Média

Couleur 3 : la Radio qui fait planer les Suisses

Depuis 1982, RTS Couleur 3 secoue la Suisse romande avec ses playlists folles et son humour corrosif. Pirate dans l’âme, la radio publique s’est fait un nom en mêlant expérimentation et impertinence. Plus de quarante ans plus tard, elle reste un squat sonore unique en son genre.

Par Jaïs Elalouf

 

Radio publique mais pas plan-plan, Couleur 3 débarque le 24 février 1982 avec l’envie assumée de secouer la Suisse romande. On l’entend dès midi ce jour-là : la station n’a pas l’intention de servir des tubes fades au kilomètre, mais plutôt d’expérimenter, de rire de son propre statut de radio « officielle » et de draguer une jeunesse qui commence sérieusement à s’ennuyer. Les prototypes Égal 3 et Liste noire avaient déjà donné le ton, entre nocturnes expérimentales et playlists étranges qui semblaient sorties d’un laboratoire.

Puis tout s’installe à Lausanne sous la direction de François Benedetti, avant que la maison n’entre vraiment dans le xxie siècle : un site Internet lancé en 1994, la fusion RSR/TSR en 2010 qui accouche de la RTS et, bientôt, le 31 décembre 2024, la fin de la FM. Les vieilles Clio perdront leurs grésillements mais la radio, elle, restera, diffusée en DAB+ et en streaming, fluide comme un joint roulé à la chaîne et partagé dans la cour du lycée. Une station publique, oui, mais qui s’est toujours comportée comme une pirate, avec le sourire en coin de ceux qui savent qu’ils trichent un peu avec les règles.

Des « Nuits Q » à « La Planète bleue »

Écouter Couleur 3, c’est feuilleter un album de famille un peu halluciné, où chaque émission a laissé une trace sonore singulière. L’émission « Les Nuits Q », entre 1987 et 1992, mélangeait érotisme et absurde, terrifiant les parents mais passionnant les ados planqués sous la couette avec le volume au minimum. « La Planète bleue » d’Yves Blanc, de 1995 à 2017, faisait voyager de Björk à Massive Attack, dans un parfum d’utopie techno-écologique qui donnait l’impression de capter la radio d’une autre planète. « Point Barre », de 2005 à 2022, fut la première émission publique à parler de jeux vidéo et d’Internet sans se prendre au sérieux, anticipant ce que la culture geek allait devenir. « Worldwide », entre 1998 et 2001, offrait une déclinaison romande du monde de Gilles Peterson avec The Roots, Erykah Badu ou Laurent Garnier, et chaque invité y déposait sa trace sonore, un mix improbable ou une dédicace en direct.

Vincent Veillon et Vincent Kucholl lors de la diffusion d’une chronique de “120 secondes” le mercredi 8 février 2012 au salon de Couleur 3 à Lausanne. Photo prise à la demande du Mudac de Lausanne pour les 30 ans de Couleur 3.

Ajoutons le JT parodique de Noël Tortajada, le « Rockspotting » qui ouvrit la porte à Nirvana et aux Queens of the Stone Age, le petit bijou humoristique « 120 Secondes » devenu culte, et enfin « Métissages » qui, depuis la fin des années 1980 jusqu’à 2025, aura fait danser Lausanne comme un Detroit bis, accueillant Laurent Garnier, Carl Craig, De La Soul ou Roni Size. On n’écoutait pas seulement de la musique : on assistait à un cirque radiophonique entre provocation et découvertes ; un joyeux foutoir assumé, où l’imprévisible tenait lieu de ligne éditoriale.

Plus de 30 émissions

Aujourd’hui, la maison n’a pas ralenti le rythme et propose plus de 30 émissions qui brassent musique, humour, culture et actualité, comme si la station voulait montrer qu’elle a encore de l’énergie à revendre. On y embarque pour trois heures de voyage intercontinental avec « Brooklyn-Maputo » ; on retrouve « Métissages », toujours fidèle aux bonnes vibrations ; on rit de l’actualité vue de travers avec « Les bras cassés » ; et on regarde le football comme un sport extraterrestre dans « Footaises ». Les jeunes DJs, comme Nayuno ou Face B, y trouvent un terrain d’expression, tandis que « Tournée générale » offre même la possibilité aux amateurs de diffuser leurs mixtapes à l’antenne.

« Écouter Couleur 3, c’est feuilleter un album de famille un peu halluciné, où chaque émission a laissé une trace sonore singulière. »

La radio se pose ainsi en tremplin quotidien, soutenant talents locaux et internationaux, et offrant une scène ouverte à ceux qui ont envie de s’y risquer. Couleur 3 fait éclore de nouveaux humoristes, cultive une identité sonore qui ne ressemble à rien d’autre et refuse obstinément de se normaliser. Derrière l’image d’une station « pour les grands enfants », comme le dit son attaché de presse Marco Ferrara, se cache un état d’esprit constant : émotion, audace et surtout, un ton qui ne respecte jamais vraiment les codes, même lorsqu’elle joue la carte institutionnelle.

Carton chez les 30-49 ans

Cet esprit s’est aussi nourri de psyché, de psychotropes et d’un petit goût pour le chanvre – clin d’œil appuyé à une culture alternative qui colle à son identité. « Spectrum » n’hésitait pas à disséquer LSD et MDMA avec pédagogie, « La Planète bleue » mélangeait science-fiction et psychédélisme comme un chillum en plein festival, et les playlists de chaque 20 avril faisaient toujours un clin d’œil pour les amateurs de 4/20. On se souvient de Bernie Constantin, rocker valaisan, clamant son amour pour la plante dans « Les Jeudis de Bernie » ou des moments où un simple morceau de Cypress Hill suffisait à dire ce qu’il fallait. Radio publique, certes, mais libre d’allumer Bob Marley en prime time sans s’excuser.

Tristan Lucas en 2024 au Couleur 3 Comedy Club

Une audace qui, avec l’absence totale de publicité, privilège rare d’une SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) financée par la redevance a permis à Couleur 3 de rester unique. Podcasts natifs dès 2018, Comedy Club maison, happenings absurdes, clips vidéo Web : la station s’est réinventée en permanence, servant de tremplin à toute une génération d’artistes et d’humoristes romands. Aujourd’hui, sa part de marché oscille entre 5 et 6 %, avec un joli 10,2 % chez les 30-49 ans – preuve que son ton continue de séduire. Quarante ans après, le squat sonore continue d’émettre, de provoquer et de faire sourire : un esprit givré toujours vivace, qui refuse de rentrer dans le rang.

Cette interview est issue du Zeweed magazine #10. Pour le trouver près de chez vous, cliquez sur ce lien
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Comment Josh  Kesselman veut faire renaître de ses cendre High Times

Josh Kesselman, patron emblématique de RAW Rolling Papers, s’est offert le 17 juin le mythique magazine High Times pour 3,5 millions de dollars. Entre héritage enfumé et reboot digital, retour sur la résurrection inattendue d’une icône underground.

Après l’effondrement de Hightimes Holding Corp., contraint à moitié en faillite , High Times vit ses dernières heures en ligne en juin 2024 et stoppe sa version papier en septembre de la même année. Un fantôme de la contre-culture, flottant encore dans l’écosystème du cannabis commercial. L’arrivée de Kesselman, actée le 17 juin 2025, ramène le titre sur le devant de la scène : un montant de 3,5 M$ pour l’ensemble des actifs (magazine, site, Cannabis Cups). Et comme dans tout bon scénario de renaissance, il prévoit déjà d’injecter 1,85 M$ de plus pour relancer les plates‑formes digitales, imprimer des éditions collectors et numériser tous les numéros, devenus collectors sprituels.

La stratégie est pensée dans les règles du contre‑jeux culturel :

  • Print : pas un retour en masse, mais des numéros collectors, dans la veine underground, signés RAW. Une formule limitée, calibrée pour cultiver l’objet culte, pas la consommation de masse 

  • Web et podcasts : le digital devient un hub, hébergeant experts, témoignages, influenceurs – l’idée ? Faire vivre High Times 2.0 comme un média cross‑générationnel.

  • Cannabis Cup : la licence la plus emblématique revient, mais change la donne – à nouveau jugée par des tiers, sans “pay-to-play” ni corruption, et programmée pour début 2026.

Il s’agit de réhabiliter la parole authentique, et de replacer le magazine comme une référence de la communauté des amateurs de cannabis et les psychédéliques, non comme un brand, une marque creuse, là où avait péché la précédente formule.

Kesselman & Stang, Cheech & Chong de la presse indé’

Josh Kesselman, qui rêvait à 18 ans devant les pages de High Times, raconte que “l’adolescent stoner serait en complete disbelieve” – un type sincère dans ses émotions, presque émouvant, qui dit avoir “rappellé à la communauté ce qu’elle a fait pour moi”  Son parcours, de RAW à cette acquisition, n’a rien d’anodin : une trajectoire de militant‑entrepreneur, habité par le fun comme par l’authenticité.

Matt Stang, lui, est davantage symbole de rédemption : ancien propriétaire mis en cause, il revient pour redonner du sens. Ensemble, ils ont un objectif : faire de High Times “un phare pour la culture, une référence sur le cannabis et les psychédéliques .

Une affaire qui roule sur trois axes 

  • Crédibilité vs business : le risque de retomber dans les travers d’avant 2017 est réel – High Times avait été avalé par une machine financière (IPO, acquisitions groupées, scandales). Kesselman veut briser ce cycle : “brûler l’ancien High Times pour reconstruire l’âme

  • Audience cross‑générationnelle : renouer avec les fans historiques tout en captivant les Millennials et Gen Z. Les formats collectors, le digital moderne, les podcasts, les partenariats licencés et merchent RAW/HT offrent un mix intéressant.

  • Engagement communautaire : réintégrer la culture du cannabis comme espace de partage, contre le greenwashing corporatif, le tout ancré dans une narration

Contre culture smart

L’opération High Times de Kesselman s’inscrit dans un contexte clair : alors que les ventes de cannabis US frôlent les 33 Mds$ en 2025, la culture cherche à rester vivante face à la commercialisation massive. La marque renaissante doit donc être rebelle mais raisonnable, entre manifeste et média, entre activism et marketing.

Aux commandes, Kesselman incarne la tension entre hédonisme authentique et projecteur business. Il n’agit pas en simple investisseur, mais en curateur culturel, prêt à redonner ses lettres de noblesse à une revue qui a longtemps guidé l’underground. L’objectif : “cut through the controversy of inaccurate information” et rétablir la voix d’authenticité de High Times

Brand New Times

Ce pari n’est pas neutre. Imaginer une renaissance crédible de High Times, c’est dessiner une frontière entre la contre-culture militante et la culture mainstream. Kesselman sait que chaque page imprimée, chaque Cup jugée, chaque podcast publié doit être fidèle à l’esprit d’un magazine qui a bercé les révolutions underground depuis 1974.

Kesselman offre à la légende un nouveau corps – un corps à la fois collector et connecté, nostalgique mais digital. Et ce retour, s’il tient ses promesses, pourrait bien réinscrire High Times non seulement dans l’histoire, mais dans l’avenir d’une culture cannabis en effervescence.

Spécial Cannes : Philippe Vandel, serial joker de la Croisette

Journaliste multimédias, doucement monomaniaque du pourquoi, Philippe Vandel est au Festival de Cannes ce que Gainsbourg était aux Gitanes : un grand habitué. Pour ZEWEED, il revient sur un stupéfiant fait d’arme de l’équipe de Nulle Part Ailleurs, dans lequel il est question  de shit , de latex et de Chirac. 

Si Philippe Vandel devait être une ponctuation, ce serait indiscutablement un point d’interrogation. Depuis plus de 3 décennies, l’ éternel jeune homme aux 61 printemps décline  avec impertinence l’art du « pourquoi » sur tous les supports.
En 1990,  il conçoit et présente pour Canal + «  paradoxes »,   avant de proposer en 92, toujours sur Nulle Part Ailleurs (NPA) « le monde de l’absurde ». Soit deux segments composés de séquences micro-trottoir durant lesquelles Vandel demande aux passants, avec une désarmante candeur,  de répondre à des questions où l’absurde le dispute au contre-sens. 
Sur Nova, où il a fait ses débuts en 84 en tant qu’ingénieur du son, il propose en 93 la première chronique quotidienne des « pourquoi ? », avec une angle mi-informatif mi-goguenard et de grandes questions comme « pourquoi les cygnes ne s’envolent jamais des bassins ? » « pourquoi les enfants demande toujours pourquoi ? »
ZEWEED n’a pas pu résister à la tentation de renverser les rôles l’espace d’une interview afin d’obtenir une réponse à la cruciale question: « Pourquoi NPA a mis du shit dans la tête de Chirac ? »

ZEWEED: J’ai lu qu’une année, alors que l’équipe de Nulle Part Ailleurs (NPA) descendait à Cannes pour le festival, les enthousiastes de la fumette avaient planqué du hash dans la tête en latex de la marionnette de Chirac. C’est vrai? Qui a eu cette stupéfiante idée ? 
Philippe Vandel : Oui, c’est vrai, mais qui précisément… aucune idée. Ce que je sais, c’est que ceux qui fumaient du shit à NPA, et dont je ne faisais pas partie (je ne fume même pas de clopes), s’étaient rendus compte qu’il était compliqué de s’en procurer sur place. Ils se sont donc tous cotisés pour acheter, de mémoire, 1.5kg de shit et ont décidé de planquer la grosse boulette dans la tête en latex de la marionnette de Chirac, qui était transportée avec le reste du matériel dans des semi-remorque. 

ZW : Pourquoi la tête de Chirac? 
PV : C’est là que leur idée était géniale : si par manque de bol ils se faisaient arrêter par la douane volante, ils avaient anticipé ce qu’aurait titré Le Parisien « Un kilo et demi de shit retrouvée dans la tête à Chirac ». 
Et c’est bien « dans la tête à Chirac » et non « dans la tête de Chirac »!  Je m’en souviens mot pour mot. En l’occurrence, il y avait plusieurs têtes en latex du Président, mais une seule a été garnie. 

ZW : Quelle année le fret de cannabis présidentiel ?  
PV : Je ne suis pas certain de l’année précise, mais c’était en tous cas lorsque Chirac était Président, et c’est en 1998 que nous sommes descendus pour la dernière fois à Cannes. Donc en 95, 96, 97 ou 98. 

ZW : 1,5 kg de shit dans la tête du président : un cerveau pèse le même poids. L’équipe avait poussé la blague à escient ou c’était juste leur conso habituelle pour deux semaines ? 
PV : Non, je ne pense vraiment pas que c’était calculé. Mais comme je n’étais pas dans la boucle des fumeurs, je ne peux pas te dire. Il faudrait demander aux intéressés… et ne compte pas sur moi pour balancer des noms. Je n’ai pas tous les détails. Ce que je peux te dire, c’est que ce sont les techniciens, pas les auteurs, qui avaient monté l’opération. Pour info, les auteurs, ils étaient trois : ça aurait fait 500 grammes chacun : pour deux semaines, c’est surhumain ! Et va écrire des textes drôles après ça… Bref : c’est des gens de NPA qui s’étaient groupés, plus la technique, soit une grosse centaine. Evidemment, il était hors de question de faire passer ça par avion. 
Autre anecdote cannoise : on prenait deux avions séparés au cas où il y en ait un qui s’écroule. Par exemple, de Greef et Lescure (Alain de Greef, directeur des programmes de CANAL + et Pierre Lescure, PDG du groupe CANAL + à partir de 1994 NDLR) prenaient deux vols distincts. Idem pour Philippe Gildas et Antoine de Caunes. Toutes les équipes étaient coupées en deux, avec un système très démocratique d’ailleurs : ceux qui partaient de Paris avec le premier vol du matin avaient le droit de revenir plus tard. On t’obligeait une seule fois à te lever tôt. 

ZW : Cet esprit transgressif, décalé, il est né en conférences de rédaction ou lors des soirées qui les précédaient ? 
PV : Il n’y avait pas de conf’ de rédac au sens propre. Chaque entité était autonome : les Guignols faisaient les Guignols dans leur coin, moi je faisais mon truc dans mon coin, de Caunes faisait son truc dans son coin avec ses auteurs, et la bande à Moustic (Jules-Edouard Moustic, créateur historique de Groland, NDLR) était elle aussi totalement autonome. Mais quand Moustic faisait « Le 20h20 », avec ce slogan génial : «Du vin, du hash, et du vin », je pense que c’était avec du vin et du hash, pour de vrai. 

ZW : Ah oui, Gonzo! 
PV : Ce que nous demandait de Greef, c’était d’être à l’antenne comme on était hors antenne, que l’on se sente les plus libres possibles. Alors oui, c’était sulfureux, oui, on cassait les codes. Mais il faut reconnaitre qu’il était beaucoup plus facile de casser les codes à l’époque qu’aujourd’hui puisque les codes étaient très rigoureux. Par exemple NPA, c’est la 1ère émission où on a tutoyé les gens à l’antenne. Et une fois que tu as tutoyé les gens, ceux qui viennent ensuite ne peuvent pas faire plus.
NPA a aussi été la première grande émission à mélanger la grande info avec la petite info. C’est Philippe Gildas qui avait eu cette intuition quand il était encore à Europe 1. Philippe disait : “Quand les gens sont au café, ils parlent aussi bien de la décision d’un ministre que de la nouvelle Renault. Eh bien nous, on va tout mettre dans le même programme ». Parce qu’avant l’arrivée de NPA, tu avais une émission politique, une pour la bagnole, une pour la promo du dernier Bashung, une émission pour le sport et encore une autre pour rigoler. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Ardisson avec « Tout le monde en parle », en invitant à la même table un curé, une strip-teaseuse et un académicien. 

 

Les médias de Rupert Murdoch ne seront plus climatosceptiques

Contempteurs des rapports du Giec et des politiques climatiques, les médias de Rupert Murdoch ont suivi la ligne éditoriale définie par leur patron. Ils vont désormais prôner l’exact contraire. Voici pourquoi.

C’est l’un des plus influents groupes de presse de la planète. Né en Australie, News Corp., aujourd’hui américain, détient pléthore de journaux et de chaînes de télévision dans le monde entier. Certains sont très écoutés : Wall Street Journal, The Times, The Sun, Dow Jones, Fox News.

Complot socialiste

Ces réseaux de radios, de télévision, ces journaux globaux avaient une ligne directrice : douter de la réalité du changement climatique. Dans les colonnes de The Australian les lecteurs pouvaient souvent lire que le changement climatique était un vaste bluff, voire un « complot socialiste ». Les éditorialistes du Wall Street Journal, à l’instar d’Holman Jenkins, ont, des années durant, nié l’origine anthropique du réchauffement en cours. Le climatologue US Michael Mann (l’inventeur de la crosse de hockey) estime que la chaîne d’information en continu Fox News est « la plus grande entreprise de désinformation sur le climat vue depuis deux décennies. »

Ce temps est désormais révolu. A partir du 17 octobre, soit deux semaines avant l’ouverture du sommet annuel mondial sur le climat (la COP 26), de nombreux media de News Corp mèneront campagne en faveur de la … neutralité carbone. Une programmation coordonnée par Joe Hildebrand, une star de la télé australienne.

Annonceurs et tensions familiales

Les raisons de ce revirement ne sont pas connues. Officiellement. Toutefois, les critiques du climato-scepticisme de News Corp. pleuvent comme jamais sur le groupe. Ce qui commence à déplaire à ses annonceurs. Un bon argument.

Ce virage sur l’aile pourrait aussi avoir des origines familiales. Le groupe News Corp. est la propriété de Rupert Murdoch et de sa famille. Au début de 2020, James Murdoch a publiquement critiqué le traitement par les journaux du groupe des méga feux ayant dévasté l’Australie les mois précédents : 18 millions d’hectares détruits, plus de 5000 bâtiments brûlés et 34 victimes.

Niant la réalité scientifique, la presse Murdoch n’a jamais admis que les vagues de chaleur imputable au global warming puissent avoir la moindre incidence sur de tels incendies. A longueur de colonnes et de tweets, les media News Corp. faisaient la chasse à d’imaginaires cohortes d’incendiaires.