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Dépénalisation : Au Portugal, la consommation de cannabis est en baisse

Longtemps cité en exemple pour sa politique novatrice des drogues, le Portugal voit aujourd’hui la consommation de cannabis reculer. Un rapport officiel relève une baisse chez les adultes comme chez les jeunes. Un retournement de tendance que beaucoup relient aussi au cadre instauré depuis plus de vingt ans : la dépénalisation, qui a déplacé la réponse du pénal vers la santé.

Le signal est discret, mais il tranche avec les peurs récurrentes qui accompagnent les débats sur le cannabis en Europe. Au Portugal, la consommation recule. Selon le dernier rapport de l’Institut des comportements addictifs et des dépendances (ICAD), la prévalence de l’usage récent de cannabis — au cours des douze derniers mois — est tombée à 2 % chez les 15-74 ans. Cela représente environ 179 856 personnes, un niveau qui interrompt la hausse observée au cours de la décennie passée et ramène le pays vers des indicateurs comparables à ceux d’il y a plus de dix ans.

Les fruits de la dépénalisation

La baisse est particulièrement visible chez les jeunes adultes, avec un recul de l’expérimentation. Chez les 18 ans, la consommation quotidienne demeure stable à 3 %. Le message est clair : on n’assiste pas à une flambée incontrôlée, mais plutôt à une phase de stabilisation, voire de reflux, dans une population souvent au cœur des préoccupations de santé publique.

Pour comprendre cette évolution, impossible d’ignorer le contexte portugais. Depuis le début des années 2000, le pays a choisi de dépénaliser l’usage de toutes les drogues, sans pour autant les légaliser. La consommation et la détention pour usage personnel ne relèvent plus d’abord de la justice pénale, mais d’un dispositif sanitaire et social. L’objectif : réduire les dommages, orienter vers l’aide quand elle est nécessaire, et rompre avec une logique de stigmatisation qui pousse certains usagers à se cacher plutôt qu’à se faire accompagner.

Cette architecture de politique publique peut jouer un rôle dans la tendance actuelle. En sortant l’usage du registre de la transgression et du tabou, la dépénalisation facilite l’information, la prévention et le repérage précoce des situations à risque. Elle permet aussi de parler plus tôt des effets, des pratiques dangereuses et des signes de dépendance, sans que tout échange soit plombé par la peur de la sanction. Dans ce cadre, la consommation peut perdre une partie de son attrait symbolique auprès des plus jeunes, et s’inscrire davantage dans une lecture de santé plutôt que de défi.

Le rapport dresse d’ailleurs un constat nuancé : la majorité des consommateurs entretient une relation occasionnelle avec le cannabis, sans basculer vers un usage problématique. Cette donnée renforce l’idée qu’un cadre non répressif n’entraîne pas mécaniquement plus de dépendance. Elle suggère au contraire qu’il est possible de dissocier consommation et spirale de l’addiction, tout en gardant une vigilance forte sur les profils fragiles.

Protéger la jeunesse

Chez les plus jeunes, les données invitent à la prudence. La consommation problématique n’est pas la plus élevée dans cette population, mais des risques modérés à élevés existent chez certains adolescents, notamment entre 13 et 18 ans. Certaines sous-populations, comme les jeunes en centres de détention ou des personnes interrogées en milieu carcéral, présentent aussi des modes de consommation plus préoccupants. Là encore, l’enjeu est de renforcer le repérage, l’accompagnement et les réponses spécialisées, plutôt que de se limiter à un discours général. Dans un débat souvent caricatural, l’expérience portugaise rappelle que traiter l’usage comme une question de santé publique ne signifie ni banaliser ni encourager. Légaliser, dépénaliser sont des leviers à considérer pour  faire baisser durablement la consommation de cannabis, tout en mettant enfin au centre la prise en charge des personnes sujettes à une addiction problématique. 

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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