Réchauffement Climatique

Circuit court : quand le CO2 rejeté par les brasseries alimente les plantations de cannabis

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L’un des principaux producteurs de weed du Colorado nourrit ses plants avec du gaz carbonique produit par une brasserie voisine. Un partenariat bon pour les deux entreprises comme pour le climat.

Avouons-le : le CO2 n’a pas bonne presse. Même dans les colonnes virtuelles de Ze Weed. Il faut dire que ce composant essentiel de notre atmosphère a une fâcheuse tendance à l’embonpoint. Il fait l’important. Et cela produit quelques étincelles climatiques.
Pourtant, ce gaz carbonique est vital. Les plantes chlorophylliennes, comme le … cannabis, le consomment pour se nourrir. Celles et ceux qui agrémentent leur intérieur de jolies plantations clandestines connaissent bien le sujet : comment injecter suffisamment de CO2 dans le placard avant la floraison ? Le même problème se pose aux cultivateurs professionnels, mais en plus gros. Faute de solution, nombre d’entre eux engraissent des producteurs de gaz industriels pour sécuriser l’approvisionnement de leurs plants sous serre en dioxyde de carbone.

 Un deal bière-chanvre

Dit autrement, les serristes paient cher un gaz dont certaines entreprises cherchent à se débarrasser. Il y a là un terreau fertile pour la conclusion d’un deal ! C’est précisément ce qu’ont fait, cet été, les dirigeants du producteur de weed The Clinic et de Denver Beer Co, un brasseur de Denver (Colorado).
Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de cet accord, plongeons-nous dans les affres de la fabrication de la bière. L’une des principales étapes de sa production est la fermentation, opération durant laquelle des levures vont transformer le moût en liquide plus ou moins buvable. A cette occasion, les micro-organismes produisent de l’alcool, des arômes et du … CO2 (4 kg/hectolitre). Les brasseurs industriels captent et réutilisent dans leur procédé les trois quarts du dioxyde de carbone ainsi généré. Le surplus finit généralement dans l’atmosphère.

Allègement du bilan carbone

Après plusieurs mois d’expérimentation, les deux compagnies ont finalement trouvé un terrain d’entente. Denver Beer capte et stocke son gaz carbonique superflu dans un réservoir en inox. Il est ensuite transporté à 10 km de là pour être vaporisé dans les serres de The Clinic, qui réduit ainsi de 15 % ses coûts de production. Ce faisant, le brasseur allège d’une cinquantaine de tonnes par de CO2 son bilan carbone annuel. Il en profite pour faire un petit bénéfice en revendant, à petit prix, son coproduit carboné à son nouveau partenaire..
Soutenue par l’Etat du Colorado (qui entend réduire de moitié ses émissions carbonées entre 2005 et 2030), l’opération pourrait susciter bien des vocations. Amy George, la PDG d’Earthly Labs, la start-up texane qui a conçu le système de captage du carbone, estime que l’on pourrait ainsi valoriser un milliard de tonnes de CO2 par an : l’équivalent de 20 % des émissions US annuelles. Pas si mal, comme recyclage.

 

Ecologie et cannabis: à quand l’herbe verte?

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En chambre, en serre ou en champs, la culture de cannabis est rarement compatible avec des objectifs de développement durable. Heureusement, des solutions existent pour réconcilier la belle herbe avec la nature.

Ce n’est pas parce que la culture du cannabis se légalise petit à petit qu’il faut faire n’importe quoi.
Or, force est de constater que de nombreuses plantations, indoor ou outdoor sont de véritables insultes à l’environnement et au climat réunis.
Sous serre, en terre ou au fond d’un placard, les cultures intérieures sont d’abord énergivores. L’usage démesuré de lampes à incandescence à forte puissance engloutit des volumes astronomiques d’électrons : de 4 000 à 6 000 kWh par kilo d’herbe produite. A cela, s’ajoutent les ventilateurs, systèmes d’extraction d’air, pompes, automates, etc.

Du CO2 par millions de tonnes

Selon certaines estimations, la demande des plantations US de cannabis flirte avec le 1% de la production américaine d’électricité : autant que le réseau informatique mondial du Bitcoin. Rapporté à l’intensité carbone du secteur électrique américain, cela représente une trentaine de millions de tonnes de CO2 par an expédié dans l’atmosphère. Pas négligeable. Amatrice de chaleur, Marie Jeanne est aussi une grande buveuse devant l’éternel. Dans certaines plantations californiennes, il faut compter 1 800 litres d’eau pour passer de la graine au plant prêt à être récolté.

Plastique partout, recyclage nulle part

Bien évidemment, tous les cultivateurs n’ont pas encore découvert les joies de l’agriculture biologique. Or, la culture industrielle de weed peut se révéler gourmandes en pesticides. Plus ou moins toxiques, ces petites molécules se retrouvent dans la fumée inhalée par les consommateurs et dans les eaux d’écoulement des cultures. De quoi se fâcher tout vert avec les protecteurs de la biodiversité. Et avec les usagers. Ce n’est pas tout.

11e plaie d’Egypte

Pour éviter tout relâchement d’odeurs et toute utilisation malencontreuse par les enfants, les autorités nord-Américaines obligent les producteurs de weed à empaqueter leurs produits dans des emballages à usage unique, opaques et résistants au déchirement. Réalisés avec plusieurs couches de matériaux, ces emballages sont impossibles à recycler et ne se dégradent qu’en plusieurs siècles.

Circuit fermé ou hydroponie

Telle quelle, la production d’herbe apparaît comme la 11e plaie d’Egypte. Ce n’est pas une fatalité. Certains industriels ont conçu des serres équipées de systèmes de filtration d’air et de circuit fermé d’eau. L’eau en surplus est collectée, filtrée et stockée, en attendant d’être à nouveau pulvérisée sur les plants. On peut aussi opter pour des techniques hydroponiques, sans terre, et dont la consommation en eau est de 90% inférieure à celles des techniques culturales traditionnelles.

Halte aux lampes à décharge

Difficile de se passer de lumière et de chaleur. Mais l’ont peut remplacer les très efficaces lampes à vapeur de sodium haute pression par des diodes électroniques (Led), dont les performances énergétiques (et agronomiques) ne cessent de croitre. Avec de sérieuses économies d’électricité à la clé. Reste à régler la gestion des déchets électroniques inhérents à l’utilisation des Led.

L’avenir est au large

Quid de l’emballage ? Sujet difficile, tant il est tributaire des législations nationales, voire locales. Certaines entreprises, telle la Californienne Ocean Cannabis fait réaliser ses emballages en plastiques récupérés dans l’océan et recyclé. Les emballages proposés par Sana Packaging sont réalisés en chanvre ou en plastique recyclé. En France, Terracycle produit, elle aussi, des plastiques avec des déchets collectés sur les plages.

Comment les cannabiculteurs californiens s’adaptent au feu du réchauffement

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L’allongement de la saison des feux dans l’Ouest américain oblige les planteurs à s’adapter pour protéger leurs plantations.

On dit souvent des forêts méditerranéennes qu’elles ont besoin du feu pour vivre. C’est, en partie vrai. Certaines variétés de résineux profitent des incendies. Les flammes éradiquent leurs concurrents et font éclater les pignes, répandant aux alentours les graines qui coloniseront l’espace brûlé.
Dans l’Ouest américain, les planteurs de cannabis ne profitent pas des incendies : ils les subissent. Et doivent désormais s’adapter à cette nouvelle donne climatique. En réchauffant le climat de la Californie, notamment, le changement climatique a réduit les précipitations et accru les températures.

Un risque qui s’accroît

Déjà minée par l’urbanisation, la forêt y est plus fragile et brûle plus facilement. Dans les années 1970, la saison annuelle des incendies californiens durait 140 jours. Depuis le début du siècle, on approche des 230 jours par an. Selon les statistiques des pompiers californiens, 17 des 20 plus gros incendies répertoriés depuis le début du XXe siècle se sont produits entre 2003 et 2020.

Souvent installés dans des massifs forestiers ou en lisière de bois, les cannabiculteurs de Californie, de l’Oregon et de l’Etat de Washington commencent à s’adapter. En empruntant une technique simple aux gestionnaires de réseaux électriques : on éloigne la forêt.

Cordon sanitaire

A coup de tronçonneuses, ils établissent un cordon sanitaire entre les arbres et les plantations. Ce défrichement préventif évite ou ralentit la propagation des flammes. Lorsque le risque d’incendie est élevé, certains n’hésitent pas à réaliser des pare-feux d’une quinzaine de mètres de large tout autour de leur propriété. La sécurité y gagne ce que perd l’aménagement paysager.

Comme le font les forestiers dans certains pays méditerranéens, on dispose aussi des réserves d’eau aux quatre coins des exploitations. En cas d’incendie, la lutte contre les flammes sera ainsi plus rapide et donc plus efficace. Certaines plantations sont aussi équipées de sprinklers. La diffusion d’eau par microgouttelettes entrave la diffusion du feu et abaisse la température ambiante. Attention, toutefois, à disposer dans ce cas d’un générateur d’électricité de secours pour alimenter les pompes en cas de coupure de courant.

Sprinklers et jets d’eau

Last but not least : les planteurs dotent aussi les cheminées de leur ferme d’un chapeau en zinc. L’esthétique n’a rien à voir là-dedans. En coiffant ainsi leur cheminée, ils empêchent d’éventuelles retombées de brandons à l’intérieur de la maison : un risque d’incendie en moins.

Après le passage du feu, un impératif : laver les plants avec un jet d’eau. L’accumulation des cendres sur les feuilles peut favoriser la contamination des plants par des métaux lourds que l’on retrouverait dans les produits finis.

Faut-il manger des vaches pour lutter contre le réchauffement climatique?

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Jamais où on l’attend, le truculent et génial Michel Gondry a encore frappé. Cette fois pour nous parler de gaz à effet de serre et des flatulences éco-friendly des vaches à steak Burger King. Alors faut-il manger plus de bovins BK pour qu’ils pètent moins de méthane? N’avaler que des Wooper pour refroidir la planète ?

Si la réponse est non, Burger King a demandé à Michel Gondry de nous prouver le contraire.
Il s’agira donc dans cette campagne de vendre les faltulences vertes des vaches BK et nous dire que malbouffer, maintenant, c’est écolo-OK.
Comme si les vents de vaches étaient la seule problématique liée à l’élevage et abattage intensif.
C’est donc sur un air des plus entraînant que le géant du fast-food US veux nous faire avaler une viande que l’on viendrait presque à prendre pour du tofu, tout attendris que nous sommes par l’univers bucolico-kitch de Michel Gondry.

Dans le spot, nous trouverons des vaches, des arbres, des nuages, un gamin déguisé en cow-bow blanc et la citronnelle.
Et c’est là le message : les vaches qui broutent de la citronnelle pètent nettement moins que celles qui consomment du gazon conventionnel.

La chansonnette est poussé par Mason Ramsey, 10 ans et baby-star du Country-Yodel aux États-Unis avant de finir sur un « Puisque nous faisons partie du problème, nous nous efforçons de faire partie de la solution », pieusement livré en fin de spot.

Burger King annonce ainsi vouloir revoir en profondeur son impact environnemental. Cette révolution, BK  la voit passer par l’alimentation des ruminants qui finiront mâchés. Le prout qui cache la forêt de m…?

Second hic : les steaks servis dans les Burger King Canadiens et Européens ne proviendront pas de vaches nourries à la citronnelle. Seuls quelques hamburgers moins puants seront disponibles, à la carte, uniquement dans les BK de Los Angeles, Miami, Austin, New York et Portland.
Quant au réalisateur Michel Gondry, il est végétarien.

La Californie inaugure le marché du cannabis d’ AOC

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La Californie a crée des appellations d’origine de cannabis. Un moyen pour dynamiser le business. Et le protéger aussi des chaleurs du réchauffement.

Depuis longtemps, on la désigne sous le nom de son pays d’origine : l’Afghane, la Marocaine ou la Libanaise. Ces sobriquets ne garantissent aux usagers ni la provenance réelle de leur weed favorite, ni sa qualité. Les Californiens devraient faire évoluer les choses. Le gouverneur du Golden State vient d’approuver une proposition de loi originale. Entrée en vigueur en octobre, la loi 67 introduit, en effet, la notion d’appellation d’origine pour la production de cannabis.

Exit indoor
Appellation d’origine, comme pour le vin ? C’est bien l’idée des législateurs. Pour donner un avantage concurrentiel aux productions made in California, la loi impose au ministère local de l’agriculture et de l’alimentation de présenter rapidement un cahier des charges pour l’inscription de ces nouvelles AOC. Etant entendu qu’elles ne s’appliqueront qu’aux plantations de pleine terre. Les cultivateurs indoor peuvent repasser.

La victoire du terroir
Si le nom de ces futurs « climats », « châteaux » ou autres domaines n’est pas encore reconnu, l’intérêt de cette classification saute aux yeux des professionnels. D’abord, protéger la réputation des meilleures zones de production, à l’image des vignobles de la Santa Maria Valley ou des Hautes-Côtes-de-Nuits.
Les planteurs veulent aussi populariser une idée bien française : le terroir. Imaginée par les commerçants français du XIIIe siècle, cette subtile alliance de la terre, du climat et du savoir-faire de l’agriculteur est gage de qualité et de spécificité. Jadis méprisé par les viticulteurs américains, le concept fait son chemin dans la Napa Valley et chez les producteurs d’herbe.

Donner envie
Classifier les plantations, c’est aussi susciter l’envie chez les consommateurs de découvrir les propriétés, ceux qui les exploitent et leurs productions. Les planteurs californiens rêvent d’ouvrir les routes de l’herbe, calquées sur celles du vin. Pas idiot, si l’on garde en tête que 3 millions d’amateurs sillonnent celles qui mènent à la Napa Valley, la région viticole la plus connue de Californie.

Mendocino first ?
Nul doute que les premières appellations devraient émerger du côté de Mendocino, ravissant bourg maritime situé à 250 km au nord de San Francisco. A la tête de l’Origins Council, Genine Coleman bataille pour créer l’AOC Mendocino. Avec son équipe de cultivateurs, de juristes et de commerciaux, la planteuse et spécialiste des arts martiaux fourbit ses argumentaires, dont certains s’appuient d’ailleurs sur des arrêts du Conseil d’Etat … français.

Carbone et biodiversité
Dans son esprit, la notion de d’appellation d’origine cannabique doit, bien sûr, encadrer les pratiques, garantir la qualité des produits, contribuer à la notoriété des produits. Plus étonnamment, l’Origins Council estime aussi que la notion de terroir, fut-il cannabique, est une réponse au changement climatique. A condition, par exemple, que le cahier des charges de l’appellation impose des pratiques culturales qui favorisent le stockage du carbone dans le sol, préservent la biodiversité des microorganismes de la terre (ce qui améliore la résilience des cultures !) et réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Un postulat que les patrons de syndicats d’appellation vinicoles devraient reprendre à leur compte.

 

Climat : et si la vérité tombait du ciel ?

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L’espace se peuple de satellites traqueurs d’émission de gaz à effet de serre. Une activité favorable à la protection du climat et au développement du business.

Cela vous étonnera peut-être. Mais le sommet climatique onusien, qui s’est achevé le 13 novembre, a produit quelques résultats. Pas de quoi donner le sourire à Greta Thunberg, bien sûr. Mais de quoi donner quelques sueurs froides à 195 gouvernements.
L’ONU exige, en effet, que tous les pays ayant ratifié l’accord de Paris révisent leur politique climatique à 2030. Ripolinage interdit ! Il faudra démontrer, point par point, comment les 27 de l’UE, les USA, la Chine, l’Inde, tous ceux qui crachent du CO2 vont effectivement se mettre sur une trajectoire nous permettant, à (long) terme de stabiliser le réchauffement à +1,5 °C. Il y a le feu au lac. Car au rythme d’émission actuel, le thermomètre planétaire aura grimpé de 1,5°C d’ici à 2030.

Les inventaires sont faux

Encore deux choses. Nous placer sur la bonne trajectoire signifie réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre (Ges) en … 10 ans. Autre détail : les Etats ont encore un an pour revoir leur copie. Ça va chauffer dans les administrations !
L’un des points à surveiller sera les émissions nationales : la base de calcul de tout le reste. Or, en matière d’inventaire, une chose est certaine : les chiffres dont nous disposons sont … faux. Il y a des pays qui les maquillent, en oubliant qu’une bonne part de leur empreinte carbone est imputable aux industries qu’ils ont délocalisées.
Il y en a qui oublient, purement et simplement, de fournir la moindre estimation de leurs émissions polluantes. D’autres se contentent de publier une évaluation approximative quand bon leur chante. Sans gendarme, il y a peu de chance que la transparence se fasse. Mais ça, c’était avant.

Start-up canadienne et française

Depuis quelques mois, deux entreprises se positionnent sur le marché de la surveillance des émissions. Au Canada, GHGSat a lancé une constellation de trois micro satellite de télédétection. De la taille d’un four à micro ondes, Claire, Iris et Hugo détectent les émissions de méthane (un gaz à effet de serre invisible et 28 fois plus réchauffant que le CO2), en localisent la source et évaluent le flux. De vrais petits mouchards !
Son principal concurrent, Kayrros, fait peu ou prou la même chose. Mais en s’appuyant sur un plus grand nombre de satellites (dotés de plus de capteurs que les satellites canadiens), la start-up française chasse méthane et CO2. De quoi intéresser les scientifiques. Mais pas seulement.

Kayrros travaille de temps à autre pour des ONG. Objectif : dénoncer les industriels qui vidangent en douce leur gazoduc sans se soucier de leur impact sur le climat. Gazprom est coutumier du fait. Les écolos ne sont pas les seuls à vouloir mettre les Ges sous les feux de la rampe spatiale. De plus en plus, les traders font surveiller les entreprises dont ils convoitent les actions. Dans ce cas, les investisseurs s’assurent que les performances réelles des sites industriels concordent avec le discours de leurs dirigeants.
Balbutiant, le marché de la surveillance spatiale des émissions de Ges devrait connaître un véritable boom dans les prochains mois. Les grandes agences spatiales s’apprêtent à expédier des traqueurs de CO2 en orbite. Elles ne manqueront pas de clients !

Good Cop 26 ou bad Cop 26?

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Alors que le 26ème sommet climatique vient de s’achever et que je quitte Glasgow avec les quelques 250 autres journalistes accrédités, une question demande réponse: Au fait, c’est bon pour le climat, la COP ?

Peut-on évaluer l’efficacité climatique de la COP ? Pas simple. Mais on peut. Le résultat sera fonction de ce que l’on regarde. Si l’on se focalise sur l’empreinte carbone de la COP proprement dite, le gouvernement britannique — organisateur du sommet — a une réponse toute prête : la conférence sera … neutre en carbone.

Pour ce faire, l’administration de Boris Johnson a quantifié les émissions imputables aux voyages des 30 000 personnes accréditées, à leur nourriture pendant la quinzaine, aux déplacements qu’ils ont fait durant leur séjour. Au total, ce grand déplacement aurait généré 102 500 tonnes de gaz à effet de serre (Ges). Soit 10 000 fois votre bilan carbone perso annuel. Inévitables, ces rejets vont être « compensés » par l’achat de crédits carbone.

250 journalistes accrédités, dont votre serviteur.

Promesses en stock

D’accord. Et le reste ? La quinzaine a été ponctuée de très nombreux engagements. Des Etats ont promis de réduire d’un tiers leurs émissions de méthane (un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2), de protéger les forêts (qui absorbent et stockent le gaz carbonique), de baisser la consommation d’énergies fossiles, de développer la voiture électrique, etc. Toutes ces promesses contribuent-elles vraiment à notre bonheur climatique ?

Là encore, tout dépend de votre interlocuteur. Quelques jours avant l’ouverture du grand barnum de Glasgow, l’ONU avait évalué l’impact des politiques climatiques des Etats à 2030. Verdict : elles devraient contribuer à accroître de 13,7 % les émissions mondiales de Ges entre 2010 et 2030. Or, si nous voulons atteindre la neutralité carbone à la mitan du siècle (l’un des objectifs de l’accord de Paris), nous devons les réduire de 45 % durant la même période. De quoi nous emmener vers un réchauffement de +2,7°C à la fin du siècle.

De belles promesses faites durant cette 26ème Cop. Reste à espérer que les nations engagées ne s’en laveront pas les mains.

Evaluations à la chaîne

Durant la première semaine, l’Agence internationale de l’énergie a évalué les effets des nouveaux engagements, sensés compléter les politiques nationales. Les nouvelles sont meilleures. Si tous les engagements sont tenus dans la durée, le réchauffement pourrait être stabilisé à +1,8°C. C’est dans la fourchette fixée par les rédacteurs de l’Accord de Paris : entre +1,5°C et +2°C.

A la fin des deux semaines écossaises, le verdict est tombé. Climate Action Tracker (CAT) a sorti ses calculettes. Après quelques soirées de phosphoration intense, le réseau international de climatologues estime que, conjuguées aux politiques nationales les nouvelles promesses sont susceptibles de faire baisser nos émissions annoncées de 24 à 25 % par rapport au scénario d’octobre de l’ONU. C’est bien, mais très insuffisant. Selon CAT, il faudrait faire deux fois mieux pour nous placer sur une trajectoire nous permettant de stabiliser le réchauffement à +1,5°C. Rendez-vous, l’an prochain, à Sharm-El-Cheikh pour la prochaine COP et de nouvelles promesses.

COP 26 : ce que nous dit la composition des délégations

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La composition d’une délégation envoyée à une conférence des Nations unies pour le changement climatique (COP) est un impitoyable indicateur. Quatre jours après le démarrage de la session écossaise, l’ONU a publié la composition des équipes des parties présente. De quoi en déduire quelques priorités gouvernementales.

De notre envoyé spécial à Glasgow.

Pas moins de 198 chancelleries ont voulu envoyer des négociateurs. Toutes n’y sont pas parvenues. Faute de vaccins anti-Covid et de visa, les sièges de la Birmanie et de Kiribati restent vides. De même que ceux alloués à l’Afghanistan. Il sera dit que les membres du gouvernement taliban se soucient du climat comme de leur premier turban.

De l’autre côté du spectre, on ne peut qu’être étonné par l’importance des délégations brésilienne (479, record de cette COP !), de la République démocratique du Congo (373) et de la Russie (312). Par comparaison, les hôtes britanniques de la réunion n’alignent que 230 diplomates et experts, contre 197 pour la France et 165 pour les Etats-Unis.

Un sujet majeur de la COP lie particulièrement Brésil, Congo et Russie : les forêts. En protégeant leurs massifs des éleveurs et des tronçonneurs, ces trois pays entendent générer des crédits carbone qu’ils pourront revendre par la suite. Voici comment.

Le Congo, la  Russie et le Brésil au premier plan

Signé en 2015, l’accord de Paris (dont les règles d’application sont en cours de finalisation à Glasgow) ouvre la possibilité pour les pays riches en forêts de monétiser leurs capacités à stocker du carbone. En préservant ces puits de carbone, les gouvernements contribuent à réduire le stock de carbone présent dans l’atmosphère : une bonne chose pour le climat.
Ce bienfait se concrétise par l’émission de crédits internationaux (une tonne de CO2 stockée dans les arbres génère un crédit) qui peuvent être vendus à des Etats peinant à réduire leurs émissions. Une forme de compensation carbone en quelque sorte. A eux trois, Congo, Russie et Brésil abritent 35 % des surfaces forestières répertoriées. C’est dire si la discussion écossaise les intéresse au premier plan.

Autre enseignement : la parité homme-femme n’est toujours pas de mise dans les négociations internationales. Mais elle progresse ! Sur les 23 665 délégués nationaux accrédités 40 % sont des femmes. C’est beaucoup mieux que lors de la première COP (88 % d’homme) et légèrement mieux que le chiffre moyen sur 26 ans : 38 % de femmes à chaque conférence.
A noter qu’il reste encore quelques délégations uniquement masculines : le Yemen, la Corée du nord et le … Saint Siège. Trois pays dont la voix climatique porte peu.

 

Après la Covid-19, les bactéries bleues ?

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Vieilles comme le monde, les cyanobactéries pourraient se révéler fatales pour l’homme et le climat.

Les rangers botswanais n’avaient jamais vu ça. Au printemps dernier, les gardiens des principales réserves naturelles du Botswana ont dénombré, en quelques jours, plus de 300 cadavres d’éléphants. Aucun corps ne portait de traces de blessures par balles. Et les défenses étaient toutes intactes. Pour une fois, les braconniers semblaient hors de cause. Il aura fallu des semaines de recherches poussées pour expliquer ce mystère.
Les pachydermes auraient été victimes d’un empoisonnement par des cyanobacéries.

Dangereuses pour les nerfs et le foie

Tous les animaux sont morts entre les mois de mars et de juin, observe le ministère de la faune sauvage et des parcs nationaux du Botswana. Or, c’est précisément la période où s’assèchent nombre de points d’eau dans la savane. Les scientifiques estiment que le manque d’eau et la chaleur ont produit les conditions favorables à la prolifération dans les mares des fameuses bactéries bleues toxiques.
Ces micro-organismes produisent des toxines (cyanotoxines) ravageuses pour les systèmes neurologiques et hépatiques, aux effets potentiellement mortels en cas d’ingestion importante. Les éléphants en ont fait la cruelle expérience.

Menace en eaux calmes

Le phénomène ne touche pas que la faune d’Afrique. En France, les autorités interdisent fréquemment la pêche ou la baignade dans des cours d’eau ou des lacs où prolifèrent les bactéries bleues.
Une prolifération favorisée par la chaleur mais aussi la teneur de l’eau en nitrates et en phosphore. Selon un récent rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), les centres anti-poison ont dénombré une centaine de cas d’intoxication humaine, entre 2006 et 2018.

Sans compter la mortalité animale. Tous les étés, les vétérinaires signalent des décès de chiens ayant bu ou joué dans des eaux contaminées. Avec le réchauffement, le phénomène prend chaque année un peu plus d’ampleur dans les lacs canadiens. Au Brésil, en 1996, 60 personnes atteintes d’insuffisance rénale sont décédées suite à une hémodialyse dont l’eau nécessaire à ce traitement était contaminée par des microcystines, l’une des toxines produites par les terribles bactéries.

Puissant gaz à effet de serre

Nocives pour les hommes et leurs meilleurs amis, les cyanobacéries représentent aussi une menace pour la stabilité du climat. Une équipe de scientifiques, menée par Mina Bizic (institut d’écologie des eaux douces et de la pêche intérieure de Leibniz) a fait, au début de l’année, une inquiétante découverte. Selon ces chercheurs, les cyanobactéries pourraient, dans toutes sortes de conditions, produire du méthane.
L’information n’est pas à prendre à la légère. Les cyanobactéries sont omniprésentes, sur terre et dans les eaux calmes. Et le méthane est un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2.
De quoi regretter le Covid.

 

USA: les plantations de cannabis menacées par une sécheresse historique

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Alors qu’elles sont en proie aux incendies, les plantations de cannabis de l’Ouest pourraient être achevées par la sécheresse et la pénurie de sels minéraux. Dantesque !

Il ne fait pas bon être un cultivateur de weed, ces temps-ci, dans l’ouest américain. Des années de sécheresses, renforcées par le « dôme de chaleur » du début de l’été ont créé les conditions idéales au déclenchement de méga feux dans les deux états. Déployés par dizaines de milliers, les pompiers ne parviennent pas toujours à maîtriser les centaines de foyers qui ne cessent de surgir, allumés par les éclairs des orages, dans les forêts asséchées et les montagnes inaccessibles.

D’ores et déjà, le cap du million d’hectares brûlés a été franchi dans l’Ouest. De nombreuses exploitations ont été détruites par les flammes. Et il faudra sans doute attendre la fin de l’automne pour disposer d’un bilan précis de cette Fire Season hors normes.

350 fois plus d’eau que dans le Lac Léman

Mais le pire est, peut-être, à venir. Le 16 août, le gouvernement fédéral américain a déclaré le lac Mead en manque d’eau. Situé aux confins du Nevada et de l’Arizona, ce vaste lac artificiel (640 km2) contient habituellement 32 000 km3 d’eau : 350 fois plus que le Lac Léman. Mais ça, c’était avant le changement climatique. Aujourd’hui, le lac, qui alimente les turbines du barrage Hoover et, accessoirement, le Colorado, n’est rempli qu’au tiers de sa capacité.

Le lac Mead depuis le barrage Hoover le 19 juillet.

Pour la première fois, le Bureau des réclamations (BoF, une administration dépendant du ministère de l’intérieur US) a décrété des restrictions de consommation d’eau pour le bassin aval. En clair, les consommateurs de l’Arizona pourront pomper dans le Colorado 20 % d’eau en moins par rapport à une année normale, ceux du Nevada 7 % de moins et du Mexique, où le Colorado finit sa course, 5 % de moins.

Malheur à ceux qui ne pourront pas réduire leur consommation ou qui ne disposent pas d’eau dans leur sous-sol. Les cannabiculteurs de l’Arizona devraient particulièrement souffrir. Ils ne sont pas les seuls.

Manque de sels

Car le BoF a d’ores et déjà fait savoir qu’il comptait bien imposer, l’an prochain, des mesures d’économie comparables au bassin amont : Nouveau Mexique, Utah, Colorado et Wyoming. Quatre autres états qui fleurent bon la weed.

Un malheur n’arrivant jamais seul. Le service géologique américain (USGS) a indiqué, au printemps dernier, que l’irrigation industrielle, la déforestation et le changement climatique avaient lessivé les sols des sels minéraux du bassin du Colorado ; des éléments vitaux pour les cultures. Un nouvel écueil pour les plantations.

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