Chanvre, bio ethanol

Crise pétrolière : et si on roulait au chanvre?

Alors que le prix du gazole dépasse désormais 2,40 euros le litre et que celui de l’essence flirte avec 2,20 euros, une vieille idée refait surface : sortir des carburants fossiles pour des carburants issus des champs : les bioéthanols.  Parmi les candidats à cette source d’énergie verte, le chanvre industriel coche beaucoup de cases.  Une piste solide qui s’appuie sur des rendements mesurés et une solide filière agricole française.

En 1941, Henry Ford présente à Dearborn une automobile dont la carrosserie est constituée de matériaux végétaux. La légende en fera la « Hemp Car ». L’histoire est plus nuancée : le musée Henry Ford rappelle que la composition exacte des panneaux n’est pas connue et qu’ils associaient probablement plusieurs fibres et résines végétales. Mais l’intuition de l’industriel, elle, est bien documentée. Ford voulait rapprocher agriculture et automobile et travaillait déjà sur l’alcool carburant. Dès les années 1920, il imaginait le « carburant du futur » produit à partir de matières végétales fermentescibles.

Un siècle plus tard, cette intuition retrouve une actualité brutale. Au 23 septembre 2026, le gazole tourne autour de 2,40 euros le litre en France et le SP95-E10 autour de 2,16 euros. Dans ce contexte, le chanvre n’est plus seulement cette plante dont on tire fibres textiles, isolants, béton, papier ou graines : ses tiges pourraient aussi finir dans un réservoir.

De la tige de chanvre au carburateur

Les tiges de chanvre industriel contiennent cellulose et hémicellulose, de longues chaînes de sucres enfermées dans une structure ligno-cellulosique. Il faut d’abord casser cette structure par la vapeur, la chaleur ou un traitement chimique, puis libérer les sucres grâce à des enzymes. Viennent ensuite fermentation et distillation. À l’arrivée : de l’éthanol utilisable comme biocarburant.

Les rendements expérimentaux sont loin d’être anecdotiques. Une étude suédoise a obtenu 206 à 216 litres d’éthanol par tonne de chanvre sec, avec 71 à 74 % du rendement théorique maximal. D’autres essais sur plusieurs variétés évaluent le potentiel entre environ 295 et 380 litres par tonne sèche. Des travaux menés en Pologne arrivent, selon la fertilisation et le procédé, à 2,7 voire 3,04 mètres cubes d’éthanol par hectare, alors que la start-up française Qairos planche depuis deux ans sur un bio-carburant.

L’intérêt tient surtout au fait qu’il s’agit d’un carburant dit de deuxième génération : on valorise la partie ligneuse de la plante plutôt que son sucre ou son amidon. Le même hectare peut donc fournir graines, fibres et biomasse énergétique. Une étude américaine mesurait ainsi environ 5,4 tonnes de tiges et 1,2 tonne de graines par hectare, avec un potentiel en éthanol comparable à d’autres cultures énergétiques testées.

La France en pole position

La France part avec un avantage : elle est le premier producteur européen de chanvre. InterChanvre annonçait début 2026 quelque 24 600 hectares cultivés, trois fois plus qu’il y a dix ans. La plante pousse vite, couvre fortement le sol et demande relativement peu de traitements phytosanitaires. La Commission européenne estime qu’un hectare peut capter 9 à 15 tonnes de CO2 pendant sa croissance — sans que cela suffise, bien sûr, à rendre automatiquement le carburant neutre en carbone, puisque transformation et distillation consomment de l’énergie.

Appliqués, à simple titre d’ordre de grandeur, aux 24 600 hectares français, les rendements polonais de 2,7 à 3 m3 par hectare représenteraient théoriquement quelque 66 à 74 millions de litres d’éthanol. Le calcul reste virtuel : ces surfaces alimentent aujourd’hui le bâtiment, le textile, la papeterie ou l’alimentation, et aucune grande filière française ne transforme encore le chanvre en carburant.

Le verrou n’est donc plus technique : fabriquer de l’éthanol de chanvre est possible. Il est désormais économiquement  et industriellement fiable à condition de valoriser toute la plante dans des bioraffineries. Henry Ford n’avait peut-être pas prévu la transition énergétique, mais son vieux rêve d’un carburant poussant dans les champs prend aujourd’hui une toute autre dimension. 

Sources: The Henry Ford Museum ; Commission européenne ; InterChanvre ; travaux de Sipos et al. sur la fermentation du chanvre ; travaux récents sur le potentiel bioéthanol du chanvre industriel.

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Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, Londres, New York et Neuilly sur Seine. En 2019, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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