Donald Trump vient de gracier deux condamnés pour deal de cannabis. Un geste très ciblé, mais hautement symbolique, au moment où Washington envisage de reclasser l’herbe dans un cadre légal beaucoup plus souple.
Aux Etats-Unis, la réforme du cannabis avance aussi par la porte des prisons. Jeudi 3 septembre, Donald Trump a commué les peines de Jerry Haymon IV et Kevin Harden, tous deux condamnés pour avoir vendu de l’herbe qui fait rire. Si la mesure de clémence met fin à leur peine, selle n’efface pas pour autant leur condamnation.
Paradoxe
Haymon avait écopé de dix ans de prison, peine minimale obligatoire, pour sa participation à un réseau de distribution. Ancien joueur de football universitaire, sans antécédent violent, il était depuis un an assigné à résidence et devait encore purger environ douze mois. Sa situation avait fini par illustrer jusqu’à l’absurde le décalage américain : il lui était notamment interdit de travailler pour une entreprise du cannabis ou pour un organisme de recherche sur la politique des drogues, alors même qu’il n’aurait pas eu à toucher à la plante. Trente-six élus du Congrès avaient déjà demandé à Joe Biden de lui accorder sa clémence.
Kevin Harden, lui, purgeait une peine de trente ans pour complot en vue de distribuer de la marijuana. En détention, il a connu de lourds problèmes de santé, dont plusieurs opérations à cœur ouvert, des troubles convulsifs et des problèmes de coagulation. Son coaccusé, James Romans, avait obtenu une mesure de clémence de Trump en janvier 2021.
Les deux dossiers avaient reçu un soutien inattendu : celui de Mike Tyson. L’ancien champion des lourds a écrit à Trump pour lui rappeler que des Américains restaient derrière les barreaux pour des faits qui, dans une grande partie du pays, ne conduiraient aujourd’hui plus à la prison. L’argument touche au cœur du paradoxe fédéral : des entreprises du cannabis pèsent désormais des milliards de dollars dans des Etats où le marché est légal, tandis que certains condamnés continuent de payer des peines prononcées au temps de la guerre à la drogue.
L’art du deal
Le geste de Trump reste toutefois très loin d’une amnistie générale. Joe Biden avait accordé des grâces collectives pour la simple possession de cannabis au niveau fédéral, mais sans libérer les personnes condamnées pour vente ou trafic. Trump, lui, privilégie jusqu’ici des décisions individuelles, plus spectaculaires que systémiques.
Ces changements de peine interviennent surtout au moment où l’administration accélère le chantier du reclassement fédéral. En avril, le ministère de la Justice avait déjà reclassé favorablement les produits contenant du cannabis approuvés par la FDA ainsi que certains produits de cannabis médical, pourvu qu’ils soient encadrés par les Etats. La question d’un transfert plus large du cannabis du tableau I au tableau III reste, elle, soumise à l’approbation de la Drug Enforcement Agency (DEA), après des audiences tenues cet été.
Cette reclassification ne légaliserait pas pour autant le cannabis au niveau fédéral, mais il entérinerait officiellement son usage médical reconnu et réduirait l’écart entre la loi fédérale et une Amérique où la plante est déjà légale, sous une forme ou une autre, dans une majorité d’Etats. En attendant, Trump choisit les visages de la réforme un par un : deux portes viennent de s’ouvrir, tandis que la grande reste encore sous surveillance.
