Bob Marley

On a perdu Bunny Wailer mais on a retrouvé sa beuh.

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Après cinq années d’intensives recherches en laboratoire, le docteur en botanique Emanuel Machel a réussi à recréer la Ganja que Bob Marley, Peter Tosh et Bunny Wailer fumaient. Celle-là même qui poussait en abondance dans les collines de Bull Bay, à 10 km de Kingston et Trenchtown. Notre hommage à Bunny (1947-2021).

C’est avec de la bonne Ganja qu’on fait du bon Reggae” affirmait le regretté Bunny Wailer. Et avec de vieilles variétés qu’on produit la meilleure weed ? C’est en tous cas ce dont semble être persuadé le Dr. Emanuel Machel, de la West Indies Univesity (WIU) de Kingston. En 2014, ce Dominicain de souche, lui-même grand amateur d’herbe, s’est mis en tête de reproduire la “Supreme Ganja” ou « Lambsbread ». La variété disparue qui aurait été l’instrument indispensable à la composition de tous les albums des Wailers, aimait à raconter Bob Marley.

« Aujourd’hui, la Lambsbread est une variété qui a littéralement disparu de l’île », explique Emanuel Machel, 35 ans, dreadlocks dans le dos, doctorat « horticulture spécialisée adaptation des plantes au climat » en poche. Dans un jardin à ciel ouvert alloué par la WIU au sein du département de biologie, le rastafari en blouse blanche a gagné son pari : donner une seconde vie à la zeb’de Bob. Une 100%  sativa qu’il a pu faire renaître de ses cendres en remontant sa généalogie, de graines en graines, de récoltes en récoltes. Un travail de fourmi autant que d’explorateur : en quatre décennies, les descendants de la « Lambsbread » s’étaient répandus aux quatre coins des Caraïbes.

Les recherches du weed-doctor l’auront conduit en Guadeloupe, à Trinidad ou en Dominique, à la recherche de Rastas-cultivateurs, qui, reclus à l’abri de toute civilisation, continuaient à faire pousser des variétés proches de la « Lambsbread ». Machel se souvient d’une de ces expéditions « On m’avait parlé d’un rastafari, un homme qui vivait seul depuis 35  ans et qui n’avait pas vraiment été en contact avec la civilisation au cours de ces dernières années. Or, la Lambsbear a disparu il y a 35-40 ans. C’était très prometteur. Il m’a fallu six heures de marche pour rejoindre sa baraque et ses champs. Il cultivait, mais ne vendait pas. Ou très peu. Il faisait surtout du troc. Et qu’avec d’autres Rastas. En arrivant, j’ai fumé ce qu’il faisait pousser. Au lieu de repartir directement, je suis resté trois jours dans des conditions très spartiates… mais j’ai tant appris et passé des moments inoubliables avec cet improbable ermite « .

Emanuel est évidemment reparti avec de précieuses graines. « Ce n’était pas de la « ganja suprême », mais ça a fait avancer mes recherches.  Sur un niveau personnel en revanche…  J’ai passé trois jours hors du temps, hors de moi. C’est assez indescriptible. J’en suis redescendu changer.  Pour faire court : ça vaut les six heures de marche. Le double, le triple même »
Aux murs de son labo de savant fou, des photos de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié, considéré comme un messie par les rastas. Une religion dont Machel se réclame

Ganja Suprême 

« Jusqu’aux années 1970,  les variétés de cannabis qui poussaient dans l’île était quasi exclusivement de type Landrace  » explique le chercheur en herbe.
Les Landrace jamaïcaines comme la Thyme ou la Goshen (et par défaut la Lambsbread) sont caractérisées par un arôme terreux borderline moisi et un effet cérébral tonique qui fit la renommé des fleurs jamaïcaines. Le genre de weed qui vous donne envie de parler, de rire, de danser…ou de faire de la musique. Par exemple: Sur le plan chimique, la proportion est  proche du « 2 :1 ». C’est-à-dire deux unités de THC pour une de CBD. En l’occurrence, le THC se situant entre 8 et 11% et le CBD entre 5 et 6%. Pour cette « Ganja Suprême/Lambsbread ». Des plants qui pouvaient atteindre 3,50 mètres de haut pour un cycle de vie de graine à fleurs mature qui était de 24 semaines. Soit 6 mois, soit… beaucoup de patience au regard d’autres variétés.

Si les effets sont remarquables (grâce à des alcaloïdes parfaitement répartis et solidement figés par une longue exposition à la lumière naturelle) la Ganja Suprême est peu rentable car à croissance très lente.
Qui plus est, est très facilement repérable par les autorités à cause de sa grande taille.

« Dans les années 1980, pendant la guerre américaine contre les drogues, les Landrace ont disparu. Que ce soit en avion, hélicoptère et même au sol, il était très difficile de les cacher. Trop larges, trop hautes. Alors, au fil du temps, des hybrides Indica/Sativa, plus courtes et plus petites, ont remplacé les Landrace. » appuie le Dr cannabis. « Ces variétés importées produisent également une teneur plus élevée en THC mais présentent des inconvénients. Elles sont par exemple plus sensibles aux parasites et aux moisissures. Si vous exposez une Landrace et une hybride génétiquement modifiée aux mêmes conditions sur la même durée, la variété indigène primera en restant inchangée. »

Des recherches qui ne seraient pas uniquement dues à son amour de l’horticulture. Dans la lancée, l’homme de science a également mis au point un plan de marketing complet pour vendre les fleurs du fruit de son travail. Des plaquettes prototype pour le lancement d’une semence « LandRace Jamaïque *» sont en préparation. L’argumentaire évoque une herbe « pure » et « ancienne », utilisée par Bob Marley – un argument séduisant pour les amateurs de cannabis et musiciens épris de good vibes. « On pourrait aussi avoir un produit unique basé sur une indication géographique, comme pour le Champagne en France. Ce serait un bon argument pour vendre le cannabis jamaïcain« , envisage aussi le rasta en blouse blanche.
Babylone n’est jamais loin.

Bonus: le premier Dab de Bunny!

 

*A ne pas confondre avec « Bob Marley Seeds », entreprise corporate de vente de graines de cannabis, fondée il y a cinq ans par le trust de la famille Marley.

Positive vibration, Ze vintage clip!

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Bob Marley : naissance d’une mission

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Cap sur la Jamaïque avec notre confrère Michka Assayasn sur la french et fantastique radio « France inter ». Découvrez son nouveau podcast sur la vie d’un des plus fervents adeptes de la ganja. Près de 40 ans après sa mort, Bob Marley est toujours considéré comme l’un des plus grands artistes de tous les temps.

Au début des années mille neuf cent soixante-dix, neuf Jamaïcains sur dix sont des descendants d’esclaves jadis arrachés par des négriers aux terres africaines du golfe de Guinée pour venir cultiver la canne à sucre. Ces habitants parlent ce qu’ils appellent eux-mêmes le patwa, un créole jamaïcain totalement incompréhensible en dehors de l’île.

Quand Bob Marley y grandit, il règne une forme d’apartheid qui ne dit pas son nom. Depuis 1962, année de l’indépendance, indépendance par rapport à la Couronne britannique, bien sûr, les Premiers Ministres jamaïcains sont Blancs ou bien font la politique des Blancs. Hugh Shearer, Premier Ministre de 1967 à 1972, est issu des classes moyennes noires. Celui-ci réprime avec fermeté ceux qui prônent l’autonomie et le séparatisme de la population noire, en premier lieu les leaders Rastas. Shearer est membre du JLP, le Jamaica Labour Party, un parti conservateur comme son nom ne l’indique pas.

 

En 1972, la politique jamaïcaine prendra un tournant spectaculaire lorsque Michael Manley, le leader du parti opposé, le People’s National Party, le PNP, un socialiste, arrive au pouvoir pour appliquer une tout autre politique. Manley est un Blanc, il est de plus le fils d’un gouverneur britannique de la période coloniale, c’est intéressant à souligner. J’y reviendrai, parce que l’histoire de Bob Marley et des Wailers est profondément imbriquée dans les conflits et rivalités politiques de l’île entre JLP et PNP et leurs hommes de main, aussi violents et corrompus d’un côté que de l’autre.

Bref, la Jamaïque est un pays dont les touristes apprécient les plages immaculées, plantées de cocotiers, les paysages luxuriants et les montagnes où l’on va trouver la fraîcheur. Mais pour beaucoup de ceux qui habitent en Jamaïque, cette île est une misère dont on cherche à s’enfuir. Pour ceux-là, les Etats-Unis représentent l’espoir d’une vie meilleure.

 

Retrouvez ici les épisodes l’intégralité des épisodes disponible sur France Inter

La Jamaïque et le cannabis.

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Le cannabis a été dépénalisé en Jamaïque en 2015.
Les idées reçues de ce pays, considéré comme le pays de la weed, furent exagérées par les stéréotypes de l’image de Bob Marley et de ses rastafaris.

Le cannabis a été illégal durant des dizaines d’années en Jamaïque. À la base, il faut comprendre que la plante de cannabis est un moyen d’usage rituel comme aide à la transe dans un contexte religieux. C’est donc seulement depuis 3 ans que la marijuana a été décriminalisée dans un effort de réguler une industrie qui présente un énorme potentiel pour son pays.

Aujourd’hui, cette île anglophone est le seul de la Caraïbe à avoir franchi le pas.
En autorisant la culture de la marijuana et en favorisant son usage thérapeutique, le gouvernement jamaïcain espère faire de  »la meilleure « ganga du monde » un atout commercial. La culture, la transformation et l’utilisation sont encadrées par les lois.
La « ganja » est interdite aux mineurs et il est interdit d’en consommer dans des lieux publics.
Posséder 56 grammes de marijuana est considéré comme une infraction mineure qui n’entraînera pas un dossier criminel pour le délinquant mais une simple amende de 5 euros.
Cultiver des plants (six maximum) dans n’importe quel lieu est autorisé et la vente (du moins, en petite quantité) n’est passible que d’une amende.
L’idée générale, est de promouvoir une ile paradisiaque où l’herbe n’est pas chère, abondante et même disponible aux kiosques des aéroports (pour ceux rentrant dans le pays).

Parallèlement,  les chercheurs dans les universités étudient les qualités de cette plante en toute légalité afin d’identifier les pistes pour la production des médicaments. Le Canada, fin 2018 avait bénéficié d’une importante livraison made in Jamaïqua d’huile de Cannabis concentrée, obtenue à partir de plantes cultivées sur l’île.

Depuis peu, la Jamaïque représente une destination idéale pour les fumeurs de cannabis.
Sa loi permet à tout le monde de profiter de l’herbe cultivée (contrairement à des pays comme Barcelone ou seul les résidents du pays peuvent se procurer de l’herbe).
Ici, les touristes sont comme des locaux.

Voici une enquête grand format dans la Jamaïque pour mieux comprendre son fonctionnement.

Jacob

Récit : Bob Marley et moi…

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Acte 1. Ce jour dont je ne me souviens s’il pleuvait, j’étais encore punk à fond, le cerveau pleins de Fringanor, un illustre coupe faim disparu depuis. Au printemps 1978, j’habitais déjà chez Alain Pacadis rue de Charonne. Sa chambre de bonne incarnait un cube post moderne recouvert de vinyles assortis aux vieilles tentures grenat du lieu. Un miroir brisé et une couche de poussière réglaient la question des fantasmes et surtout de l’hygiène quotidienne.

Chaque fin de journée nous passions chez Rock Hair, rue de la Grande Truanderie, question de suivre les délires capillaires de Rocky,  le seul coiffeur au monde connu pour son cheveu sur la langue ! Il avait embrayé bille en tête sur le mouvement punk et sévissait dans le quartier des Halles, avant que ce dernier ne soit défiguré. Bye, bye Baltard.

La nuit bien tombée, on fonçait dans un vieil hôtel miteux des années 1950, à Répu’, qui était notre point de chute. Après de longues tractations avec le service d’ordre de l’hôtel, on rejoignait la chambre des Slits, un groupe punk londonien 100% féminin dont le son ‘déménageait’. Nous les suivîmes au Gibus où l’on prit une part active à leur concert.  En pleine action, dans un pogo endiablé vers une heure trente du mat’, Philippe Manœuvre me proposa de participer à un match de foot sans aucun détail sur le projet. Le côté provocateur de sa proposition hors contexte me fit flipper, mais j’acceptai. Une semaine plus tard, le jour J à l’heure H, on se retrouva à la Coupole, boulevard du Montparnasse. À l’époque, l’immeuble qui surplombe aujourd’hui la brasserie des Années Folles n’avait pas encore été construit.

Nous sommes montés avec Paca sur le toit plat couvert de fin gravier. À ma stupeur, notre rocker national avait organisé une partie inouïe : une équipe de copains et de journalistes français, presque tous issus de Rock & Folk, notre bible de l’époque, contre…..Bob Marley, the Wailers and friends! Les rastas, en plus de leur goût prononcé pour la ganja, avaient toujours été passionnés par ce sport collectif, vieux reste d’A.D.N. colonial britannique.

Mon vis-à-vis sur le terrain était Carlton Barrett, le batteur des Wailers, l’ami  de toujours de Bob et l’élément incontournable du groupe depuis 1969. Il jouait au foot depuis vingt ans et en avait vingt-sept. Je n’ai jamais réussi à lui piquer le ballon. Pas une fois. Aston, son frère le bassiste, nous fît aussi souffrir par la dextérité de ses pieds magiques. Bob était le plus petit de la bande par la taille mais il était loin d’être le plus adroit. Maradona à peine né n’aurait rien fait de mieux. Je n’aurais pas mieux joué si j’avais porté le mythique pantalon à sangles contraignant la marche imaginé par Vivian Westwood !

Les rastafaris étaient si élégants dans leur pratique malgré des yeux rouges de fumeurs d’herbe. On aurait dit des danseurs évoluant au ralenti, habités d’une vraie grâce et d’une adresse divine. Il s’agissait plus d’une messe que d’un évènement sportif.
À la mi-temps, un énorme thermos de thé, contenant au moins dix litres du précieux breuvage, avait été apporté sur notre drôle de terrain par un proche de Bob, son intendant particulier. Pendant ce temps, les Français étaient allés chercher des bières au petit supermarché de la rue Delambre afin de noyer la défaite écrite d’avance.
Le repos du guerrier avait été fixé à quinze minutes par notre arbitre improvisé, l’un des roadies de la tournée.
La seconde moitié du match fut rythmée par des chants et des rires ! Nous perdîmes huit à zéro, ce qui n’étonna personne dans notre ‘équipe’. Une ambiance de rêve dépourvue de tout enjeu sportif ! Après deux heures d’un match d’un niveau technique improbable côté blancs-becs – eu égard à notre inexistante expérience, le calumet de la paix modèle XXL clôtura cette séquence. Aussi insolite qu’inoubliable pour moi.

Acte 2. 1979. Ami de la première heure avec Paul Simonon, bassiste des Clash, groupe très sensible au reggae, celui-ci m’embarqua littéralement dans sa valise, direction Kingston. Back to Bob. Depuis deux ans, suite à une tentative d’assassinat dans sa maison soclée à Hope Road à Kingston, Bob Marley vivait à Nassau mais revenait régulièrement sur sa terre natale. Nous habitions tous dans une maison louée par Dieu sait qui, proche du Spanish Dream Hôtel, à quelques encablures du futur musée Marley. Bob fumait des joints roulés dans des feuilles de papier journal, l’apparence était plus proche du cornet de frite que d’un joint occidental ! Il dansait en parlant, chantait en marchant et tenait des propos bienveillants sur les autres quand il ne parlait pas de l’amour qu’il portait au Créateur de notre bas monde.

Chris Blackwell, le blanc fondateur d’Island Records, naviguait … comme un poisson dans l’eau, partageant ses sentiments avec tout le monde. Rastaman vibration. Rita la reine, assise autour d’une table bancale, était entourée de ses enfants : Ziggy avait dix ans, Rohan et Stephen en avaient cinq ou six et Julian parlait depuis peu. Des bébés ! Je ne croyais pas ce que je vivais. Un  trip ‘sec’ de L.S.D. en direct. Au-delà des spliffs je planais à trois mille. Je n’avais jamais ressenti une telle harmonie, un tel bonheur rythmé par l’amour qu’il portait à Jah, leur Dieu. Nous étions trente ou quarante en permanence. Le cuisinier préparait pour le déjeuner du Jerk chicken, des fritures de bananes et l’incontournable brochettes de crevettes exquises. Joe Strummer parlait instrument et cordes avec Junior Marvin, le guitariste de Bob depuis 1973.
Le temps s’était comme arrêté. L’image d’une ruche me vint à l’esprit, chacun honorait sa mission dans un détachement absolu, les rouages humains étaient huilés, zéro choc zéro tension. Ce monde était réglé comme une partition. La guerre serait un mot dépourvu de sens, inconnu au bataillon. Cette société n’existe plus. J’éprouve une nostalgie illimité pour cette vie-là, désormais disparue… Dommage.

Cyrille Putman.