Agriculture

La loi Duplomb a du plomb dans l’aile

Sous la pression d’une pétition citoyenne record, le 7 août, la loi Duplomb est enterrée six pied sous terre par le Conseil Constitutionnel. Alors que le lobby agro-alimentaire mange par la racine les fruits d’une initiative qui aurait couté cher à notre bio-divesité, les abeilles font leur miel de la décision des sages.

Plus qu’un vote parlementaire renvoyé dans sa niche, c’est la victoire des ruches sur  lobby agro-alimentaire qu’il convient de saluer après la décision du Conseil constitutionnel. Jeudi 7 août, les sages de la plus haute instance législatrice de l’hexagone ont jugé contraire à la Charte de l’environnement la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide toxique pour les pollinisateurs. Invalidant de facto cette disposition phare du texte Duplomb. Un soulagement salué par les écologistes, de nombreux agriculteurs comme par de nombreux patients atteints de cancer après avoir été exposés aux néonicotinoïdes.

Parlement piqué

Le 8 juillet 2025, l’Assemblée adopte la loi Duplomb, initiative des sénateurs Laurent Duplomb (LR) et Franck Menonville (UDI), soutenue par le gouvernement Bayrou, la FNSEA et la droite conservatrice. Le texte autorise notamment, sous conditions, le retour de néonicotinoïdes comme l’acétamipride, censuré depuis 2018 en raison de leur dangerosité pour les abeilles. Étendu à de nombreuses cultures (betterave, noisettes, etc.) et couvrant potentiellement des centaines de milliers d’hectares, le dispositif suscite l’ire des associations environnementales, des scientifiques et des médecins. Des études montrent que ces substances neurotoxiques perturbent l’orientation des pollinisateurs et peuvent réduire de plus de 50 % la survie de nos amies butineuses à rayures jaunes et noires. Sur le site de l’Assemblée nationale, une pétition lancée par Eléonore Pattery, une étudiante de 23 ans,  bat tous les records : avec près de 2 millions de signatures, elle devient la plus signée de l’histoire du Parlement. Le 7 août, le Conseil constitutionnel censure d’une décision historique l’article sur l’acétamipride.

Buzz de l’abeille 

Ces derniers mois, le champ médiatique s’est transformé en ruche activiste : apiculteurs en combinaisons fluo, hashtags #SauveLesAbeilles viralisés, courts métrages Instagram ou TikTok transformant le bourdon en icône pop. Une tribune dans Le Monde signée par sociétés savantes, médecins et scientifiques appelle à la suppression du texte, au nom du principe de précaution et du poids de l’expertise. Le Conseil national de l’Ordre des médecins se prononce contre la loi, tandis que des voix chirurgicales dénoncent un « recul historique en matière de santé environnementale ». Le contraste est saisissant : contre la froide mécanique parlementaire favorisant la compétitivité agro-industrielle, un engouement citoyen incontrôlable propulse les abeilles au rang de cause nationale. Une belle victoire de la green culture qui n’est pas sans rappeler la métaphore du pot de terre contre le pot de fer.

 

Comment les cannabiculteurs californiens s’adaptent au feu du réchauffement

Alors que la France est en proie à une sérieuse vague de chaleur et que les incendies de forets se font toujours plus dévastateurs, en Californie, la situation n’est guère plus enviable . Quels moyens et pistes pour lutter contre ce brûlant fléau? Eléments de réponse.

On dit souvent des forêts méditerranéennes qu’elles ont besoin du feu pour vivre. C’est, en partie vrai. Certaines variétés de résineux profitent des incendies. Les flammes éradiquent leurs concurrents et font éclater les pignes, répandant aux alentours les graines qui coloniseront l’espace brûlé.
Dans l’Ouest américain, les planteurs de cannabis ne profitent pas des incendies : ils les subissent. Et doivent désormais s’adapter à cette nouvelle donne climatique. En réchauffant le climat de la Californie, notamment, le changement climatique a réduit les précipitations et accru les températures.

Un risque qui s’accroît

Déjà minée par l’urbanisation, la forêt y est plus fragile et brûle plus facilement. Dans les années 1970, la saison annuelle des incendies californiens durait 140 jours. Depuis le début du siècle, on approche des 230 jours par an. Selon les statistiques des pompiers californiens, 17 des 20 plus gros incendies répertoriés depuis le début du XXe siècle se sont produits entre 2003 et 2020.
Souvent installés dans des massifs forestiers ou en lisière de bois, les cannabiculteurs de Californie, de l’Oregon et de l’Etat de Washington commencent à s’adapter. En empruntant une technique simple aux gestionnaires de réseaux électriques : on éloigne la forêt.

Cordon sanitaire

A coup de tronçonneuses, ils établissent un cordon sanitaire entre les arbres et les plantations. Ce défrichement préventif évite ou ralentit la propagation des flammes. Lorsque le risque d’incendie est élevé, certains n’hésitent pas à réaliser des pare-feux d’une quinzaine de mètres de large tout autour de leur propriété. La sécurité y gagne ce que perd l’aménagement paysager.
Comme le font les forestiers dans certains pays méditerranéens, on dispose aussi des réserves d’eau aux quatre coins des exploitations. En cas d’incendie, la lutte contre les flammes sera ainsi plus rapide et donc plus efficace. Certaines plantations sont aussi équipées de sprinklers. La diffusion d’eau par microgouttelettes entrave la diffusion du feu et abaisse la température ambiante. Attention, toutefois, à disposer dans ce cas d’un générateur d’électricité de secours pour alimenter les pompes en cas de coupure de courant.

Sprinklers et jets d’eau

Last but not least : les planteurs dotent aussi les cheminées de leur ferme d’un chapeau en zinc. L’esthétique n’a rien à voir là-dedans. En coiffant ainsi leur cheminée, ils empêchent d’éventuelles retombées de brandons à l’intérieur de la maison : un risque d’incendie en moins.
Après le passage du feu, un impératif : laver les plants avec un jet d’eau. L’accumulation des cendres sur les feuilles peut favoriser la contamination des plants par des métaux lourds que l’on retrouverait dans les produits finis.

 

Etude : Les vaches nourries au chanvre CBD font du lait riche en THC!

La semaine dernière, un groupe de chercheurs allemands dévoilait les enseignements d’une étude sur les conséquences de l’alimentation de vaches laitières avec du chanvre bien-être. Bien que la biomasse ne contienne que des niveaux négligeables de THC (l’élément psychoactif de la plante), les chercheurs ont détecté des changements comportementaux chez les bovins et des niveaux significatifs de THC dans leur lait.

L’objectif principal de la recherche était de déterminer si nourrir le bétail avec du chanvre CBD déjà utilisé était sans danger pour l’animal, et pour les dérivés animaliers utilisés pour la consommation humaine. Ces dernières années, la culture du chanvre a augmenté en raison de la croissance rapide du marché de l’huile de CBD, et les agriculteurs se retrouvent avec d’énormes volumes de biomasse de chanvre après l’extraction des composés cannabinoïdes (CBD/CBG/CBN).
Cette biomasse résiduelle peut-elle être utilisée en toute sécurité dans l’alimentation du bétail ?
C’est en tous cas une piste que les américains ont tenté d’exploiter avec une étude de l’université d’Etat de l’Oregon, avant de jeter l’éponge.

Sur le vieux continent, pour répondre à cette question, une équipe de chercheurs de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques a mené plusieurs expériences d’alimentation sur des vaches en lactation. La ration alimentaire quotidienne des bovins a été complétée par de la biomasse de chanvre à faible concentration de cannabinoïdes (soit une concentration de THC de 0,13 %, inférieure au seuil admissible de 0,2 % fixé pour le chanvre commercial en Europe).

« Apparente somnolence, démarche prudente et instable, station debout anormalement longue et une posture anormale »

Sur le plan comportemental, les animaux ont présenté un certain nombre de changements notables après avoir ingéré l’herbe bien-être puisque les chercheurs ont noté que:
« Parallèlement, des changements dans le comportement et l’apparence des animaux étaient évidents, comme des mouvements de langue prononcés, une augmentation des bâillements, de la salivation, de la formation de sécrétions nasales, du prolapsus et de la rougeur de la membrane nictitante, et une apparence somnolente. Certains animaux du groupe H (le groupe nourri avec le plus grand volume de chanvre) ont présenté une démarche prudente et instable, une station debout anormalement longue et une posture anormale ».

Les même chercheurs ont également indiqué que des niveaux conséquents de cannabinoïdes avaient été détectés dans le lait des vaches après qu’elles aient été nourries à la biomasse de chanvre CBD. Ces cannabinoïdes, en particulier le THC, ont été détectés à des niveaux que les chercheurs estiment significatifs dans le cadre d’une consommation humaine.
Il n’est pas certain que la consommation du lait de ces vaches nourries au chanvre entraîne des effets à risque pour l’homme, même si les chercheurs précisent que les niveaux de cannabinoïdes relevés pourraient  poser des problèmes chez les enfants ou les femmes qui allaitent.

Ajouter du chanvre à l’alimentation des animaux d’élevage afin de réduire leur stress?

Les expériences menées ont également révélé que les concentrations de THC dans le lait se dissipaient rapidement lorsque le chanvre était retiré de l’alimentation des animaux.
Cette découverte soulève la possibilité d’ajouter le chanvre à l’alimentation de certains animaux d’élevage afin de réduire leur stress.

Michael Kleinhenz, de l’Université d’État du Kansas, a mené plusieurs études récentes sur l’alimentation du bétail avec du chanvre industriel (qui contient moins de THC). Il affirme que l’ajout de chanvre à leur alimentation pourrait présenter des avantages significatifs, à condition qu’il y ait une période d’élimination des cannabinoïdes de l’organisme de l’animal.

« Il pourrait être avantageux pour les vaches comme pour les agriculteurs que les animaux soient un peu stone »

Toujours selon Kleinhenz, lorsqu’une vache passe plus de temps à «se prélasser», elle peut prendre plus de poids.
S’il est possible d’obtenir des aliments sûrs et exempts de cannabinoïdes, il pourrait être avantageux pour les vaches comme pour les agriculteurs que les animaux soient un peu “stone”.
L’étude a été publiée dans la revue Nature Food : Transfer of cannabinoids into the milk of dairy cows fed with industrial hemp could lead to Δ9-THC exposure that exceeds acute reference dose ainsi que sur le site de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques : Study: Hemp as animal feed can affect the health of cows.

Zeweed avec Oregon State University, GuruMed et Nature Food.

Quand les Etats-Unis encourageait la culture du chanvre pour gagner la guerre.

Hemp for Victory, c’est l’incroyable documentaire financé par le gouvernement américain afin de louer les vertus du chanvre. Sorti durant la seconde guerre mondiale, le film de 13 minutes explique comment faire pousser du cannabis pour soutenir l’effort de guerre. Retour sur une période où la belle plante était un des étendards de la lutte contre le totalitarisme nazi et les velléités impérialistes nipponnes.

1942. Les Etats-Unis, KO-debout après l’anéantissement de leur base navale de Pearl Harbor rentrent du jour au lendemain en guerre contre le Japon et l’Allemagne.
Pris de court, l’administration Roosevelt se heurte à un gros soucis logistique : le pays de l’oncle Sam ne dispose pratiquement d’aucun moyen de production pour fabriquer cordes, toiles et textiles -pièces essentielles à la machine de guerre-, la plupart des fibres étant importées.
Face à la crise, le gouvernement n’aura d’autre choix que d’opérer un virage à 180 degrés quant à sa position sur le chanvre.
Car c’est ce même gouvernement qui avait tout fait pour freiner son essor commercial au niveau fédérale, en imposant en 1937 une très lourde taxe sur la production de chanvre, AKA cannabis.

Supervisé par l’USDA (United State Department of Agriculture), ce précieux segment de 13 minutes a été commandé afin d’encourager les agriculteurs à cultiver du chanvre pour soutenir l’effort de guerre. Nourri de louanges à l’égard du cannabis, d’explications sur la façon de le faire pousser et déclinant toutes les utilisation possibles que l’on peut en tirer, tout y est pour faire de l’agriculteur américain lambda un pro de la culture de chanvre.
Pendant près d’un demi-siècle, le documentaire restera des plus confidentiels. Le gouvernement des États-Unis allant jusqu’à nier avoir commandé un tel film .Les activiste Jack Herer et Marria Farrow réussiront à s’en procurer une copie en 1989, pour la dispatcher ensuite dans les milieux militants et le Congrès Américain. Sacré Jack!

 

 

HpLVd, le virus qui menace les plantations de weed aux Etats-Unis

En Californie, les plantations de cannabis commencent à être frappées par un virus fatal, le HpLVd.  Et là, pas de vaccin.

Vous avez aimé la Covid-19 ? Vous adorerez la HpLVd. D’accord, c’est un peu plus compliqué à prononcer avec un masque. Mais il va falloir, pourtant, s’intéresser à cette cochonnerie microscopique qui menace les plantations de cannabis, notamment californiennes. Même si l’ampleur de l’attaque reste difficile à évaluer. Le viroïde latent du houblon (le déroulé du HpLVd) est, comme son nom l’indique, un viroïde que l’on a découvert sur la plante favorite des amateurs de bière. Le viroïde est une curieuse bestiole.

Vieux comme la vie

Probablement né avec la vie, le viroïde est un ARN (l’acide ribonucléique est utilisé dans les cellules comme intermédiaire des gènes pour fabriquer les protéines dont elles ont besoin) tout nu. Ses petits brins se baladent dans la nature et, notamment sur les plantes. Plus petit que le plus petit de ses cousins, les virus, le viroïde peut infecter ses hôtes de façon asymptomatique, comme pour le houblon, ou leur flanquer de sales maladies. C’est malheureusement le cas pour notre cannabis.

Maladies opportunistes

Comment reconnaître des plants infectés par le HpLVd ? A leur petite mine : ils poussent plus lentement, produisent moins de fleurs et de résines que des plants en pleine santé. Affaiblis par l’agent infectieux supposé pour le cannabis (PCIA, comme on dit au Québec), les pieds de cannabis peuvent aussi être la cible d’autres injections opportunistes : maladies cryptogamiques, par exemple.

Pas de traitement

Peut-on soigner un plant infecté ? Ne faisons pas durer le suspens, la réponse est non. Certains préconisent un badigeon à l’eau de Javel. Pas certain que ce soit idéal pour maintenir la qualité de la weed. Comment se propage la sale bête ? Ce sont, probablement, les pépiniéristes qui, en clonant ou en bouturant des plans infectés asymptomatiques, contribuent à la dissémination des viroïdes. Ne pas désinfecter ses sécateurs peut aussi favoriser la contamination. Vous voilà prévenu.

Ze docu: « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau

La séance du dimanche, à regarder en vacances ou fin de week-end, c’est  « Solutions locales pour un désordre global », de Coline Serreau. Sorti en 2010, la réalisatrice en parlait ainsi: « Avec ce film, je montre qu’il existe partout dans le monde des gens qui, sans se connaître, font la même chose, ont la même philosophie de vie et les mêmes pratiques envers la terre nourricière. Mettre en lumière cette universalité des solutions, tout autant que leur simplicité, c’était vraiment le but.»

Bonne séance!

 

 

Jardins associatifs: le plusieurs power

Et si le luxe c’était un petit coin de verdure ? Dans nos villes grises et bétonnées, une révolution écologique se met en place : les jardins associatifs.
Des espaces communs, qui sont présents dans le monde entier et qui sont aussi écologiques que sociaux. Zeweed vous présente ces espaces verts qui appartiennent à tous ceux qui en prennent soin.

Chez nos amis Français, cette initiative date de la fin du XIXème. Les jardins ouvriers (qui changeront de nom après la seconde guerre mondiale pour devenir des “jardins familiaux”) sont des oasis de verdure mis à la disposition des classes populaires par les municipalités.
L’idée est d’offrir une plus grande égalité sociale, les espaces verts étant jusque-là réservés aux plus aisés, qui peuvent s’offrir des maisons avec jardins, des résidences secondaires et des départs à la campagne.
Alors que la nourriture manque, c’est le jardin qui offre à l’ouvrier de quoi nourrir sa famille… Tout en l’éloignant des lieux de débauche, comme le cabaret dans lequel il dépense tout son solde.
Derrière un progressisme certain, des relents de paternalisme s’échappent malgré tout du compost primordial du concept.
De nos jours, l’esprit du jardin communautaire subsiste. Dans certains quartiers populaires, comme à Font-Vert à Marseille, ces espaces sont parfois à l’origine d’une véritable métamorphose dans la communauté qui les héberge. C’est ce que montre un reportage extrait d’une émission de nos confrères de France 2, diffusé en 2016 :

 

Le jardin associatif y est à la fois la source d’échanges (chacun apprenant aux autres les techniques et les bonnes pratiques qu’il a acquises précédemment), d’économies (les habitants du quartier ayant accès à des légumes frais à moindre coût) et il noue même un tissu social, comme le montre le méchoui à la fin de la vidéo.
Une petite fête qui sert de “récompense”, pour féliciter les bénévoles de leur travail sur le jardin, toute une année durant.

Différentes configurations existent, l’association Le jardin des possibles propose, de son côté, une version hédoniste et focalisée sur le développement durable : le jardin partagé.
Sur les terres d’un couvent à Royan, en France, les bénévoles montent de véritables œuvres vertes, réminiscentes des jardins à la française ; et ils ont aussi la possibilité de cultiver leur propre arpent de terre (sous la supervision d’un jardinier plus aguerri).
Autour de ce jardin, des événements culturels sont montés, comme des expositions, des ateliers de yoga et des initiations pour les plus jeunes.
En sensibilisant les enfants à ce qu’apporte la nature, c’est un véritable cercle vertueux qui se met en place pour le bénéfice de toute la communauté.
Leur jardin permet aussi de diminuer la masse des déchets de la commune, puisqu’un espace de compost ouvert à tous permet de jeter les restes de nourriture, pour en faire de l’engrais.


On retrouve des projets similaires en Belgique, en Allemagne, au Canada, au Japon et en Angleterre, mais mon préféré est sans hésiter le plus poétique de tous, à Paris.
Dans la petite ceinture (qui était auparavant réservée aux trains qui faisaient le tour de la ville, jusqu’en 1934) de nombreuses parcelles ont été aménagées par des associations de quartier dans les 14ème et 18ème arrondissements de Paris. 
Un espace longtemps laissé à l’abandon, qui est devenu un poumon salutaire pour la ville lumière.
Qui a dit qu’on ne pouvait pas rendre les transports en commun agréables ?

Biodiversité : on a oublié la bouffe !

Notre modèle alimentaire, souvent très carné, pèse bien trop lourdement sur la planète.

Incroyable mais vrai : les politiques  se préoccupent de la biodiversité. A travers l’écran, j’en vois qui sourient. Et pourtant. Du 17 au 30 mai prochains, si la pandémie nous laisse un répit, les représentants d’une grosse centaine de gouvernements se réuniront à Kunming (Chine). But de ce sommet mondial : fixer les objectifs de préservation de l’environnement pour la décennie qui s’ouvre. Cette 15e réunion des parties à la convention pour la diversité biologique de l’ONU (la COP 15) devrait inciter les Etats à protéger, collectivement, 30% des terres d’ici à 2030. Seule façon, estiment les scientifiques, de freiner l’érosion de la vie sauvage. Et le plus tôt sera le mieux.

Biodiversité en recul

Publié par le WWF, le 10 septembre dernier, le rapport « Planète vivante » dresse un terrible bilan de nos activités. Entre 1970 et 2020, 68% des populations de vertébrés ont décliné. Les animaux des espaces lacustres paient le plus lourd des tributs : 84% des vertébrés des zones humides, lacs et rivières sont en recul. La situation la plus critique se situant dans les régions tropicales des Amérique.
Parlons un langage compris de tous : ces disparitions ne sont pas gratuites. Selon le WWF, la destruction des écosystèmes, des plantes et des animaux coûte chaque année 479 milliards de dollars. Paradoxe : ce montant correspond à celui des subventions octroyées par les Etats aux producteurs d’énergies fossiles.

Place au bœuf

Les causes de ce désastre sont connues : l’urbanisation galopante, le développement des infrastructures, l’appétit des industries extractives. On oublie trop souvent le rôle joué par l’agriculture. Et donc par notre alimentation. Un seul exemple : l’élevage. Environ un quart des terres émergées servent, directement ou indirectement, à nourrir les bêtes que nous élevons pour la viande. Plus nous mangeons de bidoche (ce qui est bien parti), plus nous avons besoin de terres nouvelles. Nous les trouvons souvent dans les massifs forestiers.

Climat et déforestation

La FAO a fait le calcul : ces centaines de millions de bestiaux rejettent plus de 2,5 milliards de tonnes par an de gaz à effet de serre, soit 5% des émissions d’origine humaine. En consommant toujours plus d’espace naturel et en contribuant au renforcement de l’effet de serre, l’élevage participe bien à l’érosion de la biodiversité. Ne rien changer à notre modèle alimentaire, voire l’exporter dans des pays en développement, c’est participer à la déforestation de l’Amazonie (le Brésil est l’un des principaux producteurs mondiaux de viande).
Le 21 septembre, un collectif d’ONG a menacé le groupe Casino d’une action judiciaire. Les 6 associations reprochent au distributeur français d’acheter de grandes quantités de viande bovine à des fermes industrielles brésiliennes ayant déforesté illégalement 4 500 hectares de forêts amazoniennes.

Touche pas à mon bol

S’ils sont prêts à accepter la protection (plus ou moins stricte) de 30% des terres émergées, les diplomates de la biodiversité ne sont pas prêts à négocier le contenu de notre bol alimentaire. Dans les ministères de l’agriculture des pays de l’Union européenne, on réfléchit plutôt à la prochaine politique agricole commune. En Inde, en Australie, au Brésil, en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis, on s’acharne à produire toujours plus de viande bovine pour l’export.
Allons-nous sacrifier au burger nos derniers espaces naturels ? Peut-être pas. En Amérique du nord, en Europe et en Chine, des producteurs de viandes artificielles pointent le bout de la fourchette. Nombre d’entre eux financent des associations favorables au bien-être animal et à la culture vegan. Bon appétit.

 

Algoflash, des engrais très Weed-friendly.

La célèbre marque d’engrais Algoflash propose en France une gamme «  plantes médicinales et aromatiques ». Soit trois produits qui, malgré les fumeux efforts de l’équipe marketing pour ne pas trop en dire sur la vraie cible, sont clairement destinés à la culture de weed. A la conquête (discrète) du homegrowing dans l’Hexagone?

En France, faire germer une graine de chanvre est interdit. Une disposition du code Pénal qui n’empêche pas le pays de compter plusieurs dizaines de milliers cultivateurs opérant dans l’illégalité. De l’étudiant aux trois plans dans un placard au quadra’ qui fait pousser sa beuh bio en Provence en passant par la bande de potes qui se ferait bien un billet en fumant gratuit, le marché de la micro-production n’a jamais compté autant de clients. Un marché de la botanique stupéfiante qu’Algoflash compte bien pénétrer en douceur (faudrait pas non plus se griller ou sombrer dans l’incitation)  avec trois produits. Trois essentiels couvrant le B.A-BA de la culture cannabique : un engrais de croissance, un engrais pour la floraison et un terreau light. Un rapide examen du visuel et de la fiche technique ne laisse planer aucun doute: le très bien nommé  Algoflash et son nain de jardin s’adresse au homegrower en herbe!

 

 

 

 

Sur l’étiquette, le prometteur engrais de croissance nous promet des tiges vigoureuses et feuillage dense…on oubliera le thym et la ciboulette, la sarriette ou l’aneth.

 

Biden: environnementalement correct ?

Contrairement à Donald Trump, le prochain président des Etats-Unis a un programme environnemental. Et il est plutôt enthousiasmant.

Il n’est encore officiellement élu, mais à l’heure où nous mettons en ligne, Joe Biden dispose déjà du soutien de 290 grands électeurs sur les 270 nécessaires pour assurer son accession à la Maison blanche.
Ne restera plus que la formalité de la passation de pouvoir en 2021 et le vote des grands électeurs mi-décembre pour qu’il devienne, sans contestation aucune, le 46ème président des Etats-Unis.

Carbon Market
Est-ce une bonne nouvelle pour l’environnement. Bonne question, je vous remercie de me l’avoir posée. Dans sa longue vie parlementaire (sa première élection date de 1973 !)  Joseph Robinette Biden ne s’est pas beaucoup intéressé aux questions vertes. A ceci près qu’il fut l’un des rares sénateurs à voter en faveur de la création d’un système américain d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre, le fameux marché du carbone. Sans succès.

Back to Paris
Dans ces mois de campagne acharnée contre Trump, le négationniste du réchauffement, le challenger démocrate s’est découvert une fibre verte. Et n’a pas hésité à défendre un programme qui n’a rien de déshonorant. Première promesse : s’il est élu, Joe s’engage à faire réintégrer les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat. Ce qui ne l’oblige à pas grand-chose d’autre que de produire, tous les 5 ans, une politique climatique un peu améliorée d’une fois sur l’autre.

Carbon Neutral
Est-ce encore bien utile ? Là encore, bonne question. Ces dernières semaines, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du sud ont annoncé vouloir viser la neutralité carbone à l’horizon de 2050. La Chine suivra le mouvement avec 10 ans de retard. La neutralité carbone en 2050, cela convient parfaitement à Biden. Le président presque élu propose d’ailleurs à cette échéance la production d’énergie américaine soit totalement propre. Ce qui suppose de construire beaucoup de centrales nucléaires, solaires et éoliennes d’ici là. En 2019, les énergies vertes ne produisaient que 11% de l’énergie primaire consommée par l’Oncle Sam.

Green New Deal
La grande affaire du successeur annoncé de Donald Trump sera le lancement de son plan de relance post-Covid. Doté de 1 700 à 2 000 milliards de dollars (selon les versions) de fonds fédéraux, ce Green New Deal espère susciter trois fois plus d’investissements privés afin de rénover les bâtiment (qu’ils soient plus sobres), moderniser les réseaux d’électricité, produire plus d’énergies renouvelables, développer le marché des voitures électriques.

Corn belt
Pour alimenter les moteurs thermiques qui continueront d’équiper camions, bateaux et avions, l’ancien vice-président de Barack Obama entend doubler la production d’agrocarburants, au grand bénéfice des planteurs de maïs américains. Pour accélérer la transition énergétique de l’Hyperpuissance, Washington créera une agence une agence de développement de technologies sur l’énergie et le climat, un peu comparable à la Darpa qui imagine les armements du futur pour le compte du Pentagone.

Nuke is good
Sa feuille de route est déjà écrite : les recherches devront prioritairement porter sur les systèmes de stockage d’énergie (utile si l’on veut développer les énergies intermittentes comme l’éolien ou le solaire), les petits réacteurs nucléaires, les bâtiments neutres en carbone, la production de matériaux décarbone ou les fluides réfrigérant ne réchauffant pas le climat.
Lors d’un débat avec le président en exercice, Joe Biden a aussi promis d’interdire l’accès des terres fédérales aux compagnies pétrolières et de réduire les subventions à la production d’hydrocarbures. Ce qui, curieusement, ne l’a pas pénalisé dans les Etats les plus producteurs d’huile et de pétrole de schiste.