JeanJass et Caballero

Weed, rap et télé-réalité : la saga « High & Fines Herbes » 

Succès sur Youtube depuis son lancement en 2017, le « stoner show » High & Fines Herbes, basée sur la weed, la cuisine, l’humour et le rap francophone, n’est pas franchement taillé sur mesure pour une France pré-RN. Retour sur un phénomène passé sous les radars. 

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Au départ, High & Fines Herbes (trouvaille du food artiste Jean-Baptiste Bonhomme) est un concept d’émission que personne n’aurait dû valider en réunion de prod : des rappeurs, des humoristes, des chefs, du cannabis, beaucoup de cannabis, énormément de cannabis, et une caméra qui traîne pendant que tout le monde plane plus ou moins haut. Saison après saison, l’émission est devenue bien plus qu’un concept YouTube un peu fumeux : une référence pop, un objet télé identifié, un rendez-vous culturel où la weed sert moins à provoquer qu’à révéler des talents et des personnalités. Aujourd’hui, High & Fines Herbes a écoulé tout son merchandising, pressé et vendu tous ses vinyles, rempli deux Zénith et déplacé des productions à six chiffres dans des villas indécentes avec des invités aussi connus que Gazo ou aussi mythiques que le Roi Heenok. Le genre de trajectoire qui fait dire à la télé traditionnelle et aux professionnels du cinéma : « Bon, d’accord, on va s’en rouler un et regarder tout ça de plus près. » 

JeanJass et Caballero, cannabis,
JeanJass et Caballero, coach-lock potes

Atterri sur le projet à la saison 2, le réalisateur et monteur Romain Moriconi a changé la recette sans en trahir le goût. Son idée : assumer High & Fines Herbes comme une télé-réalité génération MTV avec un vrai dispositif narratif : confessionnal, retours sur séquences, montage plus nerveux. Et, surtout, un trophée aussi absurde qu’essentiel : le Poumon d’Or, un concours où l’on ne gagne rien, sinon l’honneur d’avoir tenu plus longtemps que les autres sous THC, et que convoite en ces termes le rappeur marseillais Stonie Stone : « Le Poumon, je vais le ramener, je vais le soulever comme la coupe aux grandes oreilles, frérot. La coupe au gros gros gros poumon, frérot ! » 

Mixtapes et ambiances peace 

Venu de la planète Viceland, Romain « Ennio » Moriconi évoque Spike Jonze, clipper de génie alors aux commandes de la chaîne qui produisait des OVNI télé comme le cultissime Ancient Aliens d’Action Bronson, « stoner show » dans lequel le rappeur blanc mate des émissions de complotistes en fumant sur son canapé. Autant dire que le mélange des genres ne fait pas plus peur à Romain que le mélange tout court : « High & Fines Herbes fonctionne comme un morceau de jazz, pour improviser il faut que ce soit bien cadré au départ, et aussi que personne de l’équipe ne fume en plateau, sinon on a rien dans la boîte. » L’un des grands arguments de Moriconi, c’est la désinhibition des invités parfois très agités de High & Fines Herbes. Selon lui, le cannabis agit comme un dissolvant d’ego. Là où beaucoup de rappeurs arrivent bardés de postures, de punchlines toutes faites et d’images maîtrisées, le THC fait tomber le masque. Plus de contrôle total, plus de stratégie. Résultat : des artistes plus naturels, parfois maladroits, souvent drôles, touchants de temps à autre. L’ego-trip se transforme en conversation, le personnage laisse passer l’humain. Et c’est précisément là que l’émission devient intéressante. 

« High & Fines Herbes fonctionne comme un morceau de jazz. » Romain « Ennio » Moriconi 

Derrière la cuisine « augmentée », les yeux rouges, les vannes d’ado et les silences un peu trop longs, High & Fines Herbes parle avant tout de musique. « L’enjeu principal de l’émission reste artistique », insiste Moriconi. Les mixtapes qui en sont issues ont permis à plusieurs artistes de tester des sons et de toucher un public différent. La weed n’est pas la finalité, c’est le catalyseur, dans une ambiance peace – « Une colonie de vacances pour adultes », dixit le rappeur du Pas-de-Calais Ben PLG – que ne pourraient pas garantir l’alcool et encore moins les drogues dures. « Contrairement à l’alcool, personne n’a le “bédo mauvais”, au pire, tu te retrouves Habat comme Mister V après son kebab aux fines herbes dans la saison 3 », se souvient en riant Reza Pounewatch, producteur de l’émission lui aussi venu de Viceland. 

Signé Jean-Jass & Caballero 

Ce qui transpire surtout, épisode après épisode, c’est cette sensation de bande, de confiance, où l’on délire sans limite comme dans le mythique épisode 3 de la saison 3 lorsque le Roi Heenok tire les cartes à Alkapote, dialogue qui confine au paranormal et que n’importe quel attaché de presse aurait censuré. « On peut inviter Gazo, Roméo Elvis ou PLK, l’ambiance reste celle d’un salon où personne ne joue un rôle trop longtemps, assure Moriconi. Même quand certains invités, comme Paul Mirabel, ne fument pas, l’énergie collective reste intacte. On n’est pas là pour prouver quoi que ce soit, juste pour être ensemble. » C’est peut-être ça, la vraie réussite de l’émission : avoir créé un espace où stars confirmées, humoristes (Paul Mirabel, Nordine Ganso), chefs (Xavier Pincemin, Mallory Gabsi…) et rappeurs peuvent cohabiter sans hiérarchie apparente. Tout le monde est logé à la même enseigne, celle de Jean-Jass & Caballero, les Zushiboyz bien connus du rap jeu straight outta Brussels. 

JeanJass et Caballero, cannabis, cuisine
Rap, cuisine et colo de vacances pour plus de 18 ans

Entre les gouttes de l’Arcom

Quand High & Fines Herbes quitte YouTube en 2018 pour arriver sur Viceland diffusé sur le bouquet Canal, ce n’est pas juste un changement de plateforme mais un signal culturel. La weed n’est plus cantonnée aux marges et devient un sujet de divertissement, proprement produit, carrément assumé. Presque respectable ? « Il y a eu un article du Parisien qui a mis le feu aux poudres du côte de l’Arcom, se souvient Reza, mais heureusement pour nous, le bouquet Canal émettait depuis l’Angleterre non soumise à l’Arcom et diffusant déjà pas mal de programmes bien déjantés… Donc c’est passé. » Jusqu’à la saison 5. 

« High & Fines Herbes, c’est comme une colonie de vacances pour adultes. » Ben PLG. 

Reste la question qui plane comme une dernière latte : quoi faire après ? Une saison 6 ? Un changement radical de format ? Moriconi évoque un long métrage, Highvengers, délire collectif autour du complotisme. Ou, dans un fantasme à peine déguisé, un rachat américain avec Wiz Khalifa et Snoop Dogg en parrains spirituels. Ce serait logique. High & Fines Herbes parle déjà un langage international : celui de la pop culture, du rap, de la weed et du divertissement décomplexé. En ce début 2026, l’émission est à un carrefour, trop installée pour se répéter, trop libre pour se formater. Reste à savoir si elle choisira de muter, de se radicaliser ou de tout cramer pour recommencer ailleurs. Une chose est sûre : la cuisine est prête, la weed, roulée et la culture populaire francophone ne regarde plus ailleurs quand « ça plane pour elle »… Tiens Plastic Bertrand n’était-il pas Belge, lui aussi ?

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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