Au mois de juin, les ventes canadiennes de cannabis ont dépassé pour la première fois la très haute barre des ventes de cannabis en Californie. Derrière ce chassé-croisé statistique se dessinent surtout deux trajectoires opposées : un marché canadien qui continue de grossir et une Californie engluée dans les taxes, les interdictions locales et, contrairement à son voisin du nord, un marché noir toujours fleurissant.
Il fallait sans doute que cela arrive un jour. Huit ans après avoir légalisé le cannabis récréatif à l’échelle nationale, le Canada vient chatouiller — et même, selon certains calculs, dépasser — la Californie, patrie historique de la weed occidentale.
En juin 2026, les boutiques canadiennes ont vendu pour 517,8 millions de dollars canadiens de cannabis, un record mensuel et une progression de 8 % sur un an. Convertie au taux de change utilisé fin août, cette somme représente environ 374,5 millions de dollars américains, contre 372,4 millions de dollars de ventes pour la Californie sur la même période. Un mouchoir de poche, certes, mais suffisamment large pour faire tomber un symbole : le plus gros marché légal de cannabis au monde ne serait plus américain.
Canada : la légalisation tranquille
Les puristes de la calculette objecteront qu’en utilisant le taux de change moyen réellement observé en juin, la Californie conserve une courte tête : environ 522,9 millions de dollars canadiens, contre 517,8 millions pour le Canada. Cinq petits millions séparent alors les deux géants. Autant dire presque rien à l’échelle d’un marché qui pèse plusieurs milliards.Car derrière ce concours de virgules, la tendance est beaucoup plus nette. Au Canada, les ventes de cannabis récréatif ont atteint 5,5 milliards de dollars canadiens sur l’exercice 2024-2025, soit une hausse de 6,1 % en un an et de plus de 37 % en trois ans. Le pays comptait fin 2025 près de 3 300 détaillants employeurs spécialisés dans le cannabis. La légalisation tranquille, et vertueuse, est devenue industrie de masse.
Californie : Fiscalité, freins légaux et marché noir.
De l’autre côté de la frontière, l’ambiance est moins euphorique. La Californie avait tout pour rester indéboulonnable : près de 40 millions d’habitants, une culture cannabique vieille de plusieurs décennies, ganja AOC, opérations marketing XXL et consommateurs aguerris, dont nombre aux cheveux gris. Mais son marché légal s’effrite.
En 2025, les ventes trimestrielles sont progressivement tombées sous ou autour du milliard de dollars, avec des baisses pouvant dépasser 8 % sur un an. Le contraste avec le Canada est cruel : là où Ottawa et les provinces ont construit un réseau légal couvrant pratiquement tout le territoire et fait chuter drastiquement le marché noir, la Californie reste trouée de « déserts cannabiques ». Plus de la moitié de ses municipalités continuent d’interdire les commerces de cannabis.
S’ajoutent une fiscalité longtemps particulièrement lourde, des coûts réglementaires élevés, une guerre des prix et surtout un marché clandestin qui n’a jamais vraiment rendu les armes. Résultat : pendant que les ventes canadiennes progressent, celles du Golden State reculent depuis leur pic post-Covid.
Le Canada n’a donc peut-être pas encore définitivement arraché la couronne à la Californie. Mais celle-ci tient désormais sur quelques millions de dollars et les caprices du marché des changes. Un comble pour le pays pionnier de la légalisation (le cannabis thérapeutique est disponible en Californie depuis 1996).
