Interdiction fédérale du THC de chanvre : le grand virage anti-cannabis de Trump

L’administration Trump bannit les produits au THC dérivé du chanvre, alors que 47ème locataire de la Maison blanche promet de reclasser favorablement le cannabis. Un grand écart à la hauteur du chaos américain et de son président.

Premier coup de klaxon dans l’univers du chanvre : aux États-Unis, les produits à base de chanvre contenant du THC dérivé sont en train d’être bannis. Cette volte-face s’inscrit dans une logique de contrôle renforcé, mais aussi dans un paradoxe politique où les promesses de réforme se heurtent à la réalité d’un marché en pleine mutation.

Une interdiction en catimini

Glissée dans un projet de loi budgétaire fédéral, une disposition change tout : la définition légale du « chanvre » est modifiée pour exclure les produits dits « intoxicants ». Sont visés les extraits contenant du THC, du delta-8, du THCA et tous les cannabinoïdes qui procurent un effet, qu’ils soient naturels ou obtenus par transformation. Le seuil autorisé devient tellement bas que la quasi-totalité des huiles, boissons, gummies et vapes au THC dérivé du chanvre devient automatiquement illégale. Les organisations professionnelles parlent de 90 à 95 % des produits frappés d’interdiction. En une phrase, une industrie entière se retrouve menacée d’extinction.

Le contexte juridique

Depuis le Farm Bill de 2018, le chanvre contenant moins de 0,3 % de THC était légal au niveau fédéral. Cette brèche a ouvert la voie à un business tentaculaire : extraits psychoactifs légers, boissons euphorisantes, bonbons au delta-8, vapes au THCA… Tout un univers « légal mais planant » qui prospérait grâce à une zone grise. La nouvelle disposition ferme cette porte : dès qu’un produit peut provoquer une intoxication, il n’entre plus dans la définition du chanvre. Washington met fin à la fête, et l’industrie doit tout repenser du jour au lendemain.

Le revirement Trump

Ce durcissement intervient au moment même où Donald Trump jurait, pendant sa campagne, qu’il reclasserait le cannabis du tableau 1 au tableau 3 des substances contrôlées. Une mesure qui aurait assoupli l’accès au cannabis médical et allégé la fiscalité des entreprises du secteur. Mais pendant qu’il promet une réforme historique du cannabis « officiel », il soutient parallèlement une loi qui étrangle les produits au THC dérivé du chanvre. Double discours assumé ou stratégie brouillonne ? Pour les entrepreneurs du secteur, le message est clair : la liberté annoncée n’est pas pour tout le monde.

Le paradoxe politique

Le contraste est saisissant : d’un côté, un geste vers la normalisation du cannabis ; de l’autre, un tour de vis brutal contre les produits issus du chanvre. Les consommateurs perdent une alternative bon marché au cannabis légal. Les agriculteurs et artisans du chanvre, eux, voient disparaître en quelques semaines une source de revenus cruciale. Même certains élus républicains favorables au chanvre dénoncent une mesure qui sabote l’économie rurale. En filigrane, un autre conflit : celui entre les géants du cannabis récréatif, qui n’ont jamais apprécié la concurrence « low-cost » du chanvre, et l’industrie de l’alcool, contrariée par le succès des boissons euphorisantes au THC dérivé.

What’s next?

Ce qui pourrait passer pour un détail législatif redessine en réalité tout le paysage du cannabis américain. Si le cannabis est finalement reclassé, l’usage médical pourrait s’en trouver facilité. Mais en parallèle, la fermeture du marché du THC dérivé du chanvre prive le public d’un accès légal et accessible à des produits psychoactifs, tout en étranglant une filière innovante. Le paradoxe est total : Trump promet une révolution pour le cannabis, tout en appuyant la première grande interdiction fédérale d’un produit dérivé de la plante depuis des années.
Le terrain se resserre, l’industrie retient son souffle, et les consommateurs constatent une nouvelle fois que, dans l’Amérique de 2025, la légalisation est un chemin sinueux, fait de promesses flamboyantes, de virages brutaux et de zones grises qui disparaissent plus vite que les gummies au THC dans un festival d’été.

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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