Flower Power

Flower Power Forever

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Alors que les arbres ont retrouvés leurs verts habits et que les bourgeons éclosent à chaque branche,  Zeweed fait honneur au plus naturel des mouvements : le Flower Power.

Tout comme “faire l’amour pas la guerre”, “Flower Power” est un des slogan utilisé par les hippies à la fin des années 60. La fleur devient alors le symbole de l’idéologie Peace and Love. L’expression est née durant le Summer of Love de 1967, grand rassemblement estival qui se tint à San Francisco durant lequel les participants avaient pour consigne de porter des fleurs dans les cheveux et d’en distribuer autour d’eux. Les baby-boomés aux pieds nus devinrent alors les « Flower Child », s’illustrant dans des coups d’éclat verdoyants comme offrir une rose blanche aux policiers pendant une manifestation ou glisser des chrysanthèmes dans les fusils des forces anti-émeutes.

La célèbre photo de Bernie Boston, prise à Washington lors de la marche pacifique sur le congrès (1968).

Sur la route du Flower Power

C’est paradoxalement sur le macadam et sous la plume de Jack Kerouac -un énervé pas peace du tout-  que le mouvement est né. Si l’auteur de “On the road”  est considéré comme le parrain du Flower Power, il est loin d’être un doux rêveur qui fume des joints en courant nu dans les champs. Kerouac boit trop, il est bagarreur, ses cheveux sont courts et gomminés.
Il n’en sera pas moins  le premier écrivain US à revendiquer la non-violence, la liberté de vivre librement une sexualité libérée et le droit de se péter joyeusement la tête. Avec Ginsberg, Burroughs et Corso, il sera parmi les premiers militants radicaux, pacifiques et politiquement très engagés. Le message anti-guerre, Kerouac et sa bande le fera passer en brulant en public leurs ordres de mobilisation pour le Vietnam, en appelant à la désobéissance civile, au rejet de la société de consommation et ces valeurs traditionalistes.

Les hippies prônent un nouvel art de vivre, entre autres basé sur les philosophies orientales et la liberté sous toutes ses formes : cheveux longs, vêtements indiens, nudité des corps, liberté de l’amour, usage massif de cannabis et d’hallucinogènes et surtout refus de toute forme d’aliénation aux codes de la société américaine bien pensante.
Bien qu’elle n’ait pas radicalement changé la société, la philosophie hippie et ses codes auront significativement marqué  la culture occidentale. Parmi les héritages légués par la génération Peace and Love: l’égalité des rapports hommes-femmes, le refus de discrimination des minorités, la liberté sexuelle et celle de décider de son corps (avec l’avortement ou le droit de mourrir comme on l’entend).

Cheveux longs, idéaux écourtés

Que ce soit  via le Pop Art, le  living theatre,  le cinéma, la musique ou la politique, Kerouacs et ses disciples ont laissé un héritage fondamental. Ce retour aux sources donnera par exemple un sérieux boost aux mouvements écologistes.
Mais le message a bu la tasse. Coulé par le cynisme des années 80 avant d’être ringardisé par le tout digital, le rêve Hippie a fait naufrage. Aujourd’hui, porter des fleurs dans des cheveux longs relègue en un clic à la case soixante-huitard attardé, arborer un costar fleuri ne fait plus rebelle, ça fait Laurent Voulzy. Dommage.

Retour de fleurs

Nous avons chassé le naturel? Il ne tient qu’à nous de le faire revenir au galop. Ne serait-ce que pour nous faire croire en la décroissance et peut-être sauver le globe. D’ailleurs, la contestation monte et la jeunesse qui nous interpelle. Cette contestation, il nous faut l’arroser pour la faire grandir. Courageusement qui plus est, trop attachés que nous sommes à notre existence d’urbains mariés et cocus de la grande consommation. Pas facile de prôner l’ascétisme sous le Soleil quand on est scotché à Tinder. Pas facile, mais vital.
On the road again?

 

Quand l’art psychédélique s’affichait

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Sans jamais se prendre aux sérieux mais en opposition constante avec la société de consommation, ils ont profondément influencé le Pop Art américain dès 1966. Place aux créations délirantes et furieuses des « Big 5 », un groupe de dessinateurs hallucinés qui établira la charte graphique du mouvement hippie de Haight-Ashbury.

Pour certains, les années hippies évoquent les pattes d’éph’, les chemises à fleurs ou Woodstock. Pour d’autres, elles incarnent une des contestations sociales et politiques majeures du XXe siècle, la libération sexuelle en prime. Mais peu se souviennent que le San Francisco des années soixante, berceau de la culture hippie, a également été le terrain d’expériences graphiques d’une originalité inégalée et un des jalons les plus notables de l’art Pop Américain.

Le LSD n’y est pas pour rien. Car sans cette substance synthétique hallucinogène, le mouvement psychédélique (du grec psyché âme et dêlos visible) n’aurait sans doute pas vu le jour. Pas plus que ces groupes de rock qui essaiment à l’époque sur la côte ouest des Etats-Unis, véritables porte-parole et principal moyen de revendication de la communauté hippie.

Frisco, freaks & LSD

À San Francisco, ils se produisent dans deux salles incontournables : le Fillmore et l’Avalon Ballroom. De grands-messes psychédéliques y sont célébrées plusieurs fois par semaine, associant musique rock déjantée, consommation effrénée de substances, et lights shows décuplant les effets de celui-ci.

Victor Moscosso

C’est dans cette atmosphère délirante que se développe l’art psychédélique. Bill Graham et Chet Helms, les deux grands promoteurs de spectacles du moment, financent plusieurs centaines d’affiches pour annoncer les concerts de The Charlatans, Greateful Dead, Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, The Doors, The Velvet Underground et autres Pink Floyd.

Du Velvet Underground  à Pink Floyd

Placardées dans les rues de San Francisco, elles apparaissent comme autant de manifestes de la contre-culture, leurs arabesques moelleuses et ondoyantes, leurs couleurs aussi intenses qu’exubérantes, et leurs lettrages aux formes liquides quasi illisibles fonctionnant comme une propagande cryptée contre le conformisme de la société américaine des 60’s.

Alton Kelley

Parmi la dizaine d’artistes majeurs qui les conçoivent et les dessinent, cinq d’entre eux sont entrés dans la légende sous l’appellation des « Big 5 ».

Art Nouveau & Optical Art

Il y a Wes Wilson (1937-2020), diplômé en horticulture, dont le premier poster intitulé Are We next figure un drapeau américain orné d’une svastika : condamnation sans appel de l’engagement croissant des Etats unis dans la guerre du Vietnam ; Victor Moscovo (né en 1936), le seul à avoir bénéficié d’une formation artistique, qui déclara que la création d’affiches psyché l’avait contraint d’oublier tout ce qu’il avait appris à l’école d’art sur le graphisme conventionnel – il est en outre le premier des « Big 5 » à voir ses œuvres exposées au Museum of Modern Art de New-York.

Victor Moscosso

Autre figure majeure: Rick Griffin (1944-1991), californien passionné de surf, auteur de bandes dessinées underground et de pochettes de disques mémorables, ainsi que le duo composé d’Alton Kelley (1940-2008) et de Stanley Mouse (né en 1940), l’un concepteur génial, l’autre dessinateur virtuose, dont le travail en commun fut comparé à l’œuvre du génial affichiste français Henri de Toulouse-Lautrec.

The Big 5

L’expérience psychédélique née de la prise de LSD et les jeux de lumières des lights show sont leurs principales sources d’inspiration. Mais ils puisent également dans les théories de la couleur et l’art optique de Josef Albers, peintre et enseignant au Bauhaus, ainsi que dans l’Art Nouveau ou les affichistes du mouvement sécessionniste viennois (Gustav Klimt, Alfred Roller et Koloman Moser).

The “big Five” San Francisco poster artists Lto R Alton Kelly, Victor moscosso, Rick Griffin, Wes Wilson, Stanley Mouse

Parfois, ils vont jusqu’à s’approprier certains motifs des affiches du Tchèque Alfons Mucha ou du Français Jules Chéret. Et certains historiens de l’art décèlent dans leurs dessins l’influence du mouvement surréaliste européen qui, dans les années 60, fait l’objet aux Etats-Unis de nombreuses publications et expositions remarquées.

Quoi qu’il en soit, la créativité débordante de ce génial quintet a apporté aux arts graphiques quelque chose de neuf, de jamais vu, une nouvelle vision du monde. Au point qu’après eux, l’art américain ne sera plus tout à fait le même.

FLOWER ART POWER

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Si le mouvement Flower Power a influencé toute une génération d’artistes à la fin des années 60, son esprit a depuis continué d’inspirer de nombreux créateurs et plasticiens. Parmi eux, le grand Takashi Murakami, Rebecca Louise Law et Kapwani Kiwanga. Portraits fleuris.

Rebecca Louise Law :  l’émotion d’une touche de peinture sur chaque pétale. 

Née en 1980, Rebecca Louise Law aurait sans aucun doute enthousiasmé la génération des flower children. Après avoir étudié la peinture à l’université de Newcastle, elle a délaissé ses pinceaux en 2003, « sans pour autant, dit-elle, avoir cessé de peindre. » Car ses pigments ont désormais été remplacés par des fleurs, et la toile par l’espace vide, parfois immense, dans lequel elle inscrit ses impressionnantes installations.

L’une de ses œuvres les plus marquantes, Community, a vu le jour au Toledo Museum of art, dans l’état américain de l’Ohio. Elle consistait en la suspension de plus d’une centaine de milliers de fleurs, certaines fraiches, d’autres séchées, cousues une à une à de longs fils de cuivre ruisselant des plafonds. Liberté est donnée au visiteur d’évoluer parmi cette luxuriance végétale, débauche sensuelle et délicate de couleurs, de textures et de parfums. La force de ses installations opère également en ce qu’elles s’inscrivent dans le temps qui passe. Ses tableaux vivants fanent, se décolorent, se dessèchent, et de cette fragilité naît l’émotion.

Cette relation très forte avec l’élément naturel, Rebecca dit l’entretenir depuis toujours. « Je me sens en paix et en sécurité dans la nature. Ses cycles en constante évolution me fascinent. Elle est une permanente célébration de la vie, et c’est ce que j’essaye de faire moi aussi : célébrer la vie. » Mais le bonheur que son travail lui procure n’en est pas moins soucieux. « Il est urgent que les gouvernements travaillent ensemble pour mettre fin à la cupidité industrielle et à la consommation forcenée, ou nous allons perdre notre magnifique monde naturel, confie-t-elle.

Nous devons ouvrir les yeux sur les problèmes sociaux, car si quelqu’un a du mal à vivre, il se peut qu’il ne se soucie pas de la terre. Il est vital de connaître son voisin et de l’aider si besoin est. Nous n’irons jamais de l’avant si nous n’avons aucune communication entre nous. »

Kapwani Kiwanga : l’Histoire humaine fane comme les fleurs

L’histoire mouvante, vulnérable, qui se fane vite et renaît, voilà ce qui intéresse Kapwani Kiwanga, une des jeunes artistes les plus célébrées du moment. Anthropologue de formation, cette franco-canadienne de 42 ans, née d’un père tanzanien, a raflé ces deux dernières années les plus prestigieux prix internationaux en art contemporain. Dans son œuvre la plus emblématique, Flowers of Africa, récompensée par le prix Marcel Duchamp 2020, son art hybride et novateur déploie un regard critique inattendu sur l’histoire des hommes.

La genèse de cette puissante installation trouve son inspiration dans le processus d’indépendance politique des pays africains. En universitaire rigoureuse, Kapwani mène avant tout un long travail de recherche documentaire. Elle s’intéresse en particulier aux très nombreuses reproductions photographiques des évènements liés au processus de décolonisation : sommets, congrès, discours et repas officiels… Mais au lieu de porter son attention sur l’histoire telle que nous sommes censés l’appréhender, elle préfère jeter son dévolu sur ce que l’on ne regarde pas : les décorations florales qui ornent discrètement ces évènements.

Sa démarche, particulièrement originale, fait coïncider l’histoire et la botanique : la recherche historique est doublée par celle, ethnobotanique, nécessaire à l’analyse de la composition florale de l’époque, et aux moyens dont disposera un fleuriste d’aujourd’hui pour la reconstituer le plus fidèlement possible. Flowers of Africa est une très poétique et fascinante réflexion sur l’Histoire. Non seulement elle élargit notre manière de voir celle-ci en y incluant d’autres éléments, végétaux en l’occurrence, mais elle nous suggère insensiblement que le passé n’a jamais la permanence qu’on veut bien lui donner, qu’il est vain de tenter d’écrire l’histoire dans le marbre. Les souvenirs et les monuments fanent tout autant que les fleurs.

Takashi Murakami ou l’insoutenable légèreté des fleurs

Crédits Getty Images

On ne présente plus l’artiste japonais Takashi Murakami, omniprésente figure de l’art contemporain. Sa prolixité est telle – quand bien même il dispose d’un atelier où des centaines d’assistants travaillent à la réalisation de ses œuvres – qu’il est difficile de ne pas passer à côté de son univers cartoonesque saturé de couleurs survitaminées.

Très vite, il adopte le motif foral qui, par sa planéité et la profusion de ses tons, mêle l’absence de perspective de la tradition picturale japonaise au divertissement frivole des mangas contemporains.

Mais derrière cette apparente superficialité se cache une aspiration plus profonde, à l’instar d’un autre artiste dont il revendique volontiers l’influence : Andy Warhol. En 1964, celui-ci exécute ses célèbres Flowers, sérigraphies kitsch travaillées par une dialectique de la nature et de l’artifice à l’ère de la reproduction mécanique. Les deux pièces de Murakami, Wahrol/Silver et Wahrol/Gold, leur font écho, rejoignant en cela les plus sombres préoccupations du célèbre Pop artiste.
On y perçoit la même critique ironique de la société de consommation. Mais aussi, à travers l’évocation de la fragilité de l’élément naturel, une conscience de l’impermanence des choses et de l’éphémère de nos existences. Comme si la gaieté assumée de ce thème végétal et de ces couleurs à foison devait nous renvoyer à l’inéluctabilité de notre fin prochaine.

Le Flower Power en 3 titres.

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Qu’il était doux et simple, le temps du Flower Power, heureuse période insouciante et souriante, remplie de fleurs et d’espoir. Des commodités précieuses en ces temps de pandémie. Retour sur trois performances emblématiques du mouvement qui aurait pu sauver le monde.

Indie, underground, alternative, punk, anti-système ou nihiliste, les églises de la contre-culture des 60 dernières années ont toutes été construites sur les bases jetées par la Beat génération et les beatniks, grands frères du mouvement Flower Power. Sans l’exaltation de Ginsberg, Bukowski n’aurait jamais eu le même impact et sans les Beatles au Ed Sullivan Show, pas de Clash dans les bacs pour cracher sur le système (tout en crachant sur la Beatlemania au passage).
Aujourd’hui, on va rester du côté lumineux de la force avec trois moments clefs du mouvement hippie et son pacifisme forcené.
Pour apprécier cet article, une cigarette roulée avec des fleurs vertes dedans est de bon aloi.

Le festival de l’amour :  “Somebody to love” des Jefferson Airplane au festival de Monterey (1967)

Contrairement à l’idée communément admise, Woodstock n’est pas le premier festival hippie.
C’est le festival de Monterey qui deux ans plus tôt sera le vrai départ du mouvement. Et pour cause, nous sommes à l’été 1967, aussi connu sous “the summer of love”.
Au programme, Ravi Shankar évidemment, mais c’est aussi la première grande apparition de Jimi Hendrix, des Who et de Janis Joplin pour un déluge de révolte non violente.

À l’occasion de ce festival au casting 4 étoiles, un groupe et une chanson se démarquent tout de même, grâce à son message choc : Find me somebody to love. Un hymne doux-amer qui fait écho à l’amour libre, au refus du carcan sociétal et à la violence de la guerre du Vietnam. Une pièce fondatrice du mouvement Flower Power, qui se reconnaîtra aussi dans les thèmes bien plus psychédéliques de leur White Rabbit, inspiré par Alice au Pays des merveilles. Comme le résume la journaliste Jann Wenner de Rolling Stone magazine : “Monterey était un Nexus influencé par les Beatles, qui est à l’origine de tout ce qui suivra”.

L’émission de l’amour planétaire : “All you need is love” des Beatles lors du live mondial “Our World” en 1967

La toute première performance live de cet hymne à l’amour qui était — selon Ginsberg lui-même — la quintessence du Flower Power s’est faite devant 400 millions de personnes, lors d’une émission diffusée par satellite dans le monde entier. Pour la première fois, le son des Beatles résonna du Japon au Brésil. C’est considéré comme un des moments les plus marquants du Summer of Love, puisque la performance a eu lieu en Juin 1967 (ce qu’on peut confirmer grâce tenues psychédéliques des Fab Four).
Un moment d’histoire et d’humanisme auquel Pablo Picasso et la chanteuse Maria Callas se sont aussi joints. Rien de plus normal : l’art, tout comme l’amour, n’a pas de frontières. On notera que l’intro du mythique morceau reprend la Marseillaise, hymne aux paroles des plus belliqueuses.

Le dernier amour : “Love is all” par Roger Glover and guests (avec Ronnie Dio au chant) en 1974

Comment corrompre toute une génération de petits français ?
Si vous avez répondu avec des couleurs chatoyantes et une délicieuse ballade folk, vous êtes très probablement la mère d’association chrétienne qui a porté plainte contre la chaîne publique Antenne 2 (l’ancêtre de France 2) pour l’utilisation du dessin animé.

La chanson et le clip qui l’accompagnent sont les seuls rescapés d’un projet d’adaptation d’un livre pour enfant par l’ancien leader de Deep Purple et chanté par Ronnie Dio (qui a notamment fait partie de Black Sabbath).
L’extrait a marqué des générations entières, puisqu’il passait à chacune des (très nombreuses) coupures techniques rencontrées par la chaîne en France et en Belgique.
Avec son iconographie très psychédélique et son message d’acceptation de son prochain, aussi différent soit-il, cette délicieuse anomalie du PAF a inconsciemment initié au Flower Power les enfants de tous âges pendant des années. Un morceau de Flower power devenu presque français et qui a même eu les honneurs d’une reprise dans la langue de Molière par Sacha Distel.