ZePortrait : Justin Trudeau

Il est le champion incontesté de la weed, le défenseur des minorités indiennes comme de la planète bleue. Alors qu’il entame son second mandat, Justin Trudeau souhaite désormais voir son message dépasser les frontières. Portrait d’une rock star politique qui pourrait bien remettre le monde au vert.

« C’est à l’enterrement de son père Pierre-Elliot que Justin Trudeau est entré en politique. Il ne le savait pas, mais tous les leaders et grands de ce monde l’ont perçu », se souvient l’ancien ministre et proche des Trudeau Marc Lalonde.

Nous sommes au mois d’octobre 2000, et le jeune Justin, qui se cherche encore, vient de rendre un vibrant et splendide éloge funèbre. Et même si la situation ne se prête guère à ce genre de projection, une promesse de relève se lit dans les yeux de nombre de dirigeants et observateurs présents ce jour-là. Lançant quasiment sur le parvis de l’église, la question de l’entrée de Justin Trudeau dans l’arène politique canadienne. En ce début de millénaire, Justin ne pense pas à une carrière politique.
Il a sérieusement songé à devenir cosmonaute (vraiment), a été professeur d’anglais, de français et de mathématiques, bar tender ou encore moniteur de snow-board… Car si Justin est le fils de son Premier ministre de père, il a surtout hérité de l’esprit ouvert et libre de sa mère Margaret.

FlowerChild et jeune hippie de très bonne famille (son père était ministre des Pêcheries), Margaret épouse Pierre Trudeau en 1970, peu après l’avoir rencontré à Tahiti. Pierre Eliott a 28 ans de plus qu’elle.
Trop jeune, trop émancipée, la jeune Margaret s’ennuiera vite à Ottawa, fuyant dès qu’elle le peut les institutions poussiéreuses de la capitale canadienne. Une soif d’évasion qui explosera au grand jour le 8 avril 1978, lorsqu’elle décida de suivre les Rolling Stones à New York… la veille de l’élection générale où se joue l’avenir politique de son mari. Pierre-Elliot Trudeau perdra ces élections. Margaret aura une liaison avec Ron Wood, le second guitariste des pierres qui roulent, une autre supposée avec Jagger, une déclarée peu avant avec Léonard Cohen : le couple divorcera deux mois après l’épisode « studio 54/ la bande à Mick ». Justin héritera de ce refus des conventions, du compromis. Un penchant pour la différence qui jalonne son parcours pour en faire aujourd’hui un des plus brillant et insaisissable politiques, puisqu’il n’est jamais où il est attendu. Il nommera d’ailleurs ses deux enfants Xavier et Ella Rose en hommage à sa mère.

Une indépendance et soif de liberté que Justin concrétisera dès qu’il en aura la possibilité : pendant deux ans, de 21 à 23 ans, Justin part découvrir le monde. Mais pas en jet. Sac à dos, bivouac, auberge de jeunesse, esprit roots. Il parcourt l’Europe, du Danemark à l’Espagne, puis l’Afrique de l’Ouest: Maroc, Sénégal, Mali, Ghana, Togo, Bénin… « je ne suis même pas certain de pouvoir citer tous les pays que nous avons traversés », s’amuse son ami d’enfance et de périple Marc Miller.

Des débuts difficiles.
En 2008, Justin Trudeau écoute les conseils de ses proches et se présente au poste de député  aux élections régionales, dans le difficile comté de Papineaux. Pour sa campagne, il choisira de mettre son prénom en avant sur les tracts. Son nom de famille, lui, est à peine visible. « Justin est l’opposé de son père, à tous points de vue. Qui plus est, il voulait exister par lui-même, sans héritage politique ou à priori. Il s’est vraiment construit seul, loin de l’ombre d’un père formidable, mais somme toute très austère. » analyse le ministre Marc Lalonde.

Alex Lanthier, son directeur de campagne de 2008 à 2011, se souvient de n’avoir pas été des plus enthousiastes, estimant  que le candidat Trudeau n’était ni des plus motivés ni des plus proches de la réalité. Le jeune futur Premier ministre et pour l’instant jeune futur député se souvient lui aussi de son arrivé le premier jour au QG du PdC de Papineaux . Lorsqu’il demandera naturellement à Lanthier où est son bureau, il se verra dire par son directeur de campagne : « toi, tu n’as pas de bureau, c’est dans la rue que tu vas travailler. À te faire connaître et respecter. Nous verrons ensuite. » Justin remportera l’élection.

Un conseil de campagne que le plus sexy des hommes politiques prendra par la suite à bras le corps, littéralement. En 2011, après quelques vives invectives au parlement, un combat de boxe est organisé entre le sénateur conservateur Patrick Brazeau et Justin Trudeau. La rencontre se fera contre l’avis de ses conseillers et amis (Patrick Brazeau étant aux antipodes du cliché du sénateur, un type à la carrure de videur de boîte et aux allures du Vincent Vega de Pulp Fiction). Justin gagnera le match.

 

Une campagne 2.0 et un K.O
Le 13 avril 2015, le PdC de Justin Trudeau est élu à l’issue d’une campagne à l’image du match de boxe.
Donné perdant six mois auparavant, il gagnera haut la main. Mais en mettant les conservateurs KO cette fois : passant de 38 à 184 sièges au parlement canadien, il obtient la majorité absolue.

Le sous-doué/sous-estimé par ses adversaires est non seulement brillant, mais a un avantage dont peu peuvent se prévaloir : il est viscéralement convaincu de ce qu’il fait. Bien loin des idées récitées et précitées des technocrates de l’École Nationale d’Administration canadienne, lui qui a une maîtrise d’art et littérature et une autre en géographie environnementale en poche. Une formation universitaire qui « m’a appris a vite apprendre  », s’amuse l’intéressé. Il en fera la démonstration, lui, qui a un QI de 141.

Au-delà d’être beau et « badass » pour citer une couverture du magazine Esquire, séduisant sympathique et dynamique, il s’est révélé très au fait sur des dossiers et sujets où il était sévèrement attendu au tournant. À l’image du champion qu’elle a porté, la campagne de 60 jours du futur premier ministre est encore regardée comme un exemple de sans-faute dans la quête de la magistrature suprême canadienne.

Une performance que l’équipe de campagne 2015 de Trudeau doit aux spin doctors de la course à la présidentielle d’Obama, à qui il a emprunté les méthodes de démarche et conquête d’intention de vote, porte par porte, bulletin par bulletin. « Parlez à vos voisins, expliquez-leur, convainquez-les, accompagnez-les au bureau de vote, proposez-leur de faire du baby-sitting s’il le faut ! » exhortait le candidat lors de grands meetings de campagne ! Des deux côtés de la frontière, la recette aura fonctionné. Le programme à l’image de celui de Barack Obama est libéral gauche : redonner un pouvoir d’achat aux classes moyennes.

Le champion d’un Nouveau Monde
Dès le début de son mandat, il accueillera dans la contestation 33 000 réfugiés syriens. Une mesure impopulaire, il le sait pourtant, mais assume. L’héritage de ses voyages, de ces périples de jeunesse ; où il a su ce que c’est de n’être personne, subsistant à ses moyens seuls, dans des pays où le Canada est un vague et lointain pays, et où personne ne le connaissait. Auprès des Indiens natifs, il s’excusera au nom du gouvernement canadien. Devenant le premier homme politique à faire cette démarche à l’endroit des « premières nations » qui, un peu comme aux US, sont stigmatisées et marginalisées par le reste de la population.

Il ne le fait pas parce que c’est politiquement correct ni parce qu’il l’a lu quelque part: son père Pierre Elliott Trudeau avait été déclaré membre honorable de la tribu Haïda en 1976. La grand-mère de l’artiste Robert Davidson avait alors « adopté » Pierre au sein de sa famille. À l’époque, Justin Trudeau n’avait que quatre ans. « Mon tatouage est la planète Terre, à l’intérieur d’un corbeau Haïda*. Je me suis fait tatouer le globe à 23 ans quand j’étais parti découvrir la planète, la vraie. Et le corbeau de Robert Davidson, c’était pour mon 40e anniversaire. » Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Ni trop tôt !

La légalisation, naturellement.
Justin qui avoue avoir peu tâté du pétard« cinq ou six fois » (dont une fois où il était parlementaire) n’est pas un cynique qui a voulu faire plaisir à une partie de sa base électorale. La légalisation, c’est pour lui dans l’ordre naturel des choses.

Pour un homme encore jeune, qui a tant baroudé, vécu plus d’existences que tous les sénateurs canadiens réunis, il ne pouvait en être autrement. Une question de liberté individuelle à laquelle il est profondément attaché et qu’il verrait d’ailleurs bien s’exporter « la légalisation du cannabis au Canada.. mon plus grand souhait serait que cette disposition de notre beau pays fasse boule de neige à l’étranger », rapportait-il lors d’une interview accordée à l’AFP en avril 2018.

Et c’est tout le bien que l’on souhaite à votre belle et verte initiative !

Alexis

* Le peuple Haïda est l’un des peuples autochtones qui se trouvent principalement sur la côte ouest au large de la Colombie-Britannique et dans une partie de l’Alaska. Robert Davidson, à qui il fait référence dans le tweet, est un artiste Haïda bien connu.