Lisbonne, cannabis, dépénalisation

Carnet de voyage : The Lisbonne connection

Parti au Portugal pour célébrer un mariage, notre envoyé spécial découvre qu’il est possible de changer de monde dans une même Union européenne.
Récit d’une enquête qui commence avec une rencontre, un pochon à vingt euros et un voyage sur place.

Invité à un mariage au nord de Lisbonne, j’ai décidé de transformer les agapes conjugales d’un week-end en escapade ibérique de 5 jours. Quitte à assister à l’union de deux êtres, autant fuir le divorce entre la France et la liberté de consommer du cannabis.
Prohibition tricolore et zèle aéroportuaire obligent, c’est donc sans le moindre brin d’herbe hilarante en poche que je m’envole pour la ville aux sept collines.

Le (bon) plan de la ville fourni par mon cousin

A peine arrivé dans l’appartement prêté par mon cousin, une évidence s’impose : voyager low cost donne faim. Sur les conseils de mon hôte, je me dirige à pied vers le quartier de Bairro Alto  pour diner, en empruntant l’avenue da Liberdade, sorte de Champs-Élysées portugais débarrassés des SUV, des boutiques pour oligarques et de l’impression générale d’être un pigeon sans ailes.
Trois kilomètres me séparent du quartier de Bairro Alto. Je n’en ai pas parcouru la moitié que Lisbonne commence déjà à me souhaiter la bienvenue.

« Do you want some weed? »

Un premier vendeur surgit. Puis un deuxième, un troisième, un quatrième… En moins de dix minutes, cinq commerçants relevant  d’un régime fiscal manifestement non assujetti à la TVA,  me proposeront leurs services. À Paris, on vous accoste pour signer une pétition contre le dérèglement climatique. À Lisbonne, on vous alpague pour mettre votre soirée à la fraîche.
Réflexe pavlovien de Français dressé à l’amende forfaitaire délictuelle (fixée à deux cents euros il y a 4 ans, et bientôt cinq cents si le climat politique bleu-blanc-rouge persiste dans son réchauffement prohibitionniste), je refuse les avances des quatre vendeurs en herbe. 
Le cinquième VRP de la ganja qui m’accoste -et le premier auquel je répond- s’appelle Ricardo…tout du moins dans la rue. Ricardo me glisse dans la main d’un geste maitrisé un sachet gonflé de têtes épaisses, avec cette odeur garante d’une nuit de discussions légères et de sérieux fous rires. Encore méfiant, je lui rend le pochon pour lui proposer d’aller prendre un verre dans un bar juste à coté, un endroit publique qui m’abriterait de toutes vilainies préméditées.

Bairo Alto, stairway to green heaven

« 30 euros« , me lance en anglais Ricardo entre deux gorgées de bière. A vue d’oeil, le sachet doit contenir huit-neuf grammes. En France, une telle cargaison se négocierait autour de cent euros, frais de pénurie, d’attente interminable et de paranoïa compris. Je le regarde avec des yeux de merlant frits, n’en croyant pas les miens. Devant ma mine interloquée, (non par vertu, mais parce qu’un prix aussi bas provoque chez le consommateur français le même vertige qu’un appartement parisien affiché à moins de 1 000 euros : il y a forcément un piège) il se reprend :  » ok 20 euros for you my friend « .
Affaire conclue, doublée d’un pourboire royal pour la serveuse qui a observé d’une sublime indifférence notre transaction.

Modèle portugais?

Pendant que je regagne au pas de charge l’appartement de mon cousin, avec sous le bras une pizza arrachée au premier Alfacinhas et la ferme intention d’objectiver ASAP la qualité de la marchandise, je me dis que le capitalisme lisboète possède une souplesse que Paris gagnerait à étudier.
Deux heures d’hilarité devant Netflix et une nuit de sommeil d’une profondeur oubliée depuis l’école primaire plus tard, le jugement tombe : la weed est excellente, Amsterdam peut aller se recoucher. 


Reste à comprendre comment près de neuf grammes d’une weed parfaitement fréquentable peuvent changer de main pour le prix de deux pintes sur un terrasse parisienne. Curiosité cannabique et conscience professionnelle obligent, je rappelle Ricardo qui m’avait laissé son numéro la veille. Rendez-vous est donné à 16h rue de Anconçāo dans le quartier de Baixa.
Devant une Super Bock, j’apprendrais que cette providence cannabique a trois parents : la dépénalisation, l’explosion des cultures de cannabis thérapeutiques et …

Le reportage complet est à retrouver dans le numéro 13 de Zeweed, en kiosque le 15 septembre.

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Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, Londres, New York et Neuilly sur Seine. En 2019, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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