Crédits : Laurent Chouard

La Femme : l’interview Sex, Surf & Pop’n roll

Qui pouvait mieux incarner le beau sexe made in man que La Femme, groupe pop-rock protéiforme, aussi défricheur que traditionnel, changeant de style, de frontière et de genre à chaque lune? C’est en marge du shooting de la couv’ du Zeweed #9 dans le studio de Stéphanie Renoma (sis au mythique 129bis, rue de la Pompe, qui a déjà vu défiler Gainsbourg, Jagger, Lennon et tant d’autres), que Sasha et Marlon répondent à nos questions. Une autre journée de La Femme…

Vintage et contemporain, en un mot « pop », le style Renoma colle parfaitement à celui de nos Biarrots qui surfent sur le succès depuis leur premier tube « Sur la planche », paru en 2013. C’est-à-dire quatre ans avant #MeToo qui aurait rendu difficile la naissance d’un groupe mené par deux mecs avec pour nom : « La Femme », et dont les chanteuses ont souvent été interchangées . Entre tournées monstrueuses, succès public mais pas mainstream (La Femme n’est pas aussi bankable que Clara Luciani – l’une de leurs premières chanteuses), le groupe aux six albums aussi disparates qu’admirables, n’en fait qu’à ses deux têtes, Marlon et Sasha, « amis d’en face » qui multiplient les expériences et projets solos, faisant de ce post-groupe une entité plus instable et donc plus excitante que jamais.
Comme souvent dans l’histoire de la pop, La Femme commence par la rencontre de deux copains ; les Lennon/McCartney du Pays basque, les Jagger/Richards de la Grande Plage… Jeunes en rupture de ban avec ce qu’écoutent leurs contemporains, préférant au game autotuné actuel, les folles références vintage dans lesquelles ils puisent sans complexe, Sacha & Marlon sont un remède au déluge de streams rap qui ont pris en otage la jeunesse de 2025, voyant en Jul l’équivalent d’un Johnny Hallyday en claquettes chaussettes. La Femme se fout de la mode car ce groupe l’incarne mieux que quiconque. C’est donc tout naturellement et en toute confiance que nous démarrons cette interview sur leur rencontre à Biarritz, dans les années 1990.

Zeweed: Marlon et Sacha, on a dû vous poser la question mille fois, mais comment vous êtes-vous rencontrés ?
Sacha : À Biarritz, nous avons grandi dans le même quartier, entre Bibi Beaurivage et Les Halles (le marché de Biarritz). Autant dire que l’on s’est toujours connus, en fait [rires].
Marlon : La première fois que j’ai vu Sacha, c’était à la Côte des Basques, en 1997. Il avait une planche de surf rasta… Déjà prêt pour faire la couv’ de ZEWEED [rires].

Qui a trouvé le nom de LaFemme ? Qui est-elle ? La fille de SOS Mademoiselle qui aurait grandi ?
Sacha :
Nous cherchions un nom, on est passés par pas mal de noms absurdes comme « Jeunes Cadres Dynamiques », « Les Puceaux » ou, en plus mystérieux, « Luna et les contacts », avant de trouver « La Femme » qui nous est apparu comme une évidence.
Marlon : Oui, il serait temps de lever le mystère sur Luna et les contacts, ah ah ah ! En tout cas, on avait déjà l’idée de faire un truc bien sharp !

Vous avez eu beaucoup de chanteuses : Aja, Clara, Michelle et plein d’autres. Laquelle préférez-vous ? Y a-t-il une femme qui a marqué l’histoire de LaFemme ?
Marlon : Oui, toutes les chanteuses font partie de l’histoire d’une Femme multiple, moderne, audacieuse et fière !

« On est passé par pas mal de noms absurdes comme “Jeunes Cadres Dynamiques”, “Les Puceaux” ou le plus mystérieux “Luna et les contacts” avant de trouver “La Femme”. »

Il y a aussi des mecs avec vous (Nunez, Sam) qui sont là depuis le début. Diriez-vous que La Femme est une bande ? En plus d’un band…
Sacha : Une bande de potes avant tout, qui en plus ont du talent ; ce qui n’est pas donné à tous les potes, ah ah ! Mais ceux que tu cites en ont, assurément. On les aime pour ce qu’ils sont : des amis, des compagnons de route, et des artistes !
Marlon : Une tempête d’humour et d’amour… C’est notre famille choisie.

Ce qui fascine aussi dans votre aventure, qui plaît forcément à des boomers de notre espèce, c’est le jeu avec les époques : le surf rock des 60’s, le prog rock des 70’s, la synthwave des 80’s, et même la French touch des 90’s, pour ce qui est du recording en home studio ; sans parler des tenues de scène parfois de zazous, Années folles… D’où vient cette liberté avec le temps et les styles ?
Marlon : On a toujours été très créatifs dans tous les domaines ; en musique, en vidéo et dans le look aussi, on a cherché à se démarquer comme des dandys un peu… C’est important le look et la mode, au-delà de la musique : ça vient en plus, tout en faisant intégralement partie de notre démarche artistique.
Sacha : De l’art total !
Marlon : La Femme propose un vrai univers, unique et souvent joyeux… Mais pas seulement, il y a de la mélancolie aussi.
Sacha : On aime mixer les styles et les époques, c’est ce qui est intéressant aujourd’hui, de pouvoir revisiter l’héritage du passé, associer des concepts qui pouvaient paraître opposés de base… C’est une vraie liberté offerte par la technologie aussi, car on a accès à tout, n’importe quand et sans contrainte.

Il y a aussi une liberté topographique, avec des lieux imaginaires, depuis Psycho Tropical Berlin de la période MySpace, jusqu’à Paris-Hawaï, en passant par le Mexique halluciné du Teatro Lúcido… Et désormais, ce Rock Machine anglo-saxon tendance Billy Idol/Cramps… Ça en fait des tampons sur le passeport !
Sacha :
Nous sommes des aventuriers et des explorateurs de la musique, toujours en recherche de nouvelles langues, styles, sonorités ou territoires, tels des Marco Polo du son ! La curiosité est notre moteur. Et l’amour, notre essence. C’est beau ça !
Marlon : Nous avons trouvé notre son depuis le début, mais nous trouvons toujours ça amusant de réinventer la musique que l’on connaît à travers notre prisme un peu barré qui plaît à des gens très différents et de tous âges ! C’est ce qu’on aime.
Sacha : On n’a pas de limites, donc c’est normal que le public ne s’en pose pas non plus. Et on le voit bien en concert : le public est très varié et répond tellement bien… Quand l’alchimie fonctionne, cela crée des moments inoubliables.

« La Femme propose un vrai univers, vrai, unique et souvent joyeux… Mais pas seulement, il y a de la mélancolie aussi. »

C’est l’été, donc on repense à « Sur la planche », votre premier tube. Quel lien avez-vous avec le surf ? On sait que Sacha a surfé sur la foule aux Vieilles Charrues…
Sacha : Un lien étroit : ayant grandi à Biarritz, je pratique le surf depuis mon plus jeune âge. À Biarritz, c’est le truc principal. Pour moi, c’est le meilleur des sports. Ça nous a aussi permis de nous connecter avec les surfeurs à travers le monde, notamment en Californie où nous avons fait notre première tournée avec le groupe, il y a un peu plus de dix ans maintenant. On avait rencontré des surfeurs lors du Roxy Jam [festival de surf et de musique en Nouvelle-Aquitaine, NDR] par le biais de la peintre surfeuse biarrote Pandora Decoster, et ça nous a ouvert des portes pour aller jouer là-bas. Le surf n’amène rien de superficiel, ce sont de vraies rencontres.

Beaucoup de surfeurs nous disent que cette pratique s’apparente à une drogue dure. Êtes-vous de cet avis ?
Sacha : Complètement, les gens qui vivent vraiment devant l’océan comme on peut en trouver à Biarritz ou en Californie, sont obsédés par ça et s’organisent en fonction du swell… C’est une quête perpétuelle de la vague parfaite qui procure des sensations pouvant s’apparenter à la jouissance et à l’extase…

Est-ce que l’on peut dire pareil du rock de La Femme, même si on vous imagine plutôt du côté des drogues douces, voire du CBD ?
Sacha : La musique est une médecine, elle peut aider les gens à supporter leur vie en la transformant en une expérience spirituelle, sans aucune drogue.
Marlon : La musique élève l’âme des gens, elle nous aide à affronter la vie mais aussi à la savourer. Dans le cas de La Femme, nous faisons cette musique avec énormément d’amour, de passion et de sacrifice. C’est ça, notre drogue. La seule.

« Nous sommes des aventuriers et des explorateurs de la musique […] tels des Marco Polo du son ! »

Le CBD, vous avez essayé ? C’est plus stage-friendly qu’un gros spliff avant de monter sur scène, quand même…
Sacha : Oui, à un moment, j’ai essayé d’arrêter de fumer de la weed, alors j’ai essayé le CBD. Puis je me rappelle avoir tiré comme un pompier sur un joint de CBD car je ne ressentais rien, mais j’ai découvert d’autres usages, en infusion par exemple, et c’est beaucoup mieux !
Marlon : Oui, c’est intéressant, et c’est un pas vers la légalisation. Même si c’est loin d’être gagné en France, au vu de l’ambiance actuelle…

Et les joints, c’est une source d’inspiration ?
Marlon : Non, ça n’est pas une source d’inspiration. Il ne faut pas glorifier ça ! Et puis, tout le monde n’est pas Baudelaire…
Sacha : Au départ, je pensais que j’aurais du mal à faire de la musique en arrêtant de fumer des joints, que j’aurais du mal à trouver de l’inspiration et entrer dans la musique. Mais, finalement, pas du tout : la sobriété n’empêche pas du tout d’être créatif. Être sobre et lucide est un trip en soi.
Marlon : Clean is the new high [rires].

« Il faut travailler dur, donc éviter les sorties non nécessaires, essayer de bien manger et dormir ; et si possible, faire du sport. »

Vous êtes en pleine tournée, avec l’Arena de Paris en ligne de mire à l’automne. Comment tenez-vous le choc même si vous êtes encore jeunes ? Je sais que vous multipliez les projets en side également, vous foncez tous azimuts ! Quel est votre secret de kid pharaons?
Sacha : Un truc simple : essayer de dormir au maximum quand c’est possible, bien manger et des produits de qualité, et si possible faire de l’exercice… C’est boring comme réponse, mais c’est vrai ! Que l’on soit jeune ou pas, il faut faire attention à soi. Sinon la vie de tournée tourne rapidement au cauchemar, et on vieillit beaucoup plus vite que prévu…
Marlon : Il faut travailler dur, donc éviter les sorties non nécessaires, essayer de bien manger et dormir ; et si possible, faire du sport, donc c’est encore plus boring car c’est exactement la même réponse que Sacha, mais du coup on espère que le message passera [rires]. Vivez sainement !

Et La Femme en 2026, on voit quoi au fond du verre de saké ?
Sacha : Nous partons sur des albums solos, des projets différents, je monte mon label et viens de produire un film (La Fille Pharmacie, court-métrage de Charlie Perillat) dont j’ai également signé la musique…
Marlon : Oui, moi aussi, j’ai des projets excitants en vue : le nouvel album de Sam Quealy qui est sorti, des aventures dont on reparlera bientôt… Un nouveau cycle va commencer alors qu’un autre va s’arrêter… 

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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