Producteur emblématique de la French Touch 2.0, l’éternel ado Yuksek est sur mille projets en même temps mais lève le pied pour nous accueillir depuis le studio parisien où il prépare son nouvel album.
Zeweed : Bonjour Yuksek. Au fait, ça veut dire quoi Yuksek ?
Yuksek: Yuksek veut dire « hauteur » en turc mais je ne prends jamais personne de haut. D’autant que je me retrouve souvent en bas des affiches de festivals qui fonctionnent par ordre alphabétique. Donc, conseil aux jeunes qui cherchent un pseudo pour se lancer : prenez la lettre A ! Surtout que mon premier groupe, Yumade, était déjà sur cette lettre, bon, j’ai fini par m’y faire d’autant qu’il y a moins de concurrence sur cette fin d’alphabet.
Tu as grandi à Reims, capitale du champagne. Tu as reçu une éducation normale ?
Oui jusqu’au bac, en passant par le Conservatoire de piano, tout de même, où m’avait inscrit ma mère et où je suis allé pendant dix ans, entre 6 et 16. Ensuite, j’ai joué un peu de basse dans un groupe foireux et j’ai fini par basculer dans la musique électronique au moment où toute une scène s’éveillait à Reims : Alb, Bewitched Pair of Hands, The Shoes… On a monté un festival, Elektricity, avec Cyril Jollard qui s’occupera plus tard du Lieu Unique. En premier guest, je me souviens qu’on a eu Ivan Smagghe, on a fait Amon Tobin dans un cinéma, Matmos… La mairie nous a suivi, une salle mortelle, la Cartonnerie. C’était vraiment une époque surchouette, avec une vrai synergie.
La French touch période Daft/Pedro était déjà passée de mode quand tu as démarré ?
Disons que cette première French touch était un truc de ma jeunesse. J’ai adoré Homework des Daft, je diggais Roulé et Crydamoure en vinyle mais, en vrai, j’étais content que ça change un peu dans les années 2000 avec une électro plus en mode « dark disco » : Jennifer, Chloé, le Pulp, DFA à New York avec des bonnes lignes de basse au synthé et moins de samples disco/funky… J’étais beaucoup plus en phase avec ce son-là.
« Je suis allé au conservatoire de piano entre 6 et 16 ans. »
Reims a vite dû te sembler petit pour tes ambitions ?
Le problème ne s’est pas vraiment posé comme ça car tout un tas de blogs ultra cools relayaient mes premières prods : Fluokids, Discobelle et My Space, évidemment. On appelait ça la « Blog House ». On était vraiment des passionnés et, du coup, tu pouvais être à Reims, Berlin ou Tokyo, cela n’avait aucune importance. En plus, c’était l’explosion du piratage, période pré-Spotify, donc c’était la jungle et on adorait ça.
Tu approches doucement de la cinquantaine mais on a l’impression que tu rajeunis. C’est ton côté clean ?
Oui c’est vrai que je suis plutôt clean, je fais attention en soirée même si j’aime bien boire un verre ou deux avant de jouer en DJ – en live, c’est pire car j’ai vraiment le trac. Mais sinon j’ai arrêté de fumer vers 26/27 ans, c’était vraiment problématique, et ce dès le lycée où je fumais le matin et me faisais démonter par les profs. Donc non, je ne touche plus à rien de ce qui semble plaire aux lecteurs de Zeweed.
Tu voyages beaucoup, et tu en tires pas mal de photos, avec un livre sur Beyrouth et aujourd’hui From Coast To Coast avec les voyages en ferry…
Oui j’adore cet aspect-là de ma vie, être en pure contemplation, m’embarquer sur un ferry avec les gens qui vont travailler et rentrent éclatés le soir au point de dormir dans les couloirs… Je suis parti du Sud de la Corée à Osaka en ferry et là, je n’avais plus qu’à ouvrir les yeux et déclencher. Souvent, en tournée, j’essaie d’aménager du temps pour pouvoir faire des photos. Mais pas des trucs pour Instagram, plus pour donner de la valeur aux choses. C’est peut-être ça une clé contre le vieillissement : rester curieux, attentif à tout et en particulier à la lumière.
Comme Lumière Noire, le nom du label créé par Chloé en 2017 ?
Voilà ! Et sur lequel j’ai sorti l’album de mon projet Destiino, qui s’ouvre d’ailleurs sur une chanson appelée Venezia… Bon voyage à vous !
Propos recueillis par Guillaume Fédou.
Cet article est issu du Zeweed magazine #11, disponible en digital ici.
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