politique

Présidentielles 2022: Qui veut la légalisation du cannabis ?

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Si le débat sur la légalisation du cannabis est pour l’instant éclipsé au profit d’enjeux, chaque candidat -déclaré- a déjà clarifié sa position sur la question. Revue de détails.

Qui est in?

Yannick Jadot

Le premier à dire oui
Pour le chef de file EELV Yannick Jadot, la légalisation du cannabis « ‘est un enjeu majeur de santé publique et de sécurité« .
Toujours selon le député européen, une fin de prohibition « mettrait fin à l’emprise de mafias dans certains quartiers en réduisant les trafic ». C’est aussi une solution pour traiter de façon efficace l’addiction » estime le candidat écologiste, qui a été le premier à déclarer sa flamme pour la belle plante.
Yannick Jadot regrette notamment que « de plus en plus de jeunes consomment des produits de qualité médiocre » et souligne non sans justesse que : « la France est le pays le plus dur du point de vu de la loi, et le pays où les jeunes fument le plus ».
Concrètement, Yannick Jadot souhaiterait ouvrir des points de vente « sous contrôle d’État »  tout en menant une vaste politique de soin et prévention des addictions.

 Le sujet légalisation est abordé par Yannick Jadot à 26’50 après le début de l’entretient.

Jean Luc-Mélanchon

En rouge et vert
Invité sur BFM TV par Jean-Jaques Bourdin, l’élu LFI a annoncé le 18 octobre (et pour la première fois, ce n’avait pas été le cas en 2017), son intention de légaliser.
« Si vous êtes président, vous légalisez le cannabis ? » interroge Jean-Jaques Bourdin.
« Oui, c’est ce qu’il faut faire, le reste a échoué. Je suis un pragmatique et dans ce domaine, on fait ce qui marche. La prohibition n’a rien donné » répondra le député de la 4ème circonscription des Bouches-du-Rhône.
Une dizaine de jours plus tard, Jean-Luc Mélanchon confirmait sur son compte Twitter sa volonté d’en finir avec la prohibition du cannabis.

Qui est out?

Eric Zemmour 

Non-oui-non.
Contre toutes attentes -y compris les siennes-, Eric Zemmour a été pendant quelques mois  pour la légalisation : « Mon premier réflexe est d’interdir et taper plus fort… Mais j’essaye de réfléchir en fonction des faits, des réalités. Et je me dis : ça ne marche pas, on a des chiffres terribles, il faut le reconnaître, la répression ne marche pas. Je me demande si on ne devrait pas organiser la légalisation ordonnée du cannabis » estimait alors le candidat aux présidentielles lors d’un entretient accordé à CNews. Le naturel est revenu au galop, l’ancien journaliste est désormais opposé à la légalisation.

Valérie Pécresse : Contre 

Fidèle au poste
Sans doutes plus par tradition et loyauté que conviction, Valéry Pécresse est contre la légalisation.
Dans le détail, la championne Les Républicains aux présidentielles rejoint peu ou prou l’actuelle politique du gouvernement (avec la mise en place de l’amende délictuelle) en expliquant « quil faut taper au portefeuille les consommateurs « .
En 2017, alors qu’elle briguait la présidence de la région Ile-de France, Valérie Pécresse avait fait de lutte contre la consommation de drogues et notamment du cannabis un de ces principaux arguments de campagne, en dépit d’une population francilienne favorable à la dépénalisation de la weed.
Le détail fumeux: en 2016 un des ses 2 fils est interpellé par la Police alors qu’il roulait un joint. Sur lui, les forces de l’ordre trouveront un peu plus de 3 grammes de cannabis. Il fera une brève garde-à-vue dans le commissariat du 15e arrondissement de Paris.

Marine Le Pen : Contre

Soigner son extrême-droite
Pour la candidate frontiste « Ceux qui pensent qu’en légalisant le cannabis, les dealers vont devenir producteurs de melons à Cavaillon sont au mieux des naïfs, au pire inquiétants. Il faut mener la guerre contre la drogue« . Pour ce faire, tout comme son père Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen souhaite la tolérance zéro pour les revendeurs, ainsi « qu’adapter les peines des dealers en fonction des kilos ou des grammes de drogue qu’ils détiennent« .
Selon un sondage Ifop pour CBD-grams.com, 40% des électeurs du Rassemblement National seraient pourtant favorables à une dépénalisation de l’herbe.

 

Emmanuel Macron : Contre… pour l’instant.

En même temps, c’est les élections 
L’actuel président, qui ne s’est pas encore déclaré candidat et n’a donc pas dévoilé son programme, est depuis son élection contre toute idée d’assouplissement de la loi de 1970. En fer de lance de la position prohibitionniste, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Le locataire de la place Beauvau a fait du trafic sa priorité numéro un, à grand renfort d’amendes à 200 euros pour les consommateurs (140 00 amendes délictuelles ont été dressées depuis septembre 2020, date de la mise en application de cette dépénalisation payante) et de slogans choc « hors de question de légaliser cette merde« .
D’autres membres de la majorité, à l’image de Caroline Janvier (députée LREM du Loiret) et Jean-Baptiste Moreau (député LREM de la Creuse) voient pourtant le futur candidat Macron porter la légalisation en 2022, en proposant un référendum s’il était élu.
En septembre 2016, alors qu’il venait de se déclarer candidat, Emmanuel Macron avait aussi laissé planer le doute en reconnaissait à la légalisation «une forme d’efficacité».

 

Quand à Anne Hidalgo (PS), elle n’a pas encore clarifiée sa position sur le sujet, pas plus que Fabien Roussel (PC).
Philippe Poutou (NPA) s’est lui prononcé pour une levée de l’interdit qui pèse sur la plante depuis 61 ans.

L’Assemblée nationale rejette la proposition de loi de légalisation du cannabis.

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Le groupe La France Insoumise (LFI) derrière Eric Coquerel présentait hier à l’Assemblée nationale son projet de loi sur la légalisation du cannabis. Si, sans surprise, le texte n’a pas été voté, le discours des opposants à la réforme a laissé la porte entrouverte en suggérant que seule une consultation nationale pourrait enterrer 50 ans de prohibition.

A l’exception du groupe LFI, les députés n’étaient pas venus nombreux pour débattre et voter la première proposition de loi visant à légaliser le cannabis récréatif en France. Le groupe LREM s’était tout de même assuré d’avoir suffisamment d’élus présents dans les rangs de l’hémicycle pour que l’initiative portée par Eric Coquerel ne passe à la faveur d’un manque de votes de la majorité .

Eric Coquerel (LFI), en plein plaidoyer de sa proposition de loi sur la légalisation du cannabis

19 voix pour, 54 contre

Il est 22h 45 quand le texte est rejeté (19 voix pour et 54 contre), fort de l’adoption des amendements de suppression déposés par la majorité, dont un déposé par la député LREM Caroline Janvier, rapporteuse de la mission d’information sur le cannabis et pourtant partisane de la légalisation.
Seul dissident LREM, le député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau, qui est intervenu à la tribune pour soutenir l’initiative progressiste de groupe LFI.

Si le projet de loi d’Eric Coquerel n’avait aucune chances de passer, le débat aura permis de voir émerger un début de compromis possible. Bien loin de la politique « hors de question de légaliser cette merde » chère au Ministre de l’intérieur, la réponse des députés LREM laisse entrevoir un assouplissement de la ligne zéro négociation sur laquelle campait le gouvernement.

Les députés LREM ne sont pas venu nombreux, mais suffisamment pour bloquer le projet de loi porté par Eric Coquerel et la France Insoumise.

« Débat de société et consultation nationale »

Si pour le député LREM Belkhir Belhaddad « une légalisation en fin de mandat n’aurait pas de sens »: rendez-vous est donné en demie-teinte après les élections présidentielles, en cas de victoire d’Emmanuel Macron évidement. Pour l’élu de la Moselle,  « il faut avant tout organiser un débat de société sur la question du cannabis, afin de consulter l’ensemble des citoyens sur sa légalisation. »

Même son de cloche du coté de François Jolivet, pourtant très proche des idées de Gérald Darmanin. Le député de l’Indre estime lui aussi que cet enjeu de taille ne peut être traité « que lors d’un débat et d’une consultation nationale », et non en fin de mandat. Ils semblent s’être donné le mot…

Une bonne nouvelle et un signe d’assouplissement de la majorité sur la question cannabis, qui ne compte pas s’offrir le luxe de tourner le dos à 1,5 millions de consommateurs réguliers et une majorité de français favorables à la dépénalisation de l’herbe.

François Hollande légaliserait le cannabis

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Après l’Allemagne, c’est Hollande qui veut légaliser le cannabis. Nous ne parlons pas des Pays-Bas mais du 7ème Président de la Vème République. Dans un entretien accordé à Kombini, François Hollande s’est en effet prononcé en faveur d’une fin de prohibition de l’herbe.

C’est à l’occasion de la croustillante interview sandwich de Kombini que l’ancien chef de l’Etat s’est déclaré en faveur de la légalisation du cannabis.
Pendant sa campagne de 2012 et durant son quinquennat, le  « président normal »  s’était pourtant opposé à toute évolution de la loi de 1970.

Les absents ont-ils toujours raison? Toujours est-il que 5 ans plus tard, François Hollande en arrive à la conclusion qu’il faudrait finalement légaliser la weed, afin mieux contrôler sa consommation, éradiquer son trafic illégal et prendre à bras le corps cet enjeu de santé publique.
L’ex locataire de l’Elysée souligne à cet effet que « la consommation de cannabis introduit depuis des années un commerce, un trafic illégal, qui a gangrené des quartiers et largement perturbé la vie des habitants« .

A l’heure où la France prend la présidence de l’Union Européenne, François Hollande observe aussi que  « en Allemagne la coalition gouvernementale va proposer la légalisation du cannabis. Il est important qu’on puisse en Europe conjuguer nos efforts pour aboutir aux mêmes solutions ».

Emmanuel Macron écoutera-t-il d’une bonne oreille les conseils avisés de son ex-mentor et les voix des 51% de français qui souhaitent en finir avec la prohibition? Réponse en février, mois durant lequel le candidat et Président sortant devrait dévoiler son programme.

Jadot 2022 : un programme qui manque de souffle?

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Le candidat des écologistes à la présidentielle décline son programme. Verdict : pas de surprise, peu d’ambition. Et zéro envie.

Yannick Jadot ne perd pas de temps. Sitôt désigné candidat à la présidentielle par la primaire des écologistes, le député européen défouraille son programme. Dans un long entretien accordé au Journal du dimanche, l’ancien directeur des campagnes de Greenpeace-France multiplie les propositions dans le domaine du social, des institutions, de l’économie. Il y glisse même quelques idées écologistes. Ma rubrique étant teintée de vert, je me consacre à ce chapitre.

D’entrée de jeu, le Picard promet d’éradiquer l’élevage industriel. Bonne idée, a priori. A ceci près que remettre dehors veaux, vaches, cochons nécessite de trouver des terres supplémentaires. Et pas qu’un peu ! La réglementation sur le « plein air » impose 4 m2 par poule. Les paysans français élèvent chaque année 40 millions de poules. Les faire vivre outdoor nécessite de trouver 16.000 hectares de terrains. Pas gagné. D’autant qu’il faudra aussi trouver des terrains supplémentaires pour les canards, les oies, les bovins, les caprins, les cochons, les dindes, les cailles, les lapins. Pas gagné en période de déprise agricole. Mais là, pas de proposition concrète du candidat vert.

Pour qui l’argent public ?

Les lobbys ? Yannick Jadot veut les « extirper » de l’économie française. Certes, mais nul ne sait comment. Alors bien sûr, « chaque euro d’argent public sera conditionné à la protection de l’environnement ». Mais entre un fabricant de batterie de véhicule électrique et un importateur de panneaux solaires chinois, qui le protège le mieux ?

A propos de sous, l’ancien porte-parole de l’Alliance pour la planète promet un programme d’investissement public de 50 milliards d’euros par an, dont la moitié sera consacrée « à la reconstruction ». On n’en sait pas beaucoup plus. Ce que nous dit, en revanche, l’institut pour l’économie du carbone (I4CE), c’est que pour atteindre les objectifs de décarbonation que nous nous sommes fixés, nous devons investir de 65 à 74 milliards d’euros par an. Faudra trouver un petit peu plus de sous, monsieur Yannick.

Un ISF climatique

Le tombeur de Sandrine Rousseau veut avancer de 10 ans (2030 donc)  l’interdiction de vente de voitures à moteur thermique. Génial ! Surtout si les industriels tricolores produisent des batteries « 100% recyclables ». Sauf que, sur la trentaine de gigafactories en train de sortir de terre en Europe, seules deux sont situées dans l’Hexagone. Ce ne sera pas facile de convaincre leurs concurrentes de passer à l’économie circulaire. Mais on peut essayer.

La taxe carbone est appelée à repartir à la hausse, semble-t-il. Sans qu’on sache très bien comment le président Jadot évitera de rallumer le mouvement des Gilets jaunes. Seule promesse : « nous ne laisserons personne au bord de la route ». Quoi qu’il en coûte ? Il faudra alors que l’impôt sur la fortune climatique (c’est prévu !) taxe très lourdement les riches émetteurs de gaz à effet de serre pour que la mesure soit socialement indolore. Rappelons que pour être efficace, la taxe carbone devrait atteindre 250 € la tonne de CO2 émise. Soit 5 fois le niveau actuel.

Gaspillages énergétiques ?

A propos de carbone, le candidat écologiste propose de rendre gratuits les premiers kWh d’électricité et les premiers m3 de gaz naturel. Ce qui n’est pas une mesure favorable aux économies d’énergie, ni aux finances d’EDF et d’Engie dont l’Etat est un gros actionnaire. Gaspillage d’énergie et d’argent public ?
Refrain incontournable d’un écolo : la sortie du nucléaire. Le Jadot 2022 la promet pour 2042. Soit. Mais que faire des millions de tonnes de déchets nucléaires que génèrera le démantèlement de 58, réacteurs si l’on ne peut les mettre quelque part ? Car Yannick Jadot le dit depuis longtemps : « l’enfouissement des déchets nucléaires : ni à Bure ni ailleurs ».

On ne va pas se mentir comme dirait Nicolas Hulot. Le programme environnement de Jadot est truffé de promesses intenables. Comme le sera celui de tous les programmes des candidats déclarés ou à venir.
Ce qui manque, c’est un souffle, un récit, une ambition. Le géant vert ne donne pas (encore ?) l’impression qu’il est celui qui fera entrer la France dans le siècle de l’écologie sociale. Il a encore six mois pour me faire mentir.

Cannabis: la danse du ventre d’Emmanuel Macron

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En janvier 2020, Emmanuel Macron envisageait du bout des lèvres la légalisation de l’herbe. Six mois plus tard, Gérald Darmanin faisait du cannabis l’ennemi publique numéro 1. Depuis, alors que le ministère de l’Intérieur multiplie les interventions à l’encontre des points de deal et des usagers, deux députés LREM assurent que le candidat Emmanuel Macron portera finalement la légalisation du cannabis aux présidentielles de 2022.
Le coup du good cop/bad cop?

Carotte

Nous sommes le 4 septembre 2016. Emmanuel Macron vient de quitter son poste de ministre du Budget, de l’Industrie et du Numérique pour se lancer dans la course à la magistrature suprême. Lorsqu’arrive la question du cannabis dans une interview sur France Inter largement relayée, il estimera que  « la légalisation a une forme d’efficacité« , faisant les yeux doux aux 3,9 millions de consommateurs que compte l’hexagone. Entre 2017 et 2019, le 8ème président de la Vème jouera la montre. En juin 2019, alors que de nombreuses personnalités réclament la légalisation de l’herbe, une Mission d’Information parlementaire sur les usages du Cannabis (MIC) est crée.
De quoi temporiser: pour le volet portant sur le cannabis récréatif, les travaux dureront deux ans .
En janvier 2020, face à la gronde des gilets jaunes dont 61 % des sympathisants sont favorables à la légalisation, Emmanuel Macron charge Gabriel Attal de larguer du leste. Interrogé le 15 janvier 2020 par Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, le secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Éducation de l’époque avait affirmé être « favorable à un débat » précisant que « la France est un des pays les plus répressifs et en même temps un des pays où les jeunes fument le plus, notamment en Europe. C’est un sujet qui mérite un vrai débat ». 

Bâtonnage

En juin 2020, tandis que les français retrouvent un semblant de liberté, un nouveau gouvernement est formé. Gérald Darmanin est nommé ministre de l’intérieur. C’est le début du tout répressif et du tout bénéf’: en septembre est mise en place l’amende délictuelle à 200€ pour les consommateurs de cannabis. Le locataire de la place Beauvau fait alors du traffic d’herbe sa priorité, à grands frais pour le contribuable comme pour les enthousiastes de la weed avec un slogan assumé  « hors de question de légaliser cette merde ». Une directive du ministère de l’Intérieur, envoyée en novembre 2020 à tous les commissariats de France, impose une obligation de résultat quant au  nombre d’amende délictuelle dressées. C’est le début du « bâtonnage » (terme qui dans le jargon policier désigne un quota de verbalisation minimum).
Le 18 avril, alors qu’une majorité de français est pour la légalisation, Emmanuel Macron joue l’ambiguïté en appelant à « lancer un grand débat national sur la consommation de drogue et ses effets délétères« .
En mai, la mission d’information parlementaire sur les usages du cannabis rend sa copie et recommande la légalisation du cannabis.

En marche arrière

C’est par la voix de deux députés LREM que l’exécutif entamera son second virage à 180°. A une semaine d’interval, dans deux interviews accordées à Zeweed, Caroline Janvier et Jean-Baptiste Moreau annoncent que le candidat Macron portera la légalisation du cannabis dans le cadre de son programme pour les présidentielle de 2022. « Ce serait sous forme d’un référendum, dès les premiers mois suivant son élection » a détaillé le député de la Creuse et rapporteur de la MIC Jean Baptiste Moreau.
De son coté, Caroline Janvier, député LREM de la 2nde circonscription du Loiret, a sorti début juin un livre pro-légalisation publié chez Point d’Orgue, maison d’édition rattaché au mouvement LREM. Fin juillet, « Les Jeunes avec Macron » exprimaient leur volonté d’en finir avec la prohibition cannabique.
En même temps, le ministère de l’Intérieur continu de multiplier les interventions et verbalisations pour consommation de cannabis, affichant quotidiennement des résultats qui ne trompent personne . « Quand un point de deal est fermé, trois autres ouvrent le lendemain » nous confiait récemment le député François-Michel Lambert. Pour l’élu des Bouches du Rhône, les motivations de Gérald Darmanin sur le dossier cannabis  « tiennent plus de la posture politique et morale que de l’intérêt publique. »
Démagogie électorale? Rien de surprenant en cela. Reste à savoir combien de temps Emmanuel Macron tiendra la délicate position du grand écart.

Jean Baptiste Moreau creuse le sillon de la légalisation

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Jean Baptiste Moreau fait parti des élus LREM qui se sont ouvertement prononcés pour la légalisation de l’herbe, quitte à froisser la ligne prohibitionniste du gouvernement. Dans un entretien accordé à Zeweed, le député et rapporteur de la mission d’information sur le cannabis nous apprend que son combat n’aura pas été vain: la légalisation de la weed serait au programme du candidat Macron en 2022.

Jean-Baptiste Moreau doit aimer l’herbe. Quand il ne s’occupe pas de celle que vont brouter quotidiennement les 300 vaches de son exploitation agricole, c’est de celle que fument les français dont il se mêle, en soutenant la légalisation du cannabis. Membre de La République En Marche dont il est porte-parole depuis 2019, Jean Baptiste Moreau est député de la Creuse depuis 2017. A contre-courant de la politique du gouvernement, il recommande en mai dernier la fin de la prohibition sur la cannabis à l’occasion de la remise du rapport de la mission d’information sur le cannabis (MIC).
Sa pugnacité et celle d’autre rapporteurs LREM de la MIC comme la députée du Loiret Caroline Janvier aura payé, puisqu’un référendum sur la légalisation serait au programme électoral d’Emmanuel Macron  pour les élections présidentielles de 2022. L’élu creusois nous a accordé un entretien téléphonique depuis sa voiture, garé sur une aire d’autoroute de son département.

Quel regard porter sur 50 ans de prohibition?
Celui d’un échec total. Malgré la prohibition, la consommation n’a cessé d’augmenter en France. A tel point que nous sommes le plus gros consommateur de cannabis d’Europe, avec une des politiques les plus répressives. On voit bien que cette gestion, qui aboutit à un million de consommateurs réguliers dans l’hexagone, ne fonctionne pas. Ca me rappelle la prohibition de l’alcool aux USA de 1929 à 1933, à laquelle Roosevelt a judicieusement mis un terme.
La prohibition ne peut pas fonctionner pour des consommations de masse comme l’alcool ou le cannabis.

« La prohibition ne peut pas fonctionner pour des consommations de masse comme l’alcool ou le cannabis ».

La Mission d’Information Parlementaire sur le Cannabis (MIC), dont vous êtes rapporteur, a rendu son rapport qui recommande entre autre la légalisation du cannabis récréatif. Pourtant, le gouvernement continu de camper sur des positions prohibitionnistes : Tout ça pour ça?
Effectivement, c’est un peu frustrant. Après, nous verrons si le temps donne raison à nos recommandations. Pour moi, qui ai suivi une formation scientifique, je pars du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Nous avons mené une politique de prohibition sans aucun succès durant 50 ans. Je ne vois pas pourquoi cette même politique fonctionnerait aujourd’hui ou dans les 20 prochaines années. Ce n’est pas en multipliant les effectifs de police que l’on va éradiquer le marché illégal. Un commissaire haut gradé de la brigade des stupéfiants me confiait récemment le coté illusoire et vain de cette lutte contre le deal: quand une opération est menée, avec tout ce que cela suppose en mobilisation d’effectifs et de moyens, trois autre points de vente apparaissent le lendemain. On sait le caractère inefficace de la prohibition, mais on continu à s’entêter dans cette voie.

« Nous avons mené une politique de prohibition
sans aucun succès durant 50 ans.
Je pars du principe que les mêmes causes
produisent les mêmes effets ».

Quel est le point de blocage qui empêche la France d’aborder le problème comme l’on fait le Canada, les USA et une grande partie des pays membres de la communauté Européenne qui ont assouplit leur législation ?
Je pense que nous sommes restés dans une position trop dogmatique sur le sujet, et que les ministres concernés par ce dossier ignorent tout bonnement la question pour des raisons personnelles. En exemple, le premier ministre, qui est en charge de la réécriture de l’arrêt de 1990 (qui encadre les dispositions entourant la vente de chanvre bien-être NDLR) n’a même pas lu notre rapport sur la question CBD, fruit de deux ans de travail. Autant dire que ce n’est pas très engageant pour ouvrir un dialogue.
Encore une fois, les à-priori et positions dogmatiques tuent dans l’oeuf toute discussion. Quand je constate que certains membres du gouvernement  font encore la confusion entre CBD et THC… je ne peux que regretter que les travaux de la MIC n’ai même pas été gratifiés d’une lecture. C’est dommage, ça aurait contribué à grandement clarifier le débat.

« Certains membres du gouvernement
  font encore la confusion entre CBD et THC »

De fait, nous sommes encore dans la caricature,  quand j’entend par exemple certains ministres opposer à la légalisation le danger de l’escalade vers des drogues dites dures. C’est tout le contraire! C’est justement parce qu’aujourd’hui, le dealer a tout intérêt à vendre autre chose que du cannabis qu’il propose des drogues addictives et dangereuses, son intérêt étant d’accrocher le client.
Or, une des idées force de la légalisation est de couper du marché noir les consommateurs de cannabis!

Jean-Baptiste Moreau, le sourire de la force tranquille .

La député LREM Caroline Janvier nous confiait dans un récente interview qu’un référendum sur la légalisation serait très vraisemblablement au programme d’Emmanuel Macron pour les présidentielles de 2022. Vous y croyez?
Oui, j’y crois. A l’image de ce qu’a fait Justin Trudeau au Canada (qui a légalisé le cannabis récréatifs quelques semaines après son élection en 2018 NDLR).
J’y crois parce que les positions du président sur la question, sauf dernièrement, ont toujours été mesurées. Il n’a pas de certitudes sur le sujet, et à ce titre, je crois en la capacité du LREM à en faire un des axes de sa campagne présidentielle.
Dans ce cadre-là, un référendum sur la légalisation du cannabis me paraît très probable.
D’ailleurs, il en a parlé récemment, de cette volonté d’organiser un débat autour de cette question.

« Dans le cadre de la campagne présidentielle (…)
Un référendum sur la légalisation du cannabis me paraît très probable ».

Ce serait pour quand, ce référendum, si Emmanuel Macron venait à être réélu?
Pour le premier semestre suivant l’élection. Encore une fois , à l’image de ce qu’a fait le premier ministre canadien Justin Trudeau, ce genre de décision s’impose en tout début de mandat, sinon, ça n’a pas de sens.

Et cette légalisation, justement, vous la voyez comment? Entièrement régie par l’Etat, comme l’imagine François-Michel Lambert, ou plus ouverte comme la conçoivent Caroline Janvier ou Eric Coquerel?
Je suis pour que l’Etat joue un rôle de régulation et de contrôle. Le but n’est pas de suivre un modèle type Colorado où c’est du tout-business avec de la publicité pour encourager à consommer ce qui reste tout de même une drogue. L’idée est de faire baisser la consommation, pas de l’inciter. Il m’apparaît important que l’Etat contrôle la distribution et la qualité des produits mis en vente. Je suis pour un commerce du cannabis sous contrôle de l’Etat et non pas fait par l’Etat. On voit bien que quand la production, la transformation et la distribution sont entièrement régies par l’Etat, comme en Uruguay, les résultats ne suivent pas:  le marché noir subsiste.

« Au Canada on voit que ça marche,
la consommation de cannabis chez les mineurs
est en baisse dans tout le pays »

Un modèle à la canadienne, le Québec* mis à part?
Oui, au Canada on voit que ça marche;  la consommation de cannabis chez les mineurs est en baisse dans tout le pays ainsi que la consommation de bière, avec des profits substantiels enregistrés dans les caisses de l’Etat. Après, il faut que cet argent dégagé sur les ventes de cannabis serve à mener des campagnes d’information et de prévention dans les écoles et quartiers sensibles. Il s’agit de créer un cercle vertueux.

Sur le récréatif, vous croyez à une filière française?
Pas en intégralité: les filières d’approvisionnement qui existent, il va falloir les traiter d’une façon ou d’une autre en les intégrant légalement au marché.  Bien entendu en contrôlant la qualité et le mode de production des produits importés. Sur cet axe, je pense notamment au Maroc. Nous avons des atouts pour proposer des produits de qualité, mais ne compter que sur la filière française pour alimenter ce marché me paraît peu réaliste.

Et vous, vous l’avez expérimenté ce cannabis récréatif?
Ca fait quelques années maintenant, mais oui, j’ai essayé. Quand on est jeune, on essaye des choses..  et lors de fêtes, ça m’est arrivé d’en consommer. A titre personnel, je n’en garde pas un souvenir impérissable: ça me donnait mal à la tête (rires)

*Au Québec, c’est le gouvernement de la province qui assure la production et la vente de cannabis dans des dispensaires d’Etat gérés par la SQDC.

 

François Michel Lambert: Vert de vert

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Le député François-Michel Lambert n’a jamais fumé un joint de sa vie. Ca ne l’aura pas empêché d’en brandir un l’Assemblée Nationale pour soutenir la légalisation du cannabis. Nous l’avons croisé à la Cannaparade où il nous a donné son 06 et rendez-vous pour une interview.

Paris, samedi 29 Mai, place de la République. J’arrive en retard à l’édition 2021 de la Cannaparade qui a déjà bien entamé son chemin vers la place de la Bastille. J’avise la situation et prend mes jambes à mon cou pour me retrouver 500 mètres plus loin au milieu d’une foule dense et nombreuse. Sous le soleil d’une belle après-midi, des jolies filles, des jeunes aux visages souriants, des quadras bobos et une fanfare de 18 musiciens sont venus demander la libération de l’herbe.

François-Michel Lambert et Eric Coquerel: en tête, on se gondole.

Nous sommes bien loin des maigres 40 punks à chiens perdus évoqués dans l’article du Parisien. En tête de cortège, je repère une silhouette familière. Grand, regard droit, chemise blanche et veste bleu-marine déboutonnée, il s’agit du député écologiste des bouches du Rhône François Michel Lambert (Libertés et Territoires). A coté de lui, un autre fervent partisan de la légalisation du cannabis: le député LFI Eric Coquerel. Deux jours plus tôt, nous avions réalisé l’interview de l’insoumis vert. Je me dis que les deux feraient bien la paire. Arrivé devant l’Opéra Bastille, j’accoste l’élu Bucco-Rhodanien pour lui demander un selfie et son numéro de téléphone. Le courant passe directement, nous nous donnons rendez-vous une semaine plus tard pour une interview.

Quel regard portez-vous sur la politique menée depuis 1970 sur la question cannabis?
Lorsqu’en 2000, je manifestais pour la légalisation du Cannabis, avec Jean-Luc Bennahmias (qui était alors secrétaire général des
Verts NDLR), le débat était placé sur un terrain sociétal et l’avait été depuis 1970. Au même titre que la lutte pour le droit à l’avortement ou contre l’homophobie, il s’agissait alors de défendre des libertés individuelles. D’ailleurs, à l’instar des homosexuels, les consommateurs de cannabis ont longtemps été considérés comme des déviants, des marginaux. Après 2000, le marché a explosé, le trafic est passé aux mains de réseaux criminels beaucoup plus organisés et la jeunesse a commencé à être fortement impactée. En quelques années, nous sommes passé d’un débat libertaire et baba-cool à un problème sanitaire et mafieux.

Ce sont pour des motifs de santé publique que l’exécutif ne veut pas entendre parler de légalisation?
Pas seulement. Il y a à mon sens, et même si ce n’est pas explicitement dit, une notion de valeurs sur lesquelles les ministres de l’Intérieur et de la Justice ne veulent pas céder. Ils ont érigé ces valeurs en postures politiques et morales, jusqu’à en faire des points de blocage.  J’ai échangé avec eux et je peux vous dire que le cannabis, ils ne veulent pas en entendre parler parce que ce n’est pas leur monde. Au fond, ils sont restés figés dans une certaine France très années 70, très manichéenne, la drogue c’est de la merde, c’est un truc de jeunes, de marginaux, il faut protéger les bonnes gens…   Mon intime conviction est qu’ils sont contre la légalisation pour des raisons personnelles plus encore que politiques. Pour eux, c’est la dernière digue à ne pas franchir, le dernier symbole d’une certaine morale, d’un monde un peu nostalgique où les dealers étaient encore invisibles…

L’argument sécuritaire est aussi mis en avant…
Si l’on va sur le terrain sécuritaire, il faut commencer par comprendre que la politique menée est une catastrophe. Nous parlons d’un million d’heures de police allouées à la lutte contre le cannabis, de drames humains et d’argent brulé pour aucun résultat. Quand on ferme un point de deal, il y en a dix autres qui s’ouvrent
dans les jours qui suivent. D’un point de vue sanitaire, c’est aussi une catastrophe puisque le consommateur se retrouve avec un produit de contrebande, donc souvent coupé ou frelaté. A cela il convient d’ajouter que la prohibition coûte 1 milliard d’euros à  l’Etat par an avec un tiers des prisonniers qui sont incarcérés pour des peines liées au cannabis.

Croyez-vous que le lobby Big Pharma, alcool et tabac pèse dans la balance?
Pour paraphraser Michel Rocard: « je suis plus certain de la connerie du monde que de sa capacité à comploter ». Donc non, je ne crois pas que le lobby en question ait une vraie influence sur la position du gouvernement. D’autre part, l’agro-alimentaire et l’industrie pharmaceutique anticipent depuis 2019 une éventuelle légalisation en Europe et s’apprêtent à toucher gros aussi en cas de fin de prohibition. Je ne pense vraiment pas que ce soit eux qui compromettent la légalisation et ne crois pas une seconde au complot.

Cette légalisation, comment la concevez-vous?
Ma proposition de loi est basée sur un principe de monopole d’Etat, à l’image par exemple de la SEITA ou de ce qui se fait au Québec avec la SQDC. Donner la gestion de la vente de cannabis à un  EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial NDLR ) dont le but n’est pas de faire croître le
marché me paraît essentiel. Certains partisans de la légalisation  voudraient un marché du cannabis complètement libre, ouvert à tous à l’image du maraîcher
qui va vendre ses pois-chiches. Je ne crois pas que ce soit une approche responsable en matière de santé publique. Au même titre que le tabac, l’alcool ou le sucre, le cannabis reste une drogue qui peut générer des addictions et des comportements à risque.  Il ne faut pas encourager sa consommation en tous cas si elle n’est pas responsable et maitrisée. Cela ne veut pas dire qu’une offre d’Etat serait non-compétitive et monotone : la SEITA nous a démontré le contraire.

Sondage IFOP-JDD: 54% des Français disent oui à la légalisation

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54% des Français sont favorables à la légalisation du cannabis, nous apprend un sondage IFOP pour le Journal du Dimanche. Pour la première fois, un grand quotidien national confirme en caractères gras ce que les Français souhaitent tout bas. Ce désaveu chiffré de la politique repressive menée depuis 1970 dans l’hexagone vient en écho de la Consultation Citoyenne sur le Cannabis Récréatif et aux voix d’élus qui veulent en finir avec la prohibition de l’herbe. A quand le référendum?

Dans son édition d’aujourd’hui dimanche 25 avril, le journal du Dimanche nous fait part d’un chiffre sans équivoque: 54% des Français seraient pour une légalisation contrôlée du cannabis récréatif. Par légalisation contrôlée, entendre une vente et distribution du cannabis faites dans les mêmes conditions que l’alcool ou le tabac. Soit un produit contrôlé, validé par les autorités sanitaires et interdit de vente au mineurs.
Si le résultat du sondage ne surprend que peu au regard de l’évolution du sujet cannabis dans nos société,  alors que de plus en plus de pays ont dépénalisé*, légalisé** ou s’apprêtent à le faire***, il confirme la volonté des français d’en finir avec une politique repressive d’un autre siècle.

Quand le gouvernement joue au gaulois réfractaire

Cette volonté de changer de politique,  les Français l’avaient par ailleurs exprimé il y a deux mois lors de la consultation citoyenne sur le cannabis récréatif. A ce souhait d’ouverture, le gouvernement a répondu par un durcissement des contrôles pour possessions de cannabis: depuis le mois de mars, quelque 21 000 amendes délictuelles à 200 euros ont été infligés aux fumeurs d’herbe.
Contre cette ligne dure aux airs de gaulois réfractaire sur laquelle campe l’exécutif, plusieurs voix d’élus s’élèvent tant il y a urgence d’aller de l’avant.
Aller de l’avant pour ne pas se faire couper sous l’Herbe sous le pied et priver le pays d’une manne économique considérable, sur laquelle d’autres membre de la Communauté Européenne ont déjà commencé de miser. Pour rappel, la France dispose de toutes les structures agricoles ainsi que d’un climat idéale pour redevenir le leader de la production de chanvre qu’elle était historiquement. Aller de l’avant aussi pour ne pas ajouter une crise sanitaire à une autre, tant il y a urgence aussi  de trouver des solution aux ravages du cannabis chez les jeunes et très jeunes, conséquence directe de la prohibition et du marché noir.

En marche vers les élections

Du maire LR de Reims Arnaud Robinet au député LEF des bouches du Rhône François-Michel Lambert en passant par la sénateur LR Robin Réda ou la députée LREM Caroline Janvier, (qui vient d’exprimer sa volonté d’en finir avec l’interdit cannabique dans les colonnes du mensuel Technikart), ce sont des représentants de tous horizons politiques qui demandent, si ce n’est la légalisation, au moins un vrai débat sur la question et/ou un référendum.Vert voeu pieux ou enfumage politique? Toujours est-il que le Président Macron annonçait dimanche dernier dans les colonnes du Figaro « souhaite(r) un grand débat sur les drogues« .
L’avenir nous dira rapidement s’il s’agit d’une véritable ouverture ou si l’Elysée fait (encore?) marcher les Français.

*35 pays ont dépénalisé l’usage du Cannabis. Parmi eux: l’Espagne, le Portugal, la Suisse, Le Luxembourg, la République Tchèque, la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark, la Croatie, l’Autriche, la Lituanie, la Lettonie, l’Italie, la Grèce, la Bulgarie, la Belgique, le Mexique, le Brésil ou l’Argentine.
** L’Uruguay, L’Afrique du Sud, Le Canada et 15 états Américains (16 avec Washington DC) ont légalisé l’usage du cannabis récréatif
*** La Suisse, Le Luxembourg, le Mexique, l’Australie et le Maroc devraient rejoindre les pays libérés avant la fin de l’année.

Tribune: La Morning Routine du Révolutionnaire

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Le révolutionnaire a lui aussi sa morning routine, ses petites habitudes reconnaissables qui le rendent humain et accessible. S’il ne commence pas sa journée en sirotant un champagne gourmant (une coupe de Blanc de Blanc et deux traits de blanche neige) il doit bien trouver quelque part l’énergie d’éclater le régime établi. À la fois simple et essentiel, il est finalement le rejeton de son siècle, ce John le Conquérant…

Réveil 8h30. On ne saurait se lever avant Lord Soleil. Assis au bord de son lit, le révolutionnaire se gratte les yeux en pensant à tout le mal qu’on lui fait. Oh Marie, si tu savais… Après un café bien mérité et une claque sur les fesses de l’oreiller, il se dirige, princier, vers la douche qui lavera ses péchés d’hier et lui fera le poil luisant. Parce que nous ne sommes pas tous des sauvages, n’en déplaise à Robespierre. Alors assis sous le flot incessant de l’eau chaude et souffrant la volupté rythmée et discrète d’un gel douche Bio sans savon au Ph neutre, il refait son monde.

 Il soigne ses longs cheveux, apanage indispensable de tout révolté, avec l’attention et la tendresse d’un homme pour ses chien. En l’occurence deux golden retriver qu’il siffle en aboyant leurs noms: Karl et Max. Véritable Samson des temps modernes, il ne sort pas de chez lui sans avoir peaufiné sa crinière. Cette toison, signe extérieur de richesse capillaire a  toujours été pour lui symbole de liberté. Voire d’insolence, comme une petite pique en bouclette à ces normes irritantes. Un petit pas pileux  pour la cause contestataire,  un grand pas pour celle du hair conditionner.

Une fois sorti de la douche, il observe dans le miroir le reflet de l’homme révolté. Pas mal pour un mardi… On se brosse les dents, on vogue un peu sur les réseaux assis sur un trône de fortune en récitant sa prière matinale « café, clope c… » avant de se tartiner de crème au CBD. A défaut de balancer sur les porcs, on s’hydrate les siens, de pores.

Tout beau, tout propre, il ouvre la fenêtre et déguste son deuxième café. Il ne faudrait pas manquer de caféine tant la semaine s’annonce sportive (il paraît que Macron va reconfiner) … Il allume la radio, histoire de se tendre les nerfs, juste le temps d’écouter les spécialistes lui démontrer par A+B qu’il n’est pas essentiel et qu’il ferait mieux de rester chez lui à regarder BFMTV, une main droite dans le froc et la gauche sur la télécommande. N’est pas un héros moderne et révolutionnaire qui veut. Il leur remplirait bien le bide d’essence frelatée,  à ces spécialistes cathodisées… mais chaque chose en son temps: d’abord un petit pet’ de CBD.

Nul besoin visiblement d’être un trou du cul pour sortir de la merde: encore une annonce débile du gouvernement en boucle à la télé. J’en connais un qui va pouvoir se tailler sa réélection en pointe. Allez, c’est l’heure d’aller gueuler, ceux qui vont sourire vous saluent.
Toutes mes plus sincères.
Signé de ceux que l’on entend jamais mais qui ont tout perdu.

Mexique : Bientôt la légalisation ?

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Des législateurs mexicains vont être appelés avant la fin 2020 afin de dépénaliser le cannabis. 

Un groupe de militants opiniâtres qui prône la légalisation de l’herbe s’est installé depuis février sous les fenêtres du Sénat à Mexico, donnant quelques couleurs à ce lieu austère.

Pour mieux convaincre les occupants du bâtiment, ils en ont planté près de l’une des entrées. La pluie et la chaleur aidant, les pousses atteignent 2 m de haut.

«Nous revendiquons d’abord nos droits en tant que consommateurs responsables, avant de penser aux intérêts du marché», explique à l’AFP Enrique Espinoza, 30 ans, membre du Mouvement Cannabique Mexicain.

Une vingtaine de jeunes veillent sur les plants tout en s’adonnant à la cuisine et à la fabrique de produits à base de chanvre, en musique.

La règle en vigueur ici est de ne pas toucher aux plantes pour les fumer. Elles se veulent un symbole de la lutte pour la dépénalisation. Chacun apporte donc ses joints.

Non à l’extorsion

Au Mexique, la consommation de marijuana à des fins récréatives est autorisée depuis 2015, mais pas sa vente.

En outre, chaque personne n’a le droit d’en posséder sur elle que cinq grammes, ce qui n’est pas toujours commode à vérifier lors d’une inspection de police.

«Nous en avons assez de l’extorsion des policiers qui nous imposent des amendes pour nous laisser passer», tempête Enrique Espinoza.

Les tentatives afin d’augmenter la dose minimale de cinq grammes ont jusque-là échoué au Congrès, mais la justice a fixé au 15 décembre la limite pour légiférer.

Entre-temps, la plante a d’ores et déjà été retirée de la liste des «médicaments absolument interdits», en permettant ainsi la consommation à des fins thérapeutiques.

Nicolas Guerra, 23 ans, coursier, défend avec ardeur les propriétés médicinales du cannabis. Il en fume depuis quatre ans pour surmonter une névrose.

«La marijuana et les arts martiaux m’ont aidé à diminuer ma névrose. C’est mon médicament et c’est la raison pour laquelle je suis favorable à sa légalisation», raconte-t-il.

Depuis l’installation de la plantation, une douzaine de sénateurs se sont déjà présentés pour s’adresser aux militants.

«On leur a dit de ne pas se comporter comme des moutons», lance Enrique Espinoza.

Un remède contre la violence?

Pour la cinquantaine d’organisations qui militent pour la libre consommation de cannabis au Mexique, la loi à adopter devra autoriser la «possession simple et suffisante» d’herbe, que les usagers ne soient pas répertoriés, que la consommation soit libre dans des espaces adéquats et que l’exploitation de la plante toute entière soit accessible.

Si elle est adoptée, le Mexique ira dans le sillage de l’Uruguay, qui a adopté en 2013 une loi autorisant la vente en pharmacie de marijuana provenant de plantations privées sous contrôle de l’État, en plus des cultures domestiques et coopératives.

Les autorités uruguayennes souhaitaient rogner sur le marché des trafiquants, un objectif qui a été atteint puisque la consommation de marijuana fabriquée illégalement a été divisée par cinq entre 2014 et 2018, selon les chiffres officiels.

Le Mexique, où la marijuana est la drogue la plus couramment saisie avec 185 tonnes cette année, souffre de la violence liée au trafic, qui est stimulé par sa proximité avec les États-Unis, principal consommateur de stupéfiants.

Depuis 2006, lorsque le gouvernement mexicain a militarisé la lutte contre les cartels, 296 000 meurtres ont été enregistrés.

Le président de gauche Andres Manuel Lopez Obrador, qui attribue la plupart des meurtres au crime organisé, a déclaré à plusieurs reprises son intention de légaliser certaines drogues dans le cadre de sa politique sécuritaire.

En attendant que les législateurs mexicains se prononcent, Céleste, 27 ans, livreuse de profession, estime que le «jardin» de cannabis au pied du Sénat est un «bastion» de liberté.

«Pourquoi devrions-nous nous cacher?», dit-elle, le visage noyé dans ses volutes de fumée.

 

Zeweed avec AFP