Tribune

Marché noir : coup de froid sur les fours

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Concurrencés par les livraisons à domicile prises via WhatsApp ou Signal, sérieusement pénalisés par la pandémie,  les ventes de weed en points fixes perdent du terrain. À l’heure des packaging collectors, des livreurs branchés sur tous les réseaux sociaux et d’un service plus rapide que Deliveroo , les « fours » sont de plus en plus délaissés. Enquête sur le déclin du street-deal.

La nuit, la ligne 4 du métro est désormais animée de son charme du vintage … et l’indisponibilité de mes livreurs. Je descends à la station Simplon dans le 18ème. Le point de vente est à 200 mètres. Ils sont trois dans la rue, mais n’ont plus rien. Direction le terrain central (ou four, dans le jargon) à 20 minutes à pied. Le trajet est étonnamment bien balisé. Un premier guetteur nous indique un trou dans le mur qui donne sur un parking aux lampadaires cassés. Le seul endroit éclairé est un hall d’immeuble où sont assis une dizaine de personnes.

« Seuls les clients montent ». 6 étages, je laisse mon pote y aller. Il y a un monde fou pour un jeudi soir : je regrette presque le métro en heure de pointe. C’est une vraie industrie qui tourne « 24 sur 24, 7 jours 7 » : guetteur, vendeurs, gérants pour une centaine de clients par jour. Impossible de différencier les uns des autres. Surpris, je me retrouve à indiquer un étage à des acheteurs.

La livraison à domicile, secteur en plein essor

La livraison à domicile n’est pas un phénomène nouveau mais il a connu une nette  augmentation depuis 2012. Soit la restructuration d’un secteur qui s’adapte et achève sa transformation digitale en empruntant tous les codes du marketing (promotion des clients fidèles, centre d’appel pour répartir les livreurs, estimation du temps de trajet, pubs régulières et relances – avec des photos parfois dignes de L’Oréal -, sans parler des emballages de plus en plus attractifs. Preuve en est la campagne de communication sous l’égérie du rappeur Mister You qui vendait la qualité du produit sur une vidéo Snapchat.

Le coup de grâce pour les « terrains » ?

L’affaiblissement des fours par les opérations de polices et le développement de ces nouvelles techniques de vente transforme le marché : le « démantèlement de points de vente a poussé les dealers à aller à la rencontre des clients » précise une publication Tendance de 2016.

Les clients sont en effet réticents à « s’exposer » en allant sur place (contrôle de police, qualité aléatoire du produit…). Le luxe du cocooning bedo/série a de quoi attirer ! Bien qu’il faille pour cela consentir à acheter au minimum pour 50€. Création d’une nouvelle fracture socio-économique ? Les clients ne pouvant pas se permettre de mettre autant constituent un public pour les terrains et explique leur maintien.

Malgré tout, la pandémie et le confinement ont donné le coup de grâce aux pratiques des fours alors que l’Office anti-stupéfiants a constaté « un recours massif aux réseaux sociaux ». L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies s’est par ailleurs alarmé des conséquences sur le long terme de la pandémie et du risque de « renforcer la dématérialisation des marchés de drogues ».

Elliot

Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ?

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Alors que la PMA a été adoptée et que le taux de natalité repart à la hausse, nombre de mouvements  militent pour une réduction de la fécondité afin d’alléger notre bilan environnemental. L’argument est implacable à la vue de  l’emprunte écologie de bébé puis de sa descendance. Sauf si les parents sont bien élevés.

La rentrée littéraire du printemps a résonné d’un cri oublié : « un enfant quand je veux, si je veux ». Lancé dans les premières heures du féminisme français, ce slogan est aujourd’hui repris par Chloé Chaudet. Avec J’ai décidé de ne pas être mère, la professeure de littérature dénonce la pression sociale qui s’exerce sur les femmes françaises ayant volontairement renoncé à la maternité. Le sujet n’a rien d’anecdotique.
En France, une étude de l’Inserm et de l’Ined (certes de 2010) estime à 5% le nombre de femmes qui, en âge de procréer, n’ont pas de désir d’enfant. Avec des  raisons pour cela : ne pas sacrifier sa carrière professionnelle, se soustraire aux canons de la bourgeoisie (dans les pas de Simone de Beauvoir), vivre sa vie sans entraves, manquer d’argent.

Humanité trop nombreuse ?

Pour d’autres, c’est un choix politique. L’Humanité serait déjà trop nombreuse pour la Planète, disent-elles. L’empreinte carbone du bébé serait désastreuse. Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, des associations, comme Conceivable Future, Population Matters ou BirthStrike professent la grève de l’utérus pour alléger notre futur bilan environnemental. Un tiers des jeunes Américains (filles et garçons confondus) se sentiraient proches de ces mouvements de pensée, indiquent plusieurs études. On les appelle les Ginks : Green Incitation, No Kids — engagement écologiste, pas d’enfant.
Au fond, les Ginks ne manquent pas d’arguments. Une étude américaine a établi, en 2017, à 58 tonnes de CO2 par an les émissions d’un bébé de pays riche : soit 5 années d’émission d’un Français adulte !

Très chères « alloc » ?

Et puis, un bébé ça coûte cher. En France, les « soutiens à la famille » consomment l’équivalent de 3,7% du PIB, rappelle un rapport de la Cour des comptes française. Ce qui fait flirter l’addition avec les 100 milliards d’euros par an : le double du budget 2022 du ministère de la transition écologique.
Sans compter qu’on peut aussi s’interroger sur la capacité procréatrice des jeunes. Un sondage réalisé, dans 10 pays, auprès de 10.000 adolescents et jeunes adultes témoigne d’une effrayante éco-anxiété : 59% se disent très inquiets des effets du changement climatique, plus d’un sur deux avoue être en colère, triste, anxieux. Plus de 45% estiment que le réchauffement affectera leur vie. De là à en déduire que devenir maman et papa c’est trop de responsabilité écologique, il n’y a qu’un pas …
J’écris, j’écris et je me rends compte que je ne réponds pas à la question initiale : Bébé est-il une plaie environnementale ? Nous avons déjà injecté dans l’atmosphère suffisamment de gaz à effet de serre pour réchauffer le climat de plus de 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Collectivement, nous avons échoué à stabiliser le réchauffement à un niveau peu dangereux pour nos sociétés.

Les vertus du « nurse-in » ?

L’urgence n’est donc pas tant de s’interroger sur le nombre d’enfants que compteront les familles des pays du Nord mais de pousser nos gouvernements à décarboner nos sociétés.
Il y a deux ans, les activistes britanniques d’Extinction Rebellion ont mis en première ligne de leurs manifestations pro-climat des centaines de mères allaitantes avec leur bébé. Ce premier « nurse-in » a eu un grand retentissement médiatique, outre-Manche. Mais pas seulement.
Depuis, le gouvernement de Boris Johnson s’est engagé à réduire de 78% les émissions britanniques entre 1990 et 2035. Un record pour un pays industrialisé. Les bébés sont peut-être de gros émetteurs de CO2, ils ont aussi, sans le savoir, le pouvoir de modeler leur avenir.

Jadot 2022 : un programme qui manque de souffle?

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Le candidat des écologistes à la présidentielle décline son programme. Verdict : pas de surprise, peu d’ambition. Et zéro envie.

Yannick Jadot ne perd pas de temps. Sitôt désigné candidat à la présidentielle par la primaire des écologistes, le député européen défouraille son programme. Dans un long entretien accordé au Journal du dimanche, l’ancien directeur des campagnes de Greenpeace-France multiplie les propositions dans le domaine du social, des institutions, de l’économie. Il y glisse même quelques idées écologistes. Ma rubrique étant teintée de vert, je me consacre à ce chapitre.

D’entrée de jeu, le Picard promet d’éradiquer l’élevage industriel. Bonne idée, a priori. A ceci près que remettre dehors veaux, vaches, cochons nécessite de trouver des terres supplémentaires. Et pas qu’un peu ! La réglementation sur le « plein air » impose 4 m2 par poule. Les paysans français élèvent chaque année 40 millions de poules. Les faire vivre outdoor nécessite de trouver 16.000 hectares de terrains. Pas gagné. D’autant qu’il faudra aussi trouver des terrains supplémentaires pour les canards, les oies, les bovins, les caprins, les cochons, les dindes, les cailles, les lapins. Pas gagné en période de déprise agricole. Mais là, pas de proposition concrète du candidat vert.

Pour qui l’argent public ?

Les lobbys ? Yannick Jadot veut les « extirper » de l’économie française. Certes, mais nul ne sait comment. Alors bien sûr, « chaque euro d’argent public sera conditionné à la protection de l’environnement ». Mais entre un fabricant de batterie de véhicule électrique et un importateur de panneaux solaires chinois, qui le protège le mieux ?

A propos de sous, l’ancien porte-parole de l’Alliance pour la planète promet un programme d’investissement public de 50 milliards d’euros par an, dont la moitié sera consacrée « à la reconstruction ». On n’en sait pas beaucoup plus. Ce que nous dit, en revanche, l’institut pour l’économie du carbone (I4CE), c’est que pour atteindre les objectifs de décarbonation que nous nous sommes fixés, nous devons investir de 65 à 74 milliards d’euros par an. Faudra trouver un petit peu plus de sous, monsieur Yannick.

Un ISF climatique

Le tombeur de Sandrine Rousseau veut avancer de 10 ans (2030 donc)  l’interdiction de vente de voitures à moteur thermique. Génial ! Surtout si les industriels tricolores produisent des batteries « 100% recyclables ». Sauf que, sur la trentaine de gigafactories en train de sortir de terre en Europe, seules deux sont situées dans l’Hexagone. Ce ne sera pas facile de convaincre leurs concurrentes de passer à l’économie circulaire. Mais on peut essayer.

La taxe carbone est appelée à repartir à la hausse, semble-t-il. Sans qu’on sache très bien comment le président Jadot évitera de rallumer le mouvement des Gilets jaunes. Seule promesse : « nous ne laisserons personne au bord de la route ». Quoi qu’il en coûte ? Il faudra alors que l’impôt sur la fortune climatique (c’est prévu !) taxe très lourdement les riches émetteurs de gaz à effet de serre pour que la mesure soit socialement indolore. Rappelons que pour être efficace, la taxe carbone devrait atteindre 250 € la tonne de CO2 émise. Soit 5 fois le niveau actuel.

Gaspillages énergétiques ?

A propos de carbone, le candidat écologiste propose de rendre gratuits les premiers kWh d’électricité et les premiers m3 de gaz naturel. Ce qui n’est pas une mesure favorable aux économies d’énergie, ni aux finances d’EDF et d’Engie dont l’Etat est un gros actionnaire. Gaspillage d’énergie et d’argent public ?
Refrain incontournable d’un écolo : la sortie du nucléaire. Le Jadot 2022 la promet pour 2042. Soit. Mais que faire des millions de tonnes de déchets nucléaires que génèrera le démantèlement de 58, réacteurs si l’on ne peut les mettre quelque part ? Car Yannick Jadot le dit depuis longtemps : « l’enfouissement des déchets nucléaires : ni à Bure ni ailleurs ».

On ne va pas se mentir comme dirait Nicolas Hulot. Le programme environnement de Jadot est truffé de promesses intenables. Comme le sera celui de tous les programmes des candidats déclarés ou à venir.
Ce qui manque, c’est un souffle, un récit, une ambition. Le géant vert ne donne pas (encore ?) l’impression qu’il est celui qui fera entrer la France dans le siècle de l’écologie sociale. Il a encore six mois pour me faire mentir.

Cinéma Bonne Définition

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Hugo a troqué sa weed pour du CBD. Un changement de dimension qui a radicalement changé son rapport au cinéma. Témoignage.

Que ce soit bien clair : si la transition de la weed qui défonce à celle qui défonce pas est une révolution dans ma vie, les fondamentaux perdurent. Depuis, j’apprécie un peu plus chaque jour les choses que je faisais déjà avant, et c’est pour ça que ce changement est si important, si délectable. J’aime le cinéma (wow), et si aimer c’est respecter, disons que depuis que je suis au CBD, j’aime mieux.

Aimer et le cinéma et la weed, c’est s’engager dans une relation toxique. Deux êtres incompatibles qui semblent aller si bien ensemble, c’est frustrant. Mais on aime, alors on ne compte pas. On continue d’essayer, on est parfois heureux, souvent déçu, on s’accroche. On ne va pas en vouloir à un stoner cinéphile de stagner dans un bain d’illusions.

Face à un film, sous THC, l’esprit divague, rebondit d’une pensée à l’autre, dessinant des connexions hasardeuses, mais surtout, il oublie. C’est bien joli de se réveiller un matin en se souvenant d’avoir vu un film là veille, du titre et des acteurs principaux si on est chanceux, mais à quoi bon accorder deux heures de sa courte vie au septième art si c’est pour ne rien retenir du propos, de l’intrigue, du sens ? Je ne parle pas là des films qui ne servent qu’à divertir, ça ne sert à rien de se rappeler de ce qu’a foutu Iron Man ou du modèle des pneus qui crissent dans Fast & Furious. Ni de ces séries vues mille fois qui ne sont qu’un canapé pour cerveau, histoire que ce dernier ne jalouse pas notre corps affalé. Regarder Friends en étant complètement défoncé, c’est okay. Ross et Rachel seront toujours là, et comprendre leur affaire n’est pas bien compliqué.

Je parle plutôt des films de cinéma que regarder demande un effort volontaire, une motivation affirmée, à une époque où tout ce qui n’est pas rapide et immédiat semble difficile. Les films d’auteur ou les grands classiques qu’on sait qu’on doit voir un jour ou l’autre, car sinon pourquoi traînent-ils depuis trois ans dans une note tapotée sur téléphone le jour où on a décidé qu’on allait devenir un esprit éclairé ? Ces films sont comme les bonnes résolutions de la nouvelle année, tentants sur le principe, mais pas évidents à mettre en pratique.

Néanmoins, parfois, on se lance. Entreprise à laquelle l’effet de la weed peut contribuer, appuyant ce désir d’éveil intellectuel, d’expansion des horizons, d’ouverture des shakras — appelez ça comme vous voulez, roulez des joints aussi chargés que vous le souhaitez. Mieux encore, avec le THC, l’interprétation des images mouvantes peut donner lieux à des découvertes fascinantes, à des théories révolutionnaires, à des révélations avoisinant la tachycardie cérébrale. Comment aurais-je, sans weed, compris que Chicken Run était bien plus qu’une histoire de poulets, mais une métaphore édifiante des camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale ? Peut-être est-ce trop facile. Mais j’ai aussi compris Mulholland Drive et, plus récemment, Tenet. Si, si, je vous assure. En revanche, la clef de ces films-puzzle, je l’ai déjà oubliée.

En gros, de mes séances cinéma sous THC, je me souviens d’avoir oublié. Depuis que je suis passé au CBD, je regarde toujours autant de films, j’éprouve le même petit plaisir à fumer de l’herbe en même temps, seul ou accompagné, et je me souviens de tout. C’est une nouvelle épiphanie, nourriture intellectuelle d’autant plus savoureuse que ses nuances perdurent en tête. Chaque impression produite par un film informe informe la précédente, et c’est une passion pour le cinéma qui renaît.

Les cinéastes se donnent beaucoup de mal pour nous offrir ces images que personne ne leur a demandé, et ils ne le font sûrement pas pour un public qui baigne dans un état second. Tout ce qu’ils nous demandent vraiment, c’est d’être attentif à leur travail. Ce que fumer du THC menace là où le CBD ne change rien. L’esprit est tout entier disponible à l’oeuvre cinématographique, il ne s’agit plus de faire passer le temps, mais de le mettre à profit pour grandir un peu dans sa tête. Le CBD détend les muscles : tant mieux. On est mieux installé dans son fauteuil ou dans son lit. Au-delà de ça, il permet de perpétuer sans encombre un rituel qui m’est aussi cher que les films. Le cinéma est une illusion de la réalité, et le THC donne l’illusion de la comprendre. Ça fait trop d’illusions. Si on aime le cinéma, on se doit de lui donner la priorité. C’est ce que le CBD lui accorde.

Hugo.

« J’ai troqué ma weed pour du CBD »

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Grand fumeur de joints devant l’Eternel, Hugo a troqué son THC pour du CBD. Et il en est ravi. Témoignage.

A l’époque où j’ai commencé à fumer, il n’y avait à Paris que de la weed. Le THC, c’était trois consonnes que les intervenants de la brigade des stup’ essayaient d’inscrire dans nos têtes de collégiens, et le CBD, ça n’existait pas. J’avais 14 ans et une boulette de shit dénichée dans un tiroir du bureau de mon père. Je cherchais de l’argent, mais ma trouvaille avait beaucoup plus de valeur : j’allais pouvoir être un rebelle aux yeux de mes potes avec un truc qui n’allait pas me tuer — mes parents avaient du shit et une vie stable, une santé bonne, pourquoi pas moi ?

Au lycée, les occasions de fumer se sont multipliées avec les journées dans les parcs, les recoins des quais de Seine ou d’obscures ruelles, les soirées dans les appartements. A la fac, ayant quitté le foyer familial, c’était plus d’occasions dont il était question, mais de fumer ou ne pas fumer. J’étais libre, je pouvais faire ce que je voulais. Alors j’ai fait ce que je voulais. D’année en année, ma consommation a augmenté avec ma liberté, et, dans toute mon indépendance, j’étais devenu dépendant. Il n’y avait plus de choix, plus de question, fumer était devenu plus qu’une habitude, une évidence. Quand on fait quelque chose tous les jours pendant dix ans, on se demande ce qu’on pourrait bien faire d’autre. A part ne pas le faire.

Alors, il y a quatre mois, je me suis lancé dans l’aventure. Arrêter m’a vite rappelé à quoi la weed me servait. Avec elle, pas d’impatiences, pas de pensées tourbillonnantes, pas d’insomnies, pas de crises d’angoisse. Les symptômes du sevrage, m’a expliqué un spécialiste chez qui j’étais allé étaler mon désarroi. Avant qu’il me conseille d’en prendre, je pensais que le CBD était le summum de l’inutilité, un coup marketing pour des ados influençables et peureux. Suivant les conseils de l’expert, j’ai acheté dans une des très nombreuses boutiques de CBD de Paris un flacon d’huile de CBD. « 20% pour commencer, et si c’est pas assez, tu reviens, je te mets un 30% ». Chaleureuse, cette façon de garder un peu du parler des dealers. On m’a recommandé cinq gouttes sous la langue trois fois par jour, si bien que je me baladais partout avec mon petit flacon qui ressemblait drôlement à une tétine. Quelques semaines plus tard, je regardais la petite tétine avec des yeux reconnaissants. Placébo ou non, je m’en foutais, je dormais huit heures par nuit, avait troqué contre les crises d’angoisse le niveau d’anxiété normal et réconfortant d’un Parisien lambda, et le THC devenait de l’histoire ancienne. Se voir changer grâce à un effort qu’on fait consciemment tous les jours, c’est comme prendre du muscle en allant à la salle, c’est gratifiant.

Aujourd’hui, c’est des mois qui sont passés, et le lointain souvenir des joints qui m’assommaient ne me manque plus du tout. Le plaisir de fumer de l’herbe, en revanche, oui. Mais la bonne nouvelle, c’est que maintenant que je suis capable de passer des journées sans ma tétine d’huile de CBD, je fume de temps en temps cette herbe qui ne défonce pas. Le joint de CBD que j’ai roulé de mes mains expertes ressemble à ceux que j’ai fumés de mes 14 à 24 ans : la taille, la forme, l’odeur, le goût. Une ressemblance de surface, mais justement un peu de légèreté ça fait du bien. Outre le fait de m’avoir aidé à retrouver une stabilité mentale et émotionnelle, la consommation de CBD s’est accompagnée chez moi d’autres changements réjouissants. C’est incroyable, mais maintenant, je fais du sport tous les deux jours, je me souviens intégralement des films que je regarde et des livres que je lis, je n’ai plus jamais raté une soirée à cause d’une angoisse sociale maquillée en paresse, et à ces soirées, je parle. Tant d’avantages d’une bienheureuse transition que je vous raconterai plus en détails dans les épisodes à venir de cette chronique fumeuse.

Hugo

Génération Z comme Zeweed

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Le XXème siècle était celui de la dérégulation du capitalisme, du frigidaire et des micro-ondes, le XXIème est, et sera celui des éboueurs.

Le Contrat d’Ignorance

L’intelligence et la bêtise sont deux faces d’une même pièce, et si l’on peut se pâmer d’avoir inventé la 5G, mis le pied sur la Lune, et fait la gloire des Kardashians, on omet volontairement le contrat d’ignorance que le « progrès » implique. Pendant des décennies l’humanité a choisi de voir le monde qui l’accueille et ceux qui l’habitent comme une ressource inépuisable dont elle s’est arrogée le droit de vie et de mort, en fermant les yeux sur l’horreur que ce système suppose. Le jambon arrive tout cuit tout rose dans le rayon du supermarché. Un vol Paris-Lisbonne coûte moins cher qu’un dîner au restaurant. On déboulonne des statues au nom de la honte de l’esclavagisme mais on le fait un Iphone dans la main, des Nikes au pieds et une veste Zara sur les épaules, à la fois consommateurs et citoyens, dénonciateurs et complices.
C’est ça le contrat d’ignorance.Constamment distraits, on ne prend plus le temps de la nuance et de la perspective, on refuse de penser au niveau de confort dont une société doit jouir pour qu’un dirigeant politique puisse oser faire la guerre à la mort. Ce délire de surpuissance qui transforme les laboratoires pharmaceutiques en héros des temps modernes est le prolongement logique de la promesse du capitalisme déchainé.

Une fois que nous vous aurons vendu le bonheur, nous vous expliquerons comment en profiter pour l’éternité, et si vous avez besoin d’autre chose, mettons de liberté, ne vous inquiétez surtout pas, nous vous apprendrons à vous en passer.

Le Capital Jeunesse

Il a fallu peu de temps pour qu’on s’endette, comme toujours, au nom de nos enfants pour nos problèmes d’adultes. « Quoi qu’il en coûte »… Facile à dire quand ce n’est pas toi qui payes. Ce sont les mêmes personnes qui ont passé soixante-dix ans à jeter leurs canettes dans la mer en se disant que ce n’était pas leur problème, pour qui nous sacrifions sans hésitation et sans concertation l’avenir de toute la jeunesse.
Une génération entière qui nous laisse en héritage la responsabilité de toutes leurs erreurs, et bien sûr, le loisir de payer leurs dettes.
On pourrait s’attendre à une forme de déférence envers ceux qui ramassent vos déchets, mais non, ils ont trop pris l’habitude de ne pas voir les éboueurs. Surtout ne nous arrêtons pas en si bon chemin, du mépris à l’insulte il n’y a qu’un pas ; nous allons les rendre publiquement responsables du développement d’une épidémie mondiale, en leur expliquant, au passage, à quel point ils sont irresponsables et inutiles.

Ah ces jeunes, trop bons, trop cons…

Énergie Renouvelable et Constamment Renouvelée

Alors qu’on martèle l’urgence d’une politique économique et sociale de développement durable, on refuse de reconnaître l’énergie renouvelable et constamment renouvelée qu’est la force de création de travail et d’imagination de la jeunesse. Non, il faut les parquer, les infantiliser et leur faire croire qu’ils sont des héros en pantoufles parce qu’ils ne font plus que consommer et se distraire.
Si nous sommes en guerre pourquoi ne dit-on pas « les femmes et les enfants d’abord » ? Pourquoi se permet-on d’hypothéquer la jeunesse ?  Quelle crise, quelle révolution faudra-t-il pour que vous nous donniez la chance d’exister pour de vrai, et le respect que nous méritons tous, nous les garants de vos erreurs ?

L’Histoire ne sera pas tendre avec ceux qui ont tout pris et n’ont rien laissé, nous ne sommes riches que de ce que nous avons donné.

To legalize or not to legalize?

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Alors que les élections présidentielles approchent en France, la question de la légalisation du cannabis s’invite dans le débat. Si les pays ayant mis fin à la prohibition de l’herbe affichent un bilan positif et que le marché du cannabis est en pleine explosion, la position des pouvoirs publique reste de faire dans la repression, sans donner de signe d’ouverture.

La France est non seulement le premier consommateur de cannabis d’Europe, avec un marché évalué par l’OFDT à plus de 3,24 milliards d’euros de revenus par an, mais aussi le premier pays producteur de chanvre d’Europe avec 35% des surfaces européennes cultivées en chanvre. Un cadeau du ciel pour les consommateurs, les entrepreneurs et l’État : la plus grande offre et la plus grande demande de cannabis sur le même territoire d’Europe… Et pourtant, les gouvernements successifs, s’ils ne rechignent pas à en débattre, refusent d’autoriser la production et la vente de fleurs de chanvre françaises.

Alors que l’État de New York vient de légaliser son usage récréatif et que le cannabis canadien légal fête ses deux ans, voyons comment se portent nos amis d’Amérique du Nord… Au Québec où la vente de cannabis est nationalisée, sous la forme des dispensaires de la SQDC, le gouvernement du Québec a encaissé 103 millions de dollars en 18 mois, dont il a reversé 20 millions aux municipalités. Le nombre de fumeurs n’a pas explosé mais augmenté de seulement 2%. Aux Etats-Unis, le marché du cannabis, alors qu’il n’est pas autorisé sur tout le territoire serait estimé à plus de 70 milliards de dollars en 2021. Ça fait quand même un peu réfléchir…

Une crise économique et sociale sans précédent se profile à l’horizon. Dans ce contexte, l’ouverture d’un nouveau marché très prometteur, qui crée de l’emploi (qualifié et non qualifié) et rapporte autant d’argent à l’État, tout en permettant d’assener un coup furieux au marché noir et à la criminalité qui l’entoure, n’est pas une mesure qu’on peut balayer avec indifférence.

Les français attendent des candidats qu’ils s’emparent de la thématique et prennent position, à l’instar des citoyens qui ont répondu très clairement à la consultation nationale lancée par le gouvernement avec un écrasant 80,8% de répondants favorables la légalisation du cannabis récréatif. Je ne crois pas qu’un politique, de quel bord soit-il, puisse passer à côté de 80% des électeurs, dont certains ne voteraient probablement pas si cette question n’était pas abordée (on rappelle que le taux d’abstention des dernières élections présidentielles était de 25% soit un quart des votants).

On peut imaginer que la question de la légalisation du cannabis en France devienne un des axes centraux des prochaines présidentielles, voire même qu’elle prenne la forme d’un référendum (qui ferait du bien aux français qui ressentent plus que jamais le fossé entre eux et leurs élus).

Tribune: La Morning Routine du Révolutionnaire

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Le révolutionnaire a lui aussi sa morning routine, ses petites habitudes reconnaissables qui le rendent humain et accessible. S’il ne commence pas sa journée en sirotant un champagne gourmant (une coupe de Blanc de Blanc et deux traits de blanche neige) il doit bien trouver quelque part l’énergie d’éclater le régime établi. À la fois simple et essentiel, il est finalement le rejeton de son siècle, ce John le Conquérant…

Réveil 8h30. On ne saurait se lever avant Lord Soleil. Assis au bord de son lit, le révolutionnaire se gratte les yeux en pensant à tout le mal qu’on lui fait. Oh Marie, si tu savais… Après un café bien mérité et une claque sur les fesses de l’oreiller, il se dirige, princier, vers la douche qui lavera ses péchés d’hier et lui fera le poil luisant. Parce que nous ne sommes pas tous des sauvages, n’en déplaise à Robespierre. Alors assis sous le flot incessant de l’eau chaude et souffrant la volupté rythmée et discrète d’un gel douche Bio sans savon au Ph neutre, il refait son monde.

 Il soigne ses longs cheveux, apanage indispensable de tout révolté, avec l’attention et la tendresse d’un homme pour ses chien. En l’occurence deux golden retriver qu’il siffle en aboyant leurs noms: Karl et Max. Véritable Samson des temps modernes, il ne sort pas de chez lui sans avoir peaufiné sa crinière. Cette toison, signe extérieur de richesse capillaire a  toujours été pour lui symbole de liberté. Voire d’insolence, comme une petite pique en bouclette à ces normes irritantes. Un petit pas pileux  pour la cause contestataire,  un grand pas pour celle du hair conditionner.

Une fois sorti de la douche, il observe dans le miroir le reflet de l’homme révolté. Pas mal pour un mardi… On se brosse les dents, on vogue un peu sur les réseaux assis sur un trône de fortune en récitant sa prière matinale « café, clope c… » avant de se tartiner de crème au CBD. A défaut de balancer sur les porcs, on s’hydrate les siens, de pores.

Tout beau, tout propre, il ouvre la fenêtre et déguste son deuxième café. Il ne faudrait pas manquer de caféine tant la semaine s’annonce sportive (il paraît que Macron va reconfiner) … Il allume la radio, histoire de se tendre les nerfs, juste le temps d’écouter les spécialistes lui démontrer par A+B qu’il n’est pas essentiel et qu’il ferait mieux de rester chez lui à regarder BFMTV, une main droite dans le froc et la gauche sur la télécommande. N’est pas un héros moderne et révolutionnaire qui veut. Il leur remplirait bien le bide d’essence frelatée,  à ces spécialistes cathodisées… mais chaque chose en son temps: d’abord un petit pet’ de CBD.

Nul besoin visiblement d’être un trou du cul pour sortir de la merde: encore une annonce débile du gouvernement en boucle à la télé. J’en connais un qui va pouvoir se tailler sa réélection en pointe. Allez, c’est l’heure d’aller gueuler, ceux qui vont sourire vous saluent.
Toutes mes plus sincères.
Signé de ceux que l’on entend jamais mais qui ont tout perdu.