbutiant, le marché de la surveillance spatiale des émissions de Ges devrait connaître un véritable boom dans les prochains mois. Les grandes agences spatiales s’apprêtent à expédier des traqueurs de CO2 en orbite. Elles ne manqueront pas de clients !

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