Prohibition

Documentaire : Quel avenir pour le cannabis en France?

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Plus d’un million de Français consomment du cannabis chaque jour, alors que la législation de 1970 reste l’une des plus répressives d’Occident. Ce documentaire diffusé sur LCP explore ce paradoxe à travers une enquête mêlant histoire, loi et réalités sociales. Dealers, agriculteurs, chercheurs, forces de l’ordre et responsables politiques croisent leurs points de vue, tandis qu’à l’étranger, d’autres modèles émergent. La France peut-elle encore tenir cette ligne dure face aux enjeux économiques, médicaux et sociétaux ?

Le documentaire de LCP sur le cannabis en France est disponible ici.

La prohibition du cannabis en chiffres

Nombre d’usagers, montant des amendes, coûts de la répression, âge moyen de la première expérimentation… ZEWEED vous résume la prohibition en 10 chiffres clé. 

1970

L’année où, le 31 décembre, la loi « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses » fait passer la détention et la consommation de cannabis dans le domaine du droit pénal. Elle est abrogée en l’an 2000, à la suite de la refonte du Code de la santé publique. La détention et l’usage du cannabis restent malgré tout interdits.

15,3

L’âge moyen d’expérimentation du cannabis en France, stable depuis la fin des années 1990.
Sources : « Enquête sur la santé et les consommations lors de la journée Défense et citoyenneté » (Escapad), 2017 ; « Cannabis et cannabinoïdes de synthèse », Drogues et addicitons : Données essentielles, OFDT, 2019.

900

Le nombre de Français entre onze et soixante-quinze ans fumant du cannabis quotidiennement. Ce chiffre place la France en tête du classement européen.
Source : Rapport OFDT 

36

Le nombre de pays, en 2024, où le cannabis est dépénalisé ; auquel il faut en ajouter huit où il est partiellement dépénalisé.
Source : Sénat.fr

1,823

En milliard d’euros, les rentrées d’argent si l’État contrôlait la production et la vente de marijuana (523 M€ de dépenses publiques en matière de répression + 1,3 milliard d’euros de recettes fiscales).
Source : Terra Nova/Le Monde, 2019.

96

Le nombre d’heures de garde à vue que peut occasionner la détention d’un gramme de cannabis.
Source : Service Public 

3 750

En euros, le montant de l’amende pour usage de cannabis, qui peut également occasionner une peine maximale d’un an de prison. Depuis mars 2019, « l’action publique peut être éteinte par le versement d’une amende forfaitaire d’un montant de 200 € ».
Source : ordonnance n° 2021-409 du 8 avril 2021, du Code de la santé publique.

78%

En 2022, 78% des Français étaient favorables à la légalisation du cannabis thérapeutique
Source : IFOP

3,24

En milliards d’euros, le montant du marché illégal de cannabis en France, soit entre 360 et 500 tonnes de cannabis consommées par an en France.
Source : rapport de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) et de l’OFDT, 2020.

568,1

En millions d’euros, le montant des dépenses publiques pour lutter contre le cannabis (398,4 M€ pour la répression, 125,1 M€ pour la justice, 8,1 M€ pour la santé, 36,5 M€ pour la prévention). On estime les coûts de la légalisation dix fois moindres.
Source : Christian Ben Lakhdar et Pierre-Alexandre Kopp, « Faut-il légaliser le cannabis en France ? Un bilan socio-économique », Économie et prévision, n° 213, 2018.

Prohibition du cannabis : à qui profite l’interdiction?

Longtemps autorisée, la culture du chanvre a disparu au cours du xxe siècle. Mais à qui a profité le crime ? Synthèse de faisceaux concernant la confiscation d’une matière première dédiée à l’homme.

Aurait-on oublié que, pendant des siècles, le chanvre (Cannabis sativa) fut le moteur de nos sociétés européennes ? Cordes et voiles de marine, spécifiquement constituées de l’écorce filamenteuse de sa tige, sont ainsi à l’origine des grandes découvertes établies par Christophe Colomb, Vasco de Gamma, Fernand de Magellan, puis de l’essor du commerce maritime international. Les fibres du chanvre sont effectivement considérées comme les plus résistantes (même au sel marin et à l’humidité) du règne végétal et elles remplaçaient, jadis, le plastique dont nous n’arrivons pas à nous débarrasser aujourd’hui. Cette matière première composait également le textile de base dans nos campagnes (langes, draps, nappes, vêtements, mouchoirs, linceuls, etc.). « Personne n’ignore qu’un sac est une sorte de poche plus ou moins grande, selon l’usage auquel on le destine, qu’il est fait d’une forte toile en fil de chanvre et qu’il exige deux coutures pour le former », écrivait savoureusement une « société de savants et d’artistes », en 1831, dans son Dictionnaire technologique ou Nouveau Dictionnaire universel des arts et métiers et de l’économie industrielle et commerciale.

Les graines de chanvre alimentaient alors nos poules, pigeons, servant d’appâts pour les poissons, sans aucun contrôle de THC. Culture traditionnelle indispensable pour les premiers colons américains, il était même interdit de refuser de cultiver du chanvre pour l’État, de 1763 au 1769, en Virginie sous peine d’emprisonnement ! L’invention de la machine à vapeur et des câbles métalliques, vers 1850, l’importation du coton, puis l’arrivée du kérosène et des matières plastiques vers 1950, poussèrent progressivement notre belle plante aux oubliettes. Pourtant, en 1938, un article du magazine Popular Mechanics expliquait que le chanvre générait plus de 25 000 produits (de la dynamite à la Cellophane) et que sa culture promettait de devenir la première industrie américaine. Il n’en a rien été, le chanvre étant incapable de lutter face aux différentes formes de lobbies.

Chimie : le chanvre est soluble dans DuPont de Nemours

Le 2 août 1937, une loi anti-chanvre américaine, la Marijuana Tax Act, est promulguée. Dotée d’un impôt prohibitif, elle naît à l’initiative de la Commission des finances, seule institution habilitée à envoyer directement les projets de loi au Congrès sans obligation de débats préalables. Le Congrès est alors présidé par Robert L. Doughton, un démocrate proche du géant de la chimie DuPont de Nemours, dont 60 % du chiffre d’affaires se fait par alternative au chanvre. Sa prohibition prend alors la forme d’une conspiration à deux têtes : Andrew W. Mellon (chef de la CIA, bras droit du Président américain Herbert Hoover et propriétaire de la compagnie pétrolière Gulf Oil) est alors le principal investisseur banquier de la firme DuPont de Nemours ; Harry J. Anslinger, nommé chef du Bureau fédéral des narcotiques en 1930 par le même Andrew Mellon (dont il épouse la nièce), est chargé de présenter la loi au Congrès.

Avec la Marijuana Tax Act qui réduit le chanvre à peau de chagrin, la voie est libre pour DuPont de Nemours qui enchaîne les brevets :

  • brevet de la réduction chimique du bois en 1937 pour fabriquer du papier avec du dioxyde de soufre ;
  • brevet du nylon en 1938, alors que le chanvre était utilisé jadis par les familles paysannes pour confectionner leurs propres vêtements ;
  • brevet du Téflon en 1938, alors que son concurrent direct, en plomberie ou en fontainerie, est encore de nos jours, la filasse de chanvre ou de lin ;
  • brevets des premiers tests de détection du cannabis en 1938, vendus sous licence ;
  • brevets de pesticides en 1970 (dont le Benlate DF (Benomyl), produisant des effets si nocifs sur les testicules et la prostate des animaux qu’on pensa l’utiliser comme stérilisant chez l’homme), alors que le chanvre est une culture polyvalente dépolluant les sols et qui ne nécessite aucun engrais chimique.

Si le chanvre n’avait pas ainsi été taxé de manière dissuasive, puis mis hors la loi, les affaires de DuPont de Nemours n’auraient jamais pu prospérer de la sorte. La loi anti-chanvre américaine de 1937 évoluera, après la Seconde Guerre mondiale, vers une interdiction totale de cette culture partout dans le monde après la Convention unique sur les stupéfiants ratifiée par l’ONU en 1961, sous la houlette de… Harry J. Anslinger, devenu entre-temps chef de la Commission des stupéfiants aux Nations Unies.

Prohibition : cannabis vs pastis

En 1933, après treize ans d’échec, la prohibition de l’alcool aux États-Unis est abrogée avec le 21e amendement. Les industriels de l’alcool veulent récupérer leur marché perdu, mais se heurtent à un nouveau concurrent : le cannabis, dont la consommation s’est développée en leur absence. C’est ici que l’on retrouve le déjà cité Harry J. Anslinger. D’abord indifférent au cannabis, il devient soudainement son plus farouche opposant après 1933. Pourquoi ce revirement ? Parce que les lobbies de l’alcool, mais aussi du tabac et du papier, voient d’un mauvais œil l’expansion du chanvre et de ses dérivés. Anslinger, proche de ces milieux industriels, orchestre alors une vaste campagne de diabolisation du cannabis.

En 1937, derrière le Marijuana Tax Act, on retrouve un puissant lobbying des industriels de l’alcool. Leur objectif ? Éliminer une alternative perçue comme trop compétitive. Des archives montrent que des acteurs du secteur alcoolier ont soutenu cette loi, notamment via des contributions aux campagnes de sénateurs favorables à l’interdiction du cannabis. L’économiste Richard J. Bonnie et l’historien Charles H. Whitebread, dans leur étude The Marihuana Conviction: A History of Marihuana Prohibition in the United States (1974), expliquent comment l’industrie de l’alcool a pesé sur ces décisions politiques en soutenant les campagnes d’Anslinger et des prohibitionnistes du cannabis. Le résultat est immédiat : alors que l’alcool retrouve sa légalité et son marché, le cannabis est relégué au rang de drogue criminelle.

Papier de chanvre : la gueule de bois

Après quatre cents ans d’hégémonie du papier chiffon (chanvre et lin), l’invention de la pâte à papier de bois, en 1846, change la norme de production du papier. En 1916, le ministère de l’Agriculture américain (USDA) publie cependant les résultats des nouveaux procédés de papeterie (Bulletin n° 404) démontrant qu’à surface égale, le chanvre fournit quatre fois plus de pâte à papier que le bois, en consommant un quart, voire un septième des produits chimiques (soufre, chlore) nécessaires au traitement des fibres de bois : « Pour la production de 25 tonnes de fibres papetières par jour, il est possible d’utiliser la production de 4 000 ha de chanvre, au lieu de sécuriser, conserver, reboiser et protéger 16 390 ha de bois pour la pâte à papier », est-il notifié. Pourquoi un tel paradoxe ?

Pendant la guerre hispano-américaine de 1898, la moitié de l’armée de Pancho Villa est composée d’Indiens (principalement des Yaquis), grands fumeurs de marijuana. Quand le révolutionnaire au grand chapeau et ses soldats font main basse sur 323 000 hectares de forêt mexicaine appartenant au magnat des médias William Randolph Hearst, celui-ci voit rouge : ces vastes étendues lui servent à fabriquer sa pâte de bois pour produire le papier nécessaire à son empire médiatique (28 journaux, 18 magazines, des stations de radio et des compagnies de cinéma). Furax, Hearst met en place un marijuana bashing dans ses journaux populaires (on y parle de « Noirs fous de cannabis qui violent des femmes blanches en jouant de la musique “jazz satanique vaudou” » et d’autres horreurs sur les Mexicains) dans lequel s’engouffre le Congrès américain qui aboutira au Marijuana Tax Act. Pour bien enfoncer le clou, il fera ouvrir la tombe du général mexicain après sa mort pour voler sa… tête !

Big Pharma : « Pain is gain. »

D’abord, un chiffre qui interroge. Selon les données officielles de Medicare (système d’assurance santé géré par l’État américain), entre 2010 et 2013, un médecin dans un État où le cannabis médical est autorisé prescrira 1 826 doses en moins par an d’anti-douleurs que son collègue qui n’a pas le droit de recommander à ses patients de fumer des joints. Dès lors, on comprend mieux l’intérêt pour les groupes pharmaceutiques d’étouffer la fumée.

En 2014, l’hebdo américain The Nation révèle que le financement des groupes d’opposition au cannabis aux États-Unis est principalement soutenu par l’industrie pharmaceutique, dont Purdue Pharma, les laboratoires Abbott, Alkermes, Janssen, producteurs d’anti-douleurs, et Pfizer, distributeur de produits opiacés (qui a investi 6,7 milliards en 2024 pour produire un anti-inflammatoire à base de cannabinoïdes). Pourtant, le cannabis a fait son apparition dans la pharmacopée américaine officielle il y a bien longtemps : en 1851 et jusque dans les années 1930, il était couramment prescrit comme analgésique, sédatif, antispasmodique ou antiémiétique (contre les nausées).

Histoire d’un tube : La Cucaracha

C’est le moment de retrouver votre cours d’histoire cannabique préféré : Zeweed vous raconte aujourd’hui l’origine de la plus célèbre mélodie mexicaine, un hymne insolent et entêtant. Oubliez la Macarena, cet été, on se met tous à la Cucaracha!

Vous avez dû la supporter en klaxons, dans le métro et en BO de milliers de gadgets Made in China qui peuplent les bazars. Cette chanson, c’est… la Cucaracha:

Vous avez dû la supporter dans les transports en commun, dans des supermarchés ou face aux milliers de gadgets Made in China qui peuplent les bazars. Cette chanson, c’est… la Cucaracha.

Un fait peu connu, puisque le consensus concernant la première chanson sur notre plante préférée est en général en faveur de “Reefer Man”, un classique provoquant sorti en 1932. Cette composition Jazz très fun, jouée par le détonnant Cab Calloway, arrive en réalité trois ans après « Muggles » (du patriarche de la trompette Louis Armstrong) mais surtout près de 20 ans après la Cucaracha.
Fun fact: “Reefer Man” a tout de même le privilège d’avoir, en introduction, le tout premier sketch sur la Ganja  gravé sur vynile, bien avant les comédiens Cheech et Chong, dans les années 70.
La particularité de la Cucaracha, c’est qu’il existe autant de versions que de types de tequilas au Mexique.

Hymne au cul du joint

La mélodie reste toujours la même, mais les paroles varient selon les régions et le contexte politique du pays.
Si on ne connaît pas exactement la date de sa composition, trois interprétations sont particulièrement iconiques et elles reflètent les trois sens du mot Cucaracha. Le mot en espagnol, signifie « cafard » et s’applique différemment selon la période :

– Au sens propre, comme dans la première partition du morceau (qui remonte à 1818 et la guerre d’indépendance du Mexique avec l’Espagne, qui dura de 1810 à 1821). Dans cette version, c’est l’histoire d’un Cafard qui a perdu une patte et qui a des difficultés à se déplacer.
– Au sens figuré, comme en 1870, pour s’opposer à la nomination de l’empereur Maximilien d’Autriche
– Et dans le cas de la version la plus connue de la chanson, celle qui l’a établie comme un monument national digne de Frida Kahlo : en argot.
Car Cucaracha signifie avant tout “joint” en espagnol ! C’est d’ailleurs de ce mot que viendrait l’expression “roach” en anglais qui signifie “Cul de joint” et “Cockroach” qui est le nom du Cafard en anglais.
Dans cette version dédiée au révolutionnaire Victoriano Huerta (président du Mexique entre 1913 et 1914), pas d’ambiguïté dans les paroles:

Le cafard Le cafard/ 
Ne peut plus marcher/ 
Parce qu’il n’a pas/ 
Parce qu’il lui manque/ 
De la marijuana à fumer.

L’origine de cet étrange hommage ?
Le révolutionnaire était très fortement soupçonné d’être un fumeur en raison des énormes lunettes noires qu’il portait à cause de sa cataracte (une maladie des yeux), d’un amour de la fête certain qui lui donnait une démarche qu’on va qualifier “d’incertaine” et de rumeurs appuyées sur des parfums aromatiques qui l’entouraient à chacun de ses déplacements.

Le désastre écologique des plantations de cannabis illégales

Contrairement aux plantations contrôlées, la culture mafieuse de cannabis s’avère désastreuse pour la biodiversité, l’eau et le climat. Exemples choisis en Californie et au Maroc.

La culture industrielle hors-la-loi de weed est une véritable saloperie. Rien de moral, là dedans: c’est juste le résultat de l’écobilan des plantations illégales de cannabis. Qu’on en juge plutôt.
Le sujet est bien documenté en Californie, état qui abrite plus d’un fumeur américain sur deux. Avant que la culture n’y soit autorisée, le Golden State a été la terre promise des illégaux. Avec des dégâts à la clé. Souvent nichées dans des espaces naturels, les plantations ont fortement dégradé les biotopes. Les outlaws n’hésitant pas à drainer les zones humides (à la riche biodiversité) pour annexer de nouvelles terres, à épandre des pesticides jamais bienvenus dans la nature.

Plus gloutonnes que les vignobles

L’été, les cultivateurs n’hésitent pas non plus à pomper massivement l’eau des rivières pour irriguer leurs rangs de weed. Selon les calculs de Scott Bauer (département de la faune sauvage de Californie), l’irrigation d’un km2 de cannabis consomme près de 3 milliards de litres d’eau par saison. Au total, la weed illégale engloutit deux fois plus d’eau que les vignobles californiens.

Un désastre pour une région désertique, soumise à des vagues de chaleur régulière depuis une dizaine d’années. Dans le triangle d’émeraude, la martre de Humboldt (Martes caurina humboldtensis) et nombre de chouettes ont fuit devant les milliers de plantations sauvages que cette zone du nord-ouest de la Californie abrite désormais.

Contre-exemple marocain

Moins d’espaces naturels, moins d’eau, des pesticides jusqu’à plus soif : c’est la porte ouverte à la déforestation, émettrice de gaz à effet de serre. Un sujet que connaissent bien les autorités marocaines. Depuis des décennies, le royaume chérifien produit et exporte cannabis et résine vers l’Europe. Plus de 130 000 hectares étaient affectés à cette culture, avant la légalisation, il y a quelques semaines, de la culture du cannabis « thérapeutique ». Cela ne devrait pas arranger l’état de la forêt marocaine, ni celui du climat.

Un dernier exemple pour la route ? Pour être rentable, la culture indoor de weed est grande consommatrice d’eau, de nutriments, de pesticides et … d’électricité. Cette dernière alimente les systèmes de filtration d’air, les pompes et les lampes qui ne s’éteignent pratiquement jamais.
Environ 3% de l’électricité californienne alimentent des serres à cannabiques, dont plus des deux tiers sont encore illégales. La production d’un kWh d’électricité californienne émettant, en moyenne, 430 grammes de CO2, on peut donc estimer que la mafia du cannabis californienne émet, directement, près d’un demi million de tonnes de gaz carbonique par an.
Et sans payer le moindre quota d’émissions !

 

Le roman de Dr Cannabis

Au milieu des années 1980, la F1, première herbe locale de qualité, embaume l’air d’un département qui se prend alors pour la Californie. Elle est produite et récoltée par celui que la presse de l’époque surnommera alors le « Dr Cannabis » – pour son savoir-faire, des aventures judiciaires rocambolesques et un diplôme de médecine obtenu en prison. Rencontre avec le Franco-Allemand qui aura converti l’Hérault à la « cannabiculture ».

Par Jean-Christophe Servant

La chute de Peter Kiszka remonte à 2003. Et quand on dit chute, ce fut littéral : son ULM tombe en rade de moteur alors qu’il s’élance au-dessus de La Cavalerie, sur le plateau du Larzac. La dégringolade. Et voilà le corps du quinquagénaire franco-allemand éparpillé, façon puzzle. « Il n’a jamais cherché à être sympathique, souligne Vincent*, l’un de ses vieux amis, qui continue à venir aider Peter quand il a des problèmes d’ordinateur. Et il est plutôt docte et cassant. Mais il avait jusqu’alors ce qu’il fallait pour être bien entouré : son cannabis… Sauf qu’à partir de cet accident, poursuit Vincent, Peter s’est retrouvé dans l’impossibilité physique d’en planter, et il a commencé à se retrouver tout seul. » Vingt ans après, le corps est toujours brisé. « Niqué de partout » selon son expression. Sa condition l’oblige à se traiter à la morphine alors qu’il reste de longues journées, seul, dans son domicile du centre de l’Hérault, à lire tous les spams qui s’accumulent sur son vieux PC.

Peter se rappelle très bien notre première rencontre organisée par Vincent. C’était juste avant la Covid et la discussion fut à sens unique, face à ses digressions qui nous entraînaient vers des culs-de-sac. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Peter est un client compliqué pour un journaliste. Quatre ans d’attente plus tard, le revoilà, à domicile, rasé de frais. Il avait d’abord été entendu avec Vincent que l’entretien se ferait avec Peter dans sa baignoire où il peut plus facilement contrôler ses idées et calmer son corps dans un bain à 35 degrés. Finalement, il s’assoit devant son ordinateur, dont le désordre de l’écran d’ouverture est à l’image de sa demeure meublée d’un bordel de caisses, de livres et de magazines épars. « J’ai besoin de quelqu’un pour ranger mes dossiers, mais je n’arrive à trouver personne », constate Peter…

Le Dr Kiszka, quelques années de prison et turbulences plus tard...

« Le bon docteur Kiszka »

Peter aura bientôt quatre-vingts ans. Vincent, notre interface conviviale, s’approche des 70 balais. C’est l’âge moyen de tous ceux qui ont collaboré avec celui que Libération surnommait, en 1984, le « bon docteur Kiszka », en référence à son diplôme de médecine finalement obtenu derrière les barreaux, alors qu’il purgeait sa deuxième peine de prison pour infraction à la législation sur les stupéfiants. En tout, le « bon docteur Kiszka » aura passé douze ans d’incarcération à la fin du siècle dernier, avec Vincent, qui patiente dans la pièce à côté pendant notre entretien. Notre échange s’avérera moins décousu, mais toujours aussi en rhizome. Nous sommes en effet ici dans un petit club très fermé de retraités : celui des seniors de la cannabiculture languedocienne. Du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, Peter, Vincent et un petit groupe de jeunes trentenaires actifs, réunis autour du premier, vont compléter leurs revenus en agrémentant les fumeurs de l’Hérault avec la première production locale de weed de qualité : la F1 – bien avant que tout ce petit collectif ne se dissolve, et taille son propre chemin dans la production locale, après que Peter, l’aîné, est devenu par trop imprévisible.

 Ferme de la drogue et prison ferme

Peter Kiszka est né en 1945 sous les bombes, dans les Sudètes (zones à majorité germanophone de l’ex-Tchécoslovaquie) et a grandi dans le nord de la France, avant de rentrer à l’École des mousses de Toulon, puis de mener son service militaire dans l’armée de l’air, à bord d’un Breguet Atlantic. Il commence ensuite à étudier le droit, puis la médecine dans le Montpellier baba cool du début des années 1970, où il finira par se retrouver interne dans son CHU. La première fois où Vincent a fumé l’herbe de Peter, avant même de le connaître, c’était en 1986. Sa copine de l’époque avait ramené sa production dans un paquet de Tampax. « C’était impressionnant et du vrai circuit court ! », souligne Vincent. Les fleurs, qui avaient été préalablement séchées sur des fils de linge tirés dans un appartement du centre de Montpellier, faisaient partie d’une production de 40 kg poussée sur un terrain vague à la sortie de la métropole, en direction de Palavas. « À partir de cet instant, poursuit Vincent, nous avons commencé à maronner dans l’Hérault à la recherche d’endroits où planter, puis nous avons ouvert notre premier laboratoire. » Vincent va tout apprendre aux côtés de Peter, véritable maître artisan en cannabis : les périodes de floraison, bien sûr, mais aussi comment différencier les plantes, les entretenir, faire des boutures, se débarrasser des araignées… À l’époque de leur rencontre, Peter est déjà une figure culte de l’underground du cannabis français, au point d’avoir fait l’autre actualité du 11 mai 1981. Sur la une du Midi Libre de ce jour, au-dessus de la photo de François Mitterrand qui vient d’être élu président de la République, un bandeau annonce la saisie de 10 000 plants de cannabis en Lozère, dans le hameau de Poulassargues. « Plus importante “ferme de la drogue” jamais découverte en France », titre le quotidien.

Les RG informés… par Dr Cannabis

Cette gargantuesque production, Peter Kiszka ne s’en est jamais caché, au contraire. Un an plus tôt, il avait en effet averti l’inspecteur des RG le plus proche de son projet : « Étudier le comportement du cannabis lorsqu’il est transplanté dans la région méditerranéenne et son éventuelle utilisation pour la désintoxication des drogués. »

Pendant des mois, Peter Kiszka va ainsi récolter, faire sécher et analyser son herbe… jusqu’à l’intervention des gendarmes… stupéfaits. 1981 sera une bonne année pour notre Maréchaussée : cette année-là, les stups arracheront 18 913 pieds de cannabis en métropole, dont la majorité chez Peter ; qui va se montrer inflexible devant le juge d’instruction de Mende. Celui-ci argumente que ce n’est pas du chanvre indien, alors seul prohibé par l’article R5166 du code de la santé publique, mais une variété locale qui ne peut en aucun cas être qualifiée d’indienne puisque les graines sont européennes et ont poussé en Lozère… « Des arguties et des manœuvres dilatoires ou destinées à compliquer la recherche de la vérité », soulignera le 9 février 1984 le tribunal de Mende, qui le condamnera à cinq ans d’emprisonnement. Non sans que Peter n’ait entretemps fait appel et soit allé jusqu’à se pourvoir en cassation, retoquée au prix d’un tour de passe-passe juridique : sa condamnation finale ramenée à trois ans de prison, s’appuiera sur la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, qui, contrairement à l’article R5166, ne distingue ni la variété, ni le sexe du cannabis.

Piges dans Le Quotidien du Médecin

Peter Kiszka a découvert l’herbe au début des années Giscard. Durant sa présidence, la dépénalisation du cannabis devient un sujet politique, dans le sillage de « L’Appel du 18 joint », en 1976, lancé par le quotidien Libération. En 1979, Peter organise au centre culturel Rabelais de Montpellier, une conférence autour du livre programme de Michka Seeliger-Chatelain, Le Dossier vert d’une drogue douce (1978), best-seller parmi les fumeurs de l’époque. « Et c’est là que les emmerdes ont commencé, poursuit Peter, jusqu’à me retrouver balancé, en 1981, sur fond de règlement de comptes entre Giscardiens », estime-t-il. Notre interlocuteur martèle pourtant « n’avoir cultivé que pour étudier l’usage thérapeutique du cannabis, jamais dans un autre but. D’ailleurs, je n’ai que très peu fumé, et plutôt surtout fait semblant d’inhaler. J’ai toujours en effet eu des problèmes avec les fumeurs ». Peter ira d’ailleurs jusqu’à tenir dans les pages du Quotidien du Médecin (à l’époque vendu sous le titre Le Généraliste) une rubrique, signée du « Dr Cannabis » où il invitera « les médecins intéressés par la légalisation médicale du cannabis » à le contacter, adresse montpelliéraine à l’appui… Dans le genre discret… « Peter est un intellectuel mais aussi un manuel, tout comme incontestablement un des meilleurs spécialistes français du cannabis, rétorque Benoît*, un autre ancien de la F1. Mais il oublie de rappeler qu’à un moment, l’herbe nous a aussi offert une vie confortable à Montpellier, à lui comme à nous. »

Quand le Dr Cannabis pige pour le Quotidien du Médecin

« Une autre herbe française est possible »

À la fin des années 1980, la préfecture de l’Hérault, dynamisée par l’arrivée aux affaires municipales du socialiste Georges Frêche, rayonne sur une terre aux airs de Californie française. Les nouveaux quartiers poussent. Les babas à shilom ont laissé place aux punks des Sheriff et d’OTH. L’hédonisme s’empare des rives du golfe du Lion, porté par le parfum de liberté post-1981 et la présence d’une communauté LGBT+ festive grandissante. Mais, hors des « poppers » et de la résine de cannabis marocaine, toujours point d’alternative en matière de drogues douces : l’herbe locale, quand on arrive à en trouver, continue à avoir toujours un goût de foin. La F1, adaptée d’une semence ouest-africaine, va convertir les plus sceptiques. Oui, « une autre herbe française est possible » ! À travers les réseaux cloisonnés qu’ils vont discrètement développer, Peter et sa bande de trentenaires commencent à écouler de plus en plus de récoltes remontées de leurs plantations clandestines, planquées sur des friches de terrain vague éparpillées dans le centre de l’Hérault, le littoral étant devenu trop risqué. « On devait beaucoup crapahuter et c’était très physique, surtout lorsqu’il fallait ramasser l’herbe couchée par la pluie », se souvient Benoît.

F1 et décapotables

Mais le jeu en vaut la chandelle. Le gramme de F1 qui s’écoule 8 francs en 1987, monte très vite à 12 sous la demande, avant de grimper à 15 avec les années 1990. La F1 se vend jusqu’à Lyon. Et les commandes groupées se multiplient « jusqu’à produire des paquets de 250 grammes avec des machines à faire des briques en papier ». Alors que les ventes et recettes explosent, Peter, qui « est saisi par une fièvre dépensière chaque fois qu’il sort de prison » et aime rouler en décapotable. Ça sort danser au Rimmel, un club du centre de Montpellier, plutôt qu’au Reganeous, trop voyant et surveillé. Pas question d’ailleurs de vendre la F1 aux entrées de boîtes de nuit et de concerts, alors que notre groupe commence à se marier et faire des enfants. « Ce qui nous poussait encore plus à faire profil bas pour ne pas trop se faire remarquer », se souvient Vincent. Sauf Peter, qui va ne pas s’assagir. C’est désormais une icône depuis que ses faits d’armes ont été relayés par la bible cannabique des années 1990 : le livre Fumée clandestine : Le livre du cannabis (1991) de Jean-Pierre Galland, futur fondateur du Collectif d’information et de recherche cannabique (Circ) que Peter croisera aussi à Montpellier. On parle même de lui lors d’une émission de Christophe Dechavanne. « Cette exposition médiatique aurait pu l’inciter à la prudence, poursuit Vincent. Or, sans nous avertir, il va ouvrir un nouveau laboratoire à Aix-en-Provence… qui va, bien sûr, être découvert. Avec la documentation qu’ils ont retrouvée sur place, ça a failli me griller. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à s’éloigner de lui et de ses projets de plus en plus compliqués pour mener les nôtres et nous lancer également dans la cannabiculture. Jusqu’à ce que l’on apprenne son accident en ULM… »

Dernière moisson

Au moment où Peter Kiszka se crashait en 2003 sur les contreforts du Larzac Nord, le commerce des anciens qui l’avaient côtoyé s’était envolé. Produisant dans les 100 kg par récolte et par producteur, il ne s’agissait plus de F1, mais d’une nouvelle variété développée à partir de semences achetées sur les premiers catalogues de la Sensi Seeds Bank hollandaise. « Nous étions de vrais commerciaux, contrairement à Peter, qui ne l’a jamais été », résume Vincent. Mais si la demande était toujours là, « l’ambiance avait commencé à se tendre alors que la concurrence se faisait de plus en plus vive ». Des braqueurs armés et cagoulés viendront même casser une des plantations sur le point d’être récoltée. Signe qu’il était temps de se ranger, pour les anciens du groupe de Peter. Vincent arrêtera la production après la saison 2005, le restant du groupe à l’orée des années 2010. « Quand il s’agit de fumer, notre groupe sait toujours se débrouiller pour en trouver. Mais c’est de l’histoire ancienne. » Vincent n’en a jusqu’alors jamais parlé à ses enfants.

C’est le moment de laisser le « bon docteur Kiszka » dans la pénombre et le chaos de son appartement. Dans quelques jours, Vincent repassera le voir, comme toujours. Jusqu’au moment où Peter décidera d’en finir définitivement avec ses douleurs. Leurs conversations tournent de plus en plus souvent autour de cette échéance. Vincent dit comprendre, tout en s’opposant évidemment fermement aux humeurs noires de Peter : « Il est fatigant. Mais, en attendant, je serai toujours là. Je n’oublie rien : grâce à Peter, nous avons connu et profité d’une période royale. Au bon moment, au bon endroit. Et quelle beuh c’était… »

* Les prénoms ont été changés.

Ganja in India: entre illégalité et sacré.

Si en Inde, le cannabis est considéré comme une plante divine dans les textes anciens, son commerce et son usage sont officiellement interdits depuis 1985 . Une très relative prohibition, puisque le haschich et la Ganja y sont toujours largement produits et consommés. A quand la (re)légalisation du sacré ?

C’est sur les contreforts de l’Himalaya que pousse un cannabis Indica qui produit un des haschich les plus prisé au monde : le Charas.
Longtemps vénéré avant d’être produit illégalement, ce cannabis made in India y est cultivé en abondance et trouve des consommateurs de tout âge et caste dans une société pourtant considérée comme peu souple.
Selon une étude menée par ABCD, pour Seedo, New Delhi, la capitale, se hisserait  -en nombre d’enthousiastes de la fumette-  au deuxième rang des villes les plus consommatrices de ganja du globe. Mumbai, la capitale financière, ne fait pas exception à la conso’ d’herbe puisqu’elle se place à la 6ème position des 120 villes les plus amateur de marijuana de la planète.

Plante bénite

Un penchant cannabique qui n’a rien de surprenant tant la large consommation de weed dans l’ancienne colonie britannique ne peut être isolée de la longue histoire du pays au 330 millions de divinités, avec une consommation de la belle plante qui remonte au moins  à 2000 avant JC.
Soit bien avant les élucubrations fumantes des communautés 60’s de Goa.
Le quatrième Veda de l’hindouisme appelé Atharva Veda parle ainsi du cannabis comme «l’une des cinq plantes les plus sacrées».
Quand au dieu porte-bonheur  Shiva, il aurait abonnement consommé l’herbe magique.

Shiva et Parvati préparant un Bhang

Le même  Shiva qui est souvent représenté avec un chillum (pipe indienne traditionnelle en argile).

Homme fumant le shilom

Le Bhang, boisson planante composée de feuilles de cannabis et de lait est aussi mentionné nombre de fois dans les textes religieux indiens. Inattendue intervention divine ou tolérance pragmatique? Toujours est-il qu’en vertu de la Convention unique sur les stupéfiants et de la loi sur les substances psychotropes 1985, le Bhang n’est pas classé comme stupéfiant dans le pays. Il est donc possible, légal et culturellement très correct de s’envoyer un space-cake liquide en Inde.

Outre le contexte religieux, le système de médecine indien, l’Ayurveda, est également connu pour largement avoir recours au cannabis comme ingrédient actif dans les préparations. Pas moins de 191 formulations et plus de 15 formes posologiques ont inclus la weed comme ingrédient premier pour traiter des problèmes allant de la constipation  à l’hypertension artérielle.
Médicalement, la consommation de cannabis est aussi recommandée par la médecine moderne pour traiter d’autre pathologies/conditions telles que les nausées et vomissements provoqués par les traitements chimiothérapiques, améliorer l’appétit des patients atteints du VIH / SIDA et réduire les  douleurs chroniques. La marijuana agit aussi en thymo-régulateur, son fonctionnement neurologique s’apparentant à celui d’un anxiolytique, sans addiction à la clef.

Herbe interdite

En vertu de la loi de 1985 sur les stupéfiants et les substances psychotropes (NDPS), le commerce et la consommation de résine de cannabis (charas) et de bourgeon (ganja) sont désormais illégaux et toute personne trouvée en possession de hasch ou d’herbe encoure  jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Cependant, l’illégalité du cannabis en Inde est des plus théoriques, comme le souligne le Rapport mondial sur les drogues 2019 publié par l’ONUDC, la section « stupéfiant » de L’ONU, qui nous apprend que plus de 3% de la population indienne âgée de 18 ans et plus et un peu moins de 1% de les adolescents âgés de 10 à 17 ans avaient consommé de la weed ou du hasch en 2018.
Bien qu’une certaine latitude en matière de tolérance  ait été accordée aux gouvernements régionaux pour fournir des licences permettant de cultiver du cannabis à des fins de recherche et à des fins médicales, seules quelques régions comme  l’Uttar Pradesh et l’Uttarakhand ont réellement reçus une licence de culture du chanvre.

Le marché indien du cannabis, entre ses débouchés et un terreau des plus favorables, attire les convoitises de multinationales autant qu’il anime la volonté de légalisation de plusieurs collectifs et ONG, organismes qui ont déposé des requêtes en justice demandant sa légalisation pure et simple. Les entrepreneurs et pétitionnaires en question affirmant non sans fondement que les bienfaits médicinaux du cannabis ont été reconnus dans le monde entier, et que l’Inde offre des conditions climatiques idéales pour que la plante y prolifère largement.
Selon un rapport de Grand View Research Inc., le marché mondial de la marijuana légale devrait atteindre 146,4 milliards de dollars d’ici la fin de 2025. Un marché sur lequel le second pays le plus peuplé au monde, qui fait face à un défi économique et sociale de taille, a tout intérêt à miser.

Chez les hippies Soviétiques

Alors que Vladimir Poutine a annoncé vouloir faire la paix avec l’Ukraine et que nous nous apprêtons à commémorer le triste anniversaire de l’invasion russe le 22 février 2022,  ZEWEED revient sur une étonnante séquence de l’ère soviète : le mouvement Peace and Love in USSR. Une belle invitation à faire l’amour et pas la guerre dont l’actuel locataire du Kremlin aurait bien fait de s’inspirer il y a trois ans.

C’est une époque dont on sait peu de choses tant les visites des étrangers en URSS étaient soigneusement encadrées par un système qui maintenait un contrôle absolu sur ses citoyens.
Bien avant la révolution d’octobre 1917, la culture du chanvre à des fins industrielles était largement répandue dans tout le pays, faisant de la Russie le 1er producteur de chanvre mondial. Cette culture était déjà très ancienne: la Russie fournissant le chanvre pour les cordages de la marine britannique depuis 1715,  à l’époque du Tsar Pierre Le Grand.

A la fin du 19e siècle, avec la concurrence du coton américain et de la toile de jute, la production de chanvre déclina rapidement. Ce n’est que dans les années 1930, à l’époque de Staline qu’elle reprit, fortement encouragée par des aides aux producteurs, des médailles et des privilèges (le stakhanovisme à l’oeuvre).

Aux grand ganja-growers, la Patrie reconnaissante.

Au début du 20ème siècle, l’usage récréatif du cannabis était encore essentiellement limité aux régions d’Asie Centrale. Les populations locales avaient l’habitude de fumer du haschich depuis au moins 6 siècles, et les colons russes l’apprirent à leur contact.

En 1934, le code pénal de l’URSS bannit la culture non autorisée du cannabis et de l’opium.
Le chanvre indien fut définitivement interdit en 1960 tandis que la production du chanvre restait prédominante.

Soviet Hippies

Dans cette période de forte répression se développa pourtant un mouvement hippie, largement documenté dans l’excellent « Soviet Hippies » (2017) de la réalisatrice estonienne Terje Toomistu.
Pendant les années 60-70 l’existence même des hippies en Union Soviétique était constamment niée par le discours officiel et les médias. De fait,  pour l’immense majorité des russes qui vivaient à cette époque il n’y avait pas de hippies en URSS.

Le seul domaine artistique où l’on pouvait voir une très forte influence psychédélique était les films d’animation (destinés aux enfants), sans doute le seul espace de création où la censure n’intervenait pas (ou très peu).
A l’époque on ne trouvait quasiment pas de LSD mais beaucoup de cannabis circulait, ce qui ne manquait pas d’attirer l’attention du KGB, plus pour l’aspect trafic que pour la substance elle-même. On raconte aussi que lors des fouilles régulières opérées chez les hippies, les agents du KGB étaient plus à la recherche de livres interdits que d’herbe à fumer.

Hippie-pipe Oural!

Manifestation contre la guerre du Vietnam sur la place Rouge

Le 1er juin 1971, pour la 1ère fois,  des milliers de hippies se réunirent à Moscou pour protester contre la guerre du Vietnam. Le KGB en profita pour arrêter 3000 d’entre eux qui furent aussitôt jetés en prison.
A partir de ce moment le mouvement hippie rentra dans l’underground et les participants créèrent un réseau appelé « Sistema » (système), leur donnant ainsi accès à de la weed et à des produits importés clandestinement (livres, disques, jeans) et surtout à la possibilité de voyager et se loger dans d’autres villes de l’URSS lorsque tout déplacement était contrôlé par le pouvoir.

Les survivants de cette époque commémorent encore aujourd’hui chaque année à Moscou la date du 1er juin.
L’histoire des hippies en URSS reste encore stigmatisée comme le montre la décision récente du théâtre de Vladivostok d’annuler la lecture de la pièce de Mikhail Durnenkov « Comment les hippies d’Estonie ont détruit l’Union Soviétique », ceci à la veille de la visite de Vladimir Poutine dans la ville le 2 septembre dernier.
Vladimir Poutine avait d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises ses regrets sur l’effondrement de l’Union Soviétique, le qualifiant de « plus grande catastrophe géopolitique du 20ème siècle ».

L’herbe de la Vallée Magique

Dans la république soviétique du Kirghizistan,  la vallée du Chu était connue depuis toujours comme la source de la meilleure weed, que les russes appelaient « dichka » (sauvage).
Cette herbe était réputée d’un bout à l’autre du pays si bien que  la vallée du Chu devint un lieu de pèlerinage pour les hippies d’URSS.

La vallée du Chu, équivalent russe de la vallée du Riff.

Les autorités soviétiques firent tout ce qu’elles pouvaient pour éradiquer cette culture ; en brûlant les champs et en utilisant toutes sortes d’herbicides et de pesticides mais rien ne pût en finir avec cette herbe qui repoussait toujours plus vigoureuse.
Depuis la fin de l’Union Soviétique en 1991, la dichka de Chu continue d’être très demandée, c’est le « caviar de la weed ».

Le « Caviar de la Weed » de la vallée du Chu: récolté à même le corps, nu sur un cheval

La méthode de récolte la plus populaire (et toujours utilisée aujourd’hui ) consiste en une personne ayant juste pris une douche, qui monte un cheval fraîchement lavé et galope pendant plusieurs heures à travers une forêt de weed (dont les plants atteignent facilement 3m de hauteur), jusqu’à être recouverte d’une couche collante de résine de cannabis, qui est ensuite grattée et pressée pour en faire des blocs.

Le bon Karma: être réincarné en cheval dans la vallée du Chu.

Il y a certes des moyens plus simples et plus discrets de récolter la résine mais avouons que celui-ci a du style.
Voilà en tout cas une destination de vacances originale pour l’été prochain, et comme la récolte a lieu au mois d’août,  cela nous laisse un peu de temps pour pratiquer l’équitation.

La France Insoumise et le Parti Socialiste proposent la légalisation du cannabis

Pour endiguer la criminalité liée au narco-business, Insoumis et Socialistes ont avancé plusieurs pistes, dont la légalisation du cannabis. Une approche qui contraste avec la politique zéro-tolérance des ministres Bruno Retailleau et Didier Migaud.

Le groupe LFI et les  socialistes ont chacun mis sur la table un certain nombre de propositions pour lutter contre la criminalité organisée et le trafic de drogue, alors que Bruno Retailleau a annoncé une série de mesures coercitives qui puniraient dealers et consommateurs.
Dans le cadre d’une approche sanitaire de la question cannabis, LFI a avancé 14 propositions, dans un plan aux antipodes de  « l’escalade répressive » prônée selon les insoumis par le gouvernement.
Faire « de la lutte contre le ‘narcotrafic’ le seul sujet de préoccupation revient à méconnaître l’architecture globale de la criminalité organisée », estime le groupe parlementaire de gauche, qui plaide  pour « une réponse globale de l’État ».

Taper au portefeuille les trafiquants« 

En tête de gondole des propositions du LFI: la légalisation du cannabis aurait pour effet de  « couper l’herbe sous le pied des trafiquants », en fixant à 18 ans l’âge minimal des clients et des consommateurs d’herbe légalement vendue.
Afin de « taper au portefeuille les trafiquants », les Insoumis entendent renforcer les moyens de l’agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc), chargée de gérer les biens confisqués aux criminels. Et proposent une « réaffectation sociale » des biens mal acquis, en faveur du développement local.

« Étendre et renforcer » le statut repenti

 Contre la délinquance économique, ils souhaitent assujettir les plateformes d’échange de crypto-monnaies au dispositif de lutte contre le blanchiment. Et veulent « étendre et renforcer » le statut de repenti, notamment en termes de réduction de peine.
Ils plaident aussi pour des moyens largement supérieurs pour la police et la justice, en maintenant par exemple les « 5.000 postes de police judiciaire prévus pour être redéployés en 2025 », ou en renforçant les moyens des juridictions interrégionales spécialisées (JIRS).
Le groupe de Jean-Luc Mélanchon demande également le retour d’une « police de proximité », placée notamment sous la direction politique des communes.

« Réarmer la police judiciaire« 

 Les partisans LFI d’une légalisation millésimée  2024 souhaitent une   « approche sanitaire » sous le signe de la prévention. Au menu de l’initiative supprimant par exemple les amendes forfaitaires délictuelles pour les consommateurs, ou en améliorant le déploiement des « salles de consommation à moindre risque ».
Six parlementaires socialistes, dont le premier secrétaire du PS Olivier Faure et les présidents des groupes socialistes au Sénat et à l’Assemblée, réclament de leur côté dans un tribune publiée par Le HuffPost « de réarmer la police judiciaire en termes de moyens et d’organisation administrative »; de créer un Parquet national anti-stupéfiants; et de soutenir « à la hauteur des immenses besoins, la Protection judiciaire de la jeunesse ».
Sans vouloir « encourager la consommation de quelque stupéfiant que ce soit », ils jugent « inutile (…) de verser dans la culpabilisation outrancière comme le fait le Ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau ».

Avec AFP

 

 

Legalize it : le cannabis vendu à Paris contient (entre autre) des traces d’excréments, de cocaïne et de pesticides

Si vous achetez du shit à Paris, il y a de grandes chances que vous fumiez de la merde. Littéralement. Ou à défaut, des pesticides, de la cocaïne ou encore de la laque pour cheveux. C’est en tous cas ce que révèle une vaste étude menée par le groupe Sanity dans plusieurs grandes villes européennes. 

L’enquête, financée par l’entreprise allemande de recherche et développement sur les cannabinoïdes Sanity, et conduite dans plusieurs grandes villes d’Europe par près de 200 volontaires, a permis de réunir plusieurs centaines d’échantillons afin qu’ils soient ensuite analysés en laboratoire. Les bénévoles, préalablement recrutés via Reddit, avaient l’obligation après l’achat de filmer l’ouverture du pochon de cannabis en utilisant un système d’horodatage et suivre un protocole strict d’isolation pour garantir l’intégrité du produit. 

Après huit mois d’analyses, les résultats sont sans appel : sur plus de 253 échantillons testés, seuls 74 n’étaient pas souillés ou toxiques. Les 179  échantillons restants contenaient soit des excréments humains et/ou d’animaux, des pesticides, des souches de Covid-19, de salmonelle ou encore d’e.coli.
Des traces de cocaïne, kétamine, méthamphétamine et MDMA ont aussi été isolées, signe d’une contamination croisée lors du conditionnement.

En ce qui concerne la ville de Paris, sur 10 échantillons de cannabis achetés dans la rue …  aucun n’était propre à la consommation.
Dans le détail, les chercheurs ont trouvé de la Pymetrozin, de la Paclobutrazol, de la Chlorfenapyr, de la Trifloxystrobin, (tous des insecticides hautement toxiques et interdits en Europe), de la laque, de la cocaïne, des traces d’excréments d’animaux ainsi que des souches d’e.coli.

Cette étude souligne, si besoin était, le besoin urgent de légaliser le cannabis afin que sa production et sa distribution soient soumises aux mêmes règles que celles entourant l’agro- alimentaire, l’alcool ou le tabac. 

L’enquête avec les résultats détaillés est disponible via ce lien

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