Une nouvelle étude fédéralement financée et publiée dans la très sérieuse revue Nature indique que le CBD réduit les symptômes de sevrage liés à l’alcool ainsi que le risque de rechute, tout en offrant des effets neuroprotecteurs. Menée par l’Université de Californie à San Diego, cette recherche sur modèles animaux renforce l’idée déjà épousée que le CBD pourrait être un traitement de choix contre l’alcoolisme.
Modèle animal
Les chercheurs de l’Université de Californie à San Diego ont voulu comprendre comment ce cannabinoïde non enivrant pourrait agir chez les personnes souffrant de trouble de l’usage d’alcool (AUD). Les résultats de cette étude menée sur des rongeurs apportent des preuves supplémentaires du rôle potentiel du CBD dans la réduction des effets de l’alcool. Au total, 166 rats ont été inclus. Deux cohortes ont reçu par voie intraveineuse des doses de CBD de synthèse (30 ou 60 mg/kg), tandis qu’un autre groupe servait de témoin. Trente minutes après l’administration, une batterie de tests a évalué la manière dont le CBD pouvait atténuer les dimensions comportementales et neurobiologiques de la dépendance à l’alcool.
Aide au sevrage et frein à la rechute
Les auteurs concluent que le CBD est efficace à cet égard en « modulant l’excitabilité neuronale et en prévenant la neurodégénérescence, ce qui soutient son potentiel thérapeutique pour l’AUD et fournit des éclairages mécanistiques pour de futures recherches ».
« La présente étude démontre qu’une administration chronique de cannabidiol (CBD) atténue les manifestations comportementales et neurobiologiques de la dépendance à l’alcool dans des modèles rongeurs« , écrivent-ils. Plus précisément, le CBD a réduit la prise d’alcool et les symptômes de sevrage, diminué les comportements de type rechute, normalisé l’excitabilité neuronale dans l’amygdale basolatérale (BLA) et empêché la neurodégénérescence induite par l’alcool dans des régions striatales associées à la récompense et à la formation d’habitudes. « En outre, le CBD n’a pas potentialisé les effets sédatifs de l’alcool, comme le montrent l’absence de différence dans la durée de perte du réflexe de redressement ou dans l’activité locomotrice pendant l’intoxication alcoolique, tout en augmentant le temps passé au centre du champ ouvert, ce qui indique des effets anxiolytiques. Ces résultats soulignent l’utilité thérapeutique potentielle du CBD pour le trouble de l’usage d’alcool (AUD) et fournissent des éléments mécanistiques sur ses modes d’action. »
Résultats concordants
À titre d’exemple, des chercheurs de l’Université de Sydney ont récemment publié une étude chez la souris montrant que le CBD réduit les taux d’épisodes de binge drinking ainsi que les concentrations d’alcool dans le sang. Les résultats d’une autre étude, parue dans la revue Molecular Psychiatry, indiquent aussi qu’une dose unique de 800 milligrammes de CBD peut aider à gérer certaines envies d’alcool chez des personnes atteintes d’AUD, ce qui plaide pour l’usage de ce composant du cannabis comme option potentielle de traitement pour les buveurs à problème. Par ailleurs, des recherches fédéralement financées sur les effets du cannabis sur la consommation d’alcool ont constaté que les personnes qui utilisaient de la marijuana juste avant de boire consommaient ensuite moins de boissons alcoolisées et déclaraient des envies d’alcool plus faibles.
Le CBD pour lutter contre l’addiction au THC?
Cette étude s’inscrit dans le sillage d’une analyse d’enquête publiée en mars, selon laquelle trois jeunes adultes sur quatre déclarent substituer le cannabis à l’alcool au moins une fois par semaine — une tendance « en plein essor » qui reflète la « rapide expansion » du marché des produits à base de chanvre. Un rapport de Bloomberg Intelligence (BI) observe qu’à travers différentes catégories démographiques, le cannabis est de plus en plus utilisé comme alternative à l’alcool et même aux boissons non alcoolisées, à mesure que davantage d’entreprises — y compris de grands opérateurs multi-États (MSO) — élargissent leur offre. Ces constats sont largement cohérents avec un corpus croissant d’études montrant que le cannabis — qu’il s’agisse de chanvre, légal au niveau fédéral, ou de marijuana encore prohibée — est adopté comme substitut par de nombreux Américains dans le contexte des réformes. Une enquête antérieure de YouGov révèle, par exemple, qu’une majorité d’Américains considèrent qu’une consommation régulière d’alcool est plus nocive qu’une consommation régulière de marijuana. Ils sont toutefois plus nombreux à déclarer préférer boire de l’alcool que consommer du cannabis, malgré les risques sanitaires. Un autre sondage publié en janvier indique que plus de la moitié des consommateurs de marijuana affirment boire moins d’alcool — voire plus du tout — après avoir utilisé du cannabis.
Les américains préfèrent le cannabis à l’alcool
Un autre sondage — soutenu par le National Institute on Drug Abuse (NIDA) et publié en décembre — montre que les jeunes adultes sont près de trois fois plus susceptibles d’utiliser la marijuana que l’alcool au quotidien ou quasi-quotidiennement. Ce sondage apporte des résultats plus précis par tranches d’âge qu’un rapport similaire publié l’année précédente, en concluant que davantage d’Américains, dans l’ensemble, fument de la marijuana chaque jour qu’ils ne boivent de l’alcool quotidiennement — et que les buveurs sont plus enclins que les consommateurs de cannabis à estimer qu’ils bénéficieraient d’une réduction de leur consommation. Une étude distincte, parue l’an dernier dans la revue Addiction, arrive à une conclusion similaire : il y a plus d’adultes américains qui consomment quotidiennement de la marijuana que d’adultes qui boivent de l’alcool chaque jour. En décembre, BI a également publié les résultats d’une enquête indiquant que la substitution du cannabis à l’alcool « explose » à mesure que la légalisation progresse au niveau des États et que les perceptions relatives des risques évoluent. Une part significative des Américains déclare aussi substituer la marijuana aux cigarettes et aux antalgiques.
Les alcooliers avalent de travers
Une autre analyse de BI, publiée en septembre dernier, projette que l’extension du mouvement de légalisation du cannabis continuera de représenter une « menace significative » pour l’industrie de l’alcool, les données d’enquête suggérant que de plus en plus de personnes remplacent les boissons alcoolisées, comme la bière et le vin, par le cannabis. Une étude supplémentaire sur l’impact de la consommation de marijuana sur l’usage d’autres drogues, publiée en décembre, suggère que, pour beaucoup, le cannabis pourrait agir comme un substitut moins dangereux, permettant de réduire la consommation d’alcool, de méthamphétamine et d’opioïdes tels que la morphine. Au Canada, où la marijuana est légale au niveau fédéral, une étude a montré que la légalisation était « associée à une baisse des ventes de bière », ce qui suggère un effet de substitution. Ces analyses concordent avec d’autres données récentes sur les perceptions comparées de l’alcool et du cannabis aux États-Unis. Un sondage Gallup indique par exemple que les répondants jugent le cannabis moins nocif que l’alcool, le tabac et les cigarettes électroniques à la nicotine — et qu’il y a désormais plus d’adultes qui fument du cannabis que de cigarettes. Un autre sondage, publié l’an dernier par l’American Psychiatric Association (APA) et Morning Consult, conclut également que les Américains considèrent la marijuana nettement moins dangereuse que les cigarettes, l’alcool et les opioïdes — et qu’ils estiment le cannabis moins addictif que chacune de ces substances, ainsi que moins addictif que la technologie.
Zeweed avec Marijuana Moments et Nature
