Weed business

Graine de légende la Haze de Nevil Schoenmakers.

Il est des noms qui s’écrivent à la lisière de la légende, dans ce territoire incertain où l’histoire se confond avec le mythe. Celui de Nevil Schoenmakers, souvent surnommé le « King of Cannabis », appartient à cette catégorie. Sa trajectoire, commencée dans les années 1980, a façonné une part essentielle de la culture cannabique moderne et son nom reste indissociable d’une variété devenue culte : la Haze.

Par le collectif Cannamoustache

Né en 1956 en Australie, élevé aux Pays-Bas, Nevil Schoenmakers incarne la rencontre improbable entre la rigueur scientifique et l’instinct visionnaire. Dans une Europe encore marquée par les tabous, il fonde en 1984 la Seed Bank of Holland : première banque de graines de cannabis au monde. Ce geste, apparemment anodin, ouvre une brèche historique : pour la première fois, les cultivateurs peuvent accéder à des génétiques stables, sélectionnées et croisées avec méthode. L’ombre artisanale des cultures clandestines cède la place à une approche quasi académique, où la plante se pense comme patrimoine vivant.

Au cœur de cette révolution se trouve la Haze : variété américaine née dans les années 1970 en Californie, fruit des expérimentations des frères R. et S. Haze. Ces pionniers avaient marié des sativas venues de Colombie, du Mexique, de Thaïlande et du sud de l’Inde, créant une lignée d’une intensité psychédélique inédite. Mais la Haze, capricieuse et exigeante, restait une plante difficile à cultiver, réservée aux initiés. Nevil Schoenmakers, en croisant ces génétiques avec des variétés plus stables, la Northen Light #5 et la Skunk, permit à la Haze de franchir les frontières et de s’inscrire dans une histoire mondiale.

La Haze devint alors plus qu’une simple variété : une mythologie vivante. Ses arômes d’encens, de bois précieux et d’agrumes semblaient convoquer l’Orient et l’Occident, le sacré et le profane. Elle incarnait un voyage intérieur, une expérience de l’esprit autant que du corps. Dans les serres hollandaises, sous les lampes artificielles, elle prenait des allures de plante totémique, gardienne d’un savoir ancien.

Mais la légende de Nevil Schoenmakers ne s’écrit pas sans zones d’ombre. En 1990, il est arrêté en Australie à la demande de la DEA américaine, accusé d’avoir exporté des graines vers les États-Unis. L’affaire, surnommée « Green Merchant Operation », fit trembler tout le milieu cannabique. Libéré sous caution, il échappa à l’extradition et disparut des radars, laissant derrière lui une aura de fugitif romantique, à la fois traqué et vénéré.

Aujourd’hui encore, la Haze demeure la pierre angulaire de nombreuses génétiques modernes. Qu’il s’agisse de la Super Silver Haze, de la Neville’s Haze ou des innombrables hybrides qui en portent l’empreinte, toutes rappellent la main de ce sélectionneur visionnaire. Nevil Schoenmakers n’a pas seulement domestiqué une plante : il a ouvert un imaginaire. La Haze, avec ses fleurs effilées et ses effets transcendants, reste le symbole d’une époque où l’utopie psychédélique croisait la rigueur botanique.

Ainsi, l’histoire de Nevil et de la Haze s’écrit comme une épopée moderne. Elle mêle la quête de pureté génétique à la lutte contre les interdits, le rêve d’une plante universelle à la réalité d’un monde répressif. Comme toutes les légendes, elle oscille entre la lumière et l’ombre, mais son parfum, lui, continue de flotter dans les consciences. Et dans chaque graine de Haze, c’est un fragment de cette histoire mythique qui se transmet, de génération en génération.

Nevil Schoenmakers (1956-2019), sa life en 3 phrases.

Nevil Schoenmakers, surnommé le « roi du cannabis », fut un pionnier australien dans la sélection et l’hybridation de variétés de chanvre. Installé aux Pays-Bas, il a fondé la première banque de graines de cannabis, révolutionnant la culture et la diffusion mondiale de génétiques. Son parcours reste une référence incontournable dans l’histoire contemporaine du cannabis.

 

 

Mark Savaya, le cannabis businessman parachuté envoyé spécial en Irak par Donald Trump.

Poids lourd du cannabis récréatif au States, Mark Savaya s’est vu offert par Donald Trump le poste d’envoyé spécial en Irak. Une nomination déroutante, à mi-chemin entre mauvais trip géopolitique et enfumage présidentielle.

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Mark Savaya a la biographie d’un personnage secondaire dont le romancier aurait soudainement décidé d’en faire le héros de son œuvre. Patron d’une tech cannabique, il est devenu depuis octobre 2025 envoyé spécial de Donald Trump en Irak. Une nomination reçue comme une énigme. « Nous pensions à un émissaire traditionnel, nous avons eu un entrepreneur du cannabis », a ainsi déclaré un diplomate irakien, résumant à lui seul ce mystère géopolitique.

Mark Savaya et Hulk Hogan (1953-2025). Where’s the catch?

Né il y a quarante ans dans une famille assyrienne ayant quitté Mossoul dans les années 1990, Savaya a grandi à Detroit et fondé Leaf and Bud, une chaîne de dispensaires de cannabis après la légalisation dans le Michigan en 2018. Avec ses airs de Jean Roch de la weed – son Instagram est truffé de photos au sourire trente-deux dents et de pouce en l’air aux côtés de personnalités –, rien, dans son parcours, n’annonçait qu’il finirait au cœur du laboratoire diplomatique de Trump. Car la question demeure : que va-t-il réellement faire en Irak ? Même dans l’entourage républicain, on parle d’une « initiative personnelle du président », formule qui peut évoquer une intuition brillante ou un geste improvisé après une journée un peu trop longue. Trump le présente comme un « trouble-shooter », un homme qui « comprend le Moyen-Orient autrement ».

Cannabis et géopolitique

Les voyages de Savaya à Bagdad et Erbil se sont multipliés ces dernières années, entre projets de data agricole et entretien des liens communautaires que les États-Unis ont longtemps négligés. Les Irakiens voient un intermédiaire tenace, capable de parler sécurité puis infrastructures dans la même conversation. Les Américains y voient un profil extérieur au système, donc facilement éjectable si l’expérience tourne court. C’est là que se niche le paradoxe : Savaya dirige une entreprise dont la survie dépend d’une conformité stricte au droit fédéral tout en se retrouvant chargé d’une mission où l’opacité fait partie du décor. Un pied dans les dispensaires qui respectent les clous, l’autre dans un pays où les signaux faibles comptent autant que les accords officiels.  

Même dans l’entourage républicain, on parle d’une « initiative personnelle du président ».

En réalité, la désignation de Savaya marque moins une décision en plein moment de « high » du POTUS qu’un recalibrage de la relation entre Irak et États-Unis que Trump voudrait consolider. Savaya incarne ainsi la volonté américaine de redéfinir sa stratégie au Moyen-Orient : un profil d’affaires, aux racines irakiennes, censé réconcilier reconstruction économique, influence politique, contrôle des milices chiites liées à l’Iran et réconciliation avec les Kurdes. Il y a du taf et le pari est audacieux dans un pays devenu une pétaudière. Si Savaya parvient à transformer son héritage culturel, son réseau et sa vision entrepreneuriale en résultats tangibles, alors son mandat pourrait marquer le début d’une diplomatie « business-style » au service d’un Irak nouvelle formule. Et ça vaudra bien un petit joint pour fêter ça.

Par Raphaël Turcat
@raphaelturcat

IA : Bienvenue dans la Silicon Weed

Culture optimisée, effets personnalisés, analyse ultra-ciblée : avec l’irruption de l’intelligence artificielle, le cannabis entre dans une nouvelle ère. Entre innovations déjà à l’œuvre, vertiges éthiques et délires futuristes, enquête sur un mariage qui pourrait bien changer la façon dont on plane et se soigne.

Par Thomas Le Gourrierec

Cet article est issu du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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Perdue au nord-est de Los Angeles, dans le désert des Mojaves, Adelanto est une ville de 38 000 âmes qui traîne son ennui sous l’aridité féroce de son climat. Elle campe ici depuis 1915, date de sa fondation par Earl Holmes Richardson, inventeur du fer à repasser électrique qui, après avoir vendu son brevet, fit l’acquisition d’un terrain pour y créer un quartier résidentiel privé. Sévèrement amochée en 2008 par la crise des subprimes, elle a peu à peu remonté la pente en attirant des entreprises, spécialisées notamment dans la culture du cannabis.

Le shop de 818 Brands à Studio City (Californie)

Parmi celles-ci, 818 Brands, dont les entrepôts gris trônent comme un mirage au milieu des sables. L’intérieur fait songer à un grand laboratoire futuriste aux murs blancs. Quatre mille lampes LED braquent une lumière froide et cérémonieuse sur des rails garnis de plants de cannabis. Sous sa casquette kaki, David Rodriguez, l’un des trois cofondateurs de la société, ne peut réprimer un élan de fierté lorsqu’il embrasse du regard la mer de têtes vert sauge qui s’épanouissent ici.

« Depuis que nous utilisons Copilot, notre rendement a doublé. »  David Rodriguez, cofondateur de 818 Brands

Le secret de sa réussite ? Un outil ultra-perfectionné nommée Copilot, mis au point par la société Growlink basée à Denver, dans le Colorado. Aujourd’hui, des centaines de capteurs collectent des données, analysées par l’IA pour orchestrer la croissance des plantes avec la précision d’un maître horloger. Irrigation, lumière, température, nutriments : tout est modulé au millimètre. Même le moment de la récolte devient une science exacte. « Avant de travailler avec eux, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre le matin, en entrant dans la pièce, se remémore en souriant David Rodriguez. Concernant l’arrosage, par exemple, nous évaluions grossièrement la quantité d’eau à utiliser. En fait, nous ne maîtrisions pas vraiment ce qu’il y avait dans les pots ! Depuis que nous utilisons cet équipement, notre rendement a doublé. » Et la qualité du produit est stable, en plus d’être irréprochable.

Du cannabis cousu main

Il est loin, le temps où la culture la weed s’effectuait sur la base de recettes ancestrales transmises de dealer en dealer, dans des sous-sols humides. Bienvenue dans l’ère de la haute couture cannabique. Pour parfaire cet art, l’IA permet également de détecter la présence de moisissures ou d’agents pathogènes nocifs pour la plante ou le consommateur. Elle aide par ailleurs au tri des fleurs et prédit même le rendement des cultures, afin de mieux planifier les récoltes et maximiser la production. Aux Pays-Bas, la société INNEXO a développé une technologie capable d’identifier les phénotypes des graines avant même qu’elles ne poussent. Plus besoin d’attendre des mois pour savoir si votre plant sera mâle ou femelle, fort ou chétif. Avec 600 graines issues de six variétés différentes étiquetées numériquement, et plus de 5 000 points de données collectés pour chacune, on atteint des sommets de précision, avec une sélection de caractéristiques comme la floraison ou la couleur des fleurs…

Chez Innexo, le tri non destructif des graines basé sur des traits phénotypiques. © Innexo BV

Le bagage génétique du cannabis n’étant pas stable, il est possible de le modifier en jouant sur la luminosité ambiante, la température, l’apport hydrique… De quoi faire évoluer ses molécules d’intérêt selon les besoins. Parmi celles-ci figurent les cannabinoïdes tels que le THC, responsable des effets psychoactifs, ou le CBD, garant de la réaction apaisante, mais aussi les terpènes, qui confèrent à chaque variété des parfums et saveurs uniques, ainsi que des propriétés, anti-inflammatoire ou antioxydante par exemple.

À l’Université de New York d’Abu Dhabi, le chimiste Ramesh Jagannathan se consacre depuis 2019, avec le rendort des algorithmes, à l’étude pharmacologique des plus de 400 agents actifs que contient le cannabis. Les combinaisons de ces éléments, avec une multitude d’autres, ouvrent sur une infinité de possibilités pour offrir des effets ultraciblés. « Je travaille sur les substances les plus actives et les mieux assimilées pour fabriquer un chanvre qui produira les meilleurs effets possibles », décrypte l’homme de science. Considérant qu’il est difficile de se livrer à ces expérimentations sur des humains ou animaux, il utilise l’intelligence artificielle. Avec l’espoir d’aboutir à des variétés qui seront utilisées dans des buts bien précis, thérapeutique ou récréatif. Pour bien dormir, par exemple, se concentrer sur une tâche professionnelle, faire l’amour, la fête ou du sport.

En Israël, la société Canonic s’appuie sur l’IA pour produire du cannabis thérapeutique à effet ciblé. Dose de THC : 23% !

En Israël, la société Canonic s’appuie, elle, sur l’IA pour produire du cannabis thérapeutique à effet ciblé, là aussi. Celui-ci contient une dose de THC, efficace contre le stress et la douleur, à faire pâlir tout Amsterdam : 23% ! Déclinés en six moutures, les produits maison, aux noms de livrets bancaires (Synergy, Mosaic, Combo…) sont mis au point avec le concours du moteur technologique GeneRator AI. Celui-ci permet de rechercher spécifiquement un taux de THC plus élevé ou des caractéristiques terpéniques bien précises. D’autres chercheurs ont découvert, toujours grâce à l’IA, que les effets de la weed sur des récepteurs opioïdes induisaient une réaction antalgique de l’organisme. Plus concrètement, le cannabis pourrait avoir la même action sur la douleur que la morphine. Sans les effets indésirables de celle-ci.

Chez Canonic, on maîtrise toutes les étapes du développement grâce à l’IA

Une expérience consommateur optimisée 

Toujours dans le but de tenter des combinaisons aboutissant à des effets bien ciblés, l’IA permet d’effectuer des croisements virtuels entre variétés, beaucoup plus rapides que dans le monde réel. Plus besoin d’attendre la pousse durant des semaines ou des mois, quelques minutes suffisent pour simuler l’évolution de plusieurs générations.

Combien de consommateurs ont-ils déjà vécu l’expérience traumatisante du brownie maison qui catapulte en orbite sans préavis ou du grand naufrage sur le canapé du salon transformé en radeau ? L’IA devrait bientôt permettre de parer ces affres en orientant le consommateur vers le produit qui lui convient parfaitement. Côté médical, elle permettra bientôt d’analyser de vastes données patients, incluant les symptômes et les réponses aux traitements précédents. Le défi est réel : chaque patient compose différemment avec le THC et le CBD, en fonction de facteurs comme l’âge, le poids et le métabolisme. Bientôt, l’IA connaîtra mieux votre constitution que votre médecin de famille ! Dans le même genre, certaines plateformes permettront aux patients de saisir des détails comme leur condition physique ou leurs symptômes, afin que le système génère des suggestions de dosage basées sur des profils patients similaires. Un genre de Netflix de la fumette thérapeutique.

Aux Etats-Unis, l’application Jointly utilise déjà l’IA pour analyser un demi-million d’expériences consommateurs documentées afin d’orienter l’utilisateur vers telle ou telle variété, selon qu’il souhaite « renforcer sa créativité », « trouver énergie et élévation » ou « s’apaiser et se relaxer ». Côté qualité produit, HiGrade offre pour sa part de tester instantanément ses fleurs de cannabis en transmettant trois photos de ces dernières, analysées via un système poussé. Celui-ci peut même indiquer le pourcentage de THC !

À l’évidence, l’époque romantique du cultivateur bohème perdu dans la campagne sera un jour révolue. Elle laissera place à l’ère du cannabis industriel intelligent, où chaque gramme est tracé, analysé, optimisé. Se posent alors plusieurs questions. Quelles seront les incidences si l’IA transforme une pratique contre-culturelle en industrie rationalisée et capitaliste ? Avons-nous le droit de façonner le vivant selon nos désirs récréatifs ? Quelle place reste-t-il pour la spontanéité, l’imprévu, l’erreur créatrice ? Une chose est certaine : comme dans de nombreux domaines convoquant l’IA, celle-ci ne révolutionnera le monde du cannabis qu’en étant utilisée, non pas à la place, mais en synergie avec l’individu.

 

That High Couple : la relève smart et fun des Weedtubers

Dans la galaxie des WeedTubers, Alice et Clark, alias That High Couple, ne font pas dans le cliché dreadlocks aux  yeux myxomatosés  mais dans le fun pétillant, forts d’un lifestyle aussi brillant qu’un bong chromé. Mariés et épousant la même vision créative, ils incarnent l’anti-couch-lock avec une énergie débordante. Zeweed magazine les a rencontré.

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« Le cannabis a apporté tellement de joie, de créativité et de connexion dans nos vies, qu’on voulait partager cette perspective avec les autres. Pendant trop longtemps, la culture autour du cannabis a été associée à des stéréotypes dépassés, il était temps de montrer un côté plus léger et réaliste. En se concentrant sur nos propres expériences positives, on espère démontrer que le cannabis peut faire partie d’un mode de vie heureux, sain et épanouissant », lâche Alice avec un sourire lumineux.

Clark et Alice. Crédits : That High Couple

Le mantra de That High Couple ? Dépoussiérer les vieilles images de stoners déconnectés pour montrer que la weed peut être synonyme de bien-être et de bonne humeur. Leur secret ? Miser sur leurs propres expériences positives pour faire passer le message. « Quand quelqu’un nous dit qu’il n’avait jamais vu le cannabis sous cet angle, on sait qu’on est sur la bonne voie », explique Clark.

« Pendant trop longtemps, la culture autour du cannabis a été associée à des stéréotypes dépassés, il était temps de montrer un côté plus léger et réaliste » Alice

Alice et Clark incarnent une alchimie rare dans l’univers du WeedTubing. Et non, ce n’est pas que la weed qui les relie. Leur duo créatif repose sur un équilibre parfait entre spontanéité et organisation. « On plonge souvent dans nos sessions ensemble, mais si l’un est trop high pour organiser, l’autre prend le relais », confie Alice en riant.
Clark, c’est le geek du setup, du cadre parfait. Alice, c’est la rêveuse qui éclaire les brainstorms. « On se complète à chaque étape, et ça se ressent dans nos vidéos : du fun, mais toujours bien ficelé », précise-t-il.

Aux petits soins pour leurs followers

Leur communauté, c’est leur moteur. Alice raconte cette fois où, à un festival, un fan leur a offert un joint roulé spécialement pour eux… « Il nous a dit que nos vidéos l’aidaient à assumer sa consommation », se souvient-elle, touchée. Ces interactions, loin d’être anecdotiques, nourrissent leur stratégie : chaque commentaire ou DM inspire de nouvelles idées. « Notre public nous guide autant qu’on le guide », admet Clark.

«Sur la weed, YouTube, c’est un champ de mines » Clark

Être WeedTuber, ce n’est pas que du smoke and chill. Avec des plateformes qui « flaguent » au moindre faux pas et une féroce compétition, Alice et Clark doivent constamment innover. « Sur la weed, YouTube, c’est un champ de mines. Les algorithmes changent tout le temps, donc on doit jongler », soupire Clark. Diversification, collaborations stratégiques, et même un livre prévu pour 2025 : leur réponse est simple :  s’adapter ou se crasher.

La résilience du WeedTuber

« On voit ça comme un défi, pas une fatalité. On essaye également de se concentrer sur l’éducation et la normalisation. En étant transparents, en montrant le cannabis sous un jour positif et en plaidant pour sa légalisation, on fait notre part pour déconstruire les stigmates. C’est un défi, mais on croit que la constance, l’authenticité et une volonté d’adaptation sont les clés de la croissance », développe Alice.

Le feu de l’amour. Crédits : That High Couple

Passion ou stratégie ? Pourquoi pas les deux ? Revues de produits, guides DIY et festivals psychédéliques, leur contenu oscille entre spontanéité et stratégie. « Ce qu’on crée doit nous passionner, mais aussi coller aux envies de nos abonnés », poursuit-elle. Qu’il s’agisse d’un partenariat ou d’une vidéo sans sponsor, leur marque reste intègre et alignée avec leurs valeurs. Alors que la légalisation gagne du terrain sur le globe, That High Couple prouve que le cannabis peut aussi être un style de vie aussi lumineux que coloré. 

Par Doria A.

 

USA : Dans les Etats qui ont légalisé le cannabis, la consommation d’alcool chute.

En Oregon, des chercheurs ont observé un phénomène discret mais bien réel : plus il y a de dispensaires de cannabis, moins certaines catégories d’adultes boivent d’alcool. Une substitution qui dit quelque chose de notre rapport contemporain aux substances, au plaisir et à la santé.

Ganja vs Apéro : 1-0

Depuis des années, on soupçonne que l’arrivée du cannabis légal bouleverse la hiérarchie des produits que les Américains consomment pour se détendre, s’évader ou simplement supporter la journée. Mais une étude menée par l’Université d’État de l’Oregon, financée en partie par l’Institut national sur l’abus des drogues, apporte une nuance importante : ce n’est pas seulement la légalisation qui compte, mais l’accès. Concrètement : la proximité du dispensaire du coin.
En analysant les comportements de plus de 60 000 adultes entre 2014 et 2022 — autrement dit, avant et après l’ouverture commerciale du marché — les chercheurs ont constaté que là où il y a plus de boutiques de cannabis, la consommation d’alcool lourde baisse, notamment chez deux publics : les 21-24 ans et les plus de 65 ans. Deux générations qu’on n’aurait pas forcément imaginées voisines de comptoir.

Une tendance toutes catégories d’âge confondues

Les 21-24 ans, ce sont ceux pour qui la fête est encore supposée être un sport de contact. Pourtant, dans les zones où le cannabis est facilement disponible, ils boivent moins. Non pas parce qu’ils se seraient soudain découverts une passion pour la modération, mais parce que l’herbe joue le rôle de substitut : même détente, moins de mal de crâne au réveil.
Plus surprenant encore : chez les seniors, même phénomène. Le baby-boomer qui se tourne vers le joint du soir plutôt que vers le verre de chardonnay n’est pas une anecdote isolée. Pour certains, il s’agit d’automédication douce — douleurs chroniques, troubles du sommeil. Pour d’autres, d’une recherche de bien-être plus contrôlée que l’ivresse alcoolique. Résultat : moins d’alcool fort, plus de vaporisation.

Consommation de weed en hausse

Mais là où la substitution devient plus nette, un autre effet apparaît : plus l’accès au cannabis est simple, plus les habitants en consomment fréquemment. Rien de très surprenant : quand un produit est légal, visible et normalisé, son usage augmente.
Les personnes de 18 à 20 ans restent en dehors du tableau, pour des raisons d’âge légal. Mais chez les autres tranches d’âge, la hausse de l’usage régulier est claire. Reste la grande inconnue : l’impact sur la santé publique. Car si boire moins est bon pour le foie, consommer davantage de cannabis n’est pas neutre, notamment pour la mémoire, l’attention, ou la dépendance psychologique.
Les auteurs de l’étude le disent sans emphase : on ne sait pas encore si le gain d’un côté compense la perte de l’autre. Mais une chose est désormais certaine : le cannabis n’est plus un produit marginal. Il est devenu une option, un choix, un concurrent de l’alcool avec sa clientèle, ses usages et sa culture.
-« On prend un verre?
– Non, on prend de la verte! »

Etats-Unis : la consommation de cannabis explose chez les seniors

Loin des clichés de la jeunesse défoncée, les seniors américains se tournent de plus en plus vers le cannabis. Une étude menée par l’Université de New York révèle une hausse significative de la consommation chez les plus de 65 ans. Derrière ce phénomène : des évolutions démographiques, des enjeux de santé et une légalisation qui change la donne.

Une hausse inédite chez les plus de 65 ans

La consommation de cannabis chez les personnes âgées aux États-Unis atteint un niveau record : 7 % des adultes de 65 ans et plus déclarent en avoir consommé au cours du mois écoulé, selon une étude menée par des chercheurs du Center for Drug Use and HIV/HCV Research (CDUHR) de la NYU School of Global Public Health.
Publiés dans la revue JAMA Internal Medicine, les résultats révèlent également une transformation du profil des consommateurs âgés. On observe notamment une augmentation marquée chez les personnes diplômées de l’enseignement supérieur, mariées, de sexe féminin et disposant de revenus élevés.
« Notre étude montre que la consommation de cannabis chez les personnes âgées continue de croître, bien que l’on observe d’importants changements en fonction des facteurs démographiques et socio-économiques », explique pour Science Daily, Joseph Palamar, chercheur principal et professeur associé à la NYU Grossman School of Medicine.

Deux ans de données rassemblées.

La majorité des Américains vivent désormais dans un État ayant légalisé le cannabis à des fins médicales, récréatives, ou les deux. Afin de mieux comprendre cette tendance chez les plus âgés, les chercheurs ont analysé les données de la National Survey on Drug Use and Health pour les années 2021 à 2023. Les participants de 65 ans et plus ont été interrogés sur leur consommation de cannabis au cours du dernier mois, définie comme une utilisation « actuelle ».
« C’est la première fois que nous avons pu examiner l’usage du cannabis dans cette tranche d’âge. Auparavant, nous ne pouvions nous appuyer que sur les données de consommation annuelle, les chiffres mensuels étant trop faibles », indique Benjamin Han, professeur associé à l’Université de Californie à San Diego et auteur principal de l’étude. Les résultats montrent que cette consommation mensuelle est passée de 4,8 % en 2021 à 5,2 % en 2022, pour atteindre 7 % en 2023, soit une hausse de près de 46 % en deux ans.

Portrait évolutif du consommateur senior

En regardant plus loin dans le temps, on constate que moins de 1 % des personnes âgées consommaient du cannabis en 2006-2007. Aujourd’hui, elles sont 7 % à en faire usage chaque mois.
Certaines catégories enregistrent des hausses plus marquées : les personnes mariées, blanches, diplômées, avec un revenu annuel d’au moins 75 000 dollars. Les femmes âgées, en particulier, voient leur consommation grimper en flèche, même si les hommes restent globalement plus nombreux à consommer.
La légalisation joue également un rôle clé : les États ayant légalisé le cannabis médical enregistrent des taux de consommation plus élevés. « Il n’est pas surprenant de constater une hausse dans les États où le cannabis médical est autorisé, ce qui peut s’expliquer par une meilleure accessibilité ou une acceptation sociale accrue », analyse Joseph Palamar. Il ajoute : « En 2021, les personnes aux revenus les plus élevés étaient celles qui consommaient le moins. En 2023, elles sont devenues les plus grandes consommatrices, ce qui peut refléter un meilleur accès au cannabis médical, souvent coûteux. »

Motivation thérapeutique 

L’étude note également une progression significative de l’usage de cannabis chez les seniors atteints de maladies chroniques — en particulier ceux souffrant de plusieurs affections simultanément, comme des troubles cardiaques, du diabète, de l’hypertension, des cancers ou de la broncho-pneumopathie chronique obstructive.
Les auteurs précisent que cette augmentation pourrait en partie s’expliquer par le vieillissement des usagers de cannabis d’hier, qui franchissent désormais le seuil des 65 ans. Quoi qu’il en soit, ils recommandent aux professionnels de santé de sensibiliser et d’éduquer leurs patients âgés aux effets du cannabis, en rappelant que le vieillissement rend le corps plus sensible aux substances psychoactives.

Zeweed avec Ganjapreneur et Science Daily

Le retour de la ganja nature

En réaction aux weeds génétiquement modifiées qui affichent des taux de THC vertigineux et des effets hasardeux, un nombre croissant de cannabis aficionados se tournent vers des ganja dites « Landrace« , ces variétés qui poussent depuis des millénaires à l’état naturel. Et si l’avenir de la fumette était la ganja d’hier?

Ils ont entre 30 et 50 ans sont musiciens, photographes, designers ou journalistes.
Si tous sont de gros fumeurs d’herbe, aucun d’entre eux ne tient à se retrouver scotché devant la télé.
Pour ces consommateurs aguerris, il s’agit de retrouver le plaisir de consommer une ganja de qualité, qui a poussé au soleil, et dont les alcaloïdes ont été harmonieusement répartis au fil des siècles par dame nature.
« Je me rappelle bien des weeds que je fumais en 1995-2000 », se souvient Arnaud C. 43 ans et photographe de presse à Paris. «La Zaïroise (aujourd’hui congolaise) te donnait une bonne patate sans trop donner faim. Ça tombait bien, j’étais étudiant. Pour l’équivalent de 75 euros, j’avais 25 grammes. Pour d’évidentes raisons de gain de place pour ces marijuanas par définition importées, ces weeds arrivaient par blocs d’un kilo, compressés à la César.

Taux de THC plus bas

Si ces weeds affichent un taux de THC plus bas, elles offrent un effet plus nuancé et contrôlable, sans pour autant perdre de leur magie.
Pour ces gourmets de la fumette pour qui les années coach-lock n’ont que trop vécu, les effets du cannabis sont un moyen et non une fin.
« Imagine que tu es en train de déjeuner, et veux te boire un verre tranquille en terrasse. Simplement, sur le menu, t’as que de la vodka, de la Tequila ou du Gin » continue Arnaud.
« Soit tu passes, soit tu prends, et si tu prends, tu prends cher. Ça s’applique à la weed.
Avec Ganja commerciales, ton après-midi est foutue en terme de boulot, de créativité productive et même de relations sociales. L’après-midi, je fume de l’Acapulco gold. Un peu l’équivalent d’une bonne bière mexicaine bien fraîche : ça me détend sans me rendre con. » s’amuse le photographe.
 
Cyrille, commissaire d’expo et peintre à ses heures partage la même conception du plaisir cannabique « j’ai trouvé un excellent landrace, une Thaï sativa qui me met dans un bon esprit, me retourne pas et me permet de faire ce que j’ai à faire… peut-être en mieux » s’amuse ce père de famille de 38 ans.
« L’été, je suis plus ACEH, l’équivalent d’un rosé léger ou d’une bière. Elle n’assomme pas, rend jovial, actif et créatif en ce qui me concerne » explique de son côté Arnaud.
Et à l’instar de bons vins ou d’une bière, pas de syndrome « gueule de bois du pétard », cet état léthargique qui vous ramolli plusieurs heures après que les effets se soient estompés.

Plaisir raisonnable des vieux loup de l’herbe

« En Europe, la majeure partie de ces weeds ont été créés pour répondre à une attente de la part des consommateurs dans les coffee shops d’Amsterdam, or, quand le touriste lambda se pointe, il veut se pulvériser la tête » explique Ben, un franco-hollandais qui a été budtender au Pink King Coffee shop pendant 5 ans.
Et les breeders indoor *de répondre, business oblige, à une demande qui veut du lourd, du gros vert qui tâche.
À ce jour 12 700 variétés de weed ont été génétiquement créées depuis 2010. Une offre démesurée en nombre comme en chiffre (taux de THC/CBN/CBD), bien souvent au détriment des vraies qualités de la ganja.
 
Si les variétés affichant des taux de THC de 25 à 35% trouvent aujourd’hui preneurs, il y a fort à parier que dans quelques années, ce sont aussi ces mêmes consommateurs qui se laisseront séduire par quelques grammes de finesse des bongs de brutes.
« Les ventes de weeds Landrace importées explosent » remarque Ben le Budtender/dealer.
« Ce sont les petits Mickeys qui fumaient jusqu’à la cataracte il y a 7-8 ans qui, une fois posés dans la vie, se mettent aux naturelles » continu-t-il sourire aux lèvres.
« À l’approche de la trentaine, en matière de cannabis, ces ex stoners ont tout essayé dans tous les sens. Alors pour ne pas se retrouver avec une mémoire de bulot, ils y vont mollo » poétise-t-il.

Beuh Bio et Ganja AOC

Ce retour des « Beuh bio » ou des « Ganja AOC » s’inscrit aussi dans une approche responsable de notre corps, une tendance actée depuis quelques années déjà côté bouffe.
Mais pas seulement.
« Quand le cannabis est interdit, ça crée un phénomène comparable à celui de la prohibition de l’alcool aux États-Unis au début des années 30. Pour des raisons de rentabilité et de sécurité, seuls des alcools forts étaient produits, car ils prenaient moins de place. Comme les consommateurs n’avaient pas ou peu de choix, ils prenaient ce qu’il y avait : c’est-à-dire un alcool puissant, franchement mauvais pour le corps comme pour le cerveau. C’est exactement la même chose pour le cannabis. Interdire la distribution et consommation de  weed, c’est encourager la production de ganja de plus en plus forte et de plus en plus nocive » conclue Ben.
Le retour des weeds old school et leur succès comme signe d’évolution ?
À n’en pas douter.
 
 
 
*Breeder Indoor : cultivateur de cannabis poussant sous lampes, sans source de lumière naturelle, à partir de graines génétiquement modifiées.

USA : les boissons au THC s’invitent en grandes surface

Target met un pied dans la weed sans fumer la prudence : le géant de la grande distrib’ teste depuis vendredi des boissons au THC dans dix magasins du Minnesota, son fief. Un galop d’essai très symbolique alors que le Congrès discute d’un possible retour en arrière sur le chanvre « intoxiquant ». Rayon boissons, débat fédéral : même scène, mêmes acteurs — mais cette fois, en tête de gondole.

Minnesota, Etat pionnier ou cobaye?

Basé à Minneapolis, Target a discrètement installé en rayon une douzaine de marques de sodas et seltzers au THC dans dix magasins pilotes. Sur la liste : Birdie, Cann, Gigli, Hi Seltzer, Indeed, Señorita, Stigma, Surly, Trail Magic, Wonder, Wyld et Wynk. Le cadre local a préparé le terrain : depuis 2022, le Minnesota autorise la vente de tous les cannabinoïdes issus du chanvre (CBD compris) dans l’alimentaire, les cosmétiques et les boissons, sous plafond fédéral de 0,3 % de THC, avec des limites strictes pour les produits ingérables : 5 mg par portion, 50 mg par paquet. Résultat : un marché déjà éduqué, des consommateurs curieux, et des étagères qui ressemblent de plus en plus à celles de la bière sans alcool. « Vu tout ce qui se joue autour du chanvre, Target qui s’y met, c’est monumental », salue Jason Dayton, cofondateur de Trail Magic. « On veut plus de régulation, pas moins : contrôle d’âge, tests, traçabilité — les règles de la route qui ont fait l’alcool. » poursuit l’entrepreneur dans un entretien accordé à Marijuana Moments.

Crédits : Jason Dayton, Trail Magic.

Grands noms de l’industrie

Le line-up assume l’entre-deux : fun, “clean”, dosé pour un effet léger, sans l’ivresse ni la gueule de bois. Certains concurrents applaudissent même en restant sur la touche. « Énorme pour la catégorie, big up à ceux qui y sont », glisse Adam Terry (Cantrip). Dans l’ombre, investisseurs et distributeurs de l’alcool prennent des notes : « On avait vu des gros distributeurs d’État et des chaînes type Total Wine s’y frotter, mais aucun poids lourd du retail n’avait plongé. C’est fait », écrit l’investisseur Aaron Edelheit (Mindset Capital). Officiellement, Target parle d’un “test limité” pour « mieux comprendre la demande ». Officieusement, chacun se demande si le pilote minnesotais ouvrira la porte à d’autres États où les boissons au THC dérivé du chanvre sont déjà carrément légales.

Spectre fédéral

Timing serré : à Washington, des élus poussent pour bannir tout produit au chanvre contenant une quantité mesurable de THC, au risque d’effacer l’ouverture de la Farm Bill 2018. Les États, eux, bricolent leur ligne : certains restreignent, d’autres encadrent et taxent. Pendant que la politique hésite, les usages avancent. Les sondages se suivent et se ressemblent : une majorité d’Américains considèrent le cannabis « plus sain » que l’alcool ; quatre buveurs de THC-drinks sur cinq disent avoir réduit leur conso d’alcool — plus d’un sur cinq a carrément arrêté. Les grandes boîtes adaptent leurs RH (la normalisation du cannabis s’installe dans les politiques de dépistage), l’écosystème se structure (des associations de vétérans nouent des accords de licence pour vendre des seltzers au THC dans leurs clubs), et l’industrie des spiritueux regarde la part de marché filer vers les bulles au chanvre. Si Target transforme l’essai, l’allée des softs ne sentira plus seulement le citron : elle racontera une recomposition accélérée des apéros américains.

Quitte ou double

Reste la question à un milliard : ce pilote deviendra-t-il national ? Rien n’est acté. Les juristes de Minneapolis savent qu’un faux pas réglementaire vaut bad buzz et rappel de produits. Mais l’ADN de l’opération — une sélection “faible dose”, des marques rodées aux tests en labo, un âge légal bien affiché — raconte l’ambition : normaliser sans braquer, apprivoiser le grand public sans promettre la lune. Si Washington tranche en faveur d’un durcissement, Target rangera ses canettes et personne n’en parlera plus. Si le compromis l’emporte, alors le mass market vient de s’ouvrir. Dans ce cas, la petite révolution minnesotaise d’octobre pourrait valoir modèle — pour Target, pour la grande distrib’, et pour un secteur qui rêve de devenir la boisson « troisième voie » entre eau gazeuse et IPA.

Zeweed avec Marijuana Moments

Canada : Quel impact a eu la légalisation sur les ventes d’alcool ?

Quand le Canada a légalisé le cannabis, la majorité des provinces ont refusé que les magasins d’alcool vendent aussi de l’herbe. Objectif : éviter que les amateurs de bière ne deviennent fumeurs de joints. Mais les chiffres racontent une histoire plus complexe.
Certaines études menées avant la légalisation montrent que l’usage thérapeutique du cannabis pouvait faire légèrement reculer la consommation d’alcool. Qu’en est-il depuis l’instauration du cannabis récréatif ?

Des ventes d’alcool globalement stables

Entre 2004 et 2022, les ventes d’alcool au Canada ont peu évolué dans leur ensemble. La bière a perdu du terrain, mais les « ready-to-drink » et autres spiritueux ont compensé la chute. Le volume total vendu est donc resté relativement constant.
Autrement dit, les Canadiens semblent avoir troqué la pinte contre des mélanges plus sophistiqués — mais sans pour autant réduire leur consommation globale. Rien, dans cette dynamique, ne semble lié à la légalisation du cannabis en 2018.
En analysant les ventes mensuelles sur les 12 mois précédant et suivant octobre 2018, aussi bien chez les brasseurs que chez les détaillants d’alcool, aucune variation majeure ne se distingue. Le choc attendu n’a pas eu lieu — du moins à l’échelle nationale.

Nouvelle-Écosse : une exception instructive

Pour détecter des effets plus subtils, les chercheurs ont mis le cap sur la Nouvelle-Écosse, province qui a fait bande à part lors de la légalisation.
Contrairement à la plupart des autres provinces, elle a permis à sa régie des alcools — la Nova Scotia Liquor Corporation — de vendre aussi du cannabis. Dès octobre 2018, certaines succursales ont ajouté l’herbe à leur catalogue. D’autres sont restées fidèles à l’alcool uniquement.
Ce découpage a offert un terrain d’observation unique. Pendant les 17 mois précédant et les 17 mois suivant la légalisation, les chercheurs ont disséqué les chiffres.
Résultat : un contraste marqué. Globalement, les ventes d’alcool chutent brutalement en octobre 2018, puis remontent légèrement sans retrouver leur niveau initial. La baisse moyenne mensuelle s’élève à environ 500 000 dollars canadiens.

800 000 CAD$  de perte mensuelle pour les boutiques ne vendant que de l’alcool

Dans les magasins ne vendant que de l’alcool, le plongeon est encore plus net : 800 000 dollars canadiens de perte mensuelle. Mais dans les succursales vendant à la fois alcool et cannabis, les ventes d’alcool grimpent de 300 000 dollars par mois après la légalisation.
La bière semble la plus affectée par ces changements, davantage que le vin ou les spiritueux.
Autre détail intéressant : les magasins d’alcool restés « cannabis-free » ont vu leurs ventes décliner, même lorsqu’ils étaient proches d’un point de vente de cannabis. Cela suggère que ce n’est pas la proximité géographique qui compte, mais bien la possibilité d’acheter alcool et cannabis au même endroit.

Substitution ou glissement d’habitudes ?

Difficile de trancher. Les données n’autorisent pas une lecture définitive, mais elles ouvrent la voie à plusieurs interprétations.
Première hypothèse : certains clients ont remplacé l’alcool par le cannabis dès que celui-ci a été disponible légalement.
Deuxième scénario : les consommateurs n’ont pas réduit leur consommation, mais ont simplement changé de lieu d’achat, préférant les magasins qui proposaient les deux produits.
Troisième lecture : l’augmentation progressive des ventes dans les succursales mixtes reflète peut-être un transfert du marché noir vers le marché légal. Des acheteurs de cannabis, auparavant clandestins, viennent désormais faire leurs courses légalement — et en profitent pour acheter de l’alcool.La possibilité d’acheter les deux substances en un seul et même lieu semble donc jouer un rôle, à défaut d’expliquer toute la tendance

« Time will tell »

L’étude s’arrête en février 2020, juste avant que la pandémie de COVID-19 ne vienne bouleverser les comportements de consommation. Les auteurs prévoient d’examiner les effets à plus long terme, une fois que les ventes de cannabis auront atteint leur maturité.
Mais un problème majeur se pose : la pandémie a fortement perturbé le marché de l’alcool, sans affecter de manière équivalente celui du cannabis. Difficile donc d’attribuer clairement les évolutions futures à la seule légalisation.
La légalisation du cannabis n’a pas déclenché une révolution immédiate dans les habitudes de consommation d’alcool. Mais dans certains cas précis — comme en Nouvelle-Écosse — elle a modifié les équilibres commerciaux, sinon les comportements individuels.Un cocktail aux effets encore incertains, à déguster avec prudence.

Interview : Mila Jansen, 60 ans dans l’arène du hash

Du Royaume-Uni au Népal, d’Amsterdam à Katmandou, en passant par le Maroc et Goa, Mila Jansen alias « The Queen of hasch », a vécu tambour battant mille existences sans jamais se défaire de son légendaire sourire et du joint qui l’accompagne. Entretien avec la reine de tous les voyages.

ZEWEED : Comment avez-vous appris à faire du hasch ?
Mila Jansen : J’ai appris la théorie en Afghanistan, au Pakistan et en Inde, puis, en 1968, toujours en Inde, j’ai commencé en faisant du charas. J’avais appris l’art du hasch making en regardant pendant des années les cultivateurs frotter et tamiser les fleurs. Quand je suis revenue à Amsterdam, en 1988, j’ai recommencé à en produire alors que je gérais, avec des amis, 13 plantations. En 1988, je passais encore mes fleurs au tamis jusqu’à ce qu’un jour, en regardant tourner mon sèche-linge, j’invente le Pollinator*. 
À cette époque, le concept des cannabinoïdes et terpènes n’était pas connu – pas de nous en tout cas. Ce qui m’a valu pas mal d’expérimentations pratiques avant de trouver le bon équilibre [rires]. J’ai adoré cette période de mise au point. Et je voulais surtout proposer à Amsterdam un bon hasch, trouvant médiocre celui qui était vendu dans les coffee shops. Après vingt ans passés en Inde, où l’on trouvait de l’afghan, du népalais, du cachemirien, et produire le nôtre, je suis devenue exigeante !

ZW : Réussir dans un milieu aussi dangereux que masculin relève de l’exploit…
MJ. : C’est l’intelligence et une bonne idée qui m’ont donné l’occasion de percer, en créant en premier une machine qui fait tout le travail manuel, réservé aux hommes ! Cette innovation a permis aux cultivateurs de faire leur hasch en gagnant un temps fou. Quand j’ai créé mon entreprise, parce qu’il fallait bien que je nourrisse mes quatre enfants, je ne m’étais pas inquiétée d’une quelconque compétition avec les hommes parce que je n’étais pas en compétition avec eux. Oui, j’entrais dans un monde réservé aux hommes, mais mon business n’interférait pas avec les activités classiques de production, de semences, de lampes ou d’engrais qui sont aux mains de la gent masculine. Je suis certaine que si j’avais créé une banque de graines, par exemple, leur attitude aurait été très différente.

Mila à Goa

ZW : Vous êtes une icône féministe. Vous aviez le militantisme dans le sang ou c’est arrivé sans que vous n’y pensiez ?
MJ. : Il y a quelques jours, je suis tombée sur une citation de Shakespeare : « Les uns naissent grands, les autres se haussent jusqu’à la grandeur, d’autres encore s’en voient revêtir. » [Troïlus et Cressida, 1609 NDLR] J’appartiens définitivement à cette dernière catégorie car je n’ai jamais eu pour objectif de devenir une quelconque icône. J’étais mère célibataire jusqu’à ce que je crée mon entreprise. J’étais féministe et militante, oui, mais uniquement durant le peu de temps libre que j’avais, bien trop occupée à prendre soin de ma famille.

ZW : Vous avez habité à Goa, en 1968, soit les premières heures de ce qui allait devenir une Mecque de la contre-culture hippie. Ça ressemblait à quoi ?
MJ. : Goa en 1968 était le paradis que nous recherchions, niché entre les palmiers et un océan chaud. Il n’y avait que 11 voyageurs routards, cette année-là. L’année suivante, ils étaient 200 ! Il n’y avait pas d’électricité, la musique sortait d’une flûte en argent et de quelques tables, avec toujours le bruit de la mer en fond sonore. Nous faisions du stop à bord d’une charrette à buffles pour nous rendre au marché hebdomadaire, qui regorgeait de fruits, de poissons et de légumes frais, cueillis le matin même par les vendeuses du marché. Une explosion de couleurs, de soleil. Sur la plage, on achetait une douzaine de poissons frais pour deux cents américains ! Et, contre un coup de main pour relever les filets, le poisson était gratuit. Nous passions toute la nuit autour d’une énorme bougie, au son de la flûte, parfois des tablas, mais la plupart du temps juste avec le son des vagues qui s’échouaient sur le sable. Et les couchers de soleil sous LSD… Sortir de l’océan comme si nous étions les premiers à fouler cette Terre…

ZW : Vous avez connu le marché clandestin. De quel œil voyez-vous la légalisation ?
MJ. : J’espère que la légalisation arrivera le plus rapidement possible, même si je constate qu’elle semble s’accompagner d’un sacré paquet de permis, de documents, de coûts, etc. Il y a trop de règles, de contraintes ; ce qui est loin d’être idéal. Le fait que le gouvernement légalise ne veut pas dire qu’il peut mettre son nez partout. D’une manière ou d’une autre, cela semble faire le jeu des grandes entreprises, pendant que le petit agriculteur dévoué est mis à l’écart et condamné, à terme, à disparaître. Maintenant qu’on a un peu de recul, la légalisation ne semble pas vraiment rendre plus heureux quiconque que je connais.

La Mila famille au naturel

ZW : Quel est le meilleur hasch que vous ayez fumé ?
MJ. : C’est dans l’Himalaya, au-dessus de Kullu, au-dessus de la limite des arbres, que j’ai trouvé le meilleur hasch. Nous étions avec des sâdhus locaux (hommes saints indiens qui fument des chillums) à la recherche de plants de cannabis qui avaient survécu à l’hiver sous la neige ; nous les avons frottés et avons récupéré le hasch de nos mains. Nous l’avons mis dans un chillum et l’avons fumé de suite. C’était plutôt un trip acide : les sons du ruisseau babillant, les couleurs des fleurs sauvages, l’espace et la liberté dans le cerveau, la joie ! Les montagnes enneigées qui nous entourent, les forêts sans fin et les sâdhus eux-mêmes – une expérience magique !

ZW : Vos rapports avec la police ? Il y a dû en avoir quelques-uns, en soixante ans de carrière…
MJ. : Oui… En 1965, j’ai ouvert une boutique, Kink 22, où nous vendions les premières mini-jupes. Plus tard, début 1968, nous l’avons transformée en salon de thé. C’était l’époque de Timothy Leary et abandonner cette société était là où il en était. Le salon de thé attirait des gens revenant de l’Est, apportant du hasch et parfois des stocks américains réaffrétés de la guerre du Vietnam – ces gars-là rapportaient du LSD ! Régulièrement, il y avait une descente de police : le salon de thé était perquisitionné et je passais une nuit au commissariat de Leidseplein. Puis ce commissariat a fermé ses portes et a été remplacé par le Bull Dog, un coffee shop. En 2013, nous fêtions mon soixante-dixième anniversaire, très festivement au Bull Dog, justement, et, tout d’un coup, j’ai un flash : c’était là que j’avais fait de ma garde à vue !

ZW : Vous avez vraiment fait pousser de l’herbe à côté d’une caserne de pompiers ?
MJ. : Oui, c’est vrai. C’était en 1993-1994 et je cultivais beaucoup d’herbe, à cette époque. En l’occurrence, il y avait un joli spot juste à côté d’une grande caserne de pompiers. Et nous ne dépensions pas d’argent dans des systèmes de ventilation avec des filtres anti-odeurs… Ça sentait franchement l’herbe, mais ce n’était pas une odeur connue à l’époque. Nous n’avons jamais eu de problèmes avec nos voisins, les soldats du feu.

 

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