Stoner Lifestyle

THC-O, le cannabinoïde qui réveille.

Dans les années 80, le choix en matière de cannabis était simple: weed ou hash? Au début du millénaire sont arrivés les distingos « sativa/ indica/ hybride » et un plus large choix pour le consommateur. Aujourd’hui, on ne choisit plus une variété mais un cannabinoïde pour ses effets thérapeutiques ou récréatifs ciblés. Parmi les molécules désormais disponibles (CBD, CBG, CBN, HHC, Delta-8…), aucune n’a encore réussi à faire de l’ombre au THC issu des Sativas les plus toniques… Jusqu’à maintenant?

Partons à la découverte d’une molécule aux effets détonants et à l’histoire insolite : le THC-O.
Au programme : des expérimentations pendant la guerre froide, des effets psychotropes au moins 3 fois plus puissants que le THC et un risque d’explosion permanent.
La simplicité même, on vous disait.

Arme de distraction massive

Un peu à la manière de la mythique Pineapple Express de Seth Rogen, cette super weed de synthèse est le résultat d’expérimentations par l’armée autour des armes chimiques (une tendance lancée par le terrible gaz moutarde de l’armée allemande, utilisé lors de la première guerre mondiale).
Des origines quelque peu sombres, qui s’inscrivent dans la logique américaine classique pendant la guerre froide : si les soviétiques le font… nous aussi.
C’est ainsi qu’en 1948 est lancé l’arsenal Edgewood dont le but est de développer un armement non létal et incapacitant.

Structure moléculaire du THC-O

Quelques années plus tard (le laboratoire ayant fermé en 1975), l’acétate est testé sur des chiens et on découvre qu’il perturbe nettement leur coordination : 2 fois plus que le Delta 9.
C’est d’ailleurs uniquement en 1978 que la substance est trouvée pour la première fois « dans la nature », lors d’une descente de la FDA dans un laboratoire souterrain, avant de retomber dans l’oubli jusqu’à très récemment.

Des tests sur les humains et plus récemment des essais par des youtubeurs évoquent un trip plus “spirituel” évoquant presque une version douce du LSD, mettant aux alentours de 30 minutes à monter. Les effets étant bien plus durables que le THC classique, il est conseillé de le consommer très progressivement.

L’huile de moteur… pour humain

Le THC-O se présente sous la forme d’un liquide marron épais, comparable à de l’huile de moteur. Il n’est donc consommable qu’en cartouche, teinture ou en produit alimentaire, jamais sous forme de fleur.
Attention il est TRÈS fortement déconseillé d’essayer de produire votre propre version du produit. Comme l’explique le site Honest Marijuana : “C’est beaucoup trop risqué et un laboratoire fera toujours un bien meilleur boulot”.

Le THC-O étant un acétate, il est très volatile sous sa forme originelle et son processus de fabrication est notoirement explosif.
En résumé, pour les plus scientifiques d’entre vous, cela implique d’ajouter de l’Anhydride acétique (un produit notoirement urticant), à du Delta-8 pur extrait du chanvre, pour en changer la structure au niveau moléculaire.
Pas d’inquiétude, si vous souhaitez tester le produit sans passer par un doctorat en chimie (ou risquer de terminer comme Walter White), certaines marques proposent déjà des produits comportant l’isolat.

Selon les forums spécialisés, les cartouches de la marque Binoid sont actuellement les plus fiables du marché pour tester le THC-O (avec un ratio de 92 pourcents de distillat et 8 pourcents de terpènes et 4 saveurs proposées).
La marque offre aussi des extractions sous forme de Wax, pour les amateurs de dab.

Comme toujours, Zeweed vous invite à ne vous fournir qu’auprès de marques fiables, à la traçabilité prouvée. Cette substance n’est pas actuellement encadrée par la législation américaine ou canadienne, puisqu’elle n’est que très récemment devenue disponible auprès du grand public.

THCV: le cannabinoïde coup de fouet et coupe-faim

Corne d’abondance pour le corps médical, le cannabis continue de livrer ses secrets. Parmi les molécules prometteuses, le THCV, un alcaloïde de la plante aux étonnants pouvoirs dynamisants et anorexigènes. A la découverte de ce cousin naturel du THC, vendu légalement en France au même titre que le CBD, le CBG ou le H4CBD.

Le tétrahydrocannabivarine (ou THCV) est présent, de manière naturelle, dans de nombreuses variétés.
Longtemps ignoré par des cultivateurs préférant créer des variétés plus puissantes en THC, le THCV a le vent en poupe. Avec ses effets ciblés et adaptés, le THCV pourrait bien devenir de meilleur ami des amateurs de ganja qui souhaitent rester actifs et lucides, qui plus est sans dévaliser le frigo.

Potentiel thérapeutique

Ce composant du Cannabis a été découvert en 1973, en raison de sa structure moléculaire très proche de son grand cousin, le THC.
Longtemps délaissé au profit de cannabinoïdes plus populaires et psychotropes, le THCV aide notamment à la régulation de la glycémie et agit comme un coupe faim.
C’est la raison pour laquelle il est actuellement étudié pour soigner des personnes ayant des troubles alimentaires de type boulimie, souffrant d’obésité ou encore pour aider les diabétiques dans la régulation de leur glycémie.

Attention cependant, il ne s’agit pas d’un remède miracle pour perdre du poids, mais plutôt pour mieux réguler son appétit. La guerre contre les munchies pourrait enfin être gagnée par nous autres, simples consommateurs.
On peut aussi souligner que des études mettant en valeur le potentiel anxiolytique et anti-inflammatoire offrent des résultats très prometteurs. De ce fait, il est aussi étudié dans le traitement des troubles post-traumatiques.
Enfin, grâce à ses effets neuro-protecteurs, il offre un véritable espoir pour le futur des thérapies contre Parkinson et Alzheimer, deux maladies pour le moment malheureusement dépourvues de remèdes.

Cafeïne verte

Contrairement au CBD, le THCV est psychoactif. Même s’il contre en partie les effets planants du THC, en offrant une expérience alternative bien plus douce. Les consommateurs décrivent un high énergétique, inspirant et beaucoup plus doux pour l’organisme, tout en restant très euphorique. La  concentration des fleurs et cartouches pour vape-pen allant de 5 à 20 % de THCV, nous recommandons cependant de les consommer en soirée pour éviter de sauter toutes vos collations .

De nombreuses variétés de grande qualité sont déjà disponibles pour votre consommation, mais uniquement dans les pays proposant du cannabis légalement, comme c’est le cas en France . Brittney Griner en a d’ailleurs fait les frais en arrivant à l’aéroport de Moscou, lorsque la douane découvrit dans ses affaires un vape-pen au THC et THCV, quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie…

Parmi les plus célèbres variétés  de cannabis récréatif THC/THCV, on retiendra  la Durban Poison, une variété Sud-Africaine importée par Ed Rosenthal  dans les années 70 (5 % de THCV) et surtout la championne absolue de la catégorie : la Doug’s Varin qui affiche  jusqu’à 25% de THCV.

Note: si vous souhaitez en profiter lors de vos séances de vaporisation, il a une température d’ébullition plus importante à 157°C (donc 315°F).

Le guide des Space Cakes.

Il existe de nombreuses situations qui ne permettent pas de fumer tranquillement. Si comme moi vous avez une prédisposition pour l’asthme, ou si vous avez besoin d’être discret pour éviter les odeurs suspectes, les Space Cake sont la solution ! Ils existent dans de très nombreuses déclinaisons. Voici une sélection des plus indispensables.

Attention, les effets sont bien plus longs qu’avec un simple joint (aussi longtemps qu’il faudra à votre organisme pour digérer).

Le grand classique: le Space Brownie
Grâce à leur texture réconfortante, leur facilité de préparation et de découpe, les brownies sont presque un symbole des “Edibles” (terme américain définissant les produits comestibles à base de Cannabis).
Le goût du chocolat est celui qui se marie le plus facilement avec celui du beurre de Marrakech (un beurre préparé avec du Cannabis qui a un goût notoirement amer à cause de la chlorophylle).
L’astuce de Mike: Préparez des Brownies aux noix de pécan caramélisées dans du sirop d’érable. C’est un délice.

 Le plus mignon: Le Space Cupcake
Les cupcakes ont cet avantage, non négligeable, d’être à la fois faciles à transporter et à doser. Le problème fréquent des Space Cakes est d’en manger trop ou pas assez.  Car contrairement au joint, le Cannabis des Space Cakes passe par votre digestion, il est donc fréquent d’attendre 1h avant de sentir des effets. Le Cupcake, avec son niveau contrôlé de beurre de Marrakech permet d’éviter les Bad trips (la norme étant d’un gramme de matière grasse par gramme de Weed).
À Amsterdam, les Coffee shop vous conseillent principalement des Cupcakes. La raison est simple, ils sont faciles à partager ou à manger en plusieurs fois. De plus, si vous avez un talent pour la pâtisserie c’est l’occasion parfaite de surprendre vos amis avec vos créations.
L’astuce de Mike: Écrivez avec une poche à douille le dosage en beurre de Marrakech sur chaque cupcake. Comme ça, chacun de vos invités pourra choisir tranquillement celui qui lui correspond le mieux.

Le plus facile: La crêpe au “Nutella”
Le Cannabis est liposoluble, c’est-à-dire qu’il est absorbé par la matière grasse, ce qui permet de faire du beurre de Marrakech et donc de préparer des gâteaux. Mais ce n’est pas la seule manière de consommer du cannabis comestible, l’huile a bien entendu les mêmes propriétés que le beurre.  Mais si vous êtes aussi fainéant que moi, vous n’avez aucune envie de cuisiner, de faire la vaisselle et probablement même de sortir de votre canapé… Vous voulez être High mais facilement.
Pas de soucis, voici la recette préférée des feignasses, et bien entendu de l’auteur de cet article.Procurez-vous de l’huile de Cannabis (ou demandez à un ami de la faire pour vous), et versez dans un grand bol une dose d’huile par cuillère à soupe de Nutella.
L’astuce de Mike :Mélangez le tout affectueusement jusqu’à obtenir un mélange homogène. Laissez le tout reposer au frigo et voilà! Vous avez un Nutella à la weed que vous pouvez étaler sur des crêpes, des gaufres ou même sur un morceau de brioche. Attention de le garder à l’abri des enfants (et de vos colocataires).

 

 

 

Gilbert Shelton : interview du génial créateur des « Freak Brothers »

Grand-père de la contre-culture, Gilbert Shelton a tout connu de la révolution cananbique de la fin des années 1960. Il en a fait un hit avec ses Freak Brothers, un trio bien plus déjanté que nos Pieds nickelés. Entretien avec une légende.

Propos recueillis par Raphaël Turcat

Dans le XIe arrondissement, c’est un atelier foutraque comme une case de ses bandes dessinées : d’innombrables classeurs s’entassent au sol, des planches colorées tapissent les murs. Gilbert Shelton nous y attend en sirotant une canette de Heineken en compagnie de sa femme, Lora Fountain – elle aussi dessinatrice de comix (les comics réservés aux adultes) dans les années 1970, avant de devenir agent littéraire. À quatre-vingt-cinq ans, le père des Fabulous Furry Freak Brothers (Freewheelin’ Franklin, Phineas et Fat Freddy, trois losers ultimes dont le but quotidien consiste à trouver de la drogue à l’exception de l’héroïne) est un peu affaibli et se fait désormais aider dans son art par le dessinateur scénariste français Pic (Denis Lelièvre). Sa mémoire fonctionne, elle, à merveille. Et, pour un homme qui a bâti sa légende sur des personnages toujours à la recherche d’un joint, il a même gardé une sacrée clarté d’esprit. L’occasion d’une plongée dans la contre-culture des années 1960 et 1970 pour celui qui se dit « maniaque du dessin mais pas virtuose ».

Zeweed : Les Freak Brothers sont-ils nés de la culture underground ou l’ont-ils inventée ?
Gilbert Shelton : Ils sont nés dedans. À Austin, au Texas, je travaillais pour The Rag [« Le torchon » en VF], un journal gauchiste comme il en existait dans toutes les grandes villes américaines. Mes personnages (Wonder Wart-Hog, les Fabulous Furry Freak Brothers, Fat Freddy’s Cat…) sont arrivés là-dedans à la va-vite, sans plan de carrière. L’underground, c’était ça : on dessinait, on imprimait, on distribuait et on voyait si ça mordait. Rien n’était calculé.

Après avoir étudié à l’université de Houston, vous partez vivre à NewYork, puis à San Francisco à la fin des années 1960 où vous rencontrez Robert Crumb, le fondateur de Zap Comix. C’est l’acte de naissance officiel de l’underground comix ?
Oui. Zap a montré que l’on pouvait exister en dehors des majors. Avant, les gros éditeurs considéraient les planches originales comme des déchets et les jetaient. Avec Zap, l’art est devenu propriété des auteurs. Ça a été un tournant. Nous étions sept à Zap. Crumb était le plus talentueux d’entre nous, avec sa capacité à raconter une histoire et à créer un univers d’un seul coup de crayon. Victor Moscoso était aussi très fort ; il avait une science de la couleur et du graphisme hallucinante. Lui nous appelait « The Magnificent Seven». Moi, j’étais le moins doué de la bande mais j’avais une qualité : la persistance. J’étais prêt à passer plusieurs nuits sur une page.

Vous veniez du Texas, un État très conservateur. Phineas, l’un des Freak Brothers, a un père d’extrême droite. C’est autobiographique ?
Pas vraiment. Mais c’est vrai qu’au Texas, les figures d’autorité ressemblaient souvent à ça dans les années 1960. Moi, j’ai découvert la gauche presque par accident. À Houston, il n’y avait pas de gauche. Alors, Phineas, c’est ce mélange : un fils d’un monde réactionnaire qui devient l’intellectuel du groupe. Ce contraste m’intéressait.

On résume souvent les aventures des Freak Brothers à un trio de losers qui passe ses journées à chercher de la drogue. Or, vous dites que ce n’est pas le sujet central…
Exact. Les Freak Brothers, ce n’est pas la drogue. C’est le système D, la combine, la survie sans travail régulier, l’art de contourner un monde hostile. On les compare souvent aux Pieds nickelés – que j’ai découverts bien après avoir créé les Freak. Ce qui rapproche les deux, c’est l’anarchie, ce rejet de toute autorité, l’envie de se débarrasser des règles pour mener une vie plutôt nihiliste, faite de débrouilles et de petits coups. La drogue est présente, mais comme décor comique, pas comme thème central.

 

Vous fumiez beaucoup en dessinant ?
Oui, comme tout le monde à San Francisco dans les années 1960-1970 ; même les policiers. Et puis ça ne coûtait rien, 10 dollars l’once [environ 30 grammes, NDLR]. Moi, ça m’aidait surtout à rester assis. Je suis hyperactif : sans un joint, je me lève au bout d’une minute. Avec, je peux tenir et dessiner des heures. Ça ne m’a jamais « inspiré » au sens mystique du terme, mais ça m’a donné la patience.

« Moi, j’ai découvert la gauche presque par accident. »

Et le LSD ?
J’en ai pris, oui, mais impossible de dessiner après. J’étais curieux et le LSD n’était pas encore illégal, tout le monde l’expérimentait. Même Henry Luce [magnat de la presse et patron de Fortune, Time ou Sports Illustrated, NDLR] en prenait, c’est vous dire… Mais ça restait une expérience, pas un carburant créatif. Et ce n’était pas toujours amusant, contrairement à ce que les gens croient.

Vous n’étiez ni beatnik ni hippie. Où vous situiez-vous ?
 Trop jeune pour les beatniks, trop vieux pour les hippies… J’étais plus proche d’un homme d’affaires ; c’est pour ça que j’ai fondé la société d’édition Rip Off Press en 1969. J’avais vingt-neuf ans et j’aimais le concret : trouver un imprimeur, négocier du papier, envoyer des cartons. C’est ce qui m’a permis de durer. Sans ça, je ne serais qu’un nom de plus dans une anthologie oubliée.

Rip Off Press, c’était l’âge d’or de la contre-culture ?
Oui. On avait un entrepôt de 800 mètres carrés à Potrero Hill, un quartier de San Francisco. On imprimait, on stockait, on organisait aussi des fêtes énormes : des centaines de personnes, de la musique, beaucoup de fumée. Une fois, la police est arrivée et a trouvé une caisse d’herbe à l’entrée. Ils ont embarqué le patron, puis l’ont relâché aussitôt : à San Francisco, les flics savaient que les fumeurs n’étaient pas des fauteurs de troubles. C’était une époque de tolérance rare.

Freddy’s Cat, par Gilbert Shelton, dans son atelier parisien.

Les Freak Brothers sont aussi une chronique politique ?
Oui, mais à ma manière. Pas avec des slogans mais avec des losers magnifiques qui ridiculisent les institutions. L’humour permet de contourner les défenses : un gag sur la police passe mieux qu’un tract. Et puis surtout, ma démarche était de lutter contre les éditeurs institutionnels qui ne respectaient pas les artistes.

« Je ne suis pas rock psyché. Frank Zappa ? Pfff, quel musicien médiocre ! »

Auraient-ils existé sans le rock psychédélique ?
Difficilement. Le rock donnait la bande-son à nos vies et à nos gags. Les concerts, les affiches psychédéliques, les radios libres… tout ça formait un climat qui a nourri mes personnages. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, je ne suis pas fan de rock psyché. Frank Zappa ? Pfff, quel musicien médiocre ! J’étais beaucoup plus branché jazz et blues. Et comme je viens du Texas, j’écoutais aussi pas mal de country, notamment Doug Sahm [il se met à chanter] : « Well, she was walking down the street / Looking fine as she could be, hey, hey ! »

Avez-vous réussi à vivre financièrement des Freak Brothers?
Oui. Pas toujours facilement, mais oui. Les ventes, les rééditions, les affiches, les droits à l’international… Ça m’a nourri. Les Freak Brothers, ce n’était pas une mine d’or à court terme mais une petite entreprise viable sur la durée.

Croyez-vous qu’ils puissent encore parler aux nouvelles générations ?
Oui. Le système D, l’amitié, la combine, l’insubordination sont des thèmes universels. Peu importe que vous soyez hippie, punk ou étudiant d’aujourd’hui : vous comprenez ces trois types qui survivent comme ils peuvent.

L’ultime album de Shelton 

Déjà éditeur d’un premier volume en 2024, les Éditions Revival sortent un deuxième tome de l’intégrale des Freak Brothers. Plongé en plein xxie siècle, le trio y crée son propre groupe, se lance le défi de ne pas se défoncer pendant une journée entière, s’entraide lorsque Fat Freddy fait une grossesse involontaire, le tout sous l’œil acerbe du chat de Fat Freddy, indissociable de leurs tribulations.

Les Freak Brothers au 21e siècle et autres dingueries,
Éditions Revival,
136 pages,
26 €

Cette interview est issue du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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POTUS Cannabis club

Onze présidents américains ont flirté avec la weed. Des champs de cannabis de George Washington aux space cakes de Bill Clinton, petite histoire enfumée de la Maison Blanche.

Georges Washington

Le plus cultivateur.
Au XVIIIème siècle, le chanvre était largement cultivé afin de produire cordes et textiles (le chanvre utilisé pour sa fibre ne contient en revanche qu’une faible quantité de THC, l’agent psychoactif). Si le premier président des États-Unis a largement incité ses concitoyens à faire pousser la plante pour sa fibre, les cultures personnelles de Georges W. étaient destinées à un tout autre usage. Le 5 mai 1765, le premier président des États-Unis notera « qu’il est nécessaire de séparer plants mâles et femelles dès que possible, afin de tirer du chanvre le meilleur profit ».  À la fin de la même année l’homme  dont ont retrouve le visage sur tous les billets de 1 dollar écrira que « le chanvre est une remarquable plante, tant pour ses applications textiles et maritimes que pour ses vertus médicinales hautement appréciables».  Un Nouveau Monde est né !

Thomas Jefferson

Le plus esthète.
Avant de devenir Président, Jefferson occupait le poste d’ambassadeur des États-Unis en France.
En cette fin du XVIIIème siècle, alors que le futur chef d’Etat est encore diplomate, le tout Paris s’entiche du cannabis. Salons et clubs dédiés au haschisch fleurissent et s’installent dans les beaux quartiers de la capitale. Jefferson est immédiatement conquis par l’effet de la plante, tant et si bien qu’une fois revenu au pays, il fit venir de Chine des graines d’indica réputées pour leur puissance psychotrope. Le co-rédacteur de la Déclaration d’Indépendance écrira au sujet de ses stupéfiantes habitudes que  « Certaines de mes meilleures heures ont été passées assis sur ma véranda arrière, fumant du chanvre et observant à perte de vue. » Dude présidentiel.

James Madison

Le plus inspiré
Le père et co-rédacteur de la Constitution des US a régulièrement soutenu que c’est un beau soir de juillet qu’il avait soudainement eu  « l’inspiration et la perspicacité » de concevoir et rédiger les bases du texte fondateur de la démocratie américaine. Wikileaf précise à cet effet que « il est probable que le président Madison se réfère à une variété de cannabis récréatif très prisée par les premiers colons. » Et tout porte à croire que la partie «perspicacité» » dont il fait mention, lorsqu’il rédigeât une grande partie de la constitution, fait référence aux propriétés psychotropes de la belle plante.

James Monroe

Le plus régulier.
France encore. Dans le pays de toutes les tentations, le futur président James Monroe qui fut (comme Jefferson) ambassadeur des États-Unis en France, s’est adonné à Paris (encore comme Jefferson) aux plaisirs du haschisch.  De retour aux États-Unis,  le  premier chef d’Etat du Nouveau Monde à avoir pris parti contre l’esclavagisme continuera de consommer du haschisch régulièrement, et ce jusqu’à sa mort à 74 ans.

Andrew Jackson

Le plus vétéran.
Le célèbre général de l’armée américaine et président Andrew Jackson consignait régulièrement dans son journal fumer du cannabis avec ses troupes. « Pour apaiser ma conscience comme celle de mes hommes après l’horreur du combat ». (durant les peu glorieuses guerres amérindiennes du Mississippi). Une intuitive initiative tant il est désormais prouvé que le cannabis est un très bon traitement contre la douleur les angoisses post-traumatique.

Zachary Taylor

Le plus bref.
À l’instar de Jackson, le 12e président américain fumait de la marijuana avec ses officiers et soldats. Toujours à l’instar de Jackson, le chef de l’exécutif avait souligné les avantages thérapeutiques de mère ganja, remarques scrupuleusement notées dans son journal. Il fut emporté par le choléra après seulement un an et quatre mois de présidence.

Franklin Pierce

Le plus franc-tireur.
L’un des trois militaires de cette liste à devenir président. L’un des trois présidents issus de l’école la plus stricte qui soit; l’armée. Et pourtant, tout comme ses illustres prédécesseurs Jackson et Taylor, le président Pierce aimait tâter du pétard autour du feu avec ses troupes, durant la guerre américano-mexicaine.  Dans une lettre à sa famille, Franklin Pierce écrira que fumer de la weed était «à peu près la seule bonne chose à faire dans cette guerre ».  Les G.I envoyés au front pendant la guerre du Viet Nam suivront le conseil.

 

John F. Kennedy

Le plus méfiant
JFK a utilisé la marijuana pour traiter de sévères douleurs au dos. Selon nombre de témoignages écrits, dont celui de Michael Meagher qui dans «John F. Kennedy: A Biography», décrit une scène à la Maison Blanche: «Le 16 juillet au soir, Jim Truitt, Kennedy et Mary Meyer ont fumé de la marijuana ensemble. … Le président a fumé trois des six joints que Mary lui a apportés. Au début, il ne ressentait aucun effet. Puis il ferma les yeux et refusa un quatrième joint.  » « Peut-être pas une bonne idée… supposons que les Russes fassent quelque chose maintenant ».

Bill Clinton

Le plus sémantique.
Sacré Bill, jamais avare de quelque étonnante pirouette sémantique ( voir son témoignage devant le congrès à la suite de l’affaire Lewinski). En 1992, au sujet de sa consommation de marijuana  le 42e président américain declarera: «Quand j’étais en Angleterre, j’ai expérimenté la marijuana une ou deux fois. Mais je n’ai jamais inhalé la fumée parce que je n’aimais pas. ». Une rhétorique d’avocat dans toute sa superbe: effectivement, Clinton dit vrai comme le confirmera Christopher Hitchens, un de ses amis étudiants à Oxford de l’époque : « Bill ne fumait pas. Il n’aimait pas la fumée. Mais les space cakes en revanche, oh oui ! ».
Son compagnon d’études précisera :  « Bill, il était très brownies chocolat-pécan au beurre de cannabis. Ça, oui, il aimait beaucoup. Mais effectivement, il ne les inhalait pas. »

 

George W. Bush

Le plus évasif.
Le successeur de Bill, nettement plus candide, est connu pour avoir dans sa jeunesse abusé de l’alcool et des excitants colombien, travers  qu’il a à plusieurs reprises admis. Maias curieusement, Georges W. esquivait toute question concernant sa consommation de weed. Un soucis de discrétion vite balayé par le naturel de Junior qui en 2010 confessera à son biographe Douglas Wead (oui, à prononcer comme «weed») «Je ne répondrais pas aux questions sur la marijuana. Tu sais pourquoi? Parce que je ne veux pas qu’un petit enfant fasse ce que j’ai essayé ». Douglas Wead fera évidemment mention de cette phrase dans le livre…

Barack Obama

Le plus honnête.
Le président qui aura sans aucun doute le plus œuvré pour la dépénalisation et légalisation du cannabis a évoqué sans tabou sa consommation de weed dans ses vertes années, taclant gentiment  à Bill Clinton au passage «Quand j’étais plus jeune, je fumais. Et oui… j’inhalais. C’est comme ça que ça marche, non ? » (en 2008, lors de sa course à la présidence). Pendant son mandat  et de façon précise : «  Oui, j’ai fumé de l’herbe quand j’étais jeune, et oui, je considère ça comme une mauvaise habitude. Un léger vice ? Peut-être. Mais pas différent de celui des cigarettes que j’ai fumé gamin. Et je ne crois pas que cela soit plus dangereux que l’alcool » Enfin, en saluant  la  décision du Colorado et de l’État de Washington de légaliser la ganja il ajoutera : « Il est important pour une société de ne pas avoir une situation dans laquelle une grande partie des gens ont à un moment ou un autre enfreint la loi et dont seulement une petite partie soit punie pour cela. ».

 

Halloween special : cannabis et sorcellerie

Et si le pouvoir mystérieux et occulte des sorcières du moyen-Age venait du cannabis? C’est en tous cas ce que soutient Chris Benette dans son livre  « Liber 420: Cannabis, Magickal Herbs and the Occult ». Sortez vos chaudrons, philtres et feuilles en tous genre, je vous emènne sur les chemins de la ganja-magie.

Les sorcières fumeuses de weed: réalité ou fiction?

Un peu des deux, comme le résume assez bien la thèse très controversée du célèbre Jack Herrer . Ce grand prêtre de la weed pensait que la plante démoniaque évoquée lors du procès de Jeanne d’Arc (accusée de sorcellerie) était tout simplement du cannabis.
Le peu de certitudes établies, comme l’explique Chris Bennett , sont les témoignages apposés sur grimoires qui étaient à l’époque interdits (et donc pas toujours en très bon état) ou via les retranscriptions des fameuses minutes des procès de l’Inquisition. C’est-à-dire des aveux tirées sous la torture et à la relative fiabilité.

In weed we trust

Difficile donc de ne pas généraliser les pratiques des sorcières car dès l’arrivée des inquisiteurs la limite entre les pratiquantes de magie blanche (du type divinatoire et guérisseur) ou noire (qui est destinée à contrôler ou à blesser autrui) est devenue ténue.

Cannabis et mandragore

Ce qui est certain c’est que le cannabis était parmi leurs plantes de prédilection . Elle était principalement utilisée pour ses vertues médicinales équilibrant d’autres plantes aux principes actifs puissants comme par exemple la mandragore. Utilisée souvent sous forme de teinture, le cannabis faisait parti des ingrédients premiers de ces magiciennes des bois.
Ses décoctions sont d’ailleurs à l’origine de la légende des balais volants : le bout du manche était recouvert de potions aphrodisiaques et psychédéliques pour faire de l’instrument ménager un infernal sex toy pour vraiment s’envoyer en l’air.

Crowley et l’avènement des Wicca

Pour que la cannabis devienne un élément central  de la magie, il faut attendre l’arrivée d’Aleister Crowley au 19ème siècle. Le père décrié de la magie dite « cérémoniale » dont les travaux reposent sur les fondamentaux païens et intellectuels de la sorcellerie.
Ce grand fêtard connu pour ses orgies « démoniaques » incite tous ses disciples à fumer avec panache pour mieux communier avec les esprits et surtout pour s’approcher un des buts ultimes des pratiquants de la magie: atteindre le plan astral.

Aleister Crowley, AKA « L’homme le plus malsain du monde ».

« L’homme le plus malsain au monde » comme il était surnommé par ses détracteurs sera une influence majeure (une fois quelque peu assainie) pour le mouvement Wicca qui se concentrera plus sur la communion avec l’univers qu’avec la chair. Le cannabis en revanche est resté intact parmi les fondamentaux incontournables pour ses nouvelles pratiquantes de la magie qui sont près d’un million de nos jours.

Sorcières verte et herbe rouge

Même à l’ère digitale Weed et sorcières semblent toujours aller de paire.
Le cannabis menstruel est une des dernières modes parmi les néo sorcières Wicca. Une tendance qui vient d’Équateur ou elles appellent cette herbe sacrée utilisée lors de cérémonies mystiques « Santa Maria« . Le principe est simple, la plante est nourrie par le sang très chargé en azote des règles et, si possible, elle est toujours arrosée les soirs de pleine lune.
Cela donne d’après les témoignages des plantes très riches qui apportent des visions puissantes.
Apparemment le goût serait étonnement doux et la ganja luxuriante. Un vrai tour de magie verte.

 

Le retour de la ganja nature

En réaction aux weeds génétiquement modifiées qui affichent des taux de THC vertigineux et des effets hasardeux, un nombre croissant de cannabis aficionados se tournent vers des ganja dites « Landrace« , ces variétés qui poussent depuis des millénaires à l’état naturel. Et si l’avenir de la fumette était la ganja d’hier?

Ils ont entre 30 et 50 ans sont musiciens, photographes, designers ou journalistes.
Si tous sont de gros fumeurs d’herbe, aucun d’entre eux ne tient à se retrouver scotché devant la télé.
Pour ces consommateurs aguerris, il s’agit de retrouver le plaisir de consommer une ganja de qualité, qui a poussé au soleil, et dont les alcaloïdes ont été harmonieusement répartis au fil des siècles par dame nature.
« Je me rappelle bien des weeds que je fumais en 1995-2000 », se souvient Arnaud C. 43 ans et photographe de presse à Paris. «La Zaïroise (aujourd’hui congolaise) te donnait une bonne patate sans trop donner faim. Ça tombait bien, j’étais étudiant. Pour l’équivalent de 75 euros, j’avais 25 grammes. Pour d’évidentes raisons de gain de place pour ces marijuanas par définition importées, ces weeds arrivaient par blocs d’un kilo, compressés à la César.

Taux de THC plus bas

Si ces weeds affichent un taux de THC plus bas, elles offrent un effet plus nuancé et contrôlable, sans pour autant perdre de leur magie.
Pour ces gourmets de la fumette pour qui les années coach-lock n’ont que trop vécu, les effets du cannabis sont un moyen et non une fin.
« Imagine que tu es en train de déjeuner, et veux te boire un verre tranquille en terrasse. Simplement, sur le menu, t’as que de la vodka, de la Tequila ou du Gin » continue Arnaud.
« Soit tu passes, soit tu prends, et si tu prends, tu prends cher. Ça s’applique à la weed.
Avec Ganja commerciales, ton après-midi est foutue en terme de boulot, de créativité productive et même de relations sociales. L’après-midi, je fume de l’Acapulco gold. Un peu l’équivalent d’une bonne bière mexicaine bien fraîche : ça me détend sans me rendre con. » s’amuse le photographe.
 
Cyrille, commissaire d’expo et peintre à ses heures partage la même conception du plaisir cannabique « j’ai trouvé un excellent landrace, une Thaï sativa qui me met dans un bon esprit, me retourne pas et me permet de faire ce que j’ai à faire… peut-être en mieux » s’amuse ce père de famille de 38 ans.
« L’été, je suis plus ACEH, l’équivalent d’un rosé léger ou d’une bière. Elle n’assomme pas, rend jovial, actif et créatif en ce qui me concerne » explique de son côté Arnaud.
Et à l’instar de bons vins ou d’une bière, pas de syndrome « gueule de bois du pétard », cet état léthargique qui vous ramolli plusieurs heures après que les effets se soient estompés.

Plaisir raisonnable des vieux loup de l’herbe

« En Europe, la majeure partie de ces weeds ont été créés pour répondre à une attente de la part des consommateurs dans les coffee shops d’Amsterdam, or, quand le touriste lambda se pointe, il veut se pulvériser la tête » explique Ben, un franco-hollandais qui a été budtender au Pink King Coffee shop pendant 5 ans.
Et les breeders indoor *de répondre, business oblige, à une demande qui veut du lourd, du gros vert qui tâche.
À ce jour 12 700 variétés de weed ont été génétiquement créées depuis 2010. Une offre démesurée en nombre comme en chiffre (taux de THC/CBN/CBD), bien souvent au détriment des vraies qualités de la ganja.
 
Si les variétés affichant des taux de THC de 25 à 35% trouvent aujourd’hui preneurs, il y a fort à parier que dans quelques années, ce sont aussi ces mêmes consommateurs qui se laisseront séduire par quelques grammes de finesse des bongs de brutes.
« Les ventes de weeds Landrace importées explosent » remarque Ben le Budtender/dealer.
« Ce sont les petits Mickeys qui fumaient jusqu’à la cataracte il y a 7-8 ans qui, une fois posés dans la vie, se mettent aux naturelles » continu-t-il sourire aux lèvres.
« À l’approche de la trentaine, en matière de cannabis, ces ex stoners ont tout essayé dans tous les sens. Alors pour ne pas se retrouver avec une mémoire de bulot, ils y vont mollo » poétise-t-il.

Beuh Bio et Ganja AOC

Ce retour des « Beuh bio » ou des « Ganja AOC » s’inscrit aussi dans une approche responsable de notre corps, une tendance actée depuis quelques années déjà côté bouffe.
Mais pas seulement.
« Quand le cannabis est interdit, ça crée un phénomène comparable à celui de la prohibition de l’alcool aux États-Unis au début des années 30. Pour des raisons de rentabilité et de sécurité, seuls des alcools forts étaient produits, car ils prenaient moins de place. Comme les consommateurs n’avaient pas ou peu de choix, ils prenaient ce qu’il y avait : c’est-à-dire un alcool puissant, franchement mauvais pour le corps comme pour le cerveau. C’est exactement la même chose pour le cannabis. Interdire la distribution et consommation de  weed, c’est encourager la production de ganja de plus en plus forte et de plus en plus nocive » conclue Ben.
Le retour des weeds old school et leur succès comme signe d’évolution ?
À n’en pas douter.
 
 
 
*Breeder Indoor : cultivateur de cannabis poussant sous lampes, sans source de lumière naturelle, à partir de graines génétiquement modifiées.

Ed Rosenthal, l’homme qui murmurait à l’oreille du chanvre.

Bien avant l’arrivée des growboxs et autres kits pour faire pousser chez soi, Ed Rosenthal était déjà en train de développer des techniques désormais utilisées par tous les cultivateurs en herbe.  Aux cotés de Jack Herer, le « doc' » Rosenthal est sans doute un des plus grand activiste et défenseur du cannabis aux États-Unis.
Portrait d’un gourou de la ganja.

S’ il y existait un mont Rushmore du chanvre, Ed Rosenthal y serait probablement représenté entre la reine de hasch Milan Jansen et  Jack “l’hemperor” Herer.
Comme Mila, il a fait avancer la qualité du cannabis consommé en améliorant les techniques qui l’entourent et comme Jack, il a fait avancer les mentalités mais aussi les lois des Etats-Unis.
A l’âge de 74 ans, le cultivateur né dans le Bronx profite enfin du fruit (ou dans le cas présent de la fleur) du combat de sa vie pour avoir le droit de faire pousser du cannabis en paix.
Ce maître zen de l’horticulture partage son savoir sur la plante depuis plus de 35 ans.

Rédacteur spécialisé growing chez High Times

Rien de très surprenant quand on apprend qu’il a commencé sa carrière en tant que rédacteur pour le mythique magazine High Times dans les années 80/90. C’est là qu’il développe ses talents sur le sujet aux côtés de l’intelligentsia alternative américaine et qu’il se lie d’amitié pour Jack Herer dont il s’inspirera pour de nombreuses publications.
Comme lui il a accumulé une masse presque encyclopédique de connaissances publiant des guides de jardinage bien sûr mais aussi des ouvrages sur l’apport social, économique et humain du chanvre sur la société.
Une cause qu’il embrasse jusqu’au tribunal puisqu’en 2002 (alors qu’il l’accord et le soutien absolu de la municipalité de la ville d’Oakland), il est arrêté par les agents fédéraux de la FDA.

Arrêté par la Food & Drug Administration

L’affaire fait grand bruit puisqu’elle démontre l’absurdité du système américain dans lequel les lois locales et nationales s’affrontent.
De son côté il a la proposition 215 (qu’il a participé à écrire et à faire voter) qui autorise le Cannabis médical dans la ville mais il fait face au gouvernement américain qui cherche à faire un exemple.
De l’aveu d’une jurée (dont vous pouvez trouver le témoignage ici) le procès est loin d’être impartial. Même si il n’est condamné qu’à un jour de prison il lance une procédure d’appel concluante pour révoquer la peine qu’il a déjà servi. En 2007 rebelote il est à nouveau inculpé par le Bureau du Procureur des États-Unis en personne… Mais il ne se voit pas ajouter un seul jour de prison à sa peine en dépit de sa condamnation. N’ayant jamais perdu son calme (et donc sa crédibilité) dans cette affaire très médiatique il attire une grande majorité de l’opinion publique de son côté.

Ed Rosenthal à la sortie de son procès (lunettes rondes, chemise blanche, veste gris-vert)

Deux fois condamné à un jour de prison

L’homme qui d’après Tommy Chong lui-même “a converti plus de monde au cannabis que Cheech et Chong” est loin d’être un rigolo (en dépit d’un grand sens de l’humour).
Il donne régulièrement des cours à l’université d’Oaksterdam – la seule au monde dédiée exclusivement au chanvre – afin de répondre aux questions des jeunes pousses sur leur manuel. Un manuel qui se trouve être son best seller: “Ed Rosenthal’s Marijuana Grower’s Handbook” (le guide d’Ed Rosenthal pour les cultivateurs de Marie-Jeanne).
Même si il a vendu pour plus de 2 millions d’exemplaires de ses livres, Ed a gardé la tête froide et la main verte.

Il a lancé sa propre chaîne Youtube AskEd420 dans laquelle il vante les mérites de son université située à Oakland “que les gens doivent absolument rejoindre sinon [il] se fera viré”, il donne des conseils botaniques et il explique aux internautes comment utiliser les produits qu’il a inventé.
Que rajouter si ce n’est silence:  Le prof le plus cool de la planète va parler.

 

Les pochons de weed, nouveau terrain de jeu du pop art

Designs léchés, identité visuelle calibrée… Oubliez la feuille verte en mode clipart ! Dans les pays qui ont enterré la prohibition de l’herbe, les pochons s’affichent en palettes pop ou pastel, ornés de typographies funky et cosmiques. Le weed bag serait-il en passe de rentrer au panthéon de la culture pop ? Tous les feux en ce sens sont en tout cas au vert…

Par Doria A.

 

Outre-Atlantique, l’herbe n’est plus seulement un produit ni un tabou : elle s’élève au rang d’un ingrédient lifestyle, beauté et bien-être, au cœur d’une quête plus profonde : se reconnecter à la nature et à soi-même. Une révolution culturelle qui n’est pas sans rappeler le mouvement hippie de la fin des années 1960.
Exit les pochons plastiques cheap et anonymes, bienvenue dans l’ère des arty weed bags ! Couleurs saturées, lettrage groovy, vibes psychédéliques ou rétrofuturistes… les pochons s’inspirent autant des affiches pop et disco que du cinéma de la blaxploitation. Le résultat ? Un packaging qui claque, et qui fait bien plus qu’emballer de l’herbe : il accompagne une révolution culturelle attendue depuis longtemps.

Symbole d’une contre-culture, antisystème, le cannabis est passé de l’autre côté du miroir et pèse lourd, très lourd. Aux États-Unis, l’industrie légale du cannabis a atteint 33,84 milliards de dollars en 2024 – et pourrait flirter avec les 69,25 milliards d’ici 2029 (Mordor Intelligence, 2023). Un TCAC de 15,40 % qui donne le tournis.
Le photographe franco-américain Vincent Pflieger capte cette transition comme personne. Avec son exposition « 0.125OZ – A Brooklyn Story on Cannabis Design », présentée en 2024 à Paris, il plonge dans l’esthétique des pochons abandonnés sur les trottoirs de Brooklyn et de Manhattan. À travers cette série immersive, rassemblée dans un livre collector produit par Favoreat Design, il documente le basculement d’un marché clandestin vers une industrie mainstream et légale – immortalisant ces pochons devenus petits fragments de culture disséminés au gré du vent.
Comme il le résume : « Toutes les strates de la pop culture se retrouvent sur ces pochons : des Simpson à Picasso, des tags de rue à Tom et Jerry. C’est un véritable patchwork de références, accessible à tout le monde. »

 

Dans ce game visuel, Cookies s’impose comme la marque de référence. Fondée par le rappeur Berner et le cultivateur Jai Chang, elle affiche des chiffres XXL : 50 boutiques, un chiffre d’affaires estimé à 440 millions de dollars, et une identité graphique aussi reconnaissable qu’un hit de Louis Armstrong. Leur signature ? Un bleu électrique qui frappe l’œil, et des pochons où se mêlent street art, pop culture et nostalgie cosmique.
L’identité visuelle de Cookies ne se contente pas d’être stylée, elle se nourrie de références  pointues  en puisant dans l’héritage US underground. En l’occurrence, celui des « vipers », ces jazzmen de Chicago qui faisaient vibrer les clubs.  enfumés de marijuana dans les années 1930.  Cookies ne vend pas que de la weed : elle vend une histoire, une vibe, un morceau de contre-culture devenu mainstream !

Terreau de la culture pop

Le pochon de weed a muté pour se métamorphoser en une toile miniature – un canevas d’art de poche qui se balade dans les rues. Une fois sur le sol des trottoirs de Brooklyn ou de New York, ces pochons ne « salissent » pas la rue, ils la racontent. Ils deviennent des fragments d’art urbain. Comme un écho aux origines du street art, ils célèbrent les cultures marginales et stigmatisées en les propulsant au vu et au su de tous.

Vincent Pflieger l’exprime avec passion : « Ces pochons, dans leur état brut, sont comme des petits joyaux qui brillent au milieu du chaos urbain. C’est dans cette saleté (trottoirs, caniveaux, parfois même boue ou ordures) qu’ils attirent l’œil, comme des trésors visuels inattendus. » Lui- même les ramasse, les nettoie et les immortalise en studio sur fond blanc, pour révéler leurs stigmates et leur esthétique unique. « Pour moi, c’est un processus d’archivage. Je veux capturer non seulement leur beauté, mais aussi leur histoire, leur passage dans la rue et leur rôle dans la culture contemporaine. »

Comme les tags ou les graffitis, les pochons portent la marque d’une culture underground ; une culture qui ne s’excuse pas, mais qui s’affirme. Et puis, version pop et psychédélique, ces morceaux de plastique sont autant de clins d’œil à l’histoire des marges : là où tout a commencé, là où tout reste possible.
Le pochon, ce petit rectangle de plastique jetable, pourrait-il alors devenir un objet de collection ? Vincent Pflieger n’en doute pas : « C’est un peu comme des cartes Pokémon, un petit “collectible” que je cherchais au début. Chaque pochon raconte une histoire, et certains modèles que j’ai trouvés ne se croisent qu’une seule fois, ce qui les rend d’autant plus uniques. »

Memes, logos et marketing subversif

Bienvenue dans l’ère du pochon-mème, où l’ironie s’imprime aussi facilement sur le plastique que dans la mémoire du consommateur. En France, aussi illégal soit le cannabis, il se négocie habillé d’un packaging irrévérencieux. Arborant des noms comme « Haribeuh » ou « Nutellhash » (notre article, p. X), ces pochons font bien plus que contenir de la weed : ils deviennent des pieds-de-nez aux grandes marques de l’agro-alimentaire, ultime subversion d’un produit banni, corporate visuels, directement issus de la culture Internet. L’herbe se vendait hier dans la prudence anonyme d’un sac plastique ou d’un Ziplock ; aujourd’hui, elle s’affiche fièrement dans des emballages décalés, estampille de réseaux qui ne se cachent plus.

Un clin d’œil trademark qui n’est pas sans conséquence : récemment, l’affaire Pochette surprise a secoué les tribunaux français, et quelque peu fait ricaner l’auditoire : 18 accusés, dont le collectif Pochette surprise, les créateurs de ces pochons bien inspirés. Eux se sont retrouvés jugés pour contrefaçon de marques déposées par les maisons mères de leurs détournements. Une première qui ouvre un débat crucial : à quel moment le détournement créatif devient-il une infraction ? Dans une époque où le sampling visuel est partout, des T-shirts ironiques aux remix culturels, où tracer la limite entre hommage et violation ?

 

Ce que l’on remarque, surtout, c’est que le pochon de weed s’est fait une place de choix dans la pop culture, et pas en catimini. Ces sachets, véritables mèmes plastifiés, surfent sur des codes visuels immédiatement reconnaissables. Ils détournent des symboles universels pour mieux les exploser. Une simple typographie suffit à déclencher une avalanche de références. En une pirouette visuelle, le pochon passe de produit marginal à artefact culturel, porté par l’humour et une provocation malicieusement calculée.

Ce n’est peut-être pas juste du marketing, mais le pendant « drogue » d’une révolution esthétique. Ces designs puisent autant dans les marques alimentaires que dans les grands courants artistiques. Imaginez Claes Oldenburg, le sculpteur des objets du quotidien, face à un pochon « Nutellhash ». Lui qui a érigé le banal au rang de monument, verrait dans ces sachets l’essence même de son travail : transformer la trivialité en icône culturelle. Mais, là où Claes Oldenburg jouait avec des sculptures géantes, les pochons, eux, se disséminent sur les trottoirs, transformant les rues en galerie d’art éphémère.

Le pochon est devenu une déclaration visuelle. D’un côté, il désamorce l’interdit par l’ironie et le clin d’œil. De l’autre, il cristallise une industrie en pleine ascension, où chaque design est une arme stratégique. Ce n’est plus juste un bout de plastique : c’est une toile, un manifeste, un miroir de notre époque où tout se remixe et tout se monétise. Le pochon, c’est finalement du pop art en kit !
Des références à Rick et Morty ou aux Simpson ancrent ces sachets dans notre quotidien. Mais ces designs vont plus loin : ils racontent une culture qui s’approprie l’humour, le banal et l’irrévérence pour mieux s’affirmer. La weed, autrefois subversive, devient le support d’une œuvre pop à part entière, sans rien perdre de son ADN.

 

L’ivresse visuelle du flacon

L’ironie de notre époque est là : l’art et le marketing se fondent l’un dans l’autre, brouillant les frontières entre subversion et stratégie commerciale. Les pochons de weed, simples contenants devenus totems culturels, pourraient-ils prétendre au même statut iconique que les Campbell’s Soup Cans d’Andy Warhol ? Cette question dépasse le simple objet pour toucher à une esthétique où l’ironie règne en maître – un outil marketing redoutablement efficace.
Mais cette démarche n’est pas totalement nouvelle. Elle renoue finalement avec l’esprit transgressif des années 1970, où le détournement, la dérision et l’audace visuelle étaient des armes de la contre-culture. Sauf qu’aujourd’hui, ces outils servent à diffuser non pas la révolte, mais l’emblème d’une révolution tranquille : celle d’une industrie qui, tout en surfant sur les codes de la marge, s’affirme désormais au grand jour, mainstream et fièrement pop.

Ces pochons racontent une tension, un équilibre fragile entre une authenticité revendiquée et une standardisation inévitable. Comme le dit Vincent Pflieger : « Les pochons génériques sont souvent détournés, mais ils racontent aussi l’histoire d’une industrie qui se transforme. On passe d’un monde de petits producteurs anonymes à un univers de grandes marques et de chaînes, avec des designs beaucoup plus calibrés. »Là où les pochons étaient, il y a peu de temps encore, des objets bruts, toujours irrévérencieux, ils deviennent des produits manufacturés, de plus en plus façonnés pour s’intégrer à un marché globalisé. Cette évolution marque une transformation de la culture weed elle-même. « On entre dans l’âge adulte du cannabis : les designs sont devenus plus sobres, plus minimalistes. La culture weed s’éloigne de son adolescence flashy et irrévérencieuse pour adopter une esthétique plus sérieuse et épurée », explique Vincent Pflieger.
Une sobriété qui marque le passage de la weed d’une icône underground à un produit à part entière de l’industrie culturelle et commerciale ? Certainement. Mais aussi un signe des temps où le contenant est aussi prisé que le contenu, où le flacon importe autant que l’ivresse.

Article publié dans le ZEWEED magazine #7

Crédits photo : Vincent Pflieger, Pochette Surprise

Hollyweed : la ganja au cinéma en 8 films

ZEWEED célèbre en 8 films  la relation centenaire complice, déchirante et passionnelle entre le grand-écran et la fumette. Rétrospective pour élargir ses perspectives…

Reefer Madness (1936), ou comment Hollywood, bien qu’enfumé, édifia le cannabis en substance diabolique

À Hollywood, il était tacitement acceptable de fumer un joint ; la plupart des travailleurs du cinéma étaient de temps à autre complètement high. Pourtant, à l’écran, les quelques films de l’époque traitant de la substance sont des pamphlets redoutables et exagérés. C’est qu’en cette fin des années 1920, début des années 1930, une importante campagne anti-herbe a envahi la presse sensationnaliste et s’impatiente de s’en prendre au 7e art. Dès 1933, commencent à s’enchaîner des productions qui font de la marijuana une substance absolument démoniaque. C’est dans ce contexte qu’une communauté religieuse chrétienne commande au réalisateur Louis J. Gasnier, l’aujourd’hui culte Reefer Madness (Stupéfiants dans sa version française), qui, initialement, était destiné à être projeté dans les écoles. Dans Reefer Madness, une bande d’adolescents rencontre un dealer de cannabis qui, tour à tour, leur fait fumer leur premier joint. Les conséquences sont atroces et inimaginables : un premier renverse un piéton et, rongé par la culpabilité, perd totalement les pédales pour finir neurasthénique dans un asile de fous ; une autre manque de se faire violer avant d’être accidentellement abattue par son copain, qui est en pleine hallucination ; un autre encore, bat à mort le dealer avec une matraque, pendant qu’une dernière est traversée par une crise de rires spasmodiques et incontrôlables, avant de se jeter par la fenêtre à cause d’un adultère. Voilà de quoi vous faire une petite idée de l’ambiance du film et du pouvoir extraordinaire que donnèrent les scénaristes d’Hollywood, probablement défoncés et en pleine crise de paranoïa, au cannabis. D’ailleurs, dans les années 1970, le film a paru tellement excessif qu’il en est devenu culte. Il est entré dans les classiques des midnight movies, aux côtés de films comme El Topo d’Alejandro Jodorowsky (1970) ou Eraserhead de David Lynch (1977).

Militantisme : 0/5
Degré de yeux rouges : 5/5
Impact sociétal : 5/5
Qualité cinématographique : 1/5

 

Easy Rider (1969), ou comment les hippies firent souffler un vent nouveau et capiteux, mais aussi diablement rentable sur le cinéma

Dans une ville comme Los Angeles, à la fin des années 1960, être sous influence du mouvement hippie n’a rien d’exceptionnel, et il faut imaginer que des mecs comme des agents immobiliers pratiquent le Yoga Hatha, mènent une vie sexuelle délurée et sont fascinés par des notions telles que les vies antérieures ou le voyage astral. Pourtant, sur les écrans, rien de nouveau : défoncé, tard dans la nuit, toujours les mêmes westerns avec John Wayne ou les commissaires délavés de Felony Squad. Ainsi, la sortie du film Easy Rider intervient comme un véritable réalignement des planètes entre Hollywood et ses spectateurs ; un vrai petit miracle. Pourtant, l’idée est simple : Dennis Hopper, acteur encore partiellement célèbre et longtemps banni des studios, reçoit un coup de fil de Peter Fonda lui proposant de « faire un road trip avec deux mecs, des motos, du sexe, de la came et des bouseux en pick-up qui les flinguent ». Pour une somme dérisoire, le fils du patron de Colombia Pictures les produit. Le tournage sera chaotique ; le scénario n’est que partiellement écrit, car leur script doctor s’est fait la malle ; Dennis Hopper, qui vient de se faire larguer par sa femme, est tout le temps défoncé et n’arrête pas d’insulter les techniciens ; presque toutes les scènes sont improvisées ; et, qui plus est, Jack Nicholson est le seul interprète à connaître ses lignes. Pourtant, à la fin du tournage, ils sont convaincus du chef-d’œuvre. À Cannes, le film est un franc succès et, malgré un accueil mitigé de la critique américaine, Easy Rider explose au box-office et devient l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma. Pour la première fois sur la toile, la marijuana est représentée comme un moyen de subvertir le regard, d’ouvrir de nouvelles perceptions ; elle n’est plus seulement dangereuse mais émancipatrice, créatrice d’un trip existentiel, permettant au montage toutes les audaces formelles et sensibles. Easy Rider deviendra le film culte d’une génération.

Militantisme : 4/5
Degré de yeux rouges : 5/5
Impact sociétal : 5/5
Qualité cinématographique : 4/5

Taking Off (1971), ou comment administrer une leçon de fumage de joint à des parents inquiets

Forts du succès d’Easy Rider, les producteurs d’Hollywood abandonnent studios et films à gros budget, pour récupérer de jeunes réalisateurs subversifs. Parmi eux, Milos Forman : enfant terrible de la nouvelle vague tchèque, fraîchement arrivé aux États-Unis, après avoir échappé à la sanglante répression du Printemps de Prague, en 1968. Il a déjà réalisé trois films aux narrations novatrices et aux tons irrévérencieux. Taking Off est son premier film américain. Le tournage commence l’été 1970 à New York : casting sauvage, budget minimum, aucune vedette, aucune barrière, ni coiffeur, ni maquilleur, ni loge, ni caravane. On y suit Jeannie, quinze ans, qui a fugué de chez ses parents pour vivre avec un chanteur hippie, puis ceux-ci, partant à sa recherche et arpentant les rues du New York baba cool en costard trois-pièces et tailleur Chanel. S’enchaînent les ballades folks et les scènes cocasses et satyriques jusqu’à l’instant paroxystique où un groupe de darons se fait administrer une leçon de fumage de joint en bonne et due forme. Avec Easy Rider, Taking Off posera les premières pierres du nouvel Hollywood. Cette génération de réalisateurs américains inspirés par la Nouvelle Vague et le néoréalisme italien, réalisera une succession de films révolutionnaires, de M.A.S.H. de Altman à Conversation secrète de Coppola, en passant par Taxi Driver de Scorsese, qui décrasseront la représentation de la société américaine, tout en faisant la joie des gros studios, car ils coûtent si peu à produire et rapportent tellement. Peu à peu, le discours de ces jeunes réalisateurs s’estompera, digéré par les géants comme la Warner ou la Fox, et la fumée du joint disparaîtra emporté par les vents glacés de l’échec de 68, Nixon, Giscard ou encore la Manson family, avant que le spectateur ne se réveille définitivement pour le bad trip que vont être les années 1980.

Militantisme : 3/5
Degré de yeux rouges : 4/5
Impact sociétal : 4/5
Qualité cinématographique : 4/5

 

Midnight Express (1978), ou comment traumatiser une génération d’adolescents à propos du cannabis

Dix ans ont passé depuis la folle équipée de Dennis Hopper : la fin d’un rêve, d’une parenthèse enchantée. Nixon est passé par là, les punks chantent « No Future », les soixante-huitards dépriment, et les derniers terroristes du flower power vivent planqués comme des cafards. Le pire sera encore à venir : Reagan, les golden boys et leurs décapotables, et le durcissement des peines requises dans les tribunaux… La « War on Drugs » carbure à plein régime et, au même titre que l’héroïne, le cannabis a été désigné comme ennemi public numéro un des États-Unis. C’est dans ce climat global que le réalisateur britannique Alan Parker décide d’adapter le témoignage de William Hayes ; jeune Américain qui a bien failli passer trente années dans une prison turque pour avoir tenté de sortir du pays avec deux kilos de cannabis, avant de parvenir à s’évader dans des circonstances qui sont restées jusqu’à aujourd’hui assez floues (à la nage, en barque, avec ou sans l’aide de la CIA…). Le scénario est confié au tout débutant Oliver Stone qui, on le sait maintenant, n’allait pas toujours faire dans la dentelle. De la surdramatisation du script allait naître une image mensongère mais saisissante de la Turquie, que Stone et Hayes désavoueront eux-mêmes plus tard. La prison a des allures dantesques, remplie de cavernes et de tunnels parallèles ; la plupart des Turcs portent des fez, ce qui revient à peu près à mettre des hauts-de-forme à des Français des années 1970 ; les gardiens sont d’une très grande cruauté, souvent huilés et toujours adeptes du viol. Autant de clichés racistes qui allaient pour longtemps collés à la peau des Turcs, si bien que le film, là-bas, sera interdit jusqu’en 1993. Pour autant, avec sa B.O. géniale et novatrice signée Giorgio Moroder et sa grande puissance tragique et existentielle, le film allait marquer tout l’inconscient collectif d’une génération ; étrange avertissement subliminal des châtiments terribles que peuvent attendre des adolescents boutonneux au moment de fumer leur premier joint.

Militantisme : 3/5
Degré de yeux rouges : 4/5 
Impact sociétal : 4/5
Qualité cinématographique : 4/5

Friday (1995), ou comment la black exploitation lança l’inépuisable filon des stoner movies et redora l’image de la marijuana

Après le vide qu’ont représenté les années 1980, le cannabis fait un retour en force au cinéma dans les années 1990. Clinton vient d’être élu ; la loi s’est assouplie et, d’ici un an, la Californie va être le premier État à légaliser l’herbe. À la même période, le hip-hop prend une telle ampleur que certains rappeurs deviennent d’énormes personnalités médiatiques et passent régulièrement au cinéma. C’est le cas d’Ice Cube, membre fondateur de N.W.A. qui a déjà tourné dans Boyz n the Hood – un des premiers drames où l’on dépeint frontalement la violence des ghettos (le film inspirera largement La Haine de Kassovitz, en 1995). Ice Cube veut remettre le couvert mais, cette fois, avec un film de sa propre initiative. Il veut faire une chronique de Compton, par-delà l’image parfois éculée et sensationnaliste de la violence des gangs ; ce sera une comédie, un stoner movie. Le pitch est simple et deviendra un classique inépuisable : deux hédonistes (ici, Ice Cube et le plus tard célèbre Chris Tucker) dont l’un (Ice Cube) vient de se faire virer, passent l’après-midi ensemble à fumer des joints dans leur canapé. Ajoutez à cela un élément perturbateur (ce pourrait être une bande de nazis super méchants qui vous prennent pour un autre, ou une grosse dalle avec un fast-food comme une quête du graal, ou bien d’être carrément pris en chasse par des psychopathes du KGB…), les deux buddies doivent 200 balles à un dealer avec une coupe de cheveux inquiétante qui les menacent de les abattre de deux balles dans la tête s’ils ne le remboursent pas d’ici demain. Suivra une succession de rencontres hallucinée dans le ghetto, drôles, souvent tendres, toujours édifiantes ; faisant du film un portrait loufoque mais sensible du South Los Angeles. Pour la première fois, le cannabis est représenté au cinéma sans inquiétude, avec une vraie légèreté. Friday ouvrira la voie à des dizaines et dizaines d’autres stoner movies.

Militantisme : 4/5
Degré de yeux rouges : 5/5 
Impact sociétal : 4/5
Qualité cinématographique : 4/5

 

 

The Big Lebowski (1998), ou comment les Coen firent un crochet par la comédie cannabique

En 1998, la réputation des deux frères n’est plus à faire : depuis Blood Simple (Sang pour sang, 1984), ils ont multiplié les prouesses cinématographiques, entre thrillers implacables et comédies macabres, créant une vision inédite des US, peuplés de loosers magnifiques évoluant dans des trames cauchemardesques et kafkaïennes, jusqu’à remporter la Palme d’or en 1991, avec l’hollywoodien et introspectif Barton Fink. Depuis quelques années et leur rencontre décisive avec Jeff Dowd (producteur nébuleux de L.A., ex-militant anti-Vietnam War qui, dans les années 1960, purgea une petite peine de taule pour ses exploits en manifs), les Coen mûrissent les aventures d’un alter ego de celui-ci, à la différence qu’il ne pratique pas le softball mais le bowling – sport encore largement plus épicurien. Pour l’incarner, ils choisiront Jeff Bridges qui semble avoir été le Dude toute sa vie. Ce personnage culte prendra forme à coups de détails savoureux ; à commencer par ce peignoir trop petit dans lequel il se trimballe partout, son énorme consommation de joints roulés à la marocaine, son obsession pour les White Russian et ses habitudes dans un fameux club de bowling où il retrouvera, tout le long du film, une galerie d’énergumènes hilarants, dont son meilleur ami, Walter Sobchak – synthèse entre un hippie et un fan d’armes à feu. Mais, rapidement, sa dolce vita va se retrouver bouleversée par un quiproquo aux allures de complot qui a tout d’un bon coup de paranoïa, à la suite d’une consommation excessive, rassemblant des néonazis accompagnés d’un furet mangeur de couilles, une artiste juchée sur une balançoire faisant une action painting à l’accent particulièrement vaginal, ou encore un magnat philanthrope et lugubre à la recherche de sa toute jeune deuxième femme dont les ravisseurs semblent avoir coupé un gros orteil qu’elle venait d’avoir soigneusement verni. Ce stoner movie des Coen, aux accents assumés de roman de Chandler, est devenu tellement mythique qu’une religion vénérant le Dude et son mode de vie a été créée : le Dudéisme.

Militantisme : 1/5
Degré de yeux rouges : 5/5 
Impact sociétal : 4/5
Qualité cinématographique : 5/5

 

Pineapple Express (2008), ou comment le stoner movie devint aussi pop qu’une paire de Converse

Près de la moitié des États d’Amérique ont légalisé le cannabis ; le capitalisme s’est finalement rendu compte que la verte était plus que rentable. En France, la loi s’est en partie assouplie, et fumer un joint n’est plus seulement réservé aux jeunes babas cool ou aux vieux marginaux. La plupart des ados consomment entre les cours, et des darons coincés fument leur petit « pétou » comme on dégusterait un verre de bourgogne. C’est dans ce contexte que débarque Pineapple Express (Délire Express dans sa version française), énième stoner movie depuis que le genre a complètement explosé à la fin des années 1990, début des années 2000. Pourtant, Pineapple Express marquera les esprits comme un grand cru. Seth Rogen y joue un jeune huissier branleur, fumant joint sur joint, maqué à une meuf encore au lycée, meilleur ami avec son dealer attitré, joué par l’éternel des stoner movies : James Franco. Tout roule, jusqu’au jour où Dale Denton (Seth Rogen), après être allé pécho la fameuse « Pineapple Express » (variété de cannabis aux effets particulièrement considérables), est témoin, alors qu’il s’apprête à faire une saisie, d’un meurtre commis par un gangster et un flic corrompu. Il est repéré et, prenant la fuite, laisse derrière lui un joint de la fameuse variété. Il se réfugie chez son dealer, mais les deux assassins, grâce au pétard, les prennent facilement en filature. Commence alors une course-poursuite hilarante et baroque où les deux meilleurs amis découvriront leurs multiples talents cachés et la force de la relation qui les unit. Aux États-Unis, le film a eu un tel succès qu’il a détrôné au box-office le dernier Batman.

Militantisme : 1/5
Degré de yeux rouges : 5/5 
Impact sociétal : 4/5
Qualité cinématographique : 5/5

Inherent Vice (2013), ou comment finir cette liste par un ultime trip karmique

Adapté du roman éponyme de Thomas Pynchon, grand manitou de la littérature postmoderne américaine à la prose particulièrement déliée et psychédélique, le film de Paul Thomas Anderson a des allures de labyrinthe dans lequel il serait bon de se perdre. L.A., années 1970 : Doc Sportello, détective à gros charisme, incarné par Joaquin Phoenix, fume joint sur joint et nage dans les eaux troubles d’un mauvais complot karmique avec une détente désarmante. Le cannabis donne à Sportello une sorte de sixième sens, et la trame avance, hallucinée, toujours à la lisière entre paranoïa et extrême lucidité. Pour les besoins de l’enquête (dont le raisonnement logique nous échappe toujours, même après trois visionnages) se succède une galerie de personnages étranges et exubérants, comme des apparitions dans le brouillard des fumées d’un rêve ou d’un cabinet d’opiomane : magnat juif de l’immobilier adhérant aux fraternités ariennes, masseuse thaïe au talent de détective, dentiste cocaïnomane, membre d’un consortium qui vend de l’héroïne, flics à la John Wayne (ultrasensible mais nixonien), et ex-petite amie entêtante aussi lointaine et impalpable que les nuages… Une fois terminé, le film nous laisse le sentiment étonnant d’un ensemble diablement logique, mais aussi mystérieux qu’une suite d’idées après avoir trop tiré sur un joint. Comme certains chemins qu’empruntent les films de David Lynch, ces scènes désaccordées semblent davantage s’accorder comme des corps que des idées : le sensible l’emporte sur la logique, l’intuition sur la déduction, la matière sur la structure, et ainsi cet ensemble paraît au spectateur incroyablement organique. Bref, rarement un film aura aussi bien restitué l’impression d’être défoncé et rarement le cannabis nous aura paru aussi poétique.

Militantisme : 4/5
Degré de yeux rouges : 5/5 
Impact sociétal : 1/5
Qualité cinématographique : 5/5

 

Par Bartholomé Martin
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