Sous la pression d’une pétition citoyenne record, le 7 août, la loi Duplomb est enterrée six pied sous terre par le Conseil Constitutionnel. Alors que le lobby agro-alimentaire mange par la racine les fruits d’une initiative qui aurait couté cher à notre bio-divesité, les abeilles font leur miel de la décision des sages.
Plus qu’un vote parlementaire renvoyé dans sa niche, c’est la victoire des ruches sur lobby agro-alimentaire qu’il convient de saluer après la décision du Conseil constitutionnel. Jeudi 7 août, les sages de la plus haute instance législatrice de l’hexagone ont jugé contraire à la Charte de l’environnement la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide toxique pour les pollinisateurs. Invalidant de facto cette disposition phare du texte Duplomb. Un soulagement salué par les écologistes, de nombreux agriculteurs comme par de nombreux patients atteints de cancer après avoir été exposés aux néonicotinoïdes.
Parlement piqué
Le 8 juillet 2025, l’Assemblée adopte la loi Duplomb, initiative des sénateurs Laurent Duplomb (LR) et Franck Menonville (UDI), soutenue par le gouvernement Bayrou, la FNSEA et la droite conservatrice. Le texte autorise notamment, sous conditions, le retour de néonicotinoïdes comme l’acétamipride, censuré depuis 2018 en raison de leur dangerosité pour les abeilles. Étendu à de nombreuses cultures (betterave, noisettes, etc.) et couvrant potentiellement des centaines de milliers d’hectares, le dispositif suscite l’ire des associations environnementales, des scientifiques et des médecins. Des études montrent que ces substances neurotoxiques perturbent l’orientation des pollinisateurs et peuvent réduire de plus de 50 % la survie de nos amies butineuses à rayures jaunes et noires. Sur le site de l’Assemblée nationale, une pétition lancée par Eléonore Pattery, une étudiante de 23 ans, bat tous les records : avec près de 2 millions de signatures, elle devient la plus signée de l’histoire du Parlement. Le 7 août, le Conseil constitutionnel censure d’une décision historique l’article sur l’acétamipride.
Buzz de l’abeille
Ces derniers mois, le champ médiatique s’est transformé en ruche activiste : apiculteurs en combinaisons fluo, hashtags #SauveLesAbeilles viralisés, courts métrages Instagram ou TikTok transformant le bourdon en icône pop. Une tribune dans Le Monde signée par sociétés savantes, médecins et scientifiques appelle à la suppression du texte, au nom du principe de précaution et du poids de l’expertise. Le Conseil national de l’Ordre des médecins se prononce contre la loi, tandis que des voix chirurgicales dénoncent un « recul historique en matière de santé environnementale ». Le contraste est saisissant : contre la froide mécanique parlementaire favorisant la compétitivité agro-industrielle, un engouement citoyen incontrôlable propulse les abeilles au rang de cause nationale. Une belle victoire de la green culture qui n’est pas sans rappeler la métaphore du pot de terre contre le pot de fer.


