Dépénalisation

Thaïlande : l’industrie du tourisme voit d’un bon oeil le retour de la prohibition du cannabis

Et si le retour de la prohibition du cannabis pouvait redorer l’image de la Thaïlande auprès des touristes ? C’est en tout cas ce que pensent nombre d’acteurs du secteur hôtelier et du voyage, qui voient dans la reclassification de l’herbe en narcotique une opportunité de séduire un public jugé plus « sûr » : les familles.

Pour Thienprasit Chaiyapatranun, président de l’Association des hôtels thaïlandais, l’équation est simple : les familles pèsent beaucoup plus lourd économiquement que les backpackers venus « pour la weed ». « L’odeur omniprésente du cannabis dans les rues faisait fuir certains touristes », explique-t-il pour la revue Gavroche, estimant que cette reclassification gouvernementale améliorera l’image du pays. Selon lui, les enseignes de cannabis avaient colonisé les artères de Bangkok et Pattaya au point de brouiller la réputation de la Thaïlande comme destination familiale.

Voisins grincheux

Du côté des agences de voyages, le discours est encore plus direct : l’Asie–Pacifique – qui fournit 70 % des arrivées en Thaïlande – n’aime pas la ganja. Adith Chairattananon, secrétaire général de l’Association des agents de voyage, rappelle que dans des pays comme la Corée du Sud ou la Chine, la consommation reste strictement interdite. Au retour, certains touristes doivent même subir des tests urinaires aléatoires. Pékin ou Séoul n’ont pas hésité à mettre en garde leurs ressortissants contre les risques légaux liés à la libéralisation thaïlandaise. Résultat : mieux vaut s’aligner sur ces sensibilités pour ne pas perdre les gros marchés.

Tourisme « bien-être »

Reste à gérer les dégâts collatéraux. Kitti Pornsiwakit, président de l’Association de marketing touristique, reconnaît que le serrage de vis va mettre à mal plus de 20 000 commerces liés au cannabis, alors que ce week-end 1000 échoppes vendant de la ganja étaient contrainte par les forces de l’ordre à une  fermeture définitive. Une tonne de cannabis a été détruite à l’issue de ce raide de police qui renvoie le Royaume du sourire à la sévère politique prohibitionniste menée jusqu’en 2022.  Kitti Pornsiwakit, lui, y voit aussi une chance : repositionner la Thaïlande non pas comme un Amsterdam tropical, mais comme un hub du bien-être médical. Cannabis thérapeutique, spas haut de gamme, image clean : une version plus premium et « safe » du trip thaï.

Joints vs jus de fruits

En toile de fond, c’est une bataille d’image. Les réseaux sociaux étrangers ont déjà critiqué l’ancienne politique « tout cannabis » de Bangkok. Et si, à court terme, les Européens amateurs de joints risquent de bouder le royaume, les autorités misent sur les familles et les curistes pour remplir les hôtels. Dans un pays où le tourisme pèse près de 20 % du PIB, la hiérarchie des priorités semble claire : moins de joints, plus de jus de fruits au bord des piscines.

USA :  le nouveau boss de la DEA laisse planer le doute quant à la dépénalisation fédérale du cannabis.

La dépénalisation fédérale du cannabis était  une des promesses de campagne de Donald Trump : arrivé au pouvoir, le locataire de la maison blanche souffle le chaud et le froid avec la nomination de Terrance Cole à la tête de la Drug Enforcement Administration (DEA). Décryptage.

Terrance Cole, figure historique de la DEA est en passe d’en devenir le nouveau patron. Malgré l’avancée de sa nomination par le comité judiciaire du Sénat, l’homme refuse de préciser clairement son soutien à la reclassification du cannabis, sujet brûlant de l’administration Biden. Sa prudence tranche avec le volontarisme affiché par son prédécesseur envisagé sous Trump.

Une nomination en demi-teinte

Le comité judiciaire du Sénat américain a validé, par un vote serré (12 voix contre 10, selon les lignes partisanes habituelles), la candidature de Terrance Cole pour diriger la DEA. Cette décision ouvre la voie à un vote de confirmation en séance plénière. Pourtant, le principal intéressé reste évasif concernant l’avenir de la reclassification du cannabis, actuellement à l’étude pour passer du statut très restrictif de l’annexe I à l’annexe III, ce qui en faciliterait l’accès médical et légal.

Cole, qui s’est déjà inquiété publiquement des dangers du cannabis et de ses liens supposés avec une hausse des suicides chez les jeunes, promet toutefois de se saisir du dossier comme « une priorité immédiate », sans préciser quel résultat il souhaite obtenir. « Je donnerai à la question une attention minutieuse après consultation du personnel compétent au sein de la DEA et après m’être familiarisé avec le statut actuel du processus réglementaire ainsi qu’en examinant toutes les informations pertinentes », a-t-il précisé.

Un comité pour apaiser les tensions

Lors de son audition devant le comité sénatorial le mois dernier, Cole a reconnu l’urgence de dépasser les blocages accumulés. « Je ne sais pas exactement où en est le processus, mais il est clair qu’il faut avancer », a-t-il affirmé. « J’ai besoin de mieux comprendre où en sont les agences, examiner les données scientifiques disponibles et écouter les experts pour réellement saisir l’état actuel du processus ». Il a annoncé vouloir constituer un groupe de travail dédié à mieux gérer la contradiction entre les lois fédérales et celles des États, en particulier ceux ayant déjà légalisé l’usage du cannabis.

Son parcours professionnel confirme son approche prudente : ancien de la DEA pendant 21 ans, il occupait récemment le poste de secrétaire à la Sécurité publique en Virginie, supervisant notamment l’autorité de contrôle du cannabis. Sa position personnelle ne fait aucun doute, comme il l’affichait clairement l’an dernier sur LinkedIn : « Tout le monde connaît mon avis sur la marijuana après plus de 30 ans dans la police, alors ne me posez même pas la question ! »

Un dossier coincé dans l’inertie administrative

Cette prudence contraste fortement avec la tentative de nomination précédente sous Trump : Chad Chronister, shérif de Floride favorable à la dépénalisation du cannabis, avait dû retirer sa candidature sous la pression de la frange conservatrice du Sénat, critique notamment de ses mesures liées à la sécurité publique durant la pandémie de COVID-19.

La procédure actuelle de reclassification du cannabis, initiée sous Biden, est au point mort depuis plusieurs mois à la DEA, sans calendrier clair pour sa reprise. Ce dossier était précédemment bloqué par Derek Maltz, administrateur intérimaire opposé au cannabis, qui considérait cette substance comme une « drogue d’entrée » responsable de psychoses.

Cette inertie suscite la colère de nombreux militants pro-cannabis, qui dénoncent une guerre sourde menée par certaines instances fédérales contre les consommateurs médicaux. Récemment, un procureur fédéral intérimaire a averti un dispensaire légal de Washington, D.C., au sujet de possibles infractions à la législation fédérale, précisant toutefois que fermer ces établissements n’était pas sa priorité première, tout en indiquant que « l’instinct est que cela ne devrait pas être dans la communauté ».

Par ailleurs, un comité d’action politique (PAC) financé par l’industrie du cannabis a intensifié ses attaques contre le bilan de Biden en la matière, poussant même à comparer défavorablement les États-Unis avec le Canada voisin. Ce contexte tendu place Cole devant un choix délicat : accélérer la réforme pour satisfaire un électorat de plus en plus favorable à la légalisation, ou maintenir une prudence qui pourrait s’avérer politiquement coûteuse.

Avec Marijuana Moments

Le Brésil dépénalise le cannabis

La Cour suprême du Brésil a voté hier mercredi 26 juin la dépénalisation du cannabis à l’issue d’un procès qui s’est ouvert en 2015. La possession d’herbe  ne fera désormais plus l’objet de sanctions pénales même si elle demeure « un acte illicite ».

La législation actuelle, qui date de 2006, considère comme un délit « l’acquisition, la possession ou le transport de drogues sans autorisation ». Cette infraction au Code pénal n’est donc plus passible d’une peine de prison, comme c’était le cas dans le texte précédent, qui prévoyait une peine de six mois à deux ans de réclusion.

9 ans de tractations 

Le processus menant à cette historique dépénalisation, faisant du Brésil le plus grand Etat à ne plus punir pénalement le possession du cannabis a démarré en 2015 et a été source de houleux débats, souvent interrompus .Le texte de 2006 ne stipule pas jusqu’à quelle quantité de cannabis la possession est considérée comme à usage personnel – une infraction jusque-là sanctionné par des peines légères, comme des services d’intérêt général – et à usage de la revente. Cette appréciation, sans critères objectifs, est laissée à la police, au parquet ou aux juges de première instance. Les juges de la Cour suprême doivent encore fixer la quantité maximale autorisée pour la possession de cannabis pour la consommation personnelle, lors d’une nouvelle session prévue mercredi 3 juillet.

La question du cannabis reste controversée au Brésil, alors que les conservateurs sont opposé à la dépénalisation. En avril dernier, le Sénat approuvait un texte en vue d’inscrire dans la Constitution que la possession de n’importe quelle quantité de drogue constitue un délit, y compris de cannabis. Cet amendement à la Constitution doit prochainement être examiné  par la Chambre des députés.

 
 

Belgique : le vice Premier ministre et ministre de l’économie pour une légalisation du cannabis

Le vice-Premier ministre belge Pierre-Yves Dermagne, qui est aussi en charge du ministère de l’économie et du travail, souhaite légaliser le cannabis. Un avis qui divise aussi bien sur l’échiquier politique qu’entre Wallons et Flamands.

Dans un entretient accordé à nos confrères du journal L’Avenir, le vice-Premier Pierre-Yves Dermagne (PS) estime qu’il faut en finir avec la prohibition du cannabis et imagine une légalisation encadrée par l’Etat. “Il ne s’agit pas de promouvoir le cannabis, Mais il faut être réaliste: le cannabis est omniprésent et socialement accepté” argumente le numéro 2 du gouvernement.

Pour Pierre-Yves Demargne “une légalisation nous permettrait de mieux encadrer les consommateurs, d’interdire la vente aux mineurs, de reprendre une source importante de revenus au milieu criminel – y compris aux terroristes – et de permettre à la police de se concentrer sur des problèmes plus importants.

660 millions de recette pour l’Etat

Avec 660 millions d’euros de recettes, la proposition est séduisante alors que la Belgique est un des pays où l’on consomme le plus de cannabis en Europe.
Un des principaux arguments avancé par la droite conservatrice, qui s’oppose à une légalisation de la plante, repose sur les effets délétères du cannabis sur la santé. L’herbe qui fait rire ayant des impacts certains (au même titre que l’alcool et nombre de médicaments psychotropes vendis en pharmacie) sur le système cognitif, avec des troubles de l’attention et de la mémoire. Des effets majorés si la drogue est consommée par des jeunes dont le cerveau est encore en devenir. Est aussi pointé par les détracteurs d’une légalisation le risque que le cannabis soit une porte d’entrée à la consommation de drogues dures.

Cette nocivité pour la santé est aussi avancée par le parti de centre-droite MR “Cela vient à contretemps“, estimait sur Bel.RTL le président des libéraux francophones Georges-Louis Bouchez. “On ne comprend pas cette banalisation que fait le PS, c’est un signe de laxisme. On n’est pas absolument opposé, mais il faut rester prudent. Ce n’est pas une priorité “

Wallons et Bruxellois VS Flamands

Pour Pierre-Yves Dermagne “il faut pouvoir organiser et contrôler la production, mais aussi la vente de cannabis. ”
Sauf le MR qui affiche aujourd’hui ses réticences, les autres partis francophones sont favorables à une fin de prohibition, même si les modalités de cette légalisation divisent. Au déla du gouvernement et du Parlement, le sujet divise le pays :  les Flamands se montrant plus réservés quand à une fin de l’interdit pesant sur la plante depuis plus de 50 ans.

Le débat sur la légalisation s’invitera formellement au Sénat et au parlement dans quelques mois, lors de la publication d’un rapport d’information basé notamment sur l’audition de nombreux experts.

Etats Unis: Les Républicains présentent leur projet de légalisation du cannabis

Après le MORE Act soutenu par les Démocrates fin mars, c’est au tour des Républicains de proposer un projet de loi visant à dépénaliser le cannabis sur tout le territoire américain. Si le MORE Act a peu de chances de franchir le barrage du Sénat -à majorité conservatrice- l’initiative Républicaine (CAOA) pourrait bien recueillir  le nombre du suffrages nécessaires auprès des deux chambres du Congrès.

Porté par le Sénateur Cory Booker (New Jersey), Ron Wyden (président des finances du Sénat), et Chuck Schumer (chef de la majorité républicaine au Sénat), le Cannabis Administartion and Opportunity Act (CAOA) propose de mettre fin à l’interdiction fédérale du cannabis, et ce d’ici à la fin du mois d’avril.

En juillet dernier, Booker, Wyden et Schumer avaient soumis une première ébauche de la législation progressiste. Tout comme la proposition démocrate (MORE Act) le texte initial du CAOA proposait de retirer le cannabis de la liste des substances vénéneuses et permettre aux États de décider de le légaliser ou non.

Alors que le texte était encore en cours d’élaboration, plusieurs associations pro-légalisation ont fait pression pour que le projet inclu aussi (à l’instar des dispositions du MORE Act) la suppression des casiers judiciaires des personnes inculpées pour des délits liés au cannabis. L’interdiction pour les entreprises de tester au THC les candidats à l’embauche a aussi été ajouté au projet de légalisation des Républicains

En février dernier, Chuck Schumer avait précisé le calendrier en annonçant qu’il avait l’intention de présenter officiellement le projet de loi en avril. Promesse tenue : attendu à la date symbolique du 20 avril (4.20), le vote devrait se tenir le 25 avril (les sénateurs étant en vacances jusqu’au 22 ). Soit à quelques jours de celui de MORE Act.
Aux Etats-Unis, le mois de mai s’annonce joliment fleuri.

Une majorité de Français est pour la dépénalisation du cannabis.

Selon un sondage Ifop, 51% des français seraient favorables à une dépénalisation du cannabis. Décryptage de ce sondage aux résultats historiques.

Pour la première fois depuis le 31 décembre 1970, date à laquelle le cannabis a été interdit en France, un sondage Ifop pour CBD-Grams  révèle qu’une majorité de Français souhaitent désormais sa dépénalisation: c’est à dire que sa consommation ne fasse l’objet d’aucune poursuites judiciaires. En Europe, le Portugal, la Suisse, La Tchéquie, le Luxembourg et les Pays-Bas ont dépénalisé l’herbe.

Dans le détail, 51% des interrogés voudraient que les consommateurs de cannabis ne soient ni poursuivis ni verbalisés.
Signe d’une destigmatisation du fumeur de joints:  47% des interrogés qui déclarent ne pas consommer de cannabis seraient malgré tout favorables à sa dépénalisation. Sans surprises, 96% des amateurs de ganja souhaitent -au moins- sa dépénalisation.
Ils sont aussi 47% de sondés à souhaiter la légalisation, sous contrôle d’Etat, du cannabis.
A titre de comparaison, ils étaient 43% en 2017, 32% en 1997 et 27% en 1977 a vouloir en finir avec la prohibition de la weed.

Pavé dans la mare

Ce sondage tombe comme un pavé dans la mare pour le gouvernement Castex qui a fait de la lutte contre le traffic de stupéfiants, cannabis en tête de gondole, une priorité absolue, une “mère des batailles” pour reprendre les termes du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin. Le président Emanuel Macron lui-même avait récemment fait part de ses réserves sur tout projet de légalisation, estimant que “dire que le haschisch est innocent est plus qu’un mensonge.

Si les manoeuvres du gouvernement pour occuper le terrain sécuritaire et couper l’herbe sous le pied de Marine Le Pen à un an des présidentielles ne trompent personne, elles ont aussi l’avantage d’annoncer clairement la couleur: aux courageuses voies du progrès, l’exécutif préfère celles du vote conservateur.