Homme en noir, mais jamais en manque de fumée blanche, Thierry Ardisson a fait du pétard un accessoire de sa vie comme un autre. Témoignage de Marco, son assistant et… rouleur officiel des « plus beaux joints de Paris ».
Entretien Guillaume Fédou
Cet article est issu du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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Allumage de pétard en direct sur le plateau du « Grand Journal », façon Gainsbourg, allusions tous azimuts lors de ses émissions, soutien inconditionnel à Michaël Blanc, longtemps détenu à Bali pour possession de cannabis… Peu de personnalités de premier plan auront autant fait que feu Thierry Ardisson pour la cause « pétardesque ». Afin de lui rendre un hommage natural mystic, nous sommes allés à la rencontre de Marco, son jeune assistant qui était aussi son rouleur de joints personnel – « les plus beaux de Paris ». Entre eux, pas l’épaisseur d’une feuille de papier à rouler.
Zeweed : Marco, tu peux nous raconter ta rencontre avec Thierry Ardisson ?
Marco : Oui, j’étais fraîchement arrivé de Normandie pour des pseudo-études à Paris quand j’ai tout de suite décroché un stage pour Ardimages. C’est làa que j’ai appris que Jérémy, l’ancien assistant de Thierry, se barrait et qu’il avait proposé mon nom. Thierry m’appelle : « Il paraît que tu sais bosser… E, est-ce que tu veux faire la même chose en étant bien payé ? Viens demain matin à 9 heures. »
Tu ne l’avais pas encore vu, donc, même en bossant pour lui ?
Non, le stress total ! Et me voilà à 9 heures pétantes au 214, rue de Rivoli. Il m’ouvre en short noir et me dit : « Installe-toi.» Je suis pétrifié et je note qu’il s’agite un peu, il fait des va-et-vient sans son bureau et finalement me dit : « Tiens, ben roule un joint. ». Grosse panique, j’avais intérêt à bien rouler le joint de ma life. Je fais de mon mieux, il le prend, le trouve bien roulé, tire une taffe et le repose.
Juste une taffe ?
Oui, une taffe ou deux. Il faisait très attention, tout était sous contrôle ; il avait juste besoin d’un petit hit. Ensuite, l’entretien a porté sur des choses perso, sur ma vie privée : «T’as une copine, un appart ? » – ce genre. En plein milieu, il me tend le joint. Hors de question pour moi de fumer en entretien d’embauche, qui se serait transformé en entretien de débauche, et je lui réponds : « Merci mais je ne fume jamais avant que le soleil ne soit couché. » Il m’a alors dit : « Très bonne réponse, tu commences demain. »
« On ne pouvait jamais savoir s’il avait fumé ou pas »
Dès le début, tu as compris que ta mission consisterait à rouler des joints ?
Non, j’étais son assistant pour tout mais c’est vrai que, pour les joints, ça le dépannait car il n’a jamais su rouler. C’était grotesque : on aurait dit des cigares pour fumer dans les coins ; en plus, il mettait le carton après avoir roulé, ça ne ressemblait à rien… Ce qu’il adorait, c’était des joints très peu tassés.
Dès le matin donc ?
Oui, j’arrivais le matin à 9 heures précises chez lui ; ça ne servait à rien d’arriver plus tôt et surtout pas plus tard. J’avais la presse du jour avec moi (que j’allais chercher au kiosque alors tenu par le père de Pedro Winter) ; on récupérait des mémos écrits à la main, comme un e-mail en papier. Le plus souvent, il avait déjà fumé quelques taffes en regardant les Tuileries par la fenêtre, avant que j’arrive ; parfois avec un joint qu’il avait gardé ou l’un de ses cigares dont il a le secret. Le jeudi, il y avait l’émission et il ne voulait pas fumer le jour de l’émission… Avant l’émission, je veux dire car, après, c’était parti !
Tu sortais le grand jeu, ce jour-là ?
Oui car il fallait que je lui roule trois joints : un pour le debrief, un deuxième au cas où des invités voudraient partager des taffes avec lui et un autre pour le lendemain. Et les trois avaient intérêt à être roulés à la perfection. Mais j’y arrivais ! Il me présentait souvent comme son « assistant qui roule les plus beaux joints de Paris». Moi, je ne tirais jamais dessus ; de toute façon, je ne suis pas hyper fan du cannabis en journée : ça me rend groggy, comme un café à l’envers. Pareil pour l’alcool, je ne bois jamais le midi. Et j’ai toujours microdosé mes pétards.
En public, Thierry a toujours dit qu’il fumait mais sans prosélytisme. Juste un certain goût de la provocation ?
C’est vrai, il a toujours eu un discours responsable par rapport à ça ; je ne l’ai jamais vu faire l’apologie du produit pour les autres, en dehors de lui-même. On ne connaît pas vraiment sa position sur la légalisation. Un jour, on lui a posé la question ; il a répondu : « Ah bon, c’est pas légal ? Moi, si j’en cherche j’en trouve. » Il aimait bien provoquer, comme sur le plateau du « Grand Journal » [(en 2010, Thierry allume un joint en direct devant un Michel Denisot médusé, NDLR]). Une sorte d’hommage à Gainsbourg ! Il avait aussi écrit un de ses articles « clés en mains » titré : « J’ai légalisé la marijuana » dans les années 1980, où il se baladait dans Paris avec son paquet de pPétardos. Rappelons tout de même qu’il a aussi été interdit de territoire aux États-Unis pendant dix ans, pour avoir laissé un bout de hasch dans ses poches de veste. Il adorait laisser traîner des miettes… Quand c’était trop petit pour être effrité, il mettait ça dans une boîte et iIl finissait par avoir beaucoup de boîtes qu’il donnait à qui voulait, en passant chez lui.
« Thierry a été interdit de territoire aux États-Unis pour avoir laissé un bout de hasch dans ses poches de veste »
Tu as déjà vu Thierry défoncé ?
Non, je ne l’ai jamais vu stone et je pense que personne ne l’a vu perdre le contrôle. On ne pouvait jamais savoir s’il avait fumé ou pas. Rappelons que le cannabis ralentit ldes cerveaux, donc s’ils sont rapides, ça peut aider à canaliser (comme dans le cas d’Ardisson) ; mais s’ils sont lents, c’est la catastrophe ! Ce n’était même pas un sujet pour lui : la weed faisait simplement partie de sa vie. Il m’est arrivé de devoir aller la chercher aussi.
Et maintenant que Thierry nous a abandonnés à notre sort de pauvres Terriens, que fais-tu de tes dix doigts ?
Maintenant, je bosse avec son fils Gaston, que je connais depuis longtemps, sur son initiative OXYGEN Oxygen WATERWater® – de l’eau en canette écoresponsable. Le lien s’est fait sur une idée de Thierry, après qu’il a perdu son émission « Salut les Terriens », et moi, mon boulot par la même occasion. Il y a eu toute une histoire autour du joint que Gaston se serait allumé aux funérailles de son père… Mais comment lui rendre un meilleur hommage ? De toute façon, Gaston est plus de sa génération et préfère le CBD. M, mais rassurez-vous, il se débrouille tout seul.
