USA

En Californie, la Saint Valentin va rapporter gros à l’industrie du cannabis

Le 14 février, c’est aussi la célébration d’un amour marqueté, pas loin du coup de foudre économique : coiffeurs surbookés, menus spéciaux hors de prix, bouquets XXL, tarifs Uber triplés… En Californie, terre sacré de la ganja légale, le business du cannabis récréatif n’échappe pas à la règle.

Love me higher

Depuis la légalisation du cannabis récréatif en 2016, la Californie s’est imposée comme l’épicentre mondial du weed-commerce. Et comme toute industrie bien rodée, elle a flairé le filon de la Saint-Valentin. Résultat : des campagnes marketing calibrées comme des séries Netflix, avec des packagings roses flashy, des slogans façon high love et des produits qui promettent de mixer détente et passion.
En 2023, les ventes ont grimpé de 22 % en moyenne autour du 14 février, atteignant près de 500 millions de dollars sur la semaine, selon Headset. Les produits infusés au THC, notamment les chocolats et huiles de massage, connaissent des pics de +35 %.

Parmi les stars du marché : les chocolats infusés au THC, parfaits pour un effet slow-burn romantique, les huiles de massage au CBD, qui font briller les peaux et détendent les esprits, ou encore les pré-rolls spécialement conçus pour booster la libido. « Les couples cherchent des expériences sensorielles nouvelles, et le cannabis leur offre exactement ça« , explique Amanda Jones, directrice marketing chez Kiva Confections. Des marques comme Lowell Herb Co ou Dosist rivalisent d’ingéniosité pour séduire un public en quête d’expériences inédites.

Le marché du désir sous influence

Si la weed était autrefois associée aux glandeurs couch-lockés devant la télé, elle est aujourd’hui un symbole de lifestyle cool et assumé. « Le cannabis ne sert plus seulement à planer, il est devenu un outil du bien-être quotidien, et ça inclut le romantisme » confirme Josh Del Rosso, cofondateur de Connected Cannabis.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude récente, les ventes de produits au cannabis augmentent de 20 à 30% en février, avec un pic évident autour du 14. « Nos ventes de produits infusés au CBD explosent avant la Saint-Valentin, surtout les huiles de massage », ajoute un porte-parole de Papa & Barkley. Autrement dit, les couples (et les célibataires) ne se contentent plus d’un dîner au champagne, ils veulent aussi une expérience sensorielle complète. « On vend du rêve et du bien-être, et les consommateurs adorent« , explique le CEO de Dosist.&nbsp.
Love, weed & cash : le trouple parfait.

ZEWEED avec Ganjapreneur, Cannarerporter et 420 Intel

Mark Savaya, le cannabis businessman parachuté envoyé spécial en Irak par Donald Trump.

Poids lourd du cannabis récréatif au States, Mark Savaya s’est vu offert par Donald Trump le poste d’envoyé spécial en Irak. Une nomination déroutante, à mi-chemin entre mauvais trip géopolitique et enfumage présidentielle.

Cet article est issu du Zeweed magazine #11. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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Mark Savaya a la biographie d’un personnage secondaire dont le romancier aurait soudainement décidé d’en faire le héros de son œuvre. Patron d’une tech cannabique, il est devenu depuis octobre 2025 envoyé spécial de Donald Trump en Irak. Une nomination reçue comme une énigme. « Nous pensions à un émissaire traditionnel, nous avons eu un entrepreneur du cannabis », a ainsi déclaré un diplomate irakien, résumant à lui seul ce mystère géopolitique.

Mark Savaya et Hulk Hogan (1953-2025). Where’s the catch?

Né il y a quarante ans dans une famille assyrienne ayant quitté Mossoul dans les années 1990, Savaya a grandi à Detroit et fondé Leaf and Bud, une chaîne de dispensaires de cannabis après la légalisation dans le Michigan en 2018. Avec ses airs de Jean Roch de la weed – son Instagram est truffé de photos au sourire trente-deux dents et de pouce en l’air aux côtés de personnalités –, rien, dans son parcours, n’annonçait qu’il finirait au cœur du laboratoire diplomatique de Trump. Car la question demeure : que va-t-il réellement faire en Irak ? Même dans l’entourage républicain, on parle d’une « initiative personnelle du président », formule qui peut évoquer une intuition brillante ou un geste improvisé après une journée un peu trop longue. Trump le présente comme un « trouble-shooter », un homme qui « comprend le Moyen-Orient autrement ».

Cannabis et géopolitique

Les voyages de Savaya à Bagdad et Erbil se sont multipliés ces dernières années, entre projets de data agricole et entretien des liens communautaires que les États-Unis ont longtemps négligés. Les Irakiens voient un intermédiaire tenace, capable de parler sécurité puis infrastructures dans la même conversation. Les Américains y voient un profil extérieur au système, donc facilement éjectable si l’expérience tourne court. C’est là que se niche le paradoxe : Savaya dirige une entreprise dont la survie dépend d’une conformité stricte au droit fédéral tout en se retrouvant chargé d’une mission où l’opacité fait partie du décor. Un pied dans les dispensaires qui respectent les clous, l’autre dans un pays où les signaux faibles comptent autant que les accords officiels.  

Même dans l’entourage républicain, on parle d’une « initiative personnelle du président ».

En réalité, la désignation de Savaya marque moins une décision en plein moment de « high » du POTUS qu’un recalibrage de la relation entre Irak et États-Unis que Trump voudrait consolider. Savaya incarne ainsi la volonté américaine de redéfinir sa stratégie au Moyen-Orient : un profil d’affaires, aux racines irakiennes, censé réconcilier reconstruction économique, influence politique, contrôle des milices chiites liées à l’Iran et réconciliation avec les Kurdes. Il y a du taf et le pari est audacieux dans un pays devenu une pétaudière. Si Savaya parvient à transformer son héritage culturel, son réseau et sa vision entrepreneuriale en résultats tangibles, alors son mandat pourrait marquer le début d’une diplomatie « business-style » au service d’un Irak nouvelle formule. Et ça vaudra bien un petit joint pour fêter ça.

Par Raphaël Turcat
@raphaelturcat

IA : Bienvenue dans la Silicon Weed

Culture optimisée, effets personnalisés, analyse ultra-ciblée : avec l’irruption de l’intelligence artificielle, le cannabis entre dans une nouvelle ère. Entre innovations déjà à l’œuvre, vertiges éthiques et délires futuristes, enquête sur un mariage qui pourrait bien changer la façon dont on plane et se soigne.

Par Thomas Le Gourrierec

Cet article est issu du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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Perdue au nord-est de Los Angeles, dans le désert des Mojaves, Adelanto est une ville de 38 000 âmes qui traîne son ennui sous l’aridité féroce de son climat. Elle campe ici depuis 1915, date de sa fondation par Earl Holmes Richardson, inventeur du fer à repasser électrique qui, après avoir vendu son brevet, fit l’acquisition d’un terrain pour y créer un quartier résidentiel privé. Sévèrement amochée en 2008 par la crise des subprimes, elle a peu à peu remonté la pente en attirant des entreprises, spécialisées notamment dans la culture du cannabis.

Le shop de 818 Brands à Studio City (Californie)

Parmi celles-ci, 818 Brands, dont les entrepôts gris trônent comme un mirage au milieu des sables. L’intérieur fait songer à un grand laboratoire futuriste aux murs blancs. Quatre mille lampes LED braquent une lumière froide et cérémonieuse sur des rails garnis de plants de cannabis. Sous sa casquette kaki, David Rodriguez, l’un des trois cofondateurs de la société, ne peut réprimer un élan de fierté lorsqu’il embrasse du regard la mer de têtes vert sauge qui s’épanouissent ici.

« Depuis que nous utilisons Copilot, notre rendement a doublé. »  David Rodriguez, cofondateur de 818 Brands

Le secret de sa réussite ? Un outil ultra-perfectionné nommée Copilot, mis au point par la société Growlink basée à Denver, dans le Colorado. Aujourd’hui, des centaines de capteurs collectent des données, analysées par l’IA pour orchestrer la croissance des plantes avec la précision d’un maître horloger. Irrigation, lumière, température, nutriments : tout est modulé au millimètre. Même le moment de la récolte devient une science exacte. « Avant de travailler avec eux, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre le matin, en entrant dans la pièce, se remémore en souriant David Rodriguez. Concernant l’arrosage, par exemple, nous évaluions grossièrement la quantité d’eau à utiliser. En fait, nous ne maîtrisions pas vraiment ce qu’il y avait dans les pots ! Depuis que nous utilisons cet équipement, notre rendement a doublé. » Et la qualité du produit est stable, en plus d’être irréprochable.

Du cannabis cousu main

Il est loin, le temps où la culture la weed s’effectuait sur la base de recettes ancestrales transmises de dealer en dealer, dans des sous-sols humides. Bienvenue dans l’ère de la haute couture cannabique. Pour parfaire cet art, l’IA permet également de détecter la présence de moisissures ou d’agents pathogènes nocifs pour la plante ou le consommateur. Elle aide par ailleurs au tri des fleurs et prédit même le rendement des cultures, afin de mieux planifier les récoltes et maximiser la production. Aux Pays-Bas, la société INNEXO a développé une technologie capable d’identifier les phénotypes des graines avant même qu’elles ne poussent. Plus besoin d’attendre des mois pour savoir si votre plant sera mâle ou femelle, fort ou chétif. Avec 600 graines issues de six variétés différentes étiquetées numériquement, et plus de 5 000 points de données collectés pour chacune, on atteint des sommets de précision, avec une sélection de caractéristiques comme la floraison ou la couleur des fleurs…

Chez Innexo, le tri non destructif des graines basé sur des traits phénotypiques. © Innexo BV

Le bagage génétique du cannabis n’étant pas stable, il est possible de le modifier en jouant sur la luminosité ambiante, la température, l’apport hydrique… De quoi faire évoluer ses molécules d’intérêt selon les besoins. Parmi celles-ci figurent les cannabinoïdes tels que le THC, responsable des effets psychoactifs, ou le CBD, garant de la réaction apaisante, mais aussi les terpènes, qui confèrent à chaque variété des parfums et saveurs uniques, ainsi que des propriétés, anti-inflammatoire ou antioxydante par exemple.

À l’Université de New York d’Abu Dhabi, le chimiste Ramesh Jagannathan se consacre depuis 2019, avec le rendort des algorithmes, à l’étude pharmacologique des plus de 400 agents actifs que contient le cannabis. Les combinaisons de ces éléments, avec une multitude d’autres, ouvrent sur une infinité de possibilités pour offrir des effets ultraciblés. « Je travaille sur les substances les plus actives et les mieux assimilées pour fabriquer un chanvre qui produira les meilleurs effets possibles », décrypte l’homme de science. Considérant qu’il est difficile de se livrer à ces expérimentations sur des humains ou animaux, il utilise l’intelligence artificielle. Avec l’espoir d’aboutir à des variétés qui seront utilisées dans des buts bien précis, thérapeutique ou récréatif. Pour bien dormir, par exemple, se concentrer sur une tâche professionnelle, faire l’amour, la fête ou du sport.

En Israël, la société Canonic s’appuie sur l’IA pour produire du cannabis thérapeutique à effet ciblé. Dose de THC : 23% !

En Israël, la société Canonic s’appuie, elle, sur l’IA pour produire du cannabis thérapeutique à effet ciblé, là aussi. Celui-ci contient une dose de THC, efficace contre le stress et la douleur, à faire pâlir tout Amsterdam : 23% ! Déclinés en six moutures, les produits maison, aux noms de livrets bancaires (Synergy, Mosaic, Combo…) sont mis au point avec le concours du moteur technologique GeneRator AI. Celui-ci permet de rechercher spécifiquement un taux de THC plus élevé ou des caractéristiques terpéniques bien précises. D’autres chercheurs ont découvert, toujours grâce à l’IA, que les effets de la weed sur des récepteurs opioïdes induisaient une réaction antalgique de l’organisme. Plus concrètement, le cannabis pourrait avoir la même action sur la douleur que la morphine. Sans les effets indésirables de celle-ci.

Chez Canonic, on maîtrise toutes les étapes du développement grâce à l’IA

Une expérience consommateur optimisée 

Toujours dans le but de tenter des combinaisons aboutissant à des effets bien ciblés, l’IA permet d’effectuer des croisements virtuels entre variétés, beaucoup plus rapides que dans le monde réel. Plus besoin d’attendre la pousse durant des semaines ou des mois, quelques minutes suffisent pour simuler l’évolution de plusieurs générations.

Combien de consommateurs ont-ils déjà vécu l’expérience traumatisante du brownie maison qui catapulte en orbite sans préavis ou du grand naufrage sur le canapé du salon transformé en radeau ? L’IA devrait bientôt permettre de parer ces affres en orientant le consommateur vers le produit qui lui convient parfaitement. Côté médical, elle permettra bientôt d’analyser de vastes données patients, incluant les symptômes et les réponses aux traitements précédents. Le défi est réel : chaque patient compose différemment avec le THC et le CBD, en fonction de facteurs comme l’âge, le poids et le métabolisme. Bientôt, l’IA connaîtra mieux votre constitution que votre médecin de famille ! Dans le même genre, certaines plateformes permettront aux patients de saisir des détails comme leur condition physique ou leurs symptômes, afin que le système génère des suggestions de dosage basées sur des profils patients similaires. Un genre de Netflix de la fumette thérapeutique.

Aux Etats-Unis, l’application Jointly utilise déjà l’IA pour analyser un demi-million d’expériences consommateurs documentées afin d’orienter l’utilisateur vers telle ou telle variété, selon qu’il souhaite « renforcer sa créativité », « trouver énergie et élévation » ou « s’apaiser et se relaxer ». Côté qualité produit, HiGrade offre pour sa part de tester instantanément ses fleurs de cannabis en transmettant trois photos de ces dernières, analysées via un système poussé. Celui-ci peut même indiquer le pourcentage de THC !

À l’évidence, l’époque romantique du cultivateur bohème perdu dans la campagne sera un jour révolue. Elle laissera place à l’ère du cannabis industriel intelligent, où chaque gramme est tracé, analysé, optimisé. Se posent alors plusieurs questions. Quelles seront les incidences si l’IA transforme une pratique contre-culturelle en industrie rationalisée et capitaliste ? Avons-nous le droit de façonner le vivant selon nos désirs récréatifs ? Quelle place reste-t-il pour la spontanéité, l’imprévu, l’erreur créatrice ? Une chose est certaine : comme dans de nombreux domaines convoquant l’IA, celle-ci ne révolutionnera le monde du cannabis qu’en étant utilisée, non pas à la place, mais en synergie avec l’individu.

 

Donald Trump reclassifie favorablement le cannabis. Une (presque) bonne nouvelle pour l’industrie de l’or vert.

Donald Trump a ordonné hier jeudi 18 décembre la reclassification du cannabis au niveau fédéral, une décision inédite qui bouscule cinquante ans de prohibition américaine. Présentée comme pragmatique et médicale, la mesure ouvre une brèche politique, sans pour autant légaliser la marijuana à l’échelle nationale.

Le 18 décembre 2025 restera une date singulière dans l’histoire politique et sanitaire des Etats Unis. Dans un pays où la prohibition du cannabis structure depuis plus d’un demi siècle le discours officiel sur les drogues, Donald Trump a signé un décret présidentiel, attendu depuis le mois de septembre, avant d’être confirmé en début de semaine, ordonnant une reclassification fédérale de la marijuana. Une décision présentée comme historique par ses soutiens, mais accueillie avec prudence par une large partie du monde politique et associatif.

Jusqu’ici classé en catégorie I de la Controlled Substances Act, au même rang que l’héroïne ou le LSD, le cannabis était officiellement considéré comme une substance sans valeur médicale et à fort potentiel d’abus. Le décret présidentiel en ordonne le passage en catégorie III, reconnaissant de fait un usage thérapeutique et un niveau de danger jugé plus modéré. Une évolution symbolique qui rompt avec cinquante ans de dogme fédéral, sans pour autant signer la fin de la prohibition.

« Geste de bon sens »

Dans l’entourage de la Maison Blanche, la mesure est présentée comme un geste de bon sens. Elle doit faciliter la recherche scientifique, alléger certaines contraintes fiscales qui pèsent sur l’industrie légale du cannabis et améliorer l’accès des patients à des traitements à base de cannabinoïdes. Pour les défenseurs de la réforme, cette décision aligne enfin la position fédérale sur la réalité de terrain, alors que la majorité des Etats américains ont déjà légalisé le cannabis médical, et pour beaucoup son usage récréatif.

Mais l’exécutif prend soin de poser des limites claires. Le décret ne légalise pas la marijuana au niveau fédéral et ne remet pas en cause la possibilité de poursuites pénales. Les Etats conservent leur pleine souveraineté, ce qui maintient un paysage juridique fragmenté où le cannabis peut être autorisé dans une ville et criminalisé dans l’Etat voisin. Une ambiguïté qui nourrit les critiques, à droite comme à gauche.

Accueil mitigé chez républicains et démocrates

Chez les républicains les plus conservateurs, la décision est dénoncée comme un signal dangereux envoyé à la jeunesse et comme un renoncement dans la lutte contre les addictions. D’autres y voient une contradiction avec la politique de fermeté affichée contre les opioïdes de synthèse. A l’inverse, une partie des démocrates et des associations pro légalisation estiment que la mesure ne va pas assez loin. Elle ne règle ni la question de l’accès aux services bancaires pour les entreprises du secteur, ni celle de l’effacement des condamnations liées à des infractions passées sur le cannabis.

Sur les marchés, l’annonce a provoqué une réaction contrastée. Si certaines entreprises du cannabis ont brièvement profité de l’effet d’annonce, l’absence de réforme structurelle plus large limite l’enthousiasme des investisseurs. La reclassification ne garantit ni un accès facilité au crédit, ni une harmonisation réglementaire à l’échelle nationale.

Plus qu’une révolution, le décret de Donald Trump ressemble à un déplacement de lignes. Il entérine l’échec d’un modèle prohibitionniste figé, sans en tirer toutes les conséquences politiques et sociales. En reconnaissant officiellement un usage médical du cannabis, l’Etat fédéral ouvre une brèche. Reste à savoir si elle débouchera sur une refonte complète de la politique américaine des drogues ou si elle restera un compromis fragile, suspendu aux rapports de force du Congrès et aux prochaines échéances électorales.

Donald Trump s’apprête à reclasser le cannabis afin d’en assouplir les restrictions.

Donald Trump envisage « très sérieusement » de signer un décret présidentiel visant à reclasser le cannabis dans une catégorie fédérale moins restrictive. Une décision qui, si elle se concrétisait, marquerait un tournant dans la politique américaine en matière de drogues et allégerait les contraintes fédérales qui pèsent sur la substance depuis des décennies. Make ganja great again?

« Nous y réfléchissons parce que beaucoup de gens le demandent ». C’est de cannabis et de sa reclassification dont parlait Donald Trump devant la presse hier lundi 16 décembre, dans le Bureau ovale. Selon le locataire de la Maison Blanche, une reclassification ouvrirait la voie à des avancées scientifiques aujourd’hui bloquées par le cadre légal. « Cela permettrait des quantités considérables de recherches qui ne peuvent tout simplement pas être menées tant que le statut n’est pas modifié », a-t-il insisté.
Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité d’un discours amorcé un an plus tôt, lorsque Donald Trump avait laissé entendre qu’un retour à la Maison-Blanche inaugurerait une nouvelle ère pour le cannabis. Il promettait alors un accès facilité à des produits sûrs pour les adultes et une plus grande liberté accordée aux États souhaitant légaliser.

Selon deux sources citées par CNN, l’exécutif travaille actuellement à un possible déclassement du cannabis, qui passerait de l’annexe I à l’annexe III de la classification fédérale des stupéfiants. La Drug Enforcement Administration définit les substances relevant de l’annexe III comme présentant un potentiel modéré à faible de dépendance physique et psychologique.

À l’inverse, l’annexe I regroupe les drogues considérées comme n’ayant aucun usage médical reconnu et présentant un fort potentiel d’abus. Le cannabis y figure toujours, au même niveau que l’héroïne, le LSD ou la méthamphétamine, une situation régulièrement critiquée par les acteurs du secteur et une partie de la communauté scientifique.

Très bonne nouvelle pour les géants du canna-business

D’après des sources proches du dossier, la Maison-Blanche échange avec des représentants de l’industrie du cannabis en vue d’une éventuelle annonce dès cette semaine. Un responsable de l’exécutif a toutefois tempéré ces informations vendredi, assurant qu’aucune décision finale n’avait encore été arrêtée. CNN a de nouveau sollicité la Maison-Blanche lundi, sans obtenir de confirmation supplémentaire.
La question a été longuement débattue lors d’une réunion de plus de deux heures, tenue le 9 décembre dans le Bureau ovale. Autour de la table se trouvaient plusieurs figures clés de l’administration : la cheffe de cabinet Susie Wiles, son adjoint James Blair, le conseiller juridique de la Maison-Blanche David Warrington, le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux Robert F. Kennedy Jr., le directeur des Centers for Medicare et Medicaid Services Mehmet Oz, le commissaire de la Food and Drug Administration Marty Makary, ainsi que Heidi Overton, directrice adjointe du Conseil de politique intérieure.

Des représentants du secteur privé étaient également présents, signe de l’attention portée aux enjeux économiques et industriels du dossier. Parmi eux figuraient Kim Rivers, dirigeante de l’entreprise de cannabis Trulieve, Jim Hagedorn, PDG de Scotts Miracle-Gro, dont une filiale opère dans le cannabis, ainsi qu’Howard Kessler, proche de Donald Trump et défenseur d’un accès élargi au cannabis médical. Le Washington Post a été le premier à révéler l’existence de cette réunion.

Donald Trump avait affiché pour la première fois son soutien à une réforme de la politique fédérale sur le cannabis lors de la campagne présidentielle de 2024, dans une stratégie assumée de séduction de l’électorat jeune. Il s’était alors prononcé pour l’accès des entreprises du secteur aux services bancaires et pour l’ouverture accrue de la recherche universitaire sur la substance.

Donateurs et électeurs

À la même période, il avait annoncé son intention de voter en faveur d’un référendum visant à légaliser le cannabis récréatif en Floride, son État d’origine. Il avait également promis que, s’il accédait à la présidence, il poursuivrait les efforts en matière de recherche afin de « libérer les usages médicaux du cannabis » en le reclassant à l’annexe III.
En interne, la Maison-Blanche a consacré une large partie de l’année 2025 à étudier les modalités et les conséquences d’un tel déclassement. CNN avait précédemment rapporté que Susie Wiles avait sollicité l’avis des agences concernées. Leurs contributions, rassemblées par le Conseil de politique intérieure, lui ont été transmises au cours de l’été.
La chaîne a également révélé qu’en août, Donald Trump avait confié à un cercle restreint de donateurs que l’exécutif devait sérieusement envisager un assouplissement des restrictions fédérales pesant sur le cannabis.

Ce débat stratégique intervient alors que la popularité de Donald Trump auprès des jeunes Américains continue de s’éroder à l’approche des élections de mi-mandat de 2026. Selon un récent sondage du Harvard Institute of Politics, seuls 29 % des 18-29 ans déclarent aujourd’hui lui accorder leur soutien, donnant à la question du cannabis une portée à la fois politique, électorale et symbolique.

Hunter S. Thompson : guns, ganja & gonzo.

Il y a 20 ans, le pape du Gonzo-journalisme Hunter S. Thompson nous quittait. Grand adepte d’armes à feu et de drogues, l’écrivain canonisé* était aussi un Ganja-aficionado de premier ordre. Portrait du plus fumé des auteurs américains.

Une plante aux racines bien ancrées

Il est assez logique que Bill Murray, grans amoureux de l’herbe lui aussi,  soit le premier acteur à avoir interprété H.S.Thompson au cinéma. C’était en 1980  dans “Where the Buffalo Roam”, film culte tiré du livre éponyme, et qui s’ouvre sur le procès absurde de trois jeunes condamnés à de la prison pour un joint.

Les deux artistes ont passé des semaines à fumer, à boire et à accomplir les défis les plus absurdes pendant le tournage. Une expérience qui a changé Hunter contribuant à faire de sa légendaire nonchalance sa marque de fabrique.
Et c’est là tout le génie de Thompson : bousculer les préconceptions.
Qui d’autre peut jauger la qualité d’un homme en le faisant tirer au fusil à pompe sur des bidons de Nitroglycérine, comme le raconte Johnny Depp ?

Hunter et le cannabis

Sans l’herbe qu’il fumait de manière quotidienne, il est certain que Hunter n’aurait jamais tenu les cadences infernales qu’il s’imposait. C’est le principe de la gravité : tout ce qui monte doit redescendre. Quoi de mieux pour éponger des litres de Chivas, des cartouches entières de Dunhill et plus de poudreuse que sur les pistes d’Aspen, que l’herbe sacrée qu’il faisait pousser ?
Systématiquement armé, souvent violent et parfois paranoïaque, l’hédoniste était conscient des limites de son mode de vie. Son incroyable productivité (il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages et des centaines d’articles) était bien plus le résultat de son génie que de ses états seconds. 

Une youtubeuse néo-zélandaise a tenté d’imiter sa routine quotidienne pour déterminer si elle allait devenir aussi brillante et s’est retrouvée… complètement cassée. Nous ne conseillons donc pas d’imiter son exemple, mais simplement de l’écouter.
Hunter était aussi fou que sage et il recommandait le Cannabis comme solution à beaucoup de problèmes.

Le calumet de la paix

Comme il le disait lui même : “J’ai toujours aimé la ganja. Elle a été une source de joie et de réconfort pour moi, depuis des années. C’est une des bases de la vie, pour moi, au même titre que la bière et le jus de pamplemousse et des millions d’américains sont du même avis.”
Un de ses meilleurs amis est d’ailleurs le fondateur de l’association NORML, la plus grande ONG pro-cannabis des États-Unis, qui se réunit encore tous les ans dans la fameuse “Owl Farm”, sa résidence devenue un musée.
Lors d’un dîner cannabique organisé sur place par nos confrères de Vice, celui-ci confie qu’il était l’ami le plus intéressant, mais aussi le plus difficile à gérer. Évidemment, c’est autour d’un joint qu’il parvenait le mieux à communiquer.

Un fait qu’il a lui-même confirmé à un journaliste lors d’une interview filmée :

Je pense que ce sera mieux, d’une manière générale, si je fume un joint pour me calmer. L’expérience a montré que mes pétages de câbles n’étaient pas la meilleure manière de donner des interviews. Je pense que je vais simplifier ma vie et la vôtre en prenant le temps de fumer. »
Sa veuve, Anita, raconte que c’était la seule chose qui lui permettait d’équilibrer ses pulsions de violence et de profonde générosité. Un peu comme si Dr. Jekyll et Mr. Hyde avaient besoin d’un calumet de la paix.
Un calumet qui s’est éteint brutalement en février 2005, mais dont la mémoire reste incandescente.

 

*Pour ses funérailles, Hunter avait demandé à ce que l’on place ses cendres dans un canon de 155mm, fourni par son ami Johnny Depp. C’est l’acteur lui-même qui appuiera sur le déclencheur, offrant à l’écrivain la plus retentissante des obsèques.

Gummies : le trip de poche

Discrets comme des bonbons, puissants comme un pétard : depuis 2023, aux Etats-Unis et au Canada, les gummies au THC s’invitent aux concerts, aux dîners et jusque dans les sacs de mères de famille californiennes. Derrière l’image pop et sucrée, un marché costaud et quelques effets amers.

Par Raphaël Turcat

 

C’est la rentrée et le groupe Justice la fête de belle manière sur le podium de Rock en Seine. Dans l’assemblée réunie en ce samedi 23 août au domaine de Saint-Cloud, Alexandre, quarante-huit ans, se roule tranquillement son joint : « Je fume de temps en temps sans être un grand fan car, au bout de deux lattes, ça me casse la tête. » Au bout de ses deux bouffées réglementaires, il transmet donc son joint à un groupe de vingtenaires de retour des USA  qui sautille sur les morceaux d’Hyperdrama, le dernier album du duo. Mais, à sa grande surprise, il essuie un refus poli ; refus d’autant plus incompréhensible que la petite bande qui l’entoure affiche un look plutôt cannabis friendly. « J’ai fini par comprendre qu’ils s’étaient gavés de gummies avant de venir, explique Alexandre. Avec mon joint qui puait et dont personne ne voulait, j’ai pris dix ans dans la gueule. »
L’expérience d’Alexandre est révélatrice d’un petit basculement qui devient peu à peu une grosse tendance : les gummies, ces petits bonbons au THC qui ressemblent à des friandises inoffensives, sont en train de devenir un hit au succès presque comparable à celui de Justice. « Les gummies, ça a plein d’avantages : c’est rigolo, ça ne sent rien et on peut même en prendre en cours », avoue Louis, quinze ans, en seconde – qu’il a terminée de manière poussive, les effets des gummies s’accordant mal avec la notion d’ensemble de points du plan décrit par une équation (maths) ou l’expression de la cause, de la conséquence et du but (français).

L’odyssée comestible

Les comestibles cannabiques ne datent pas d’hier. En Inde, le bhang est consommé depuis des siècles lors des fêtes religieuses : une boisson à base de lait, d’épices et de cannabis qui accompagne, encore aujourd’hui, le célèbre festival des couleurs Holi. Dans le monde arabe médiéval, on trouve aussi des traces de confiseries infusées. Plus près de nous, les années 1960 ont vu fleurir la recette culte du hashish fudge de la compagne de l’écrivaine américaine Gertrude Stein, Alice B. Toklas, publiée dans un livre de cuisine qui devint la bible des milieux bohème. Puis, dans les années 1980 et 1990, Amsterdam a imposé ses space cakes, symboles d’un tourisme alternatif et d’une contre-culture aux yeux rougis.

« Avec mon joint qui puait et dont personne ne voulait, j’ai pris dix ans dans la gueule. » Alexandre

« Avec Internet, au tournant des années 2000, le passage à l’ère industrielle s’est amorcé : forums, blogs et tutos YouTube ont popularisé des recettes de gelées infusées, faciles à reproduire et plus légères à ingérer qu’un gâteau, explique Georges, auteur spécialisé qui préfère rester anonyme. Aujourd’hui, aux États-Unis, tu choisis ton dosage, ton effet – sommeil, énergie, détente. Tout est contrôlé, affiché sur la boîte et très didactique. Si tu débutes, on t’explique par exemple qu’il faut couper ton gummy en trois morceaux. » Max, vingt-trois ans, témoigne de ce basculement : « J’achète des gummies quand je vais à New York mais je n’en prends jamais seul ; c’est une consommation sociale lors d’un dîner, un anniversaire, un jeu de société. Mon père, lui, en prend dans l’avion pour se détendre et dormir. » Quand le joint cogne fort et laisse des cendres, l’ourson installe une vague douce, sans fumée ni stigmate.

Cold brew des ours

La fabrication d’un gummy cannabique se situe entre la confiserie et le laboratoire, comme le détaille le site Royal Queen Seeds. Tout commence par l’extraction des cannabinoïdes : THC ou CBD sont isolés, généralement sous forme d’huile ou de résine, avant d’être incorporés à une base sucrée composée de sirop de glucose, de pectine ou d’agar-agar, puis parfumée avec des arômes. Le mélange est ensuite versé dans des moules qui donneront leur forme aux oursons colorés. Sur le papier, rien de très mystérieux : une recette de bonbon classique légèrement détournée. Mais, derrière cette apparente simplicité, se cache la question cruciale du dosage.

Les industriels américains, soumis à un cadre légal strict, ont mis en place des contrôles rigoureux. Chaque boîte affiche la teneur précise de son contenu : 5, 10, parfois 30 milligrammes de THC. Le consommateur choisit sa puissance et l’effet recherché – speed, rigolard, coach potatoe… « Le problème, c’est que les utilisateurs pas très informés n’attendent pas assez, avertit Georges. L’effet retardé, lié à la digestion, est en réalité le talon d’Achille de ce mode de consommation. Tu avales, tu attends une heure, tu ne sens rien. Tu en reprends un, et c’est là que ça peut partir en vrille. »

« L’effet retardé, lié à la digestion, est le talon d’Achille de ce mode de consommation. » Georges

Et l’artisanal peut flirter avec l’imprévisible. « Le pote qui m’a fait goûter ses gummies, passe sa weed au congélateur, l’extrait à l’alcool alimentaire, récupère une pâte marron qu’il mélange à de la gelée mais sans doser de manière rigoureuse, ce qui fait que les effets sont aléatoires », raconte Louis. C’est ce qui fait la différence entre un paquet calibré d’un dispensaire de Denver et un saladier gélifié bricolé dans une cuisine de Limoges. « Les gros consommateurs américains peuvent absorber jusqu’à 200, voire 500 mg de THC par jour, sans ressentir grand-chose, là où un novice peut se retrouver projeté dans un voyage incontrôlable avec seulement 10 mg, prévient Georges. Tout dépend du dosage, du contexte et du corps qui le reçoit. »

Bien-être ou business ?

En France, le THC reste illégal mais les vitrines des shops spécialisés s’ornent désormais de boîtes de gummies au CBD. Ici, pas de promesse de défonce « scrède » : ces bonbons se présentent comme des alliés bien-être, vantés pour leurs vertus relaxantes ou leur aide au sommeil. « Ça marche bien, les clients découvrent et ça devient un rituel », explique Raphaël Freund, fondateur du magasin La Voie Verte et du site La Centrale Vapeur. Le discours est rodé : avaler un ourson coloré le soir reviendrait à boire une tisane moderne. Autrement dit, le bonbon au CBD s’impose comme un produit de l’industrie du bien-être, au même titre que les compléments alimentaires ou les boissons énergétiques. « Avec le CBD, le seul problème, c’est de surconsommer sans le savoir. Ton corps s’adapte vite, les effets deviennent alors nuls et tu risques juste de gaspiller ton argent », prévient Raphaël.

Dans les pays plus détendus sur le sujet, le phénomène a pris une coloration sociale inattendue. Dans les États américains où le cannabis est légal, des housewives d’une quarantaine d’années parlent désormais de leur « gummy du soir » comme d’un équivalent au verre de vin. Certaines expliquent que ces bonbons les aident à être de « meilleures mères », moins irritables avec leurs enfants, plus détendues dans leur quotidien. L’image est parlante : là où les années 1950 prescrivaient des amphétamines aux ménagères débordées, et les années 1980 du Prozac, les années 2020 offrent un ourson acidulé. Un glissement culturel qui questionne : simple friandise, produit de santé ou nouvelle norme domestique ? Derrière le sourire des emballages colorés, une industrie entière redessine les contours de la consommation. Les chiffres donnent d’ailleurs le vertige. Le marché mondial des comestibles au cannabis était évalué à 14,8 milliards de dollars en 2024 et devrait approcher les 49 milliards d’ici 2030.

Bad trips et zones d’ombre

L’envers du décor s’appelle le bad trip. L’effet retardé des gummies en est souvent l’origine. « J’étais à Ibiza et, sur le chemin du Pacha avec mon meilleur ami, nous en avons acheté dans un shop sur le port, explique Chiara, vingt-trois ans, pas du tout branchée alcools et drogues. Comme rien ne venait au bout d’une heure, nous en avons pris un deuxième et c’est là que l’enfer a débuté. J’ai commencé à entendre des bruits bizarres, à ne plus pouvoir parler et à faire de la tachycardie de manière intense pendant que mon ami vomissait tout ce qu’il pouvait. Comme ça ne s’arrêtait pas, nous sommes rentrés à notre hôtel. Deux heures après, rien ne s’arrangeait, j’étais persuadée que j’allais mourir. » La soirée se termine aux urgences avant que les battements du cœur de Chiara ne se calment au bout de cinq heures. « J’ai mis une semaine à m’en remettre, je n’avais plus aucune énergie, c’est la pire expérience de ma vie. » ¡Olé!

Aux États-Unis, des housewives parlent désormais de leur « gummy du soir » comme d’un équivalent au verre de vin.

Des chiffres américains dévoilent une tendance plus sournoise. Au Colorado, les intoxications d’enfants âgés de zéro à cinq ans sont passées de 35 cas en 2017 à 97 en 2021. À Stony Brook, dans l’État de New York, 36 hospitalisations pédiatriques ont été recensées en dix ans. Le packaging attractif ajoute au danger : ces bonbons ressemblent trop aux friandises classiques pour ne pas susciter la convoitise des enfants. En France, la DGCCRF (direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) a dû rappeler plusieurs lots de produits vendus comme CBD mais contenant en réalité du THC. Une alerte qui illustre les zones grises d’un marché en expansion, où la réglementation peine à suivre la créativité des producteurs [voir encadré]. « Fumer est la pire manière de consommer une plante, rappelle Raphaël Freund. Manger, c’est la voie royale ; encore faut-il savoir ce qu’on avale. » Ce paradoxe nourrit l’ambiguïté des gummies : symbole de convivialité dans une soirée, rituel discret dans une cuisine US, ils peuvent aussi conduire à la paranoïa ou à l’hôpital. Le même ourson, avalé au mauvais moment, devient la métaphore d’une époque qui a transformé la drogue en confiserie. Derrière les couleurs vives et l’apparente innocence, le bonbec le plus ambigu de notre temps.

Quand la loi s’en mêle

En France, la frontière est ténue entre le bonbon au CBD autorisé et celui au THC strictement interdit. Plusieurs rappels de lots ont déjà été opérés par la DGCCRF, notamment lorsque des oursons vendus comme « relaxants » contenaient en réalité du Delta-9-THC. Le site Le Grossiste du CBD rappelle que la législation est claire : 0,3 % de THC maximum dans tout produit dérivé du chanvre ; au-delà, c’est illégal. Pourtant, le flou reste entretenu par certains sites qui importent des produits américains où la loi est plus permissive. Courrier International soulignait récemment que ces bonbons attirent particulièrement les jeunes mais qu’en cas de contrôle, la sanction est la même que pour un joint. Dans ce contexte, l’ourson n’a plus rien d’inoffensif : il devient un objet juridique glissant – à la fois confiserie, produit de bien-être et, parfois, stupéfiant déguisé.

Néo-cannabinoïdes : la jungle chimique

Au-delà du THC et du CBD, une nouvelle génération de molécules de synthèse envahit les rayons sous forme de gummies : Delta-8, HHC, H4-CBD… Autant de dérivés fabriqués en laboratoire à partir du chanvre ou totalement synthétiques, souvent vendus en ligne comme « légaux » car ils ne figurent pas toujours dans la liste des stupéfiants. Le problème ? Leur statut évolue sans cesse, les contrôles sont rares et leurs effets à long terme restent largement inconnus. Plusieurs rapports signalent des produits dosés de manière aléatoire, parfois coupés avec d’autres substances. En France, certains shops ont déjà été épinglés pour avoir proposé des gummies au HHC, présentés comme du simple CBD. Derrière l’emballage coloré, ce n’est plus seulement la question du cannabis qui se pose, mais celle d’une chimie grise qui avance plus vite que la loi.

Cette interview est issue du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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USA : L’interdiction du chanvre THC et du CBD full spectrum met chiens et chats en péril .

La future interdiction du chanvre THC aux États-Unis pourrait priver des milliers d’animaux d’un traitement qui les soulage. Les vétérinaires tirent déjà la sonnette d’alarme.

Alors que le Congrès américain s’apprête à interdire la culture fédérale du chanvre bien-être avec la moindre trace de THC, ce sont les compagnons à quatre pattes — chiens, chats, chevaux — qui risquent de payer le prix fort. La mesure menace d’entraver l’accès au CBD full-spectrum, déjà adopté par plusieurs vétérinaires comme alternative thérapeutique crédible. Paradoxal pour un projet présenté comme visant à supprimer « les produits qui enivrent ». « Les plus vulnérables vont souffrir », alerte un spécialiste.

Menace annoncée

La loi d’appropriations budgétaires récemment adoptée prévoit d’ici un an une interdiction fédérale du chanvre, ou du moins de certains produits dérivés contenant des cannabinoïdes. Les défenseurs de la mesure dénoncent les failles juridiques qui ont permis la vente de produits de chanvre consommables, parfois en station-service. Mais ce cadrage oublie une autre réalité : « Il y a beaucoup de gens et d’animaux qui comptent sur des produits CBD full-spectrum à base de chanvre pour ne pas souffrir », rappelle Tim Shu, vétérinaire et fondateur de VetCBD, interrogé par nos confrères de Marijuana Moments.

Péril animal

Tim Shu prévient : « Si la règle reste inchangée, alors quiconque produit des produits CBD à partir de chanvre devra utiliser de l’isolat de CBD. » Or, dit-il, « le problème avec ça, c’est que nous savons par des preuves croissantes que l’effet d’entourage a des bénéfices — il semble bien être une réalité. » Les produits full-spectrum combinent CBD, traces de THC, terpènes et autres composés naturels qui renforceraient l’efficacité thérapeutique. Un atout essentiel pour traiter arthrite, douleurs chroniques ou crises d’épilepsie chez les animaux. « J’ai 11 ans d’activité dans ce domaine, et ce que j’ai vu, c’est que ces produits peuvent littéralement sauver des vies. Vous avez des propriétaires qui envisagent l’euthanasie — c’est la mort — et ils essaient un produit cannabis ou CBD contenant du THC, et ça fonctionne. Ça fonctionne incroyablement bien dans certains cas », témoigne-t-il.

Incohérences

L’objectif affiché de la loi est de protéger les consommateurs, en particulier les jeunes. Mais en bloquant l’accès aux produits thérapeutiques, elle pourrait priver animaux et maîtres d’une solution efficace et déjà largement utilisée. « Les gens oublient que ces cannabinoïdes sauvent des vies — et qu’ils soulagent beaucoup de souffrance, en améliorant la qualité de vie de nombreux animaux », insiste Shu. Le marché du chanvre pour animaux, encore fragile, pourrait être particulièrement touché : même dans les États permissifs, l’impossibilité d’opérer au niveau national compliquerait la distribution. À l’heure où les débats américains sur le cannabis oscillent entre régulation stricte et usage médical, ces conséquences collatérales passent étrangement sous silence.
Derrière les argumentaires sécuritaires, un pan discret mais essentiel de la santé animale — et de notre relation aux animaux — risque d’être sacrifié. Si, dans certaines situations, un simple flacon de CBD suffit à éviter la souffrance ou une fin non désirée, alors la portée de cette décision politique mérite d’être questionnée.

 

Avec Marijuana Moments

Interdiction fédérale du THC de chanvre : le grand virage anti-cannabis de Trump

L’administration Trump bannit les produits au THC dérivé du chanvre, alors que 47ème locataire de la Maison blanche promet de reclasser favorablement le cannabis. Un grand écart à la hauteur du chaos américain et de son président.

Premier coup de klaxon dans l’univers du chanvre : aux États-Unis, les produits à base de chanvre contenant du THC dérivé sont en train d’être bannis. Cette volte-face s’inscrit dans une logique de contrôle renforcé, mais aussi dans un paradoxe politique où les promesses de réforme se heurtent à la réalité d’un marché en pleine mutation.

Une interdiction en catimini

Glissée dans un projet de loi budgétaire fédéral, une disposition change tout : la définition légale du « chanvre » est modifiée pour exclure les produits dits « intoxicants ». Sont visés les extraits contenant du THC, du delta-8, du THCA et tous les cannabinoïdes qui procurent un effet, qu’ils soient naturels ou obtenus par transformation. Le seuil autorisé devient tellement bas que la quasi-totalité des huiles, boissons, gummies et vapes au THC dérivé du chanvre devient automatiquement illégale. Les organisations professionnelles parlent de 90 à 95 % des produits frappés d’interdiction. En une phrase, une industrie entière se retrouve menacée d’extinction.

Le contexte juridique

Depuis le Farm Bill de 2018, le chanvre contenant moins de 0,3 % de THC était légal au niveau fédéral. Cette brèche a ouvert la voie à un business tentaculaire : extraits psychoactifs légers, boissons euphorisantes, bonbons au delta-8, vapes au THCA… Tout un univers « légal mais planant » qui prospérait grâce à une zone grise. La nouvelle disposition ferme cette porte : dès qu’un produit peut provoquer une intoxication, il n’entre plus dans la définition du chanvre. Washington met fin à la fête, et l’industrie doit tout repenser du jour au lendemain.

Le revirement Trump

Ce durcissement intervient au moment même où Donald Trump jurait, pendant sa campagne, qu’il reclasserait le cannabis du tableau 1 au tableau 3 des substances contrôlées. Une mesure qui aurait assoupli l’accès au cannabis médical et allégé la fiscalité des entreprises du secteur. Mais pendant qu’il promet une réforme historique du cannabis « officiel », il soutient parallèlement une loi qui étrangle les produits au THC dérivé du chanvre. Double discours assumé ou stratégie brouillonne ? Pour les entrepreneurs du secteur, le message est clair : la liberté annoncée n’est pas pour tout le monde.

Le paradoxe politique

Le contraste est saisissant : d’un côté, un geste vers la normalisation du cannabis ; de l’autre, un tour de vis brutal contre les produits issus du chanvre. Les consommateurs perdent une alternative bon marché au cannabis légal. Les agriculteurs et artisans du chanvre, eux, voient disparaître en quelques semaines une source de revenus cruciale. Même certains élus républicains favorables au chanvre dénoncent une mesure qui sabote l’économie rurale. En filigrane, un autre conflit : celui entre les géants du cannabis récréatif, qui n’ont jamais apprécié la concurrence « low-cost » du chanvre, et l’industrie de l’alcool, contrariée par le succès des boissons euphorisantes au THC dérivé.

What’s next?

Ce qui pourrait passer pour un détail législatif redessine en réalité tout le paysage du cannabis américain. Si le cannabis est finalement reclassé, l’usage médical pourrait s’en trouver facilité. Mais en parallèle, la fermeture du marché du THC dérivé du chanvre prive le public d’un accès légal et accessible à des produits psychoactifs, tout en étranglant une filière innovante. Le paradoxe est total : Trump promet une révolution pour le cannabis, tout en appuyant la première grande interdiction fédérale d’un produit dérivé de la plante depuis des années.
Le terrain se resserre, l’industrie retient son souffle, et les consommateurs constatent une nouvelle fois que, dans l’Amérique de 2025, la légalisation est un chemin sinueux, fait de promesses flamboyantes, de virages brutaux et de zones grises qui disparaissent plus vite que les gummies au THC dans un festival d’été.

POTUS Cannabis club

Onze présidents américains ont flirté avec la weed. Des champs de cannabis de George Washington aux space cakes de Bill Clinton, petite histoire enfumée de la Maison Blanche.

Georges Washington

Le plus cultivateur.
Au XVIIIème siècle, le chanvre était largement cultivé afin de produire cordes et textiles (le chanvre utilisé pour sa fibre ne contient en revanche qu’une faible quantité de THC, l’agent psychoactif). Si le premier président des États-Unis a largement incité ses concitoyens à faire pousser la plante pour sa fibre, les cultures personnelles de Georges W. étaient destinées à un tout autre usage. Le 5 mai 1765, le premier président des États-Unis notera « qu’il est nécessaire de séparer plants mâles et femelles dès que possible, afin de tirer du chanvre le meilleur profit ».  À la fin de la même année l’homme  dont ont retrouve le visage sur tous les billets de 1 dollar écrira que « le chanvre est une remarquable plante, tant pour ses applications textiles et maritimes que pour ses vertus médicinales hautement appréciables».  Un Nouveau Monde est né !

Thomas Jefferson

Le plus esthète.
Avant de devenir Président, Jefferson occupait le poste d’ambassadeur des États-Unis en France.
En cette fin du XVIIIème siècle, alors que le futur chef d’Etat est encore diplomate, le tout Paris s’entiche du cannabis. Salons et clubs dédiés au haschisch fleurissent et s’installent dans les beaux quartiers de la capitale. Jefferson est immédiatement conquis par l’effet de la plante, tant et si bien qu’une fois revenu au pays, il fit venir de Chine des graines d’indica réputées pour leur puissance psychotrope. Le co-rédacteur de la Déclaration d’Indépendance écrira au sujet de ses stupéfiantes habitudes que  « Certaines de mes meilleures heures ont été passées assis sur ma véranda arrière, fumant du chanvre et observant à perte de vue. » Dude présidentiel.

James Madison

Le plus inspiré
Le père et co-rédacteur de la Constitution des US a régulièrement soutenu que c’est un beau soir de juillet qu’il avait soudainement eu  « l’inspiration et la perspicacité » de concevoir et rédiger les bases du texte fondateur de la démocratie américaine. Wikileaf précise à cet effet que « il est probable que le président Madison se réfère à une variété de cannabis récréatif très prisée par les premiers colons. » Et tout porte à croire que la partie «perspicacité» » dont il fait mention, lorsqu’il rédigeât une grande partie de la constitution, fait référence aux propriétés psychotropes de la belle plante.

James Monroe

Le plus régulier.
France encore. Dans le pays de toutes les tentations, le futur président James Monroe qui fut (comme Jefferson) ambassadeur des États-Unis en France, s’est adonné à Paris (encore comme Jefferson) aux plaisirs du haschisch.  De retour aux États-Unis,  le  premier chef d’Etat du Nouveau Monde à avoir pris parti contre l’esclavagisme continuera de consommer du haschisch régulièrement, et ce jusqu’à sa mort à 74 ans.

Andrew Jackson

Le plus vétéran.
Le célèbre général de l’armée américaine et président Andrew Jackson consignait régulièrement dans son journal fumer du cannabis avec ses troupes. « Pour apaiser ma conscience comme celle de mes hommes après l’horreur du combat ». (durant les peu glorieuses guerres amérindiennes du Mississippi). Une intuitive initiative tant il est désormais prouvé que le cannabis est un très bon traitement contre la douleur les angoisses post-traumatique.

Zachary Taylor

Le plus bref.
À l’instar de Jackson, le 12e président américain fumait de la marijuana avec ses officiers et soldats. Toujours à l’instar de Jackson, le chef de l’exécutif avait souligné les avantages thérapeutiques de mère ganja, remarques scrupuleusement notées dans son journal. Il fut emporté par le choléra après seulement un an et quatre mois de présidence.

Franklin Pierce

Le plus franc-tireur.
L’un des trois militaires de cette liste à devenir président. L’un des trois présidents issus de l’école la plus stricte qui soit; l’armée. Et pourtant, tout comme ses illustres prédécesseurs Jackson et Taylor, le président Pierce aimait tâter du pétard autour du feu avec ses troupes, durant la guerre américano-mexicaine.  Dans une lettre à sa famille, Franklin Pierce écrira que fumer de la weed était «à peu près la seule bonne chose à faire dans cette guerre ».  Les G.I envoyés au front pendant la guerre du Viet Nam suivront le conseil.

 

John F. Kennedy

Le plus méfiant
JFK a utilisé la marijuana pour traiter de sévères douleurs au dos. Selon nombre de témoignages écrits, dont celui de Michael Meagher qui dans «John F. Kennedy: A Biography», décrit une scène à la Maison Blanche: «Le 16 juillet au soir, Jim Truitt, Kennedy et Mary Meyer ont fumé de la marijuana ensemble. … Le président a fumé trois des six joints que Mary lui a apportés. Au début, il ne ressentait aucun effet. Puis il ferma les yeux et refusa un quatrième joint.  » « Peut-être pas une bonne idée… supposons que les Russes fassent quelque chose maintenant ».

Bill Clinton

Le plus sémantique.
Sacré Bill, jamais avare de quelque étonnante pirouette sémantique ( voir son témoignage devant le congrès à la suite de l’affaire Lewinski). En 1992, au sujet de sa consommation de marijuana  le 42e président américain declarera: «Quand j’étais en Angleterre, j’ai expérimenté la marijuana une ou deux fois. Mais je n’ai jamais inhalé la fumée parce que je n’aimais pas. ». Une rhétorique d’avocat dans toute sa superbe: effectivement, Clinton dit vrai comme le confirmera Christopher Hitchens, un de ses amis étudiants à Oxford de l’époque : « Bill ne fumait pas. Il n’aimait pas la fumée. Mais les space cakes en revanche, oh oui ! ».
Son compagnon d’études précisera :  « Bill, il était très brownies chocolat-pécan au beurre de cannabis. Ça, oui, il aimait beaucoup. Mais effectivement, il ne les inhalait pas. »

 

George W. Bush

Le plus évasif.
Le successeur de Bill, nettement plus candide, est connu pour avoir dans sa jeunesse abusé de l’alcool et des excitants colombien, travers  qu’il a à plusieurs reprises admis. Maias curieusement, Georges W. esquivait toute question concernant sa consommation de weed. Un soucis de discrétion vite balayé par le naturel de Junior qui en 2010 confessera à son biographe Douglas Wead (oui, à prononcer comme «weed») «Je ne répondrais pas aux questions sur la marijuana. Tu sais pourquoi? Parce que je ne veux pas qu’un petit enfant fasse ce que j’ai essayé ». Douglas Wead fera évidemment mention de cette phrase dans le livre…

Barack Obama

Le plus honnête.
Le président qui aura sans aucun doute le plus œuvré pour la dépénalisation et légalisation du cannabis a évoqué sans tabou sa consommation de weed dans ses vertes années, taclant gentiment  à Bill Clinton au passage «Quand j’étais plus jeune, je fumais. Et oui… j’inhalais. C’est comme ça que ça marche, non ? » (en 2008, lors de sa course à la présidence). Pendant son mandat  et de façon précise : «  Oui, j’ai fumé de l’herbe quand j’étais jeune, et oui, je considère ça comme une mauvaise habitude. Un léger vice ? Peut-être. Mais pas différent de celui des cigarettes que j’ai fumé gamin. Et je ne crois pas que cela soit plus dangereux que l’alcool » Enfin, en saluant  la  décision du Colorado et de l’État de Washington de légaliser la ganja il ajoutera : « Il est important pour une société de ne pas avoir une situation dans laquelle une grande partie des gens ont à un moment ou un autre enfreint la loi et dont seulement une petite partie soit punie pour cela. ».

 

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