Basketball

Brittney Griner, ailier de fortune de Vladimir Poutine

Condamnée à neuf ans de prison en Russie pour « possession de stupéfiant », Brittney Griner a retrouvé la liberté en échange de celle du marchand d’armes Viktor Bout. Retour sur un dribble diplomatique digne d’un scénario hollywoodien.

Du haut de ses 2,06 mètres, Brittney Griner est une star incontestée de la WNBA. Tout commence au lycée, où elle est reconnue comme « nation’s number 1 player ». En 2009, elle rejoint les Lady Bears, l’équipe de l’université Baylor, au Texas. Rare joueuse à avoir marqué un « dunk » au cours de matchs universitaires, Brittney Grinner devient la première de son école à réaliser un triple-double : une performance qui combine plusieurs statistiques comme les contres, les points et les passes décisives.

Avenir tracé

Alors qu’elle enchaîine les victoires, le basketteur LeBron James loue ses talents : « Ce n’est pas comme si elle attrapait la balle et marquait ou dunkait à chaque action. Elle réussit des turnaround jumpers, des drop-steps, tirs en suspension, a un bon fadeaway jumper et, en plus, elle dunke. C’est une grande joueuse. »
La légende LeBron a vu juste ! En 2014, Brittney remporte haut la main, avec l’équipe nationale américaine, le championnat du monde, organisé en Turquie. Succès renouvelé quatre ans plus tard, lors du Mmondial 2018. En 2021, Brittney Griner confirme son statut de superstar du basket féminin, lors des en remportant la médaille d’or lors des Jeux Oolympiques de Tokyo.

Choc de cultures

Afro-américaine, épouse de Cherelle Watson, militante LGBT et consommatrice de cannabis, Brittney Griner criystallise tout ce que Vladimir Poutine conspue. Et même si ce dernier ne s’est jamais exprimé à son sujet, les propos de Donald Trump au sujet de l’athlète laissent deviner les contours de la pensée du dictateur rRusse.
L’ancien locataire de la Maison-Blanche avait frontalement attaqué la sportive, estimant qu’elle « détestait ouvertement notre [son] pays ». Il fait ici allusion à la présence de Griner lors des manifestations Black Lives Matter, au cours desquelles elle appelait à ne plus diffuser l’hymne national américain avant les matchs auxquels son équipe participait.

Panier pénitentiaire

Le 17 février 2022, à l’aube de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Brittney Griner, star des Phoenix Mercury, profite de l’intersaison pour jouer avec l’UMMC ILekaterinbourg. À peine arrivée à l’aéroport de Moscou-Cheremetievo, un chien policier fond sur elle. Dans un communiqué, le service fédéral des douanes russes indique que le contrôle de son bagage confirme « la présence de vapoteuses (et) d’un liquide présentant une odeur particulière » 
En l’occurrence, du cannabis. Bien que la cartouche lui ait été prescrite par un médecin, en Arizona, sa possession et sa consommation sont totalement prohibées en Russie.
Sans autre forme de procès, la sportive est incarcérée et encourt jusqu’à 10 dix ans de prison dans une colonie pénitentiaire. Alors qu’elle devient un formidable outil de pression contre Joe Biden, l’affaire est tue au regard de « l’opération spéciale » que le maître du Kremlin prépare. Il faudra attendre le 5 mars pour que son arrestation soit rendue publique, dans un silence quasi total.

Deux jours plus tard, son équipe des Phoenix Mercury annoncera laconiquement « suivre de très près la situation de Brittney Griner en Russie », pendant que son épouse, Cherelle, demande « le respect de leur vie privée » et travaille « à faire rentrer [s]a femme en toute sécurité́ ». L’administration Biden, les yeux braqués sur la frontière rRusso-uUkrainienne, ne semble pas s’émouvoir de la gravité de la situation. La Maison-Blanche se justifiera d’un « pour les Américains détenus, nous ne donnons généralement pas de détails car cela ne fait pas avancer les choses pour les ramener à la maison ».

Lettre morte et condamnation

Cinq mois s’écoulent durant lesquels l’inaction du gouvernement américain se heurte aux soutiens de personnalités, choquées par l’absence de réaction, à l’image du vétéran américain Trevor Reed, l’actrice Lisa Rinna ou encore l’humoriste Amy Schumer. De son côté, LeBron James vient à nouveau au secours de la jeune femme : « Comment peut-elle se sentir soutenue par les États-Unis ? Dans son cas, je me demanderais : “Est-ce que j’ai même envie de rentrer en Amérique ?” », tancera le quadruple champion de la NBA.
Le 4 juillet, à l’aube de son procès, elle interpelle Joe Biden dans une lettre publiée par la chaîne ESPN. « Je suis terrifiée à l’idée d’être ici pour toujours. Je me rends compte que vous faites face à tant de choses, mais s’il vous plaît, ne m’oubliez pas, ainsi que les autres détenus. S’il vous plaît, faites tout ce que vous pouvez pour nous ramener à la maison. » Seule réaction de l’intéressé : signer un décret permettant de sanctionner des étrangers impliqués dans la détention injuste de citoyens américains.

Au cours de son procès, Brittney plaide coupable en précisant n’avoir jamais voulu faire de contrebande. « Je n’ai pas eu l’idée, ni ne prévoyais d’introduire des substances interdites en Russie (…). […] J’ai commis une erreur de bonne foi et j’espère que le jugement ne mettra pas fin à ma vie ici. » Des arguments qui ne convaincront pas un tribunal télécommandé par Vladimir Poutine. Le 4 août, Griner est reconnue coupable de possession et de trafic de drogue et condamnée à neuf ans de détention dans une colonie pénitentiaire. Joe Biden, qui juge cette décision « inacceptable », demande « à la Russie de la libérer immédiatement afin qu’elle puisse retrouver sa femme, ses proches et ses coéquipières ».

L’atout de Poutine

Le Kremlin n’a aucune raison de se montrer conciliant alors que la communauté internationale dénonce et sanctionne la Russie pour son invasion de l’Ukraine. La sportive devient un providentiel moyen de pression.
Au lendemain de la cette condamnation, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, évoque la possibilité d’une transaction de prisonniers et déclare : « Nous sommes prêts à discuter de ce sujet, mais seulement dans le cadre du canal [diplomatique] qui a été convenu par les présidents Poutine et Biden. » Fin juillet, les Américains font une proposition qu’ils considèrent « sérieuse et conséquente » pour libérer la basketteuse, ainsi que Paul Whelan, un ex-Mmarine condamné à une peine de 16 seize ans pour « espionnage ». Vladimir Poutine serait prêt à accepter et a une idée bien précise du Russe qu’il aimerait voir libéré des geôoles américaines : le marchand d’armes Viktor Bout.

Lord of War

Un choix qui illustre le cynisme du président russe. Une femme noire, lesbienne, coupable d’avoir possédé quelques grammes de cannabis médical, en échange d’un des plus décriés trafiquants d’armes connu pour avoir fourni des pays en guerre et sous embargo. Il s’est notamment illustrée au Rwanda et au Liberia dans les années 1990. Une carrière peu envieuse qui insipirera le film Lord of War d’Andrew Niccol (2005) avec Nicolas Cage dans le rôle-titre. Viktor Bout a aussi fait affaire avec les Talibans et Al-Qaïda. Aussi surnommé « le marchand de mort », Viktor Boutil est arrêté le 6 mars 2008, en Thaïlande, par des agents de la Drug Enforcement Administration. Il est condamné en 2011, à 25 vingt-cinq ans de réclusion criminelle aux ÉEtats-Unis. De son côté, la Russie a toujours considéré illégale son extradition depuis Bangkok et réclamait qu’il soit remis aux autorités russes.

Victor Bout
Crédit : US Department of Justice
Viktor Bout lors de son extradition aux Etats-Unis en 2010

Libération en demi-teinte

Pendant que les négociations d’alcôve se poursuivent, Brittney Griner vit l’enfer. Après plusieurs mois dans une prison moscovite, elle est transférée dans le plus grand secret au sein une colonie pénitentiaire de Mordovie, au sud-est de la capitale.
Dans cles colonies pénitentiaires, les prisonniers sont entassés dans des baraquements insalubres, sans aucun accès aux soins. Un porte-parole du gouvernement démocrate s’insurge : « La Fédération de Russie n’a toujours pas fourni de notification officielle pour un tel déménagement d’une citoyenne américaine ; ce que nous contestons vivement. »

Moins d’un mois plus tard, la basketteuse est enfin libérée, en échange du marchand d’armes sur le tarmac de l’aéroport d’Abou Dhabi. Quelques heures plus tard, Joe Biden annonce : « Après des mois de détention injuste en Russie, dans des circonstances intolérables, Brittney sera bientôt de retour dans les bras de ses proches, et elle aurait dû être là depuis le début. » Aujourd’hui, Brittney Grinner joue de nouveau pour les Phoenix Mercury, alors que sa femme attend un enfant. Paul Whelan n’a pas eu cette chance : il continue de purger sa peine dans une colonie en Sibérie – la même que celle où Alexeï Navalny a perdu la vie, le 6 février 2024.

 

Crédit : Lorie Shaull

Brittney lors d’un match contre les Minnesota Lynx à Minneapolis en 2019.

Crédit : US Department of Justice

Viktor Bout lors de son extradition aux Etats-Unis en 2010

 

La NBA se met au vert

Après des années de prohibition, la NBA a annoncé pour la saison 2021 arrêter enfin les tests aléatoires liés au cannabis “pour éviter de mettre les sportifs en danger” suite à la pandémie.
Soit la fin d’une interdiction très hypocrite qui a été trop longtemps instrumentalisée par la célèbre fédération de Basketball.
Une évolution plus que bienvenue parmi les joueurs américains qui seraient, d’après le vétéran Californien Matt Barnes, 85 % à fumer

Ce changement de politique, bien que tardif, marque une évolution très positive, accompagnée par un mouvement global dans le monde du sport.
Suite à la controverse liée à la suspension de la sprinteuse américaine Sha’Carri Richardson (qui a été interdite de Jeux Olympiques, suite à la détection de THC dans son organisme), l’Agence mondiale antidopage a annoncé qu’elle considérait sérieusement retirer la ganja de sa liste des substances interdites.
Ils ont ainsi déclaré, dans un communiqué : « Après avoir reçu les demandes d’un certain nombre de parties prenantes, le comité exécutif a approuvé la décision du Groupe consultatif d’experts de la liste d’initier en 2022 un examen scientifique du statut du cannabis ».
Le docteur William Lowenstein, président de SOS Addictions a, par ailleurs, confirmé dans un entretien avec France info que le cannabis ne possède pas de vertus dopantes : « En termes de concentration et d’amélioration des réflexes, c’est loin d’être idéal et ça n’a pas d’apport sur la réactivité ni sur la masse musculaire. Le seul bénéfice, ça peut être en termes de relaxation, dans certaines disciplines comme le tir« .

Hypocrisie bien carrée et ballon rond

Cette interdiction était donc un comble pour les sportifs n’utilisant le Cannabis que pour ses immenses qualités thérapeutiques et pour gérer le stress des compétitions. Le Basket est un sport qui est très violent sur l’organisme, puisqu’il demande beaucoup d’efforts, qui peuvent être très dommageables sur les muscles et sur les articulations. Tout comme Bruce Lee à son époque ou les combattants de l’UFC plus récemment, c’est donc plutôt après les matchs que la fumette se fait, afin d’aider la récupération.

Une réalité confirmée par le journaliste Matt Sullivan dans son livre “Can’t Knock The Hustle”, dans lequel il évoque la vie somme toute très saine du MVP du moment, l’ailier des Nets Kevin Durant : “il fume encore plus de weed que vous pouvez l’imaginer. Une fois, j’étais chez lui à 1h du matin, et l’endroit tout entier empestait. Il n’a pas de petite amie. Il ne fait pas de folies en matière de vacances. En fait, il ne fait rien d’autre que jouer au basket [et fumer]. Genre, rien”.

La revue sportive Bleacher Report a d’ailleurs interviewé 4 vétérans (qui totalisent plus de 60 ans d’expérience), qui se réjouissent tous de cette évolution des mœurs. Ils témoignent avoir grandement bénéficié du Cannabis sur le plan physique et psychique, en dépit de la menace de suspension permanente.
Nous étions dans le seul sport qui était spécifiquement testé pour le Cannabis, le football et le baseball ils testent pour les stéroïdes. Il n’y a que dans le Basket qu’on nous testait 4 fois par an au hasard pour le Cannabis. Un sport rempli d’athlètes noirs.” dénonce Matt Barnes qui a joué dans toutes les équipes de Californie, un des premiers Etats américain à légaliser le Cannabis.