Fumeurs de joints, à partir du 20 avril, vous êtes bienvenues dans l’US Army (et ce n’est pas une blague)

À partir du 20 avril (4/20), l’armée de terre américaine cessera d’exiger une dérogation des candidats condamnés une seule fois pour possession de cannabis. Une petite révolution administrative, pas un virage permissif : l’institution veut recruter plus large, sans lâcher sa doctrine de tolérance zéro une fois l’uniforme enfilé.

L’armée américaine lâche du lest. À compter du 20 avril, les nouvelles recrues n’auront plus à demander de dérogation si leur casier judiciaire ne mentionne qu’une seule condamnation pour possession de marijuana ou de matériel lié à sa consommation. Une mesure technique, sur le papier. Politique, dans les faits.
Le message est limpide : il faut élargir le vivier. Les nouvelles directives relèvent aussi l’âge maximal d’engagement, qui passe de 35 à 42 ans. Autrement dit, l’armée cherche du monde — et regarde de plus en plus mal ces vieilles condamnations pour cannabis qui, selon l’État où elles ont été prononcées, relèvent soit de l’infraction, soit d’une pratique désormais légale.
Une responsable du recrutement militaire, la colonelle Angela Chipman, résume le casse-tête américain : à force de voir les États légaliser en ordre dispersé pendant que le fédéral temporise, continuer à bloquer des candidats pour ce motif revient, dit-elle en substance, à se pénaliser soi-même.

Le cannabis ; faute légère à l’entrée, ligne rouge en service

Jusqu’ici, un candidat condamné pour simple possession devait engager une procédure de dérogation. Et patienter : au moins deux ans, puis un test antidrogue à passer dans un centre de sélection militaire. Cette étape disparaît désormais pour une seule condamnation liée à la marijuana ou à des accessoires de consommation.
Mais il ne faut pas se tromper de lecture. L’armée ne se convertit ni à la décriminalisation, ni à une forme de souplesse culturelle. Le document rappelle noir sur blanc qu’elle ne tolère pas l’usage de marijuana ni celui de substances dangereuses ou addictives. Toute consommation en service peut être sanctionnée au titre du code de justice militaire. La porte s’entrouvre au moment de l’engagement ; elle se referme dès l’incorporation.
Même logique pour les tests. Un candidat contrôlé positif au cannabis lors de sa visite médicale devra encore attendre 90 jours avant de pouvoir retenter sa chance. Et en cas de second test raté, la disqualification devient définitive. L’armée desserre un verrou administratif, pas l’étau disciplinaire.

Delta-8, CBD, graines de pavot : la guerre des traces

La fermeté ne date pas d’hier. En 2024, l’armée a encore précisé sa doctrine en interdisant explicitement les cannabinoïdes intoxicants dérivés du chanvre, comme le delta-8 THC. Elle a même mis en garde les militaires contre les aliments contenant des graines de pavot, susceptibles de provoquer des faux positifs lors des dépistages aux opioïdes.
Le cadre avait été posé dès 2020 : les produits tirés du chanvre, même légaux pour les civils, restent interdits pour les soldats. À l’époque, la cible principale s’appelait CBD. Depuis, le marché s’est emballé, les molécules ont proliféré, et l’armée a durci la formulation. Sont toujours proscrits les produits à base de cannabis injectés, inhalés ou introduits d’une autre manière dans le corps, mais aussi les aliments, patchs, lotions, huiles, savons, shampoings et autres cosmétiques appliqués sur la peau. Le texte le précise sans détour : cette règle a un caractère punitif, et sa violation expose à des sanctions.

Biden pardonne, pas l’armée

Dernier rappel, plus politique celui-là : les pardons accordés par Joe Biden pour certaines infractions fédérales liées à la possession de marijuana ne s’appliquent pas aux violations des règles internes de l’institution militaire. Là encore, deux Amériques cohabitent. Celle qui ajuste lentement son droit. Et celle de la caserne, qui continue de marcher au pas.
Le plus intéressant est peut-être ailleurs. Car pendant que l’armée s’accroche à sa discipline antidrogue, l’opinion évolue. Une étude publiée en 2024 montre que six anciens combattants sur dix soutiennent la légalisation du cannabis. Une autre enquête, plus ancienne, indiquait déjà que plus de 72 % des vétérans souhaitent que les médecins du ministère des Anciens combattants puissent recommander légalement du cannabis. Le pays change, l’armée suit, mais à reculons…

 

 

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Journaliste, peintre et musicien, Georges Desjardin-Legault est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu au Canada, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du site.

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